‹ Compte-rendu du salon d'exposition de Bruxelles, 1836Chapitre 12 sur 35 · L. MATUIËU · texte numérisé non relu

L. MATUIËU

CmI un poid* bien pieMiil qn'nn mom Irop lAi bnenif >

Le jeune peintre dont nous allons nous occuper en a

, fait, depuis trois ans, la dure expérience : des éloges ditproportionnés à son mérite y pour un début où il y avait pourtant une belle promesse, sans enfier la vanité de lartiste, sans laveugler sur la portée de sou talent^ éveillèrent trop vivement Tattention et peut-être la jalousie. On se montra exigeant à Tégard de celui que d'imprudens amis avaient placé au faite » lorsqu^U commençait seulement à gravir la colline. M. Mathieu est innocent de cette erreur, il en a cependant supporté les conséquences. 11 devint Tobjet de reproches aussi sé-

DO SALON O^BXPOSITION.

vères et même auMÎ injnttes que les premiers éloges avaient été exagérés. Il aurait pu adresser aux auteui's des premiers comme des derniers, ces mots fameux de Junie à Néron.

Je n'« mérité

Ni cet «scè» «Tbonnenr , ni celle indignité.

Depuis 1855, M. Mathieu trayaille à réparer le tort que lui a iait son premier succès, et, hàtons-nousde le dire ^ ses efforts ont obtenu plusieurs fois un beau résultat. De sérieuses études Tout déjà amené à un point où il ne serait peut-étre jamais parvenu , s*il avait accordé sa confîance aux louanges dont on lavait voulu enivrer.

Son dessin a acquis de la correction, sa manière a pris un caractère original, sa couleur s'est fortifiée. Il nous montre cette année un tableau d'histoire, un ta-» bicau d'église, une madone, et un portrait. Tous n'obtiendront pas nos éloges au même degré , mais Tensemble de ces travaux nous fournira Foccasion de démontrer que Tartiste est réellement en progrès.

Le tableau historique de M. Mathieu est une des plus grandes toiles du Salon. C'est une vaste composition rc* présentant la chute que fit Marie de Bourgogne à la chasse, chute qui causa la mort de cette princesse. Le choix du sujet pourrait donner lieu à quelques observa»

iiO GUMPTE-RKMOU

tions. i\ou6 aunoit« mieux le j)reii(Jre lelque l'auteur l'a choisi et ne nous oceuper qaé de la manière dont il ra rendu.

Marie de Bourgogne tomhàrU de cheval à la chasse,

Nous donnerons d'abord quelques détails historiques surrévénement^ et sur le caractère et la personne de la duehesse, afin de faeiliter Tintelligence de la scène, et de faire ressortir le travail de Tartiste dans les parties où il a mis le plus de conscience et d'études.

« Dans les premiers jours de février 1482, larchiduc Maximilîen d'Autriche et Marie de Bourgogne, son épouse , fille de Charles le Téméraire , chassaient , accompagnés d une suite nombreuse de dames et de seigneurs, dans les environs de Bruges. La duchesse, disent les écrivains du temps , aimait spécialement la chasse au vol et s'eulendail parlieulièrement à dresser les faucons et tes éperviers : car à cette époque la vénerie était à la fois une science et un plaisir pour les

' Hauteur, mètre 3,6^; largeur, mètre, IjOÔ.

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grands. Marie montait un cheval d'Ëspague , vif et ombngeia, qu'elle lança pourfraoehir uo tronc d'arbre abaUn «ur la route. L^anmial effrayé ae eabra, les «angles se brisèrent^ la selle tourna, et la duubesae tomba ^ renversée rudement en arriére sur Fobstacle qu elle voulait surmonter. Blessée grièvement aux cotes, on la ramena au palais où elle mourut, après trois semaines de soullrauces aiguës, qu'elle augmeuta eu essayant de cacher sa blessure aux médecins par un mouvement de pudem* luai placée, d autres disent ddun la crainte d'effrayer son marî.

