‹ Compte-rendu du salon d'exposition de Bruxelles, 1836Chapitre 13 sur 35 · JULES ANDRÉ · texte numérisé non relu

JULES ANDRÉ

Nous avions remarque à TExposition de Lié^e un paysage de M. Jules André^ fort digne d'attention. Ceux, quil a exposés à Bruxelles ne manquent pas de mérite : nous y voudrions cependant un peu plus de vérité. La Fue prise à Huy, sur les bords du Hoymuc, n* 1 ^ donne^ dans SCS arrière>plaus^ uue juste idée des chaînes de montagnes qui coupent en tous sens le pays de Liège. Les premiers plans sont moiitô vrutô. 11 sembiti que le peintre ait employé^ pour les composer^ des études prises dans le midi de la France. Sa couleur, assez moelleuse dans les lointains^ est dure sur le devant; le feuillé de ses arbres est d'un vert noir et lourd.

Comparez la P^ug prise dans le département de

GOHPTA-BBIIDU DU SALON d'bXPOSITION. S35

l'Indre, 2p avec celle de la proviuce de Licge^ et il iroiis semblera que les deux Vues ont été copiées dans k ménie canton. Malgré cette observation , nous reconnaissons à M. Jules André des qualités de &ire qui

suQisciiL pour justifier la réputation dont il jouit à Paris.

H. D£ CAISNË

Depuis Jongtemps déjà M. H. De Caitne est cité

comme un des premiers portraitistes de Paris. Les Bruxellois ont confirmé, en 1855, par un suffrage unanime, la belle réputation que leur compatriote s'était faite à Tétranger* Non-seulement nous avons admiré le

superbe portrait de M. Schœlcher; nous avons encore trouvé, dans les Derniers momens d'Anne de Boleyn,

la preuve incontestable de la hante intelligence de Fartiste et de son aptitude à traiter les sujets passionnés et dramatiques. Une grande délicatesse de sentiment, une noblesse d'expression rare nous paraissent distinguer M. De Caisne. Il y a, dans sa manière de concevoir un sujet, beaucoup plus d'idéalité, dans sa manière

GOMPTB-BRNIKI DO SALON d'bXPOSITION. 257

de Texécuier, beaucoup moins de matérislkme que

chez ses confrères. 11 est du petit nombre de ceux qui donnent à la pensée le pas sur la forme, non qu*U

néglige celle-ci^ mais parce qu'il la subordoiuie à Tautre.

La dernière Exposition de Paris a été pour notre artiste Toceasion d'un beau triomphe. L'an^ gardien reçut les phis brillans éloges des meilleurs critiques de la capitale. Cet ouvrage, d'une haute importance, a été apprécié dWe manière si supérieure par 11. Alfred de Musset, que nous ne pouvons résister au plaisir d'emprunter une partie de son article, peu connu d^ailleurs en Belgique,

« Je pourrais fiiire à M* De Caisne un beau compliment sur son Àn^e gardien. Durant les premier* jours où je visitais le Musée, je consultai Fun de nos poètes, et si je ne craignais de le nommer, j'ajouterais que e^est le premier de tous Après Robert (àm^ Tordre musical), Vjinge gardien Tavait surtout frappé. « Dites hardi-' ment, me. répondit-il, ^ue c'est un des plus beaux ta^ bleaux du salon, » '

« J'ai cependant entendu depuis bien des critiques sur cet ouvrage. On. veut retrouver dans Fenfant en-

• Nooi poimmi «Omar qw b poM déNgné và ptr M. Alfred de Mitaael, B*e«t aiitfeqne Jl. de Lanerliiie.

â58 COHPTB-miIDO

dmni un souvenir de Rubens; on reproche à Fange

d'être velu de soie , on le voudraît en robe hlanche , on se rappelle oertainet toiles du même auteur ^ qui étaient loin de valoir celle-ci; on les compare, on les oppose; enfin on dit que tout est médiocre; mais pour profiter du conseil , je dirai hardiment qu^on ne me convainc pas. La tête de Tange est admirable^ dans toute la force du terme; le reste est simple et harmonieux. Le sujet d'ailleurs est si beau^ qu'il est de moitié dans rémotion que jMprouve : un enlant couché dans son berceau , une mère qu^assoupit la fatigue , et un auge qui veille à sa place. Quel peintre oserait être médiocre en traitaiil un pareil sujet. La palette lui lombeiaii des mains!

« Que M. De Caisne conserve la sienne, et , s^il m'est permis de lui parier ainsi , qu^il regarde attentivement ce qu^il vient de fiiire. On dit que la tète de son ange est celle d'un enfant de quatorze ans ; je souhaite que cette supposition soit vraie; elle prouverait beaucoup en faveur du peintre. Le grand principe qu'a posé Eaphaël^ et qui a fécondé tout un siècle, n'était pas autre que celui-ci : se servir du réel pour aller à Tidéal. Il n'en a pas iallu davantage pour couvrir f Italie de che&«d'œuvre et l'embraser du leu sacré.

