‹ Compte-rendu du salon d'exposition de Bruxelles, 1836Chapitre 3 sur 35 · COMPT£-RENDU · texte numérisé non relu

COMPT£-RENDU

à dire non<-8eulemeiit «ur les ouvrages quil aura exposés daus ce i^aiou^ mais eucore sur ce que uous counaissons de ses antécëdens.

Le genre historique et les grauds tableaux ont un irrésistible attrait pour les jeunes gens : e'est la peinture héroïquL' cl( » piis^ioiis humaines , et la jeunesse a toujours quelque chose d'héroïque et de chevaleresque : elle sent vivement, saisit facilement les effets généraux : et comme daus ces maguiiiques scènes les grands traits se dessinent nettement, on a vu, même avec peu d^expérience de Tart, exéeuler heureusemenl un tableaud histoire. C'est ainsi que i naguère , tout écolier rhétorielen, en sortant du eulicge^ avait fait sa tragédie , à moins toutefois que le poëme épique n^eùt eu la préférence.

Le salon de 1 856 présente beaucoup de grandes toiles, presque toutes peintes par de très-jcuncs gens. Plusieurs blâmeront cette tendance et feront des raisonnemens à perte de vue pour démontrer que la produeùon des grands tableaux historiques n'est pasen rapport avec nos mu;urs , et surtout avee nos institutions politiques. Ils recommanderont les tableaux de chevalet, le genre, le paysage. Nous pensons qu'il faut laisser la jeunesse peindre comme son âge la porte à le faire. Que l^rtiste, pour ses débuts , peigne souvent Thomme dans ses proportions naturelles , e est surtout alors que les beautés ,

DU SAIiON D^BXPOSITIOII» 5

comme Ie« défaut»^ de forme etde'de«sia «onlsaiilaales« La reproduction exacte de la nature oflre des difficultés qu il est boa que les élèves s'habituent à vaincre.

Lorsqu'ils se seront astreints pendant longtemps à re* présenter rhommc en grandeur naturelle, leurs iautes leur paraîtront sensibles, un clair-obscur ne leurservira pas de prétexte pour dissimuler des yeux , des bouches , des nez à peine ébauchés. Dans les grands tableaux , le jeune artiste est obligé de faire de grandes fi^j^ures; s'il fait un inétiiuere ouvrage , il est probable qu'il fera d utiles études. Nous ne blâmerons donc pas les grands tableaux ; presque tous les peintres célèbres ont ainsi débuté. Et chez nous, les plus hautes réputations actuelles n'ont pas eu d'autre principe. Ne nous plaignons pas d'avoir quelque douzaine de longues et larges médiocrités dans un salon, quand» au milieu d'eUes, nous pouvons, à six années d'intervalle, voir briUcr un Vaiidcrwerf et une Bataille des Éperons^ Si tous nos jeunes artistes n'ont pas débuté comme MM. S^'appcraet Dekeyser , ce n'est pas une i*ai> son pour désespérer de leur avenir; car dans les moins remarquables des ouvrages historiques produits au salon , il y a toujours quelques bonnes parties à signaler, et nous ne manquerons pas de le faire, n'eussions-nous remarqué qu une buuiie main dans toute une bataille.

Lorsque Ton entre dans la carrière des arts, rien de

6 " GOMPTB-RBNDU

plii« prompt que le choix d un sujet ; aussi est-ce une véritable loterie : heureux oeux que le hasard favoriae. Plus tard, le choix du sujet est, pour Farltôte^la plus importante affaire. Un sujet heureusement choisi est à moitié exécuté :

' Ciii If cta polcnter erit re«,

Nec facuadia dcseret bunc, nec lucUla» ortlo,

dit Horace, dans son épitre aux Pisons, qui restera éternellement le code du goût et de la raison, la règle sure, la poétique infaillible de tous les arts d'imagination. On n'cât jamais mailre de sa matière, que quand on a choisi un sujet bien défini, bien net; et alors, ni l'éloquence pour le poète, ni la belle ordonnance pour le peintre, ni la brillante exécution pour tous les deux ne manquent à ime semblable donnée.

Si Ion voulait analyser scrupuleusement toute» ces compositions avortées qui encombrent d^ordinaire les oxpuïiiiioiih, on reconnaîtrait que presque tous leurs défauts procèdent d'tme faute première , le mauvais choix du sujet. Quand cette première faute est commise, 1 artiste de mérite lutte vainement contre lui-même; envain son talent dVxécution sWorce de rectifier ou de pallier sa vicieuse conception. Que sera-ce donc , si le jeune homme sans expérience, d\in talent chancelant

DU SALOH d'exposition. 7

encore, ajoute aux difficultés înhéreote» à toute œuvre d'art celte entrave eouliimcUe qui viendra paruiyAcr le peu de moyens qu'il avait à sa disposition?

Jeunes artistes, copiez longtemps la nature simple et tranquille, copiez-la dans ses proportions réelles, mettez-y le plus d'exactitude possible, vous composerez plus tard; et quand vous composerez, gai'dez-vous d'entreprendre d'abord des stiyets compliqués. Faites de grand» labieaux si vous le desirez ; maië n'y entassez pas • les personnages. Le mérite d'une oeuvre ne se mesure ni à ses dimensions, ni à la quantité d objets divers qu'elle renferme. Le sublime de Tart consiste à enserrer dans un espace peu étendu un grand nombre d'idées el de seutimens ensemble.

Un reprocbe que l'on est souvent en droit d'adresser à notre jeune école, c est de ne pas assez songer à nietlrc une pensée, une pensée nette et précise, dans ses con* ceptions. Souvent elle se contente d'un sentiment trèsvague, dont il est extrêmement diilicile de se rendre compte. On nous dira : Ces artistes parlent au cœur et nonàTesprit. — 11 est si facile de s égarer en suivant cette route 1 Combien n'en voit-on pas cbex qui des effets de couJeur, plus ou moins faux, sont lt8 scuU moyens pour faire ce qu'ils appellent de la poésie? Comme si la poésie pouvait exister sans la pensée.

GOHPTB^MNIKr

Tout ce qui est vague est poétique aux yeux de cer^ taines gens. (Test bien étrangement détourner les mots

de leur signification que de ies employer de cette manière.

Au dire de ces gens, la peinture doit être toute poésie^ la poésie doit être toute musique^ et sans doute la musique sera toute peinture. Eh! pourquoi ne pas laisser la poésie poésie, la peinture peinture, et la musique musique? G*est le cœur que toutes trois vont chercher, mais à travers des organes physiques diilërciis. Toutes trois ont à leur disposition des moyens particuliers pour exprimer des pensées ; et ce sont ces pensées qui réveillent des sentimens qui peuvent exister vaguement en nous , mais cpit doivent s'y produire nettement sous rimpression de lœuvre du génie. Ce serait singulièrement ravaler les beaux-arts que de leur donner pour seule mission d'exciter en nous de ces vagues sensations de plaisir ou de peine, que quelques flacons de vin de Champagne ou quelcpies grains d^opium nous apporteraient plus inÊiilliblement et à moins de frais.

Nous nous arrêtons sur ces considérations, parce que nous avons reconnu dans notre jeune école de peintui*e des tendances au nébuleux, que des preneurs maladroits n^ont que trop souvent présentées comme une route vers la poésie intime»

DU SALON D*BXPO0ITION.

Ayez une pensée grande et noble , ou gracieuse et piquante^ exprimez-la clairement en observant le caractère du genre et les convenances du sujet ; soyez sans crainte alors^ plus votre reproduction sera exacte^ et plus elle sera poétique.

Bien que les objets extérieurs et matériels niaient qu uue ibrme, comme nous ne les percevons qu'au moyen de nos organes^ et que ces organes sont sujets à une infinité de modificatious chez les difféiens individus, la manière de voir un même objet diffère sensiblement d'un homme à un autre homme. De là cette variété de manière dans leur reproduction ; la couleur est surtout sujette à ces variations.— Pour ce qui est des formes, elles peuvent se rapporter à des règles plus précises et plus générales.

Bien des élèves trouvent plus commode d'imiter leur maître, d'employerservilement ses procédés pour copier la nature, que de sVn tenir à la nature même.

Quand on a peint pendant un certain iiombi^ d'années , on a acquis une habitude , on a des formes de style qui reviennent chaque fois que des idées analo(][ues se représentent : cela donne à tous les ouvrages d'un même maître une physioiiouiie uni (orme très-facile à saisir et dont un talent médiocre fait la charge sans grande peine. G*est malheureusement souvent à cette seule imi-

10 GOMm^UNim DV SAtOll ll'BXFOSmOlf.

talion que s at4âcheiit les commeuçâns. Si"ûs y réfléchissaient oependant, ik verraient que ces traits de physionomie qu'ils ont saisis me me avec fidélité^ peuvent être des beautés chez leurs maîtres p et sont toiy ours des dé-

iaulschez eux, qui ne peuvent y joindre la science réelle que possèdent les premiers.

DËKËYSËR.