<t Sa mort ^ dit Philippe de Commines , fut un trèsgrand dommage pour ses si^ets et amis , car ouques puis n*eurent bien ne peix , car le peuple de Gand et autres villes Tavoieut à plus grande révérence que le mary ^ à cause qu^elle éloit dame du pays* »

« Marie, lorsqu'elle mourut, était âgée de vingt-cinq ans et enceinte de son cinquième eofiint. £lle était belle et pâle, dit un historien du leaipt» , et resdemblaii à ^uu père ; son menton allongé et ses lèvres entr'ouvertcs indiquaient son alliance à la famille royale de France. Elle jouissait d'une santé robuste; sa démarche était sévère, hautaioe; son caractère viril, intrépide et irri- , table ^ car elle avait le tempérament sanguin. ËUe se plaisait surtout k la lecture dliisloirés vraiet ^ et aimait'

COIIPT£-R£NI»U

pai»«ionnémeni son mari. Cet amuui- éiail réciproque ; Maximilien , pendant le retle de ia vie ^ ne pouvait enten* dre parler de cette mort fatale, ou se la rappeler luimême , «ans fondre en larmes à Tinataot.

« Comme elle Tavait exigé, Marte de Bourgogne fut enterrée à Bruges^ dans TÉgliae de ^iotre*Dame 9 à côté de son père. »

Le peintre a pris le moment même où le corps de la princesse vient de heurter le sol. Le cheval est abattu , la selle a tourné , Marie est précipitée ^ la téle la première; les pages de sa suite s*empressent, des chevaux se cabi'ent, un effroi subit a saisi tous les spectateurs.

La disposition de la scène est celle-ci : Au milieu de la toile, le cheval blanc de la princesse abattu; Marie, dans la position d'une personne qui vient de tomber la tète en bas, sa longue robe flotte encore au delà de ses pieds. Un jeune page est déjà occupé à la soulever par les épaules. De Tautre côté du'cheval abattu , un écuyer décroche la robe retenue à la selle. De le^Ltrémité opposée du tableau , accourt le duc Maximilien , qui a mis pied à terre; il s élance avec eUroi au secours de sa royale épouse. Vers le milieu , au second plan ^ une dame d'honneur effrayée s'eiTorce de retenir le cheval sur lequel elle est montée, et qui se cabre ^ effarouché par le tumulte. A un pian un peu plus reculé 9

une autre dame d^honneur parall aaau aor uo cheval

dont un page a «aisi la bride. Tout à fait à di oite , un finieoDDÎer, Toîseau aor le poio^» et à cheval» a'arréte auprès de la princesse ; son cheval , avançant le cou , flaire el regarde avec terreur la dneheaae. Au fond, un chasseur sonne du cor pour appeler le reste de la troupe. A gauche, un page lient la bride du cheval du duc, un second fiinoonnier et un arbalétrier a pied com» plètent, avec les grands chiens courans, rensembie de la chasse. Dans le fond, à droite, Ton découvre, à travers les taillis , un ceri poursuivi par des chiens. Le site est Tentrée d^une forêt; sur le premier plan glt la branche d'arbre qui a occasionné Taccident.

Gomme composition , comme dessin , sous le rapport de la dibpuMlioii el des expre^âioiib ^ ce lableau e^t digue de beaucoup d'éloges; ses principaux défauts proviens, nent d'une couleur peu sûre , d'un manque complet d'entente du dair-obscur et de la dégradation des objets soumis à la perspective aérienne. L*anatyse attentive que nous en avons faite nous a mis à même d'y reconnaître un ensemble de lignes extrêmement pittoresque , d'un style vraiment noble et digne de la peinture historique. Ces qualités seraient bien plus frappantes si le coloris répondait au dessin. Ce qui manque suilout à cette couleur, c*est de Tharmonie et de la variété dans