« Quelle que soit la route qui ait conduit M, De Caisne

DU SAIiOII DVcPOMTIOlf • 230

au i*éMiilat qu'ii nom rnootre aujourd'hui, il est arrivé. Qu^il aaisiaie celte phase de m» talent ; qu'il renonce pour toujours à ce diquetis de couleurs, à ces petits efTeû mesquins qu*il a cherchés naguère encore dans ses portraits; qu'il pic-nne coiifiauce en son cœur, et, en même temps, qu'il se défie de sa main« Que les yeux calmes de son ange lui apprennent qu'il n'y a de beau que ce qui est simple* Qu'il ne Ycuille pas faire plus qu'il ne peut, mais qu'il soit ce qu'il doit être. Puisse-t^il retrouver souvent une inspiration aussi heureuse. S'il voit desg ens qui passent devant sa toile et qui se contentent de ne pas dédaigner, qu'il laisse ceux-là aller à leurs afiaîret, ou se pâmer devant le bric-à-brac , h temps n'est pas loin où le romantisme ne barbouillera plus que des enseignes.

«Si j'adresse à M. De Caisne, que je ne connais pas, ces conseils peui-étre un peu francs , cest que foi été, sur une autre route , assurément plus dans le faux que lui; je n^ai pas fait son Ânge gardien, mais je le sens peut-être mieux qu^nn autre. Je le louerais moins si l'auteur avait mieux fait jusqu'à pi*ésent; mais qu'il tienne bon et prenne courage ; le cœur, quofid il est saui, guérit toujours l'intelligence \ »

' Re^ ue des deux mondef , avril 18S6.

240 GOMPTS-AENOU

Nous avouft cité ce passage avec d'autant plus de plaisir qu'il exprime y infiniment mieux que nous n^aurions pu le faire , le6 rédexloos que nous a suggérées la vue de l'Âgar^ dont nous parlerons tout à Theure,

Nous ne pouvons toutefois nous empêcher de signaler, en passant 9 le jugement sévère porté par Tautenr de La ballade à la lune, des Comtes éPEspagne et d'Italie, sur les ouvrages de sa jeunesse. M. Alfred de Musset à prouvé, par plusieurs scènes du Spectacle dans un fauteuil j que les secrets de la belle et pure poésie ne lui sont pas étrangers : tous les gens de go6t et de sens ont compris que le jeune auteur^ à son début, a dû, comme bien d'autres, se faire une originalilé quelconque, même aux dépens de fart, pour attirer vers soi Tattention d'un public aussi difficile à attacher que le public français.

11 est noble, il est grand^de reconnaître ainsi ses erreurs et de les faire servir à renseignement de ceux qui voudraient suivre la même route, dans quelque branche des arts que ce soit.

Notre SaioQ ne posscde que deux tableaux de IM. De Gaisne , une Mater dolorosa, et une gardons le désert, La douleur maternelle est peinte sur ces deux

toiles avec les nuances que réclamaient les deux sujets. Occupons-nous d'abord du plus important des deux.

m SAtON d'exposition. 211

yégar dans le déserL

Quflecum abiÎMet , errabat in «oliludine Bersabee. Cumqnr ron<;umpla e»»et aqua in ulre, abjecit pticriim MiLttM- iiiiam arborum, qucT ibi rr.int. El ahiit . «etlitquc è n^iunc prociii (^uaiituiu putc-»t arcu» jacere, disit enim : Non nddw morienleni pnenm ; «t MdeiM «ontrâ leravil Tooem •uan «t flevil. Eua» «livitautem Denstoeem puerij voeavitqua Ai^plu» dei Agar de Cœlo dieen» : Qiiid «gw Afur? noli timere : eKatidivit enim Dem Tooeoi pueri de loeo in f\nn Siirty . toile pueriim et tenc manum IIHiis. (,)uia in genlcni magoam l'acinin cum . A peruîtqiieoculoi» eju» Doua : qus videos pntcitm aqufc, abUt, cl implevitutrcm dcdttque pticro bibcre.

Gbsuu, CRp. m , V. 14 à SO.

Le peintre a supposé un moment où le jeune Ismaël , •uccombant àla «oif qui le dévore^ est sur le point d'expirer. La mère, assise parterre, le tenant sur ses genoux, relève la téte à la voix de Taiige qui lui anuouce le secours du ciel. Chez Tenfant , Texténuation est portée A son dernier période^ il se meurt dans d'horribles souffrances. La douleur de là mère est profonde, mais Fespoir couioience à dissiper le nuage sombre qui «^étendait sur ses traits. La figure de Tange est calme et

' l'aulcur^ mèlre, ^,10^ largeur, mètre, 1,€3.

SI

242 GOJlPTB-RBNDir

sereine. Ce rapprochement est d^un effet sublime. La terre, le ciel, et le sentiment qui leur sert de lien : Tespëranee ! Heureux et poétique assembla^je y conception vraiment digne d'une intelligence supérieure!