11 y a quelques années, une dame d*Anvers, parcourant h campagne des enyirons, rencontre sur sa route un jeune liomme gardant les vaches, et s amusant à dessiner sur le sable avec le bout d^un bAton. «Vous aimez

à dessiner, lui dil la dame; si vous le desirez, je vous procurerai du papier et des crayons! » Le jeune homme transporté accepta, et le lendemain il fut en possession non-seulement de crayons et de papier, mais encore d^une image de la Vierge, qu^il se mit à copier avec ardeur. Quelques jours après, il donna à la dame la copie quil avait ftite. Cdle-cî, ayant consulté des artistes, emmena le jeune pâtre chez elle, lui (il suivre le» cours de dessin et de peinture, et Fentretint à ses frais.

13 COMPTB-RBNOtr

A quelque temps de là, eu 1834, le bruit te répandit dans lè monde artistique qu^un jeune homme , âgé de vingt ans à peine, venait d'achever à Anvers, pour Fëglise catholique de Manchester, un immense tableau représentant le Christ en croix sur le Calvaire, sujet si magnifiquement traité, dans cette même ville d^An* vers, par rimmortel Eubens.

La curiosité fut vivement éveillée , et quand Tartiste déroula sa toile aux yeux de ses compatriotes , ce fut une stupéfaction générale. Une si grande audace, couronnée d*un succès inattendu, fut accueillie par acelamalions, comme le présage cl le gage certain d'un avenir riche en triomphes.

L'auteur de celte production, c'était le jeune paire; ce pâtre, c'était M. Dekeyser !

Bien que cette première œuvre ne fût, en beaucoup de points, qu une heureuse réminiscence , il était facile d'y reconnaître le germe dW talent qui n*avait besoin pour se développer que du temps, employé à de fortes et conseiencieuses études. M. Dekeyser eut le bonheur de rencontrer des détracteurs et des critiques sévères, •et il eut assez d'esprit, un jugement assez droit pour discerner les avis utiles au milieu des insinuations de la malveillance et de la jalousie. 11 sut également se tenir en garde contre Tenivrement des louanges immodérées

DU «ALOM D*BXFOSIT101l. 13

et contre le découragemeDt qu'iuApire 1 injustice^ même aux vrais talens.

11 comprit ce qui lui manquait encore^ et comme liû-méaie hâtait pas satisfiût de son travail» il ne trouva paë étrange que il autres ue le fussent pas non plus. 11 ne répondit pas à la haine par des récriminations» il se dit à hii-méme : « Je les forcerai bien à m'applaudir ! » et il se mit à travailler avec une nouvelle ardeur.

L*annëe suivante» le Salon de Gand le vit exposer un SairU Dominique qui attestait de grands progrès, dus à des efiforis bien dirigés* A peine ce tableau était^il étalé aux ic^jariis du public, que M. le comte Charles Vilain XUII en offrait huit fois le prix que Tacquéreur en avait donné â Fartiste. — ^Méme concert dVloges et de critiques» même modestie de la part de Tauteur à recevoir les uns et les autres » mêmes études pour se grandir» même persévérance dans ces travaux.

Allez maintenant au Salon de Bruxelles » r^;ardez la bataille des Éperons d'Or , et dites si Ton n'est pas en droit d'assurer un brillant avenir à celui qui est arrivé , si jeune» à produire une œuvre déjà si complète» si riche de qualités sohdcsP — Une semblable précocité ne s'est jamais rencontrée dans les annales de la peinture. 11 n y a point d exemple d'un début aussi éclatant» dans un âge aussi voisin de Tenfance.

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Certes, il y a là plus que des espérances; il y a un beau et vigoureux talent, li y a surtout dans les antëcédens du peintre des garanties de progrès inappréciables.

M* Dekeyser est né peintre; il est à la fois dessina^ leur et coloriste. Nous employons ici ces ezpressioiis dans leur plus large acception. 11 est dessinateur, nonseulement parée qu^il sait traoer eorreotement une téte, un bras, une jambe ; mais parce qu^il sait disposer wa sujet dans son cadre, grouper ses personnages pour en laisser voir ou en cacher ce que réclame ou ce que rejette son siyet; parce qu'il sait donner aux physbnomies Texpression , aux gestes le mouvement , aux poses rintention qu'il a d'avance combinés dans son ensemble. 11 est coloriste, parce qu'il a subordonné sa couleur à sa composition , parce qu'il a conçu une harmonie de teintes correspondant à Tharmonie de ses lignes, comme celles-ci correspondent à Tharmonie des diverses pensées qui concourent à rendre sa pensée principale.

Qu'au milieu de ces qualités générales si remarquables, il se présente des fautes de détails, elles seront le résultat de rinexpérience et non la conséquence d'un feux système. L'étude rectifiera toutes ces défectuosités dVm talent qui se complétera en produisant.

C'est surtout dans les festes de la patrie que l'artiste

Digltized by

doit chercher dea sujets , certain d'y trouver tovyours rinapifatioii créatrice. A|irèê les lujeta sacrés, les faits de rhistoire de uos pères sont les plus propres à nous émouToir. Os ont en outre un degré d'utilité que lou ne perd que trop souvent de vue aujourd hui dans la culture des beauz-orts« Les ancîeni^ qui y ont excellé aoos tous les rapports, ne se sont jamais écartés de ce principe. Le poète^ ou le peintre, ou le statuaire, ne doit ouvrir les annales de son pays que pour y chercher des sujets qui inspirenl à ses eoiicitoyens Famour du sol natal^ 11 ne les fouillera point dans Tintention d'exhumer quelque fait révoltant, présentant 1 espèce hunaainedans ses dégradations exceptionnelles. 11 tâchera au contraii*e de la relever à ses propres yeux en la peignant dans ce qu'elle a de beau , de noble et de grand. Sans doute il est de ces monstruosilés qui ont en elles un certain caractère de (jrandeur qui frappe au premier abord , qvû peut plaire même comme contraste; mais leur reproduction trop fréquente sur la scène , dans les livres et sur la toile, porte un notable préjudice à la morale. —Les esprits &UX sont plus communs qu^on ne le pense, ilsse passionneront pour tout ce qui leur paraîtra grand : combien de fois n*a-t-on pas vu Topinion, égarée par des systèmes erronés, ériger le crime même en vertu. La corruption du goût tient de bien prés à la corruption des

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inœiirs. — Les artUtes ne doivent pas oublier c^u ils ont dans ce monde une mission civilisatrice^ et que la postérité leur demandera sévèrement compte de ce qu^ls auront accompli pour le bien de leurs neveux.

Le sujet dont M. Dekeyser a fait choix réunissait toutes les eonditious d un tableau d'histoire nationale. C'est un fait éminemment honorable pour la Belgique. 11 rappelle les efforts soutenus ^ les luttes san()lanto.s de nos provinces contre Tétranger pour la conquête et pour le maintien de leurs franchises.

Bataille des Éperons d'Or '.

La bataille des Éperons d'Or fut donnée devant Gour^

trai, le II juillet 150Î2. L année de Flandre y remporta une victoire signalée sur Tarmée française forte de plus de 50,000 hommes.

0 Des atteintes portées aux privilèges des Flamands par la création de nouveaux i m pots et Térection de plusieurs citadelles, rattachemcutque ee peuple porta toujours à ses princes lorsque ceux-ci étaient malheureux ,

> BMteor, 4initrc« 70; largeur, 6,9S.

avaîeni exaspéré une nation jalouse de ses firoHs. Quant

à la noblesse, c'est une erreur de croire qu'elle ii ail point pris part à la lutte; Finjustiee qui venait d^étre commise envers son seigneur ( Gui , comte de Flandre ), par la violation du di*oit féodal, et lemprisonnement de plus de cinquante des plus nobles Flamands , n^excitaient que trop légilîmement la haine contre la France. Pour

le clergé, il ne voyait dans Philippe-le-Bel qa*un prince

ur(j;ueilleux et impie , qui lui semblait prendre plaisir à humilier le souverain pontife; il devait ainsi faire cause oomnrane avec le reste de la nation. GVst ainsi que toute la Flandre, à Texception du parti français, se leva en masse, mit, par la victoire de Goiirtrai , la France à deux doigts de sa perte, et se fût peut^tre emparée de Paris , s'il se fût trouvé parmi nos ancêtres un homme qui eût su profiter de la victoire »

La lutte dont le peintre noua représente le dernier aete et le glorieux dénoùment était donc une lutte nationale, où nos pères combattaient pour leur liberté contre Toppression étrangère. La notice de M. Goethals- Vercruysse, traduite du flamand cnlrauçaisparM. Voisin, et insérée, en 1854, dans le Messager des Sciences et des j^rts de Gand, donne les détails les plus circonstanciés

* A. V<iiMn , notice sur la bataille de Courtrai. Heatager des aciencea et dea arts, 18â4, ô« Uvrataoe.

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éur cetévëaement et «ur ceux qui iant amené. Noua lui empruntons encore le paMa{je qui a donné à M. Dekcyser Fidcc de son tableau.