S50 comm-VMumi

les iom, toutes kt chairs y sont de la même touche ,

Icâ draperies out toutes un mémo éclat , qui £iit papilhier. le tableau » les plaoa ne se détachent pas nettement, Voyoos raaiuleuaat ce qu'il a de digne d'éloge. D'aJxNrd le peiaonnage de la princesse présentait de fort grandes difficultés , pour rester entre les deux ëcudls du trivial et du théâtral, 11 (allait la faire tomber nata* rallement, et avec grâce : nne femme jeune et belle ne pouvait être représentée auti*eiueut. M. Mathieu uou« parait avoir parfaitement réussi sous oe rapport. Le mouvement de la duchesse est simple et naturel j sa figure exprime la douleur comprimée par un aeniimenl de dignité. Le long vêtement qui enveloppe ses jambes et ses pieds donne à la chute toute la décence que la Foutaiiie admire dans Thisbc se poignaidaut. Le peintre, toutefois , n'a pas négligé de fiiiire sentir les fermes sous la draperie, et de les accuser par un-dessin correct et gracieux. Le cou et la téte reuvei*sée sont fort bien dessinés aussi; les mains, dont Fune est tendue et abandonnée un moment à clie-méme, offrent le même genre de mérite, La droite retient encore la bride du cheval. C'est un trait de caractère : ou sait que Marie de Bourgogne était une femme intrépide, que rien narrêtait ; son cheval aura iail un écart avant de s'abattre y elle aura cherché à le maîtriser , et , tout en

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tombant, eile retieoL encore la bride qui devait le gouveroer. Ceci explique également commeot il ae iàil que déjà le duc a mis pied à terre, comment déjà un page eat oceupé àreleTer la princease, ua écmyer à déerocfaer aa robe ; lea premiera mouTemena du cheval ombrageux ont donné l'éveil ^ on a'eal empreiaé dèa iora; lea moDturea dea autrea damea de la compagnie se «oui auMÏ eilaroucbéea.

Le peraonnage du due eat plein de naturel ^ il a^ékiMse avec une expression d inquiétude bien vraie. C'est Maximilien » tel ipie noua le repréaente Thiatoirey idolâtre de «ou épuu^e dont la mort le laissa uieousolable. Son costume est brillant, aa figure jeune et belle a la no* blesfic que réclamai l le genre.

L'elTroi que le peintre a placé sur la figure dea deux damea dlionneur offre deux nuances bien senties-: chez lune, il décompose des traits qui ne sont plus de la première jeunesse; chex Fautre, îl laisse anbaister toutes les grâces de la beauté , s'il ue les augmente même pas* Le jeune page qui tient le cheval du duc , porte un pourpoint vert à larges manches tombantes, et un collant rouge; ce costume est tréa-jofi. La physionomie de l adolescent exprime bien la part qu'il prend au malheur de sa belle maltrease, et le regret de ne pouvoir, comme son compagnon plus heureux, aller laidcr à se relever.

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Les chevaux, en assez grand nombre dans ce tableau, ne sont pas tous heareasement dessinés. Celui de Marie est abattu dVine façon si singulière qu*on ne pent s'en l'endre compte. Les jambes de celui qui se cabre vien* hent trop en avant, quoique cependant elles soient trop courtes pour les proportions exagérées deTanimal; e^est qu^il nVst pas à son plan. Le mouvement de celui de droite ^ qui avance la téte vers la duchesse, est quelque peu forcé. Les autrea, surtout le cheval du duc, âoiit loi l beaux , et daus une attitude convenable. Les trois chiens du premier plan scmt aussi extrêmement bien sous le rapport du dessin et de la peinture, touleiois les pattes de derrière de Tun d'eux paraissent un peu longues.

Kn résumé y le tableau de M. Mathieu est une preuve incontestable de progrès. La gravure que nous en o^ frons à nos lecteurs^ et qui le donne sans sa couleur, et par conséquent sans les principaux dé&uts, oonfir-

rnera ce que nous avons avancé de la composition et du dessin.

Le portrait de famiJle, inscrit au n" 545 du catalogue, ne sort pas de la ligne des portraits ordinaires. Le peintre y a mis du talent d oxéculion ; il en a mis ausôi dans sa Stella matutina; et, dans cette dernière, il aurait fallu mettre autre chose , qu'on y cherche en vain.

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Le Christ en croix est, de tou» le» ouvrage» de M. Matlùeu , celui qui nous a liiîl le moins de plaisir ; cesuget, si éloquent, ne parait pas avoir inspiré Fauteur. II est vrai que Ton ne ut souffrir la médiocrité daDS la représenta^n des divines scènes de la vie du Christ. Les plus grands peintres y ont consacré leur talent, et leurs plus sublimes ouvrages sont connus de tout le monde , c^est ce qui nous rend exigeant.

M. Mathieu a été, à roccaâiou de celte Exposition, en butte à beaucoup de critiques; nous rengageons è ne pas se décourager : pour avoir marché avec lenteur, il n'en arrivera pas moins sûrement.

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