Cest faute de comprendre cette belle pensée que bien des spectateurs ont adressé à Texécution de ce tableau des reproches qui, en réalité, sont le plus bel éloge que i on en puisse faire. 11 est arrive à cette production ce qui est arrivé à celle de M» Gallait : peu de gens en ont compris toute la portée philosophique.

L'enfant est dans jine position qui a paru à quelques* uns manquer de grâce , comme si les dernières convulsions d'un mourant pouvaient être gracieuses. Nous ne saurions trop louer Tartiste du tact infini qui lui a fait • découvrir la limite précise où il devait s^arréter dans la peinture des marques extérieures de la aouflraDce ter^ feslre. 11 en a fait voir assez pour exprimer son opposition, èt pas assez pour être repoussant. L^expression de la mère est celle qui plait le plus généralement, il ny a même qu'un jugement sur celte tête. C'est aussi la plus belle, et il fallait qu il cii fut ainsi pour qu il y eût uq eiîet dominant dans le tableau. Cette figure , dont le sentiment participe à la fois de la douleur physique de Tenf^mt et de la consolation qui descend du ciel, réunit tous les caractères qui peuvent le plus puissamment

DU 8AI1OII D^nWMITlOIl* S43

émouvoir; «i votu considérez mainteDant la tète de

Fange ^ elle ne respire qu'un ëeul ëeiitimcnt, opposé à celui de Tenfant: cette expretfîon est toute céleste, c'est un calme inefifkble , ({ui , comparé â ce que la téte d'A^ar a de passionné y perdrait aussi à la comparaison. Mais la question rtetl paa de comparer entre eux les trois per^ sonuages du tableau pour savoir lequel on doit préférer aux autres. Ce (groupe est indivisible, c*est Tensemble qu'il faut juger. Là seulement e»t le sujet, tout le reste n*ett qu'accessoire , un moyen pour produire un résultat. Or, liouë Iroiivoiis que de ia rttunion tle ces trois %ures résulte une pensée complète et poétique au plus baut point, et c>st ce que nous recherchons avant tout dans les productions des beaux-arts.

Si nous en venons maintenant â Texamen de Texécution, nous trouverons beaucoup d'occasions d éloges. Le dessin de ce tableau présente un ensemble de lignes tracées avec noblesse et simplicité^ un slyle élevé et sans emphase. Le groupe de la mère et de Tenfont ferait houoear à ua aLaluaire par la ^ràce et ia pureté des contours. L'ange, dont la longue robe flottante te déploie dans Pair, vole avec un parfait équilibre et se soutient mollemeot sur ses ailes. 11 a dans sa pose toute Taisance d'un être qui se meut dans Télément qui lui appartient.

S44 COMPTB-BINDO

Le choix des types pour les libres atteste autaut de goût que de jugement. La téte d*Agar , vue presque de protil et parée de ses cheveux d ebène, est d une beauté mâle, Fange a bien ce caractère céleste qui appartient exclusivement à Fart chrétien , et dont on chercherait vainemeni le modèle dans Tantiquilé.

La couleur du tableau se ressent de Tinflucncc de Tesprit de progrès qui travaille en ce moment toute la génération artiste de France, et la pousse vers la recherche d'un coloris neuf. M. De Caisne subit cette influence^ sans s^en apercevoir peut-être; son Agar ne ressemble , pour le coloris , à aucun des tableaux que nous connaissons de lui. Nous trouvons ce coloris d^accord avec Je sujet j mais cepeudaiiL U op sacrilié à la pcuséu dominante; les draperies surtout nous semblent d'une simplicité d'effet qui se rapproche de la sécheresse. Nous concevons^ toutefois^ qu'en présence des absurdes eza* gérations de cpielques-lins de nos coloristes, on pousse la réaction jusqu'à Texcès.

Mous n^avons pas vu VAn^e gardien, et nous ne pouvons, par conséquent, juger si les réilcxious de M. Alfred de Musset s'appliquecaient, avec autant de justesse, à V Agar* Tout en louant M. De Caisne de . rexcessive réserve qui le fait se tenir en garde contre le défaut douiinaiil ciicz ses compatriotes, nous Fengage-

w sàjum D^BXFosmoif. S45

roi» à ne pas se priver toujours des avantages qu'il

pourrait retirer de cette main habile qui lui a valu «c& premiers succès*

Des scHpturisies rigoureux pourraient encore reprocher à M. De Gaisne d avoir altéré le texte de la Bible ^ pour le faire concorder avec sa composition; comme le tableau ue pouvait se faire saus celte altération ^ nous nous garderons bien de blâmer une légère infidé* lité à laquelle nous devons un des plus beaux ouvrages de notre Exposition.

Mater dulorosa.