« 11 était neuf heures du matin quand le comte d*Ar* lois, transporté de désespoir et de rage en appreiiaiiL la défaite des siens, vint lui-même attaquer les Flamands avec son corps, qui formait Télite de son armée. Un chevalier champenois de sa suite 1 avertit que le ruisseau était déjà rempli de morts en plusieurs endroits. Hais il n'y fit point attention, donna de 1 éperon à son coursier, et s'élança sur Fautre bord, suivi de tout son monde. Gui reconnaît ses armes et sa bannière; il accourt à sa rencontre, et le carnage recommence avec un nouvel acharnement. Quelques Gantois et ceux de Bruges renversèrent tout ce qui s oÛiit à leurs coups. Le comte d^Àrtois poussa son impétueux cour^ sier jusqu'auprès de l'étendard de Flandre ; il le saisit par la hampe, et malgré les coups de massue et de hache qui pleuvaient sur lut) il en déchii'a un lambeau. Dans cette lutte, il perdit, malheureusement pour lui, tm étrier. 11 n*en continua pas moins à se défendre bravement, jusqu'à ce que Guillaume van Saeftingen, frère-lai de l'abbaye de Ter Doest, dans le franc -nord de Bruges, qui, entraîné par son brûlant patriotisme, vint avec un carme du même endroit prendre part à la

DU SALON DËXPOSITION. 19

bataille^ lui porta un coup si violent, quille renversa en même temps que sou cheval. Le prinee Ait alors assailli de toutes parts et couvert de blessures avec tant de iureur, qu'il fut obligé de s écrier qu il était le comte d^Âitois et de demander s^U n*y avait pas là un noble auquel il pût rendi^e son épée. On lui répondit en flamand qu^onn^entendait pas sa langue^ et qu'au reste on ne faisait pas de prisonniers. Il fiit achevé à ces mots. Un boucher de Bruges, qui lui avait déjà abattu le bra« d*un seul coup, lui coupa la langue qui lui sortait de la bouche, et offrit, api t .s la bataille, ce dégoûtant trophée à Jean van der Marct* Le comte d'Eu et nombre d'autres grands de France perdirent aussi la vie en cet endroit, taudis que partout ailleurs Ton se battait encore avec acharnement, mais toujours au désavantage des ennemis. Le chevaher UugonButtermau, d'Arckel, se distingua au-dessus de tous les autres et rapporta Tétendard fraueais, comme il l a vait juré, avant la bataille, aux généraux Flamands; mais il ^t si grièvement blessé , qu^l en mourut peu de temps après. »

(K Ce Guillaume van Saeliingeu, qui avait abattu le comte d'Artois, fut IHm de ceux qui se distinguèrent' le plus en cette terrible journée. 11 travaillait à sa récolte de foin, lorsqu'il apprit que Jean de Renesse, seigneur de son village, était sur le point de combattre les Français

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près de €ourtraî. Il détéOe A Hiiftant une jument de son chariot y pour «'en servir couune de mouture, vend Fautre pour un glaive, une maatue et quelque argent, et part en toute iiàte. U arriva au milieu du plu» fort ^ delà bataille, yaasomma quantité de chevaliers renversés, et se vanta d en avoir, pour sa part, jeté en bas de leurs coursiers environ quarante. Cëtait, à ce qu^il parait, un homme bien redoutable. En quelques difficultés s'étant élevées entre les irères-iais et les moines de son couvent, il blessa son abbé, tua son ptîeur, et se sauva sur latoui*de Liswege, où il fut cerné par les amis de fabbé; heureusement pour lui , Jean Breydd et le fils de Pierre de Coninek vinrent le dégager à cause de la vaillance dont • il avait donné des preuves si brillantes à la bataille de Courtraî , et lui facilitèrent les moyens de sortir du pays ; il se retii'a en Syrie, où Ton dit qu'il apostasia '. »

L'artiste a donc bien choisi le moment décisif de Faction, lout dans son tableau porte le caractère dune victoire qui s'accomplit, si Ton peut s*ezprimer ainsi. La lutte se continue encore sur quelques points, mais on voit que Tavantagc doit demeurer au lion de Flandre. D'un cèté, cette belle et brillante noblesse française résiste encore, avant d al>audonner aux vainqueurs les 700 éperons d'or, qui vont bientôt aller parer la voûte de Féglise de

1 Vojes Ckrwtjfttran TlneiKfrreit.Bnisof», Wjdts. In^foi. vol. 1, p.

DU SAtON D EXPOSITION.

SI

Notfe*Dame de Courtrai. L^armée flamande offre un méiaiige piu« varié ; oa reconnaît que c'est une nation qui combat pour ses fbyera, un peuple qui te bat chez lui. Plusieurs n'ont quitté leui ë occupatious que de la YeiUe, comme ceGuiUaume van Saeftingen^ dont la lourde massue ' a renversé le comte d'Artois.

Le commandant des troupes firançaisesi celui sur qui r^KMaitledeplindecetle journée; est tombé avec souche*

t GiiaimiiMi CafaK www • hiwé |>téciaw Cànmifw» wtétrifmê dm wyar

t^nages, publiée Jans h collection âcn Chronique* Irançaisr» chisaTant J. h. Buchon. Paris, Vcrdièrc, 1828, vol. YMI. Cet auteur, qui fut ble»»é à U journée de Moiis-cn-Puol . et rpii écrivit sa chrooiqiie à rhôpilal tl'Arras. en lîîOî , avail ftans Joute assisté auui à la bataille de Courtrai, qu'il raconte avc-c los détail» le* plus minutieux et 1m phu iostruclifti. Voici comment U décrit, page SIO, vei» VttS, Ict tcrriU» nfuet «op» le* ooujw detqucNet tant de Fr»çM* eueeonribèrait dam la fhmt de Groningne*

A gran* bastoa» p<-Mai fémf »

A un lonr for ai^u devant ,

Vont (let Flamanda) ceux de France rcccvaal.

Ont ntirn Goilentlar en la terre , Gadendac , c'est àon jour à dire , m françoM le tnI detcrir», Gl tMutou «ont lonc et traitiz , Pour fétit a deui maini faitii.

Et quant Tes en faut au detccndre , Se cil qui Snt i mnil «ntaBdi** Et il en «acbe bien ouvrer, TanUwt puel ton cop recouvrer Il Hrir, MM ^al« MMpMM, Du bout devant , en ettoqutnl, San aaocBi parmi le vcalre.

Btlî ImMtaguz qui entre lii^awiiHl de pWue tMiètc , Par tout te* lieux où l'on en giète, S'anncaret ne le détiennent.

val ; il avance le bras pour remettre êon épée. Le bouclier de Bruges lui appuie le genou et le poiug sut* là poitrine, et, de la même hache dont il abat les bceuft, il va achever le malheureux prince.

La crise est terrible , Tanziété est affreuse.

L'ascendant qui vous rctieot devant cette toile est si fort, il résulte d^un ensemble si sagement combiné, qu*on éprouve une g^rand difficulté à en extraire un personnage pour Texaminer en détail, pour en faire lanalyscj le tableau contient au moins quarante figures dont il faudrait parler successivement. — Après avoir remarqué la belle disposition du groupe principal et la manière naturelle dont les épisodes y sont liés, voyons sui- chaque figure lesexpressions justes, en situation, Icparfiiit accord du geste avec le sentiment.

Étourdi d une chute violente , couché sur le dos, fixé par terre , le prince reconnaît le danger qui Fenvironne. L^angoisse intérieure qu'il éprouve se réfléchit dans ses traits, vivement agités, mais qui conservent un caractère noble et digne.

11 a (perché autour de lui quelque ami qui lui prêtât le secours de son bras, ses yeux n*ont rencontré que des figures féroces, acharnées à sa perte; il ne demande plus maintenant quW chevalier digne de rhonneur de recevoir son épée, arme inutile désormais dans sa main.

m SALON D^EXPosmon. 25

La mort j qu*il voit déjà sangiaDte sur la hache du boucher de Bruges , ne Pépouvante plus; il a fait tout ce qu^un homme de cœur pouvait faire; il tombe «ur un lambeau de Fëtendard de Flandre qu^H a déchiré de ses maina.

L'énergique frère-lai de labbaye de Ter Doest c»l debout à droite; il tient en main la massue qui vient d^abaltre le comte. 11 en a iail a^ez^ pour lui; il lai.sse aux autres le soin d'achever son ouvrage. Jl y a tout un poëmede cruelle satis&ction dans son regard , dans son geste y dans sa pose. L'exécution de toute cette figure est aussi admirable de coloris ; que de dessin et d'expression.

Le boucher, à la chevelure rousse, aux bras nerveux,

à la poitrine palpitante et foi u , vsi posé comme un athlète terrassant son adversaire. Cette main et ce genou qui pressent le prince sont comme des tenailles de fer inflexibles. Un voit dans les yeux de cette béte féroce, à la iîireur dont elle est animée, que d^horribles mutilalions suivront le coup qui tranchera la vie de la victime.

