‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 62 sur 62 · VERRAZZANO · texte numérisé non relu

VERRAZZANO

ciscane n'est point située dans l'intérieur des régions découvertes par Jacques Cartier, mais sur le bord de la mer et au-dessous du cap Ann.

« Quant à l'ethnographie et aux productions des pays décrits par Verrazzano, M. Murphy a rejeté comme impossibles à défendre les détails donnés sur la couleur des indigènes et sur les raisins mûrs à de certaines saisons. Mais l'absurdité apparente disparaît par le choix du texte de la lettre, dont il ressort un sens tout à fait naturel. Comme ce choix est le pivot sur lequel roulent maintes objections, je me suis attaché à prouver, contrairement à l'opinion de M. Murphy, qu'en général le texte imprimé par Ramusio est le plus sûr, et que celui des manuscrits de la Magliahccchiana n'est autre chose qu'un remaniement opéré par un copiste qui affecte des prétentions à une élégance hors de saison, passe nombre de mots essentiels et altère ainsi le sens de maints passages qu'il ne comprend pas.

« La partie la plus ingénieuse du travail de M. Murphy est l'examen de la lettre, sous le rapport des côtes que Verraz zano a visitées. Selon lui, le Florentin, au lieu de faire le voyage, aurait composé sa lettre à l'aide de la carte mai'itime de l'Espagnol Diego Ribero, carte dressée en 1529, et la preuve de ce plagiat résulterait d'erreurs grossières servilement reproduites. Gomme l'authenticité de l'œuvre de Ribero ne peut être mise en doute, Verrazzano serait bien et dûment convaincu de s'être audacieusement joué du roi François I" et du public.

« A mon sens, cette accusation repose uniquement sur une équivoque, c'est à dire sur ce fait que l'on a substitué des noms modernes aux noms anciens de la carte, de la façon la plus arbitraire, contrairement à l'avis de plusieurs cartographes et à celui de savants, au nondjre desquels ligure M. Murphy lui-même. Si Verrazzano avait copié Ribero, il aurait rectifié quel({ues erreurs, mais en même temps il en aurait commis d'autres.

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« Je reconnais qu'il y a dans la lettre de Verrazzano de graves difficultés à résoudre, mais cela n'autorise point le rejet absolu de ce document écrit à la hâte, entre deux voyages. A ce compte, M. Murphy devra révoquer en doute bien des voyages parfaitement accrédités, à commencer par Ribero dont la carte qu'il apprécie tant est bien vague, bien infidèle, puisqu'ainsi que le savant Américain le reconnaît lui-môme, elle transpose de deux degrés plusieurs baies fort importantes ».

Après avoir fait observer avec M. Harrisse que certains arguments négatifs tirés du manque de rapports officiels et du silence de la plupart des contemporains, sont loin d'être décisifs, M. Desimoni relève un ensemble de faits qui, selon lui, sont de nature à convaincre tout lecteur impartial de la réalité du voyage de Verrazzano. * Pris un à un, ces faits sont peut-être peu de chose, mais une fois groupés ils se confirment les uns par les autres, ce qui est le signe le plus sûr de la vérité. C'est ainsi que la signature assez singulière Janus Verrazzaims a été retrouvée récemment dans un document rouennais, et que l'on a vérifié les circonstances suivantes: f ordre du roi à Verrazzano de chercher cà travers l'Amérique, un passage au Cathay ; la suspension du voyage pour faire contre les Espagnols une course qui fut profitable ; le manque de renseignements sur les agissements de Verrazzano pendant la durée de son voyage, tandis qu'on sait ce qu'il a fait peu de temps avant et peu de temps après ; la prochaine arrivée du Roi à Lyon, annoncée à Florence par Garli, l'ami de Verrazzano ; les témoignages du capitaine de mer anonyme et du navigateur Ribaut, tous deux de la ville de Dieppe, d'oii le Florentin est parti pour faire son voyage de découverte ; la connaissance parfaite des voyages contemporains et la grave autorité de Ramusio reconnue par tous les savants et suivie par Herrera et Hakluyt ; la renommée dont Verrazzano a joui parmi ses concitoyens ; un voyage de lui à la Terre-Neuve admis par la Chronique de Dieppe;

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plusieurs autres voyages qu'il a, selon Hakluyt, proposés au roi d'Angleterre ou qui lui ont été proposés de la part de l'amiral de France et de celle du fameux armateur dieppois Jean Ango. On ne pouvait pas, à cette époque, faire choix, pour un voyage à la Chine ou aux Indes, d'un simple écumeur de mer n'ayant jamais navigué que le long des côtes de l'Espagne ou du Portugal.

0 Enfui, quelles que soient les objections de M. Murphy, les cartes de Lok dans Hakluyt et de Jérôme Verrazzano demeurent comme des témoignages indépendants et non concertés de la réalité du voyage qui fait l'objet de la lettre ou de l'aptitude de Verrazzano à en accomplir d'autres. Jérôme Verrazzano, dont on ne soupçonnait pas tout d'abord l'existence, a été reconnu peu à peu comme frère de Jean, connue son mandataire pendant le voyage projeté aux Indes, comme cartographe dessinant sur son planisphère les découvertes de son frère. M. Murphy trouve dans ce planisphère des erreurs de latitude et de longitude — d'accord ! Mais si M. Murphy veut y prendre garde, il reconnaîtra dans la partie des côtes vues par Verrazzano une conliguration approchant beaucoup de la configuration véritable, et telle qu'on n'en trouve d'aussi exacte ni dans Ribero ni dans aucun des cartographes du XVP siècle, soit antérieurement soit postérieurement à la carte de Jérôme Verrazzano ».

M. Desimoni m'a chargé d'informer Messieurs les membres du Congrès qu'il désire compléter son mémoire par quelques recherches dans les bibliothèques et les archives de l'Italie. Il ajourne donc à la prochaine session la publication de ce travail.

La séance est levée à midi.

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