La Mère des douleurs , qui se tenait debout y tout en larmes, au pied de la croix où pendait son fils , est une image supérieure i la Niobé antique ; car le christianisme a imprimé sur son front le sceau divin qui doit la distinguer de toutes les filles d'Ève. Soit que Marie vous apparaisse dans la {jrâce pudique de ses jeunes années , soit que vous la trouviez au Calvaire , ses traits respirent un parfum céleste , au-dessus de Thumanité , que nous comprenons plutôt par rinstinet de notre

â46 COKPT^BINMr

desUaatioo que par le «ouv«oir def chotea terrettrei qui ont frappé no6 tent. G*eft tà ce que nous demandoné

aux peintres et aux «tatuaires qui culrepreunenl de Irailer Tart chrétien, CeU là ce que noua rencontrons bien rarement dans ieura ouvrages; c'est pourtant ce que nous avons trouvé dans celui de M. De Caisne. Sa Mater dolorosa a non-seulement tous les caractères extérieurs de ia douleur physique et morale la plus pro» fonde , elle possède encore ce surnaturel , cet idéal , qui résultent de Theureuse combinaison des élémens réels que Tàme de Fartiste choisit, et dans la reproduction desquels la main est toujours guidée par le cœur.

Les ouvrages conçus et exécutés ainsi , réunissent tous les suffrages^ chacun y trouve le degré d'intérêt que son organisation physique et morale lui permet d'y apercevoir. Ceux-ci sont touchés par le sentiment^ ceux-'Ià sont attachés par la pensée , d^autres se sentent remués parce que leur organisme est affecté. Personne ne reste froid devant ces yeux qui roulent des larmes.

M. De Caisne a mis en pratique le précepte d^Horaoe ;

Si vi» me fler«, doleodum e«t

Primum ipsi lîbi.

Pour ne tirer dM ptenrt » tt bat que vont plenriei;

comme la liil Timitateur du poète latin j sa Mater

i»u siLoiff o^mposiTioif. St47

dolorosa pleure^ et pas oeil «ec ne peut la contempler.

Oui , que M. De Caicne se confie à son cœup : un pareil guide ne peut le fourvoyer, il lui montrera le ckcmiu des nôtres.

EUGÈNE DEBLOCK.

Une kermesse aux environs d'Anvers,

Od danse sous une tente, formée d^une toile à battre

le colza^ altaciiée à deux grands arbres; on danse eo pleùi. air, à la, {>orte du cabaret; les musiciens sont perchés sur leurs tonneaux. Jeunes filles , jeunes ieinmes » femmes déjà sur le retour, jeunes garçous et ci-devant jeunes hommes se trémoussent de leur mieux. La bière coule à grands flots , la légère fumée du tabac répand son parfum au loin , des enfans dansent aussi , imitant leurs aînés , la joie brille sur tous les visages ,

1 Hauleur, mèire 0,81 } largeur, mètre 1 ,t1 .

COMPTB-BfiNDU DU SALON d'eXPOSITION. 249

une joie franche et sans ai rière-penscc , sans éuqueiie et «ans aouci du lendemain. Telle est la scène que nous présentent les premiers plans du tableau de M. De Bloek ; au fond, Ton aperçoit encore la foule sur la place du village y devant Téglise^ — il y a foire apparemment; — quelques jongleurs et des cliarlatans débitent leur or* viétan et leur élixir merveilleux.

Voilà donc un altiste , tout jeune encore^ qui marche avec une étonnante fermeté sur les traces de Téniers , sur les traces de Watteau, eu se rappelant peut-être un peu trop souvent ce dernier, 11 a fallu bien peu de temps à H. De Block pour prendre rang parai nos peintres.

Examinons quelques-uns des personnages de sa danse

villageoise , et voyons combien elle est variée.

Ce ci-devant jeune homme , sur le premier plan , en chapeau claque, en redingote jaune, en gilet rayé, culotte et bas chinés, souliers à boucles , n'est-il pas un type du plus heureux comique , sans charge , sans caricature, n'ayant qu'un léger ridicule qui n'excite que le sourire? 11 danse avec la plus gentille, la plus gracieuse petite blonde qu'on puisse rencontrer aux envi-, rons d'Anvers , terroir si fertile en jolis minois. Tout en conservant à sa paysanne le caractère qui la distingue

des femmes de la ville , le jeune artiste lui a donné un e

ss

250 COMfTË-RËIiDU

élégance naïve de formes , et des manières charmantes. Sa taille bien prise dans «on casaqain de coton jaune , ses jolis bras , nus jusqu'à la sai^ëe, et serrés dans une manche collante qui dessine de belles épaules, son petit bonnet anversois^ son jupon rouge et son tablier rose, lui ibnt une toilette à ravir.