A côté de cette tête bideuse, et poui laul d une iVappante vérité et d une parfaiteexécution , deux autres tètes, plus jeunes , forment un heureux contraste. Chez ces deux jeunes hommes que Ton voit derrière le boucher, on aime & retrouver des sentimens humains , des traits

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paasionnéSy mais animés de passions plus nobles. Ces deux létes sont d^une grâce remarquable, particulière' ment celle qui se trouve un peu au-dessus du boucher , et dont le vêtement est- vert. Elle rappelle , sans plagiat^ le beau type que Rubens a donné à saint Jean , le diseiple bien-aimë ^ dans plusieurs de ses tableaux,

A droite de Guillaume van Saeflingen Je carme semble rengager à la miséricorde , et prier en même temps pour Fàme des morts. DeFautrecôté, une vieille femme, véritable mégère^ Fa saisi par le bras et s'efTorce de le montrer à ceux qui l'entourent comme le héros libéra* teur de la pairie, comme celui qui a frappé le dévastateur de leurs champs. Ces deux têtes jettent une heureuse variété, par des oppositions bien combinées. Cette femme , vous Tavez vue partout dans les émeutes populaires , ou dans les disputes de carrefours; e^est la nature prise sur le fait.

Sur le devant^ un guerrier armé de toutes pièces retient le prinee par les cheveux et apprête sou poignard pour fcn frapper.

Ce personnage exige une réflexion à laquelle il se mêlera (]uclqiie critique. Si nous avons bien saisi fintention du peintre^ il a voulu faire sentir, par des traits de caractère, les deux élémens distincts dont se composait Tarmée flamande ; d'une part le peuple

DU SALON D'sXPOUTiOlf. ^5 ,

de» yiUes et des campiagnes, armé à la bâte pour repouMer Tagresnoii étrangère; ce peuple , animé ^ furieu]i y ne connaissant pas de mesure , se battant comme un lion, déchirant son adversaire comme un tigre ; de l'autre les troupes réglées » allant au combat avec ordre ^ portant leurs coups avec prudence^ sachant contenir leur emportement. Cette distinction est sage y eUc dénote dans Fauteur de la réflexion 1 1 un bon jugement. Mab nous pensons que dans la iigure dont nous nous occupons^ cette intention est exagérée ; que ce soldat est trop calme; que le mouvement de son bras gauche surtout est trop incertain^ et n'est pas en rapport avec celui du bras droit ^ dans lequel il y a de Ténergie.

Sa pose a quelque chose d'embarrassé qui tient à la difficulté de se mouvoir dans son armure de fer , mab qui n'est pas d'un heureux effet à la place qu'il occupe. Ses proportions paraissent aussi quelque peu colossales^ eu égard aux dimensions de sa tète.

Si de ce groupe principal nouî> passons aux épisodes^ nous trouvons des détails pleins de variété et d'un puissant intérêt.

Dans le coiu^ à di*oite du tableau, un jeune combattant de l'armée flainande est étendu sans vie; le sang

« échappe par ses nombreuses et profondes blessures. Une

18 GOMPTfi-ftfiNDU .

Dans le fond^ à droite , une tour indique le voisinage de la ville ; un peu plus loin , le clocher de Gourtrai dëterminc le lieu. Le terrain est bien ee «ju il doit ètrej sur la gauche^ Tartisle a fait sentir la présence du ruis-^ seau de Groenin/jhe. Les armes et écussons brodés sur la poitrine des chevaliers^ les étendards exacts des provinces y rendent le sujet trés-intellîgîblev

Un volume ëuilirait à peine ^ ëi nous voulions prendre un â un tous lea jiersonnagea de cemagnifique drame. , Nous trouverions, à eliaque pas, de nouveaux éloges à donner au jeune peintre^ noua rencontrerîons aussi, çàet là, quelques reproches à hii adresser. Nous résume- • rons ces derniers en une observation générale : c'est que le luxe éblouissant de couleur dont il a chargé sa palette, s'il produit souvent des beautés du premier ordre, altère un peu Tharmonie de son tableau ; que les reflets y sont trop fréquens, et qu'enfin «on colui i» n'a pas encore atteint cette solidité de ton qui fait le mérite

supérieur des (grands maîtres.

Du reste , aucun peintre moderne n^a fait un usage plus savant du clair^bscur. Les demi-teintes sont ménagées, dans le tableau de M. DeLeyser, avec un admirable sentiment; les raccourcis se présentent avec tant de naturel quon n'y lait presque pas attention, qa^il faut y regarder exprèa pour s^apercevoir que c'est

DU SALON d'ëxposition. 28

par uu eiïet tic» perspective que tel i)raï>, telle jambe, jiaraiMeiit dans toute leur étendue , bien qu'ib «ortent du tableau et viennent direetement devant voua.

Jua partie archéologique de cette Uiade e«t plus éton- Hante peut-être que tout le raie. On est accoutumé à trouver daus la jeunesse de la fougue et de la passion ; ma» oetle acîence^ qui reuuacîle toute une génération , on ne la demande d*ordinaire qu'aux hommes mûris par Tétude. Les antiquaires les plus ejùgeans ne trouveraient pas line observation critique à faire sur le costume, sur les armures et tous les autres détails. Les baunièresi lec écussons qui ornent la poitrine des chevaliers , sont des documens historiques qui vienuent ajouter encore à la vérité* Cette observation minutieuse de détails ne serait d^aucune valeur sî le tableau n^avait d^autre mérite que celui-là ; mais ajoutée à tous ceux de Toeuvre de notre peintre y eUe est d'une grande importance. 11 n ) a pas jusqu'à 1 éperon du comte qui n ail été exactement copié sur le seul qui subsbte des 700| ramassés après la journée de Courtraî.

L'impression profonde , le vif sentiment d'admiration dont nous avons été transporté à la vue de cette belle toile^ nous a fait balancer longtemps avant de formuler ' notre opinion sur son mérite. Nons craignions de nous laisser emporter par 1 cnibousiaduie. Maintenant que

30 COMPTE-RENDU DU &ALOH d'eXPOSITION.

noua av uu» vingt (bis revu ce chef-d'oeuv i e , loia que notre admiralion se refroidiste, noiu- aenloiis qu^eile •''augmente par la réflexion.

On a reproché au tableau de M« Dekey«er de manquer de couleur locale; noua ne laurkma partager œHe opinion; nous pensons qu'il a donné à sou ciel lâ teinte convenable. Le brouillard qui règne encore dam une partie du tableau est un brouillard historique, comme le aokil d'Auaterlita est un aoleil biatorique. On lui a aùaai reproché de la eonfiuion } ce défaut ne noua a point irappé ; nous avons trouvé aasez d air et autant de profondeur que le comportait le lieu de la scène ; les personnages ne nous ont pas paru gênés dans leurs mouTcmena ; mais noua n^airona pas oublié que le point représenté par Tartisle est la mêlée la plus épaisse de toute la bataille. Les combats partiel» que Ton aperçoit dana le lointain sont fort animés , ils sont bien à leur place, et complètent parfaitement Tidée dWe victoire qui se décide. Noua ne pensons donc paa que , sous le rapport de la clarté et de l'intelligence du sujet, on puisse adresser à M. Dekeyser des reproches bien sérieux.

^<ous lui dirons donc en terminant cet article :

Ecoîc Ru'.'jle de Gravure a BrjXi'IlcB

WAPPERS

L'année qui .vit la révolution politique de« pnnrinoet be^es f ayait' vu , peu de jours aviull ie tnomeiil de la arhCy une manircëtatioii bnilante d iui jeune talent dont le début éveilla les plus hautes espéranees ehes tous les admirateurs de la vieille éeole flamande.

L'apparition du anderwerf, au salon de 1850, fut pour rartl>elge un événeméiit; elle prouva aux timides que Ton pouvait iaire bien, autoement qu'en suivant, à la lettre, les prescriptions d*une école dont les principes étaieiii devenus plus lyraauiques, à mesure qu'elle perdait les moyeiis de s^assurer autrement k prééniinenee; elle montra à ceux que de longs succès avaient bercés, que de nouveaux efforts leur devenaieiit nécessaires pour la hitte qu^ils allaient avoir à soutenir.

Comme dans toutes les réactions, les partis devinrent

52 GOMPT£-A£nDU

exclusifs» ei le public «e [>artagea eu deux camps; la grande multitude adopta le» idées nouvelles, moins parce qu'elle le« reconnaissait pour les ineiiicures , que parce qu^elles étaient nouvelles^ et qu'elles rompaient k monotonie des opinions reçues.

Aujourd'hui > les idées ont eu le temps de se mûrir, leurs fruits ont été savourés; au premier enivrement a succédé un état plus favorable à l'analyse; et les doctrines > sans se confondre pour cela, se sont modifiées heureusement par leur influence mutuelle et réciproque.

Quelques-uns des novateurs, comprenant très-bien que Ton n'est novateur qu'une seule fob, se sont apphqués à acquérir des qualités solides, propres à donner du poids à leur talent , et à lui assurer des succès moins éphémères. Tout le monde y a gagné.

Pour atteindre la perfection et la sagesse d'exécution dont il a fait preuve dans son dernier ouvrage, M. Wappers a dû passer par différens de^jrés qui ont pu, pendant quelque temps, inspirer des craintes sur la direction qu*aUait prendre son talent. Il sort ai^ourd^hui victorieux de ocUe espèce de lutte avec lui-même. 11 nous montre un chef-d'œuvre qui brille surtout par les qualités dont, jusqu'ici, ont lui avait fait un reprochede manquer.