Elle danse avec une joie tranquille et une expression de plaisir calme , qui montre une àme candide. Tout à côté d'elle , une jeune brunette , aux allures plus vives , aux yeux plus brillans^ daiiau avec un jeune gars eu manches de chemise. Un maréchal ferrant et son compère admirent la gentillesse de ce couple^ quMIs se montrent en accompagnant leurs réflexions d'un gros rire. Auprès du cabaret, un groupe d*homnies, fumant et ne prenant point part à la danse, s'entretient en regardant danser les autres. Sur le devant , à gauche , un (ji oupe de trois euiaus^ se leiiaul bras-dessus bras-dessous et imitant les gambades du ci-devant jeune homme.

Cetle jolie composition c^l Jc^isinée avec facilité. 11 règne dans tout le tableau une harmonie de couleur de l'effet le plus flatteur ; la touche en est légère , toutes les expressions sont ùne» et pleines de vérité. Quel bel avenir s'ouvre devant un jeune homme qui débute ainsi !

^ious ne finirons pas sans lui recommander un peu plus de soins à éviter les réminiscences , il y en a beaucou ;>

DU SALON d'exposition. 2t>l

dans son tableau; il y en a de couleur, il y en a de costumCy il y en a de pose et d'expression. C'est une licence qu^on ne lui accordera plus, quand il aura mia le public

en droit d'être exigeant.

M«* GEfiFS , née Fatmy Corr.

Un événement survenu pendant la durée de T Exposition nous oblige à changer un nom du cataJogne,

L^auteur de Francesca di Rimini a donné son nom à celle dont le pinceau jeune encore a si bien réussi à nous montrer le» chàlelaiiics de Crève-Cœur , «ur la tour de Bouvignes ; alliance toute poétique qui plua tard serti prise pour quelque inf^énieuse allégorie , tant il est rare que dans ce monde deux âmes aussi bien appropriées Tune à Fautre se rencontrent et puisaent mêler leur existence. M"*^ Geeis se présente au Salon avec quatre tableaux , dignes tous les quatre de beai^ eoup d éloges : Un portrait de femme , n° 58 ; Une jeune JiUe conduisant ses sœurs à l'élise, n** 57 ;

CCmPTE-HKNDU VU SALON D EXPOSITION. 255

Les derniers ma mens des dames de Crève^Cœur, a* et La Vierge avec l'enfant Jésus, n'* 56.

Le portrait .1 déjà figuré à Texposition de Liège. Oii y a reconnu de belle» qualité» de de»»»^ un arrangement heureux et une pose ^cieu»e , un pinceau facile , mai» un peu de faiblesse de ton et de manque de modelé. A notre ayis ce portrait pourrait devenir excellent si lauteur le remettait sur le chevalet, et qu'elle donnât de la vigueur et du relief aux partie» qui en manquent.

La Jeune Jille conduisant ses sœurs à l'église est un petit tableau que Ton »e réunit pour admirer. L^expre»^ sion de bonté imprimée à la figure de la sœur aînée ^ est »i bien sentie que Ton reconnaît que Tartiste a sou^ vent éprouvé le sentiment qu'eDe vient de peindre. €e» soins presque matei^nels donnés à de jeunes sceurs, mademoiseUe Corrlesa connus. Aussi chacun en apprécie la vérité. Les petites sœurs ont une naïveté charmante 9 leurs airs de téte sont gracieux et enfantins , celui de leur grande sœur a de la noblesse et de la dignité, tempérée» par cette même grAce. Les costume» »ont d'une élégance simple et sans recherche, de couleurs bien assortie». La longue robe traînante est drapée avec inAniment de goût. Le dessin de ce tableau est correct, la touche en est franche et ne manque pas de vigueur. Le nu y est bien modelé.

COHPTB-REimU

La Fierge et l'errant Jésus,

11 n'est pat de «ujelqu'ilsoit aujourd'hui plus dangereux de traiter que celui que M"" Gcefî> a choisi. Le« grand» peintrea de tous les pays > et les Italien* surtout , y ont réussi à un degré si supérieur j que c'est k désespérer tous les modernes, ^'ous avons été surpris toutefois de la manière dont notre jeune artiste s'est tirée des iuuombrables diUicultés qui ont dû Tembarrasser dès le premier coup de crayon qu'elle a tracé sur sa toile.

Le plagiat, les réminiscences étaient surtout de

dang^crcux ccucils à éviter. 11 fallait ne pas trop se rappeler Raphaël , ne pas trop se rappeler Ruliens; il fallait cependant tâcher d'avoir quelques-unes des qualité» de ces grands maîtres.

La Vierge , assise sur un banc au milieu d'un paysage, tieutsur ses genoux Teiifaut Jésus endormi. Elle a les yeux élevés au ciel, et semble absorbée dans la contemplation de son divin époux. Ce que nous louerons sur-

I Hauteur, mèlrei 1,88 j largeur, nièlre, 1,50.

DU SALOU D'sxposiTion. 2a5

tout dans ce tableau , c'est la grâce et la pureté des lignesj Télégance de la draperie , la DobieMe etraisaoee de la pote. Le caràctèrede grandeur et de divinité que Ton doit exiger daos cea sortes de sujets s'y trouve peutêtre remplacé par des charmes plus terrestres. LVxpression de la ligure de la Vierge ne nous a pas paru répondre complètement à la pensée. Les traits sont fins et dciicats^ mais ils ont une teinte plus aristocratique que céleste, cette femme est plutôt une mère du monde, que la Vierge reine des cieux , la mère immaculée.

La gloire de Raphaël est fondée en grande partie sur les expirions divines qui! a données à la mère de Dieu y c'est parce que nous avous de si dangereux objets de comparaison que nous désirons encore quelque chose devant la madone de Geefs.

L^enfant Jésus, dont la pose est assez heureuse, n*e8t pas irréprochable quant au dessin j il manque aussi de relief et il est d^une couleur terne. Nous ne ménageons pas la critique , parce qu'il nous reste beaucoup de bien à dire , et qu'elle prouve notre bonne foi. Le fond du tableau est très-joli. 11 n'y a pas jusqu'au cadre qui ne mérite qu'on en fasse mention, il présente dans ses moulures deux an(}C8 sculptés, sortis des mains de ftJ. G. Geefs, ce qui lui donne un grand prix.

11 nous reste à parler d'un tableau, dans lequel

256 GONm-RBHDir

mademoiselle Gorr a fait preuve d'une rare aptitude à

traiter le» sujets historiques. Les châtelaines de Crè^e'^ Cœur, tableau exposé > il y a six mow> à Liège.

Kous devoiii», à loccasion de ce sujet, entrer dana quelques détails historiques^ indispensables pour la parfaite întelllgenee de la scène.

Derniers moment des dames de Crève~Ccmr,

C est à peine si Thiâtoirc a daigné conserver le souvenir de cet intéressant épisode des guerres sanglantes tlu XVI'' siècle. L ubscurité la plus pi*ofonde enveloppe encore les noms des héroïnes de Bouvignes; Téclat de leur action a seul percé les ténèbres , et Tadmiration indécise ue s adresse qu'à des êtres problématiques et presque fabuleux.

rsous avons cepciidaul été mis à même de nous former une idée précise de cet événement , du moins tel qu'il a sei V 1 de donnée à rartisle.

Quelle que puisse être la valeur historique des docuniens sur lesquels cette donnée a été élabiic, nous allons

DÛ SALON D*BZP08inON. 257

ea commuDiiiuer la «ubataoce à no» lecteurs. Selon ce» doeumeiM, les hérotaes seraient trois sceurs appartenant à Tancienne et noble famille de Grève-Coeur ; ce nom y qui est aussi celui du château fort de Bouvignes, lui aurait appartenu longtemps avant la catastroplie qui Ta rendu célèbre ^ mais à laquelle il ne devrait pas sa dénomination, ainai que quelques-uns Font piéteudu.

L^ancienne tour de Grève-Coeur était un bâtiment carré formant habitation et fermé par un fossé du côté de la plaine de Rostenne : toute cette partie eiûste encore. Sous le premier des comtes bourguignons on éleva deux tours rondes et on acheva le château. Ces deux ouvrages dirent joints par une muraille dont les débris sont encore visibles.

La poterne de Créve-Cœur fixe Tâge de la grande et giOi>»c tour : en effet la pierre de recouvrement de cette poterne porte en saillie la croix de Bourgogne et le globe, ce même signe se retrouve sur toutes les poternes eonstmites sous la race bourguignonne. Cest donc vers Tannée 1429 que ces ouvrages furent ajoutés; mais, comme le nom de Grève>Gœur était déjà connu en iZOOy et qu'il en est fait mention dans plusieurs actes, on peut en induire que ce château était le domaine de la famille.

Ceci posé, venons au récit de levénement.

258 COMPTE-RENIH)

Le vendredi 50 juin 1554^ rarliiierie française avait détruit Je grand mur dont nom avons parlé; les bourgeois, après avoir vig^oureusement défendu la basse-ville, se réAigièrent les uns dans le château, les autres dana le fort de Crève-Cœur. La ville vide fut abandonnée aux Français; les bandes franches, les Lanzknechts, des pillards venus des Grisons et de riUyrie , ramassis de brigands qu on avait jeté hors de France, parce qu on ne pouvait plus y souffrir leur rapacité , s'y précipitèrent et iù'ent une large eurée des dépouilles d'une ville riche alors en métaux travaillés : pendant ce temps le* troupes régulières capitulaient avec le château et garantissaient au moins la vie sauve â ceux qui s'y trouvaient*

Le seul fort de Crève-Cœur, entouré par la lourbe de bandits qui occupait la ville, ne put espérer de jouir de ce triste avantage.

Trois femmes, d'une rare beauté et d'un haut lignage, qui sY trouvaient, devinrent le [)i)int de mire d^une soldatesque eilréuée, qui, gorgée de vin et d*or, menaçait de se révolter contre le duc de Nevers, si on u abandonnait Crève-Cœui- au pillage.