DU SALON D*nP(MinON. 55

Derniers momens de Charles

« A son retour de Whitehall , Charles lit solliciter la chambre des communes de lui pennettre de voir ses enfans, et manifesta le désir d*étre aidé dans ses dévotions par le docteur Juxon^ le dernier évéque de Londres. On lui accorda ses demandes. Tout pe qui lui restait de sa fainilie eu Angleterre, étaient la princesse Elisabeth, âgée de treize ans, et le duc de Glocester, qui ayait à peine atteint trois années. Après avoir, par ses paroles pieuses et tendres, adouci le désespoir de sa fiBe , il prit son fils dans ses bras et lui dit en le couvrant de baisers : « Mon enfant, ces hommes barbares vont trancher la tète à ton père, et ils te proposeront de te faire roi. Mais prête attention à ce que je vais le dire : tu ne peux être roi aussi long-temps que vivront tes frères Charles et Jacques, lis leur trancheront la téte à eux aussi, s'ib réussissent à s'emparer d'eux, et ils ne respecteraient pas tes jours davantage ; c*est pourquoi je t ordonne de ne pas te laisser faire roi par eux. » L^enfant, les yeux pleins de larmes, répondit en san-

34 GOMPTE-aiNOU

glotaut : « Ils me mettraient eu pièces plutôt que de m'y faire consentir. »

SanÎMante «cène d'intérieur avec laquelle Wappers va nous faire pleurer , tant il a bien compris la douleur de ces âmes royales.

Les moyens qu'il emploiera seront simples^ peu d'espace y peu de personna^; mais des pensées, mais des scntimens qui «e pressent. 11 ii a plus besoin aujourd'hui, pour montrer les ressources de son talent, de dé* rouler devant vos yeux une action vaste ; vous fait seulement assister aux adieux d'un père à ses enfans. Hais ce père , cW un roi, un roi autour duquel hurlent les passions populaires qtd demandent sa tète. Ces en- ÙOM, c'est d'abord une jeune et frêle princesse, terrassée sous le coup qui frappe l'auteur de ses jours , comprenant tout ce que le sacrifice a d'ainer et de poignant, anéantie sous l'étreinte de l'inflexible et effroyable destin qui brise son cœur. C'est un jeune enfant, trop jeune encore pour sentir l'étendre de son malheur.

Il est fâcheux toutefois que le peintre ait cru devoir violer la vérité historique, en ajoutant plusieurs années à Fâge du prince , lorsque son âge réel expliquait et motivait bien mieux Tcxpression de surprise qu'il lui a donnée.

Le duc de Glocester, tel que M. Wappers nous fa

DU 8AI.01I B*EXFO8ITI01f. S5

peint, a «u moins dix am ; à cet âge, «ans doute, un enfant intelligent comprendra bien Tidée d'une mort violente qui menace «on père, et répondra aux paroiea qii^Q lui adresse , dans oe moment suprême, autrement que par une surprise inquiète.

Nous ne pouvons nous expliquer la préoccupation qui aura puu&ëc Tartiste à modifier ainsi lliibioire^ puisque son effet n^y gagnait rien et qu'il perdait de sa vérité.

Pour en finir une bonne fois avec une critique , que nous nelaisons qu'à regret, «joutons que le ton général de la couleur de ce tableau ne nous parait pas en parlait accord avec le sujet.

L*instantest solennel ^ la composition de Tensemble répond bien à lidce sévère du sujet. Le roi est noblement posé , Fexpression de sa physionomie est calme, mais triste ; c'est un miroir où se reflètent toutes les pensées qui se partagent cette Ame royale et paternelle ; la jeune princesse est parfaitement en situation ; mais la couleur n'est-elle pas bien fraîche, bien brillante?

Est-ce le ton que Ton s^attend à voir régner dans la peinture des adieux d'un condamné à mort? iS y a-t-il pas là une coquetterie de pinceau qui paralyse quelque peu l'effet? >ie seiit-oii pas qu'il faudrait à cette scène la couleur de Rembrandt ?

Aussi, tout en rendant un éclatant hommage aux

36 coiim-BSNDu

belles qualités qui distinguent la dernière production de M. Wappers; nous lui reprocherons de n^avoir pas assez ménagé Téclat de sa palette,

L*évéque n^ajoute rien non plus à TelFet ; il ne complète pas ridée du sujet ^ et les vives couleurs de ses habits pontificaux ne noua paraissent pas non plus une heureuse infraction à la vérité : car on sait que tel n^cst pas le costume que devait porter le docteur Juxon dans cette circonstance.

Malgré ces défauts , le sentiment du tableau est si fort, il est rendu avec une telle perfection sur la figure de Charles V" et dans toute la personne de .la jeune princesse, que Ton ne peut s*empécher d^admirer, d^étre touché , de proclamer Wappers ^n (paud peintre , uu maître dans Fart de remuer Tàme.

Et rexécution de cette pag*; est si parfaite ! La tête de Charles est si noble , si subUme de profonde douleur pour ceux qu*il quitte , de sainte résignation pour luimême! Sa chevelure tombe avec tant de grâce sur ce cou que le glaive va frapper ! L'enfant a un mouvement si vrai, si on le considère en lui-même; le pinceau de Tartiste s'est joué avec tant de légèreté dans ses cheveux blonds aussi ! La princesse est si accablée , si anéantie !

C'est une idée singulièrement heureuse que la réunion de ces trois personnes sur lesquelles le même événement

DIT SALON d'bXPOSITIOI!!* 57

produilde» uuauces d impressions si diverses. 11 fallait un îmineiMe talent pour parvenir à les ai bien caractériser. C'est Jà réeilemeut le sublime de Tart, le plus noble but où il puÎMe atteindre.

L^artiste qui sait ainsi exprimer les passions , dans ce qu elles ont de délicat, comme dans leurs manifestations les plus énergiques, mérite le nom de peintre et de poète : W appers est Tun ei l'autre.

Quoique ce tableau ne aVdrcMe qu^au cœur, il n*a rien de vague , rien d indécis; aucun effet faiiUâlique n*y vient subtiliser les suffrages ; tout ce quWa admiré, au premier coup d^œil , on Tadmire encore à la centième fois qu'on revient devant la toile.

Ajoutons que jamais le pinceau de Wappers ne s^est montré plus ferme ni plus moelleux.

Aussi, quelque sévère que puisse paraître notre critique sur certains points, nous professons pour ce beau talent une admiration plus sincère peut-être que ceux qui ne verront en lui aucune tache.

VAN Rouy.

Derniers momens du comte d'Egmont, dans la maison dite Brooo-Hoys.

« Les deux victimeê (les comtes de Hoorn et d'Egmont) furent amenées , le 5 juin , à Bruxelles , 80u« 1 escorte de trois mille chevaux. Dès le lendemain, on leur envoya Ritholî, évêque d'Ypres, pour les disposer à id mort. On leur lut ensuite leur sentence séparément. Le comte d^Egmont, après Tavoir entendue, écrivît au roi une lettre ^touchante , dans laquelle , après avoir rappelé à Philippe ses services et sa fidélité , il se plaint amèremenUk l'injustice de sa eondamnalion ^ qui^ ditil, n'est fondée que sur des accusations fausses et calomnieuses y dont on s'est servi pour le perdre dans

Ecole Ilnyalr de grivurt à Bruxelles

Tesprit de sa majeiité : il finit par implorer la clcmcnce do roi pour une femme et onxe en£ui<| qu^il laisse dans le deuil et la dësolation : cette lettre est datée du 5 juin, à deux heures après minuit, iie comte la remet à l'é véque dTpres , qui se charge de la faire parvenir au roi.

« Ce jour, 5de juiu, veille de la Pentecôte, fut le jour sinistre qui présenta aux regards des Bruxellois effrayés le spectacle de cette cruelle exécution. Un échafaud tendu denoir, sur lequel était placé un crucifix et des coussins, était dressé sur la GrandTlace de Bruxelles : le régiment de Roméro était rangé à Tentour.

« L*heure fatale sonne enfin ! c^était midi. Julien Ro* méro vient prendre le comte d'£gmont pour le conduire à réchafiittd. Le comte, accompagné de Tévéque dTpres, en entrant sur la place , salua tous les officiers qu'il connaissait et que plus d'une fois il avait conduits à la victoire : il monta avec une contenance ferme à Téchafaud : il lit une courte prière, après iaquclle d mit sur sa tète un petit bonnet qu*il tira de sa poche. Le bourreau , qui, dit~on , avait été autirefois un de ses valets, lui abaltit la téte d'un seul coup.

« Le comte d'Egmont avait quarante-six ans, et le comte de Uoom cinquante. Ces deux seigneurs, dignes d^un meilleur sort, étaient singulièrement chéris des Flamands; mais le comte d Egmont épuisa, pour ainsi dire.

40 COMPTE-REMDU

tellement toute la douleur des peuples, qu'ils oublièrent le comte de Uoorn pour donner toutes leurs larmes au héros de Gravelineset de Saiot-Quenitn : ils bravèrent, dans leur désespoir^ les fureurs du duc d'Âlbe et de ses satellites, dont ils savaient cependant qu^ils provoquaient la vengeance par les regrets publics qu iis prodiguaient à cette chère victime : ils s'empressèrent de recueillir de son sang^ d'assiéger son passage , de baiser son cercueil. »

(Diwn , Hùioin de Ut BdgiqtÊt.)