Les défenseurs du fort, au désespoir, après avoir usé leurs dernières rcsiiources, se rasseuililèient en conseil.— Conseil mystérieux et terrible, dont la résolution ne fut jamais connue que par ses çonséquenees : car.

DU UMM D*BZPO«TI01I. 259

À quelque» heures de là, aucun de ceux qui en faisaient partie nVut plus rien à oonBer à Tomile d*un ami, ni

au parchemin d'un mémoire.

Quelle que fftt cette résolution , les assiégés feigni-

icut de vouloir se rendre à di^erélion. La poterne^ les cours du château furent ouvertes et envahies; le pil- IdQe, lenieui Irc^ 1 laeciidie et ium les crimes qui aeeompagnent ces désastres, semblaient se précipiter dans le fort par toutes ces issues.

Tout à coup, trois femmes, vêtues de leurs plus beaux habits^ îip{)araissent au sommet de la tour prin* cipaie , élevant les yeux au ciel , leur unique et dernière espérance. Au même moment , un fracas horrible , comme le déchirement des nues daué Torage, suspend la course des assaillant glacés d'effroi. La tour chancello et tournoie sur sa base, puis disparait au milieu d'ui. tourbillon de flammes , de poussière et de fumée.

Le lendemain, les campagnes , les places, les rues de liouvignes étaient semées de débris humains , de casques , de lances , pêle-mêle avec des habits de femnu et les restes informes de ces créatures, si faibles pendant leur vie , si fortes à Theure de leur mort !

C^est auisi que le dimanche 2 juillet 1554) le der» nier rayon du soleil avait montré à Tarmée français^* stupi laite, les trois (illei> de (^rè\e-Cœur, montant ai-

ciel, entourées de leur triple auréole de gloire^ de patriotîême et de chasleté.

L^artîfte , voulatit exécuter son sujet en conaeieiice ^ a cherché à a'entourer de toiu les documeo* qu'il était powible de trouver.

Adoptant , comme la plus probable et la plus authentique , la narration que nous venons de rapporter^ elle reconstruisit dans son esprit tout ce triste roman.

Les trois dames de Grève-Cœur ont soutenu , dans leur château , le siège dont la prise de Bouv igoes fut le résultat. Qu'elles aient ou non participé activement à la défense de la place , en aidant les assiégés à réparer le» brèches, comme l'attestent quelques historiens, Tartiste ne s^en est point inquiétée. Là où se présentait une donnée simple et belle , elle a pensé que ce ne serait pas l'enrichir que la surcharger d'omemens.

Quant au moment choisi pour le tableau, elle a montré en cela autant de jugement que de sentiment et de convenance. Une des versions, la plus répandue, rapportait que les trois jeunes filles, parées de robes blanches , s'étaient précipitées dans la iMeuse, du iiaut de la tour. C'est celle qu'ont adoptée presque tous les historiens , elle n'altérerait en rien la vraisemblance de la scène que le tableau reproduit; seulement Tartiste a fort bien compris que, dans un acte de ce genre, le mo-*

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meot vraiment pauioimé, le momeiit poétique^ celui que Tart doit choisir de préférence > ce pas Tac- (ïoinplië^eiuent physique de la résolution généreuse, mais bien TiDStant qui succède au sacrifice moral , qui précède immédiatement la catastrophe.

Les trois sœurs sont là , sur le sommet de la tour. L aince , debout , semble Tâme de raction : son courage domine celui de ses sœurs , comme sa tète les dépasse , comme sa force les soutient. La plus jeune sœur laisse voir sur ses traits rabattement complet , la prostration des forces physiques que ne ranime pas un brûlant enthousiasme , c'est la nature humaine pâtissant. Cetle figure y si belle encore, porte déjà Fempreinte de la mort qui cerne ses yeux et ses lèvres ; ses genoux plient sous le poids de son corps; elle s'appuie la téte sur Fépaule de sa sœur aînée. Celle-ci , bien résignée pour ce qui la regarde, ne parait déjà plus tenir aux douleurs de la terre que par la compassion qu'elle éprouve pour cette frêle créature qui va défaillir dans ses bras. Ce n^est pas que la jeune fille manque précisément de courage, mais c'est Tasoendant irrésistible que reprend la chair sur Tesprît en présence de la mort, d'une mort inévitable , à la fleur de lage , quand les roses de la vie s'épanouissaient, quand tout n*était que bonheur et quauiuur tiaus l'aveuir. Certes, Ion ne dira pas que

GOMPTS-RBIVDU

Jeanne d'Arc » k pocelie d*0rléaii8 , manquât de oott«

rage ; le poète la fait cependant défaillir sur lea marcbet du bûcher. £lle se prit à pleurer, diuîl.