Le salon de 1856 renferme plusieurs tableaux dont cet événement a fourni le sujet.

M. DeOennes, dans sa grande toile dont nous nous occuperons plus tard , a représenté le moment où le comte d'Egmont monte à rLchai.iud ; M. Krc mer a choisi une scène épisodique dont nous parlerons ci -après. Enfin M. Van Rooy nous a montré la noble victime, quelques momeus avant de quitter la maison dite Brood- Huys, sur la GrandTlace, pour marcher au supplice.

Une jeune femme, dont le lalenl est incontestable, mademoiselle Adèle Kindt, avait traité le même sujet, lors de notre dernière exposition ; son tableau , qui laissait à désirer sous le rapport de la composition , oflrait, comme peinture , de hautes qualités ; Texpression en était forte et bien sentie.

mi $Àum D^BXFOiinoif. 41

M. Van Rooy^ qui est fort jeune encore^ a conçu sim» plement aon sujet 9 en a disposé les personnages avec entente ^ il ne l'a pas trop chargé d accessoires ; sa cou-* leur est^ en général , franche et ne vise point à Feflet.

Le comte est assis dans un fauteuil^ auprès d'une table où se trouve un crucifix , un livre ouvert , une écritoire et des papiers, dont l'un, scellé d^uue cire jaune, uiuulre qull a déjà reçu communication de son arrêt. Debout^ appuyé sur le dos de son fauteuil , Févéque d'Ypres , vénérable vieillard , aux cheveux blancs , achève sans doute, pour lui , la prière des agonisans. La main droite du comte tient un papier^ cesl unelellre d adieux qu'il adresse à sa compagne ; une autre lettre est sur la table , c'est celle qu'il vient d'écrire au roi Piulippe II, pour lui recommander sa femme et ses enfans. Sa main gauche achève un geste parfaitement d*accord avec Texpressîon de sa ligure cl où Ton peut lire le sentiment qui le domine. Il a écrit cette lettre pour Tacquit de sa conscience. Il ne pense pas qu'elle néchisse le tyran ; mais il devait ce dernier soin à sa famille. — 11 y a du doute dansée regard> dirigé en haut, et. tlaiis ce ^cste du bras gauche. — 11 remettra pourtant cette lettre au respectable évéque , et tout désormais sera terminé pour lui. Il n^aurà plus qu^à attendre le coup du glaive suspendu.

■ N« SS8. flaulmir, mitre 8,97, hrfteur 1 ,96.

4^ GOIIPTfi-B£NDU DU SALON d'eXPOSITION.

Derrière le comte , le geôlier^ qui vient dWvrir la portei etdeux gutâe$, qui ae montrentdaiu im oorridor éclairé d'une large fenêtre, contemplent alleuLivemeat cette «oèae muette.

Il y a, dans ce tableau, assez de qualités solides , pour que nous ne nous aii'etious pas à quelques critiques de détails, que réclanieraient certaines parties de Texécution.

Les tètea sont bien peintes et expriment avec justesse

le âeutimeut. tle la situalion ; Févêque est posé avec aisance. — Il est fielleux que ce ne soit point le portrait historique de Ritholf , lequel a été conservé. — Il y a dans ses yeux baissés et dans sa tête penciiée une onction et une compassion inaies, mêlées 4 une résignation qui tieut du ciel.

Les trois personnages du fond ont bien aussi le ca*

xaetère qui leur convient.

En résumé, ce tableau est un de ceux qui font con^ cevoir le plus d^espérances. Il est d'une bonne école pour le dessin et pour le coloris. L'auteur est jeune ; nous comptons sur ses fuocès futurs.

Les W appers , les ]>çkeysç<', les Qallait auront en lui un digne émule.

IVouâ 1 attendons à la prochaine Exposition.

PH. KR£M£R.

Lumey^ comte de la Marck, chez ]e vieux seigneur JLaDdas^ procureur du comte d'£gmont^ aesUte à Texé» cution de cette noble victiine et jure de venger sa mort sur le» Ëapagnols. iS'' 288 V

Tel est lé sujet choisi par M. Krémer, sujet national aussi. Admettons sa donnée et ne lui demandons pas pourquioi il n^en a pas choisi une autre. Voyous s*il a reiiipii la lâche qu'il sVst proposée. ' • ' . 1

- La scène se passe dans une maison dont .la £enét^fe ouvre sur la Grand'PIaoe de Bruxelles , bû rexëcution' a lieu. Toute la famille du seigneur Lanclas est réunie.

C'est d^abord le vieillard enveloppé dW grand manteau rouge y assis dans un fauteuil où se réfugie un Jeune enfanty effrayé de cequ^il vient de voir. Une femme âgée est à gcnouf devant un crucifix^ près duquel brûle une

^ Himenr, nitre t ,70» lar^or 9,10.

44 COHPTE-RKNDU

lampe ; une jeune fille tombe à la renverse auprès de «on vieux pèrè qui cherche à La «outenir; devant la croisée, un personnage, à genoux elappuyé sur le balcoii, regarde le bourreau <|ui tient et montre au peuple la tète sanglante ; près de lui, une jeune femme, qui n^a pu soutenir cetle Yue^ est tombée évanouie sur le carreau ; un autre personnage ferme la fenêtre et tire un rideau pour cacherce hideux spectacle. Enfin, au fond de lacbambre , un vieux seigneur voile le buste du comte d'£gmont. Tels sont les accessoires. Luraey, comte de la Marck, est debout^ tournant le dos à la fenêtre, mais regardant vers rêchafaud , au moment où îl profère son serment.

Si le dessin de ce tableau laisse souvent à désirer, particulièrement dans le bras de la jeune fiUe, évidemment trop court, et dans le personnage qui regai^dc par la fenêtre , ^ figure dont la taille serait énorme , si elle se levait sur ses pieds , — il est coniposc avec sentiment, disposé avec entente, le coloris en est sage et harmonieux , les détails en sont extrêmement soignés.

Le vieillard, dans le fauteuil, est d'une grande vérité de pose et d^expression ; la jeune fille qui se renverse , montre le profil le plus délicat. La vieille femme âge* notiillée est parfaite. Celui qui voile le buste du comte d^Egmont est une de ces belles têtes comme en présentent les portraits de Van Dyck. Toutefois, nous ue pen-

DU SALON D*IXP0StT10N. 46

sont pM que Tidée de voiler cette téte de marbre, au

moment même où celle du eumle vient de toiubcr, soit bieit convenable. Mou» la trouvcna plut théâtrale que naturelle.

Le comte de la Marck^ le personnage principal decette •cène y est dessiné avec talent , son costume est d*une rigoureuse exactitude , sa iigure et son geste sont d'une grande ëneigie, La femme évanouie est bien jetée anr le sol : comme la pâleur a décoloré ses joues et ses lèvres 1 Tous les accessoires de meubles et d'omemens sont peints avec goût et savoir.

Ou regrette seulement que 1 auteur, quia fait de Texé- Ctttion du comte une circonstance du sujet et non le sujet lui-même, ait montré ce supplice aussi entièrement. Cette vaste fenêtre, ouverte sur la place, laisse trop voir ce qui lie devrait se signaler que d'une manière fortuite, pour ne pas absorber toute Fattention. 11 est certain que Fesprit, sollicité â la fois par la scène qui se passe sur la place et par celle qui a lieu dans la chambre, se tournera naturellenient vers la plus-terrible et la plus mtéressante , surtout si elle est rendue avec autant de détails. Nous ne pensons pas dVUeurs que les règles d*une sévère perspective justiQassent le dessin de M. Ki*emcr, en ce qui concerne la vue que Ton aperçoit par la fenêtre.

46 COMPTB-RINDU DU SALOlf D^BXMMITIOII.

Quoi qu'il en «oit de celte observation, le tableau de M« Kremer est le meilleur que nou» ayon» vu de lui. U atteste uq progrès trcs-seiisible. Peu de nos peintres ont une touche auMÎ délicate, une couleur aussi solide, aussi transparente. 11 n^en est pas qui traitassent mieux les détails d'ameublement et les étoffes.

Le principal mérite de ce tableau réside dans la vî* gueur et la solidité du coloris, dans la SdiQeèse et la sobriété d'effet. H. Kremer ne cherche point les oppositions forcées, il n'abuse point des reflets , qu'il ménage, pour ne les employer qu'à propos. U rend ses ombres transparentes, et distribue heureusement sa lumière. Il possède enfin , â notre avis , le plus beau pinceau de toute Técole anversois eactuelle.

M. GÉNISSON

La Belgique estime des contrée* de lïurope qui offre le plus de variété à TceS de Tobsenrateur attentif; longtemps nous u'avaus pas paru nous douter de tant de ri* ehesses répandues sur notre sol. Aujourd'hui nous reconnaissoDâ , comme les étrangers eux-mêmes , que les environs de Liège , le cours de la Meuse , de la Sandire» entre leurs belles chaîne» de montagnes, que les bord* de rOurthe, de la Vendre, de rAnihlève» ont une nature à part , riante et originale ; que h sauvage Ardenne a plus d'un site pittoresque dout Tart pourrait (mve son profit. Les imposantes ruines des abbayes de ViHers et d'Aulne , les masse» orgueilleuses et féodales du château de Gaâsbeek» 1^ prolbndes et mystérieuses galeries des grottes du Han, de Freyr et de Rémouchamps, méritent d'être chantées sur la lyre et reproduites sur la loile.

48 GOMi'IE-RlihDlj

Quant aux villes flamandes, elles sont comme pavées

• de souvenirs des époques brillantes où la culture des beaux-arts plaçait nos provinces au premier rang des lia lions civilisées; de même que noire coimiierce et notre industrie, en répandant au dedans Foppulenee, faisaient respecter le nom Belge sur toutes les mers et dans les contrées les plus lointaines. Un artiste qui visite ces villes dansFintention de recueillir des études pour le paysage, les tableaux d intérieur , les monumcus d'architecture , n^est embarrassé qi ; du choix.

L*art du moyen âge a-t-il produit beaucoup de cathédrales supérieures, en richesse et en belles proportions, à Notre-Dame d'Anvers; de tours plus colossales et plus délicatement découpées que celle qui surmonte ce magnifique édifice?

11 n'est pas à Anvers , par exemple , une église qui ne mérite une attention particulière. Si nous n^avons pas de musée national; si les collections municipales de Bruxelles, de Gand et d'Anvers sont loin d approcher de la richesse des musées de France, d'Italie, d'Espagne, d Allemagne et d'Angleterre, en revanche, nos église» sont de véritables musées. L'amateur, il est vrai , doit parcourir une grande étendue pour sati^raire sa curiosité; mais, à tout instant, la foule des habitans est admise à contempler les chefs-d'œuvre de nos artistes ^ à

DU SALON d'exposition. 49

ia place mcmc pour laquelle iU oui exécuté lcur« ouvrages.

A Tt^otre-Dame , vous admirerez le prodige de la peinture^ cette Descente de Croix, dont ia renommée est dans tout le monde.

Aux Dominicamâ^ vous vous arrêterez devant les boiseries qui tapissent toute son étendue intérieure , encadrani une loulc de tableaux, souvent fort remarquables; sculpture d'un travail prodigieux, que Ton n'obtiendrait pas aujourd'hui avec d^immenses sacrifices. C'est unesuite de confessionnaux, ce sont des stalles d une finesse d'exécution , d'une richesse d'omemens que nous sommes lom d atteindre dans les ouvraf^es do ce genre , si rares en ce siècle positif, oû règne Tangle droit avec son despotisme mathématique , où nos meubles les plus soignés nWeclent guère que des^formes réglées par le compas , où Fart enfin se réduit trop aouvenl à la géométrie descriptive.

L'église des Jésuites, bAtie d'après le plan donné par Kubens , ne vous étonnera pas moins par le caractère particulier de son style, un peu bizarre.

A Sai nt- Jacques , vous trouverez, sur le pavement d'une chapelle , derrière le chceur , une inscription latine qui vous apprendra , que là , devant un de ses tableaux représentant une Sainte 'Famille, reposent les

ÔO coiirrs-a£MHJ

dépouilles moitelles du plu« grand peintre qui ait jamais foulé le sol d^Anvers.

C est cette église , d'une architecture élégante et hardie^ c'est ce monument, devenu fameux par les cendres célèbres qu'il recouvre , et enrichi par les cheft-d^cenvre de Yerbruggeo , de Yan liaien, de Zegers , de Jean Uem* melinek, de Willemsens , de Vervoort4e-vieux » d*Amold Quillyn, de Kerckx, de Conieille Schut^ de Yau Dyck et de Rubens lui-même, que.M. Génisson nous montre, dans sa plus ^rainie étendue (voy. n"* 222 '). Exauiiauns le parti que Tartiste a tiré de son sujet.

La nef principale de Tégliie est vue de Feutrée . Au fpnd, le chceur est fermé par des autels latéraux surmontés d^un jubé. Devant Fun de ces autels passe une procession qui se dirige vers la sortie. Déjà le suisse, marchant à pas majestueux, et le porte-guidon qui lésait, soul arrivés au milieu de Féglise , vis-à-vis de la chaire de vérité. Une foule de fidèles sont agenouillés, des deux c6tés de la nef, laissant un espace vide assez large pour la procession.

Le peintre s'est attaché surtout à rendre Tédifice avec exactitude. Son effet principal consiste claiib une gerbe de lumière tombant , vers le centre de son tableau , sur le rang de colonnes de gauche et sur le groupe que fo1^

I HauMir t,90, Urgemr 0,94.

mi SALON d'upomtion. 51

ment la prooeMion et le» atiistaiit. Dan» la partie «upérieare de la Toète fortement ëdairée , la lumière joue à travers la vapeur légère qui s*y trouve réunie , et produit un effet piquant.

11 y a dans ce morceau un grand mérite, surtout sous le rapport du dessin et de Theureuse distribution de la lumière ; Tartiste a rendu avee exactitude et même avec charme tout ce que Téglise lui offrait d'intéressant ; ses détails sont aussi délicatement traités que son ensemble est bien rendu. Nous vou(iri<Mi8 pourtant trouver un peu i^us du ton solennel qui lait le caractère des temples catholiques , qui inspire le recueillement et la prière. Ces nefs , ces voûtes ont trop un air de féte. Certes, tout cela est vrai , tout cela se voit chaque jour , dès qu*un rayon de soleil illumine Tédilice ; aussi nous garderonsnous bien de faire à M. Génisson un grave reproche de sa fidélité à rendre ce qu'il a vu; mais nous rengageons à tâcher, une autre fois, de nous faire éprouver cequil aura lui-même éprouvé intérieurement. Son tableau n° 221 , yue de Saiate^Gudule, à Bruxelles, répond mieux à ridée que nous nous faisons du but de la peinture appliquée àla reproductiou des édiiices consacrés a la religion, L^auteur nous a montré la nef latérale de droite, près du chœur. Il y a mis une dame du xvii" siècle , venant visiter le tombeau dW de nos ducs. 11 y a du recueille-

53 COMPTfi-RENDU

ment SOUS ces voûtes assombries avec art, qu^éclaire un jour qui a traversé les verrières des magnifiques fenêtres peintes. Le reflet de ces vitraux sur les piliers , cette couleur fraîche et brillante , comme égarée sous ces ombres tranquiOes, semble un souvenir du monde placé là , à dessein , pour faire ressortir la tranquillité , le calme des autels.

C'est bien lA Féglise caliioiique , l'asile du pénitent et du malheiu^ux, le refuge de quiconque a une peine au cœur , le Heu de repos où le voyageur, fatigué du fardeau du jour j vient s'asseoir et rafraîchir sa téte^ sûr de trouver une pensée consolatrice sous linfluence de ces voûtes qu'habite Tesprit de Dieu.

Nous ne terminerons pas sans adresser à Fauteur une autre observation, qui porte sur la manière dont il rend les murailles blanches dans ses églises. C'est se tromper que de croire que le blanc soit par lui-même froid , dans ces sortes de tableaux ; les belles productions du Hollandais Emm. Dewit prouvent assurément^ le contraire ; il a su y en restant vrai, leur donner de la chaleur. M. Génisson nous parait s^écarter un peu de la nature dans cette partie^ où^ au lieu de rendre exactement les tons riches que présentent les murailles blanches , il invente une couleur ehaloyaule et rousse qui affadit au lieu de fortifier l'ciTet,

DIT SALOlf tt^BXPOMflOll. 55

Nous osons (trédire un bel avenir à M. Génisson ,

surtout » il s'attache à mettre une pensée dans ses compositions : il est flaaintenant maître de ses moyens , il vaincra les difficultés de i art^ qu'il exprime dorénavant ses pensées d'artiste.

Noos lui conseillerons encore de ne pas trop charger ses intérieurs de personnages, de crainte de détruire reffetqui, pour lui, doit particulièrement résulter des proportions et des dispositions architecturales.

G*est surtout dans la pensée de Farchitecte qu^il doit s'efforcer d'entrer, loi iiqu'il voudra représenter un uiouument gothique ; car les grands poètes qui, au moyen ftge, écriraient leurs poèmes avec la pierre , y ont toujours mis une intention mystique , dont nos constructeurs modernes ne paraissent pas se douter.

C'est cette intention que le peintre doit soigneusement rechercher; il doit s*en pénétrer, s*élever à sa hauteur, et la traduire avec son pinceau.

eu. fiaiAS

Voici un artiêle dont nous avons longtemps regretté

rabsenoe. Depuis 1850, nos expositions n*ont pas eu de ses ouvrages, Hàtons-nous d applaudir à sa rentrée,

M. Ch. Brias nous donne quatre tableaux : Le Marché au Ucurre, à Bruxelles; Le retour de l'école rurale; La quereUe du chien et du chat, et Un intérieur ,

Kien de plus liai que ces jolis tableaux^ qui, pour la touche» rappellent le bon temps des peintres hollandais* Son desiiiii , bleu que manquant quelquefois de correction » est naïf et facile; ses poses sont pleines de naturel et d^aisanœ; ses physionomies 0nes, souvent comiques et jamais grimaçantes.