La conception de ces deux figures, ainsi réunies pour se faire valoir l'une par Taulre , est digne d un homme de génie. Il n'y a peut-être qu^une femme c|ui eût pu exprimer» avec autant de vérité et de convenance ^ ces délicatesses^ ces nuances de sentimens. L^aulre soeur vient compléter Fcnsemblc de la pensée. Elle «était jetée à genoux» son rosaire en main» elle se relève» \oyez, elle aussi a pris sou parti, le sacrifice est fait dans son cœur : la réaction physique s'opère en elle, ses larmes se sèeheul sur ses joues brûlantes où rincarnat reparaît» ses yeux» secs maintenant » prennent un éclat surnaturel.

Oh ! que cette téte est expressive » gracieuse et touchante ! Voilà de la peinture faite avec le cœur, de la peinture sentie» de la peinture pensée» que chacun comprendra, qu*on lira comme une naïve et pathétique ballade» devant laquelle on se sentira ému; parce quil y a là quelque chose que tous peuvent éprouver» parce que ce sont des seiiluneus dont tout le monde se croira susceptible.

Quand ces trois figures ne seraient pas entourées de tous les accessoires qui expliquent clairement le sujet »

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cliaciin dirait en le» voyant : Voilà des femmes qu un péril imminent menace , et qui vont s'y soustraire par leur énergie. Mais quand , à travers les créneaux de la tour, vous apercevez dans le lointain le piIIa(Te, le meurtre et TinceDdie , quand vous voyez les eaux de la Meuse refléter les lueurs des flammes dont la tour est presque euvcloppée , le sujet est vivant nous vos yeux , TOUS assistez à la scène, vous voyez une création.

Oui , une création, nous appuyons sur ce mot , parce que, parmi les ouvrages de nos meilleurs peintres modernes, cVst la création que Ton cherche presque ton* jours en vain, line création pour être complète doit offrir une idée unique , avec ses développemens ê*y rapportant sans la diviser ; ce n'est pas seulement la copie plus ou moins habile d^objets matériels rassemblés avec plus ou moins de bonheur; c'est une réunion d'objets tenant intimement l'un à Tautre , de sorte qu*on n'en pourrait i ctrancher ni ajouter sans modifier ridée. L'œuvre de M"" Corr réunit ces caractères.

La disposition des trois ûgures présente un groupe bien lié, bien ordonné, comme on pourrait l'exiger d'un groupe de sculpture. Le profil sévère de Fatnée se dessine sur un fond nuageux; la cadelle, celle qui parait souflrir le plus , est placée à la droite de sa sœur, le bras de celle-ci la soutient; lautre sœur est à genoux ,

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à gauche j elle s'est recommandée^ pour la dernière fois» à Dieu ; elle relève la léte.

Celle lèie, vue à peu près en raccouici, est une des plus graeieutes , elle est modelée avee une exactitude étonnante. Tous les muscles y sont sensibles dans le degré de tension que réclame la pose. 11 en est de même des deux autres tètes. Les deux aînées ont les épaules découvertes , la plus jeune porte un de ces voiles pudiques qui enveloppent le cou jusqu'au menton , cette guimpe du moyen âge , comme nom ia voyons dans le costume d'Isabelle de Mobert^le-Diable , que certaines religieuses ont eoubervée. Combien le choix tie ce vêtement est d'un bon eiTet, et comme il s'accorde avec le sentiment de compassion qu'inspire la jeune fille! C'est une de ces légères nuances de détails dont il est presque impossible d'expliquer Teffet, mais que Ton sent y et qu'uue femme seule pouvait ti*ouver.

Les mains de ces jeunes fiUes sont toutes parfaites. Elles ne sont poiut jetées dans le même moule : à lexpression de chaque main on reooDnattrait celui des pcrsoniiagcd auquel elle appartient.

Les costumes sont d'une grAce et d'une élégance remarquables , les couleurs en sont bien variées et bien harmonisées ; les plis moeileuxet vrais.

11 y a un grand bonheur d'expression dans la manière

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Simple dont rartiite a indiqué le lieu de la scène ^ le fommet de la tour. La croix de Bourgogne et le globe dont nous avons parlé , sont gravés en saillie sur une des pierre» du parapet. L'ouverture du dernier crë* ncau; dans la partie gauche du tableau, laisse tomber roeiltur la campagne où coule la Meuse; et le regard , en paasant , gliMC le long de la courbure extérieure du couronnement de la tour, dont on ne voit que la largeur dVn pied, ce qui «uOit pourtant à faire comprendre la perspective.

Cn résumé, oe tableau révèle dans son auteur un

grand progrès, le renoncement aux moyens d'cciat, pour ne s^attaclier qu'aux qualités solides , à une ordonnance simple. Plu9 de contorsions, [)lus de gestes exagérés dans le dessin ; et dans la couleur, plus de fracas. La nature est assez riche par elle-même pour qu'on ne cbencke pas à ramplilier : il n y a que 1 impuipspnee qui exagère, le véritable génie a la force d'être S£|ge et modéré : c'est ce que bien des artistes ne veidleiit p«s eomprendue. Le fond du tableau est parfaitement approprié à Ja drcoiislance.

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