M. Ch. Brias parait s^attacher surtout à un fini précieux , et cette qualité ^ il la possède à un degré auquel nos peintres dans ce genre sont loin d*atteindre.

Occupons-nous de sa manière de composer. Parlons

COMPTL-RENDU DU SALON o'eXPOSITION. 55

d^abord du plus grand de ses tableaux y non pas qu'il soit le meilleur des quatre ^ mais parce qu'il fournira plus de matière aux observations.

Le Ma/'cfié au Beurre^ à Bruxelles,

La scène se passe devant Ja porte principale tlu Marehé. Un maiieieux enfant a jeté du fromage blanc à la face d'une marchande en plein veut. Celle-ci s'est armée de son sabot, et en menace le délinquant > tellement presaé d^^Her la correetion , qu*0 se jette sor une brouette chargée de paniers de iruiU^ renverse une aorle de commissaire dans les pommes et les poires , et tombe lui-même par-dessuj». Le propriétaire de la brouette y paisible revendeur , en sarrau bleU| en casque ft mècbe blanc, sW saisi de la courroie qui loi sert pour rouler sa mai chaudise , et eu allonge un coup sur les reins de Técolier. Près de la marchande, une vieille femme furieuse montre le poin^j^, en adressant de terribles menaces à un autre écolier , complice certainement du premier, et qu'un pompier prend au collet et

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ramène. Devant rétabli» une «ervante proprette» type

de la servante bi uxelluise de bonne maison, est debout, arrêtée sans doute à marchander quelque bagatelle; elle est à peu 'près indifférente à cette seène , qui tout au plus la fait sourire.

Derrière la marchande» un amateur» bourgeois en chapeau et en frac » M. Ch. Briaa lui-même , fort ressemblant» est occupé à examiner un tableau quHl a décroché chez le fripier voisin. Ajoutez quelques hoiiiines et femmes du peuple» accordant plus ou moins d'attention à la seène , riant à gorge déployée , ou passant avec indifférence ; un chien » celui de la marchande » qui veut venger sa maltresse insultée; et enfin» dans la demi -teinte» à gauche, un balayeur, debout, larme à volonté» et tenant en main un lapin écorché dont il vient de faire emplette, A moiuj» (|u il ne lait tiouvc sur son tas. Âu fond » le Marché au Beurre» plein de vendeurs et d*achetans.

Voilà le siyet avec presque tous ses détails. A prendre chaque figure à part » on trouverait beaucoup à louer» dans Fcxécution surtout; mais la composition est pauvre et trop éparpillée. Nous parlerons avec plus de plaisir des trois autres petits tableaux , moins chargés de personnages» et dont ridée est simple et claire» parce qu'elle est unique.

W SALON d'exposition.

Un intérieur.

Un enfant de cinq à six ans^ un vieux tapis sur la tète , fait le loup-garou , pour effrayer aon tout jeune frère , bambin commençant seulement à marcher , et <iui se réfugie contre sa mère, occupée à le débarbouiOer et à rhabîDer. Le père, assis près de la table, oû il vient de prendre son café , regarde cette scène avec un sourire desatisfiiGtionetde doux intérêt pour les jeux iiuioceiii» de sa petite famille. £u face, de lautre côté de la table, une jeune fille de quinze à seixe ans rince les tasses qui viennent de servir; un chien complète toute la société.

Ce petit tableau est une perle pour la finesse de là touche , comme pour la grâce du sujet. Le père surtout et la jeune servante sont d'une exécution parfiiite. La couleur du premier , qui est sur le devant , est ferme et vigoureuse , tout en conservant la suavité de ton qui règne dans toute la pièce. La jeune fille , sur le second plan, et dans la demi-teinte, est du plus agréable liui ; c est une touche si légère qu*on croirait voir une œuvre de Miéris.

58 €M>HPTB-RBNDU

Les accessoires , un cuyier renversé sur lequel sont

placés des ustensiles de cuisine j sont forl bien rendus. Le chien est moins habilement traité ; cWune observation qui peut s'appliquer à tous les tableaux de M. Ch. Briasj ses chiens et ses chats ne sont pas assez étudiés.

Le retmr de l'école rurale '.

Une famille de villageois est réunie dans la chambre commune , la vieille mère occupée à filer son lin , la servante mettant du bois sur le feu, le père fumant sa pipe sous le manteau de la cheminée ^ un jeune enfant jouant près de sa mère grand ; le chat et le chien obligés. Arrive an jeune garçon ^ revenant de Técole. Il tient dans sa main un nid, d uù sortent les tètes d'une jeune couvée, réclamant la becquée à grands cris. A cette vue^ la vieille mère laisse un moment en suspens le pied qui faisait tourner la roue , le jeune enfant se hausse pour atteindre à Tobjet, bien attrayant, que rapporte son frère^ le père, étant la pipe de sa bouche, tourne la tète, et sourit légèrement , la servante elle-même interrompt aussi son occupaliuu. L aiLiâic a saisi ee moment avec un rare

■ HanUvr m. 0, 43 , largeur, 0, 29.

mi «ALoii D^ExpoainoN. 59

ixmheur, il a varié les exprewlon» et leêa graduées d'une manière fort naturelle et pleine de charme. On lit sur la ligure de la vieille mère un reproche qui semble dire : « Petit vaurien , petit paresseu x , je suis sûre que tu auras « fait l'école buissonnière pour le procurer ce beau jou- « jou I » Il y a aussi dans son expression un peu de compassion pour les pauvru{i créaiui es, réservées à uue bien miséraUe destinée. Le père a Tair de dire : « J^en « ai fait bien d'autres. » 11 sourit sans doute de souvenir , et n'aurait pas le courage , lui^ de faire un reproche à Fenfant. Le plus jeune marmot est tout joyeux , il admire le bouheur de son frère , il voudrait déjà avoir les petits oiseaux dans ses mains, pour leur donner à manger. Sa pose un peu renversée contre sa grand' mère est si natureHe qu^on se rappelle Tavoir observée cent fois. Quant à l exeeulion^ toujours la même fmesse de pinceau.

Chien et chat, (N« to.)

Deux enfans excitent un chien et un chat à se battre, ils tiennent chacun un des deux animaux^ et s'amusent de leur querelle; une servante assiste^ du fond , à cette

60 coMPTft-iunmf du «amh o'womtion.

•oènCi qui «e passe à uoe fenêtre dont FeiLtérieur lui sert d'encadreinent. Il est ftcfaeux que les deux animaux soient tout à fait manqués> ie reste est si joli ! U se trouve aur le bord de la fenêtre un tapia exécuté dana la perfection.

M-"*' ADÈLE KIMDT

Parmi k» nombreux éièvet qui «ont iorti» de Técole de M. Navez , mademoifelle Adèle Kindt mérite une des première» place». Depuialon^mps cette artiate travaiUe «eiile; nous n*en devoM pas moina £û« hoimeur de ao^ taicQt au maître habile qui Ta dirigée.

La peinture historique , le portrait el quelquefois le genre ont exercé son pinceau; et, depuis près de dix ans, il n'y a pas eu une Exposition où elle n'ait obtenu des succès.

reloua nous rappelons particulièrement^ de cette dame, un tableau qui fit beaucoup de sensation. Il représentait Élisabeth d' Angleterre , signant La mort de Marie •Sluart 11 fut exposéau aalon de 1837, etattira virement rattention mi une jeune personne qui , par uu sembla- Uedébuty faisait au public une belle promesse.

62 COMFTfc-hE.NDU

Une madone, exposée au même salon^ lui mériUiauasi beaucoup d'éloges.

En 1835^ Le comte â'Egmontécriwintà Philippe II . avant d'aller à la mort, attestait uu grand progrès daus le faire de Tartiste , mais laissait beaucoup à désirer «oua d^autres rapports, ainsi que nous lavons dit^ en parlant du même si\iet traité par M. Yau Rooy.

Cette année , mademoiselIe',Àdèle Kindt, nous a donné deux tableaux^ und iiistoire, l'autre de geni*e^ deux études et quatre portraits. Le 277 y Une boutique de bourbier en 1 600 , a déjà été exposé au salon de Liège , au muis de mai dernier. Cet ouvrage ne manque pas d^un eer^ tain mérite ; mais le coloris en est dépourvu d*harmonie y et le dessin n'en est pas toujours d uue rigoureuse correction. Le n^ 276 est plus important ; nous allons nous en occuper avec détail.

Philippe II et Élisaheth de France.

« Philippe II ayant résolu la mort de la reine , son épouse y profita d^une indisposition qu'elle ressentait pour lui offrir^ comme remède ^ une coupe empoison-

DU MLOH D^EXPOSmOH. 63

oée. Cette prince«ëc refusa d^abord le breuvage ; mais ie roi insistant , elle le prit y et bientôt elle expira , au milieu d'horribles souiIraDC('8. »

Voilà Vargument que Fiirtiste a fourni elle-même au

Catalogue.

L'instant choisi est celui où Philippe II engage la reine à boire. Celle-ci , jeune et belle , est dans son lit ; elle s'est soulevée pour prendre le fatal breuvage f mais Texpression qu^elle remarque dans la figure de son époux lui luëpiie de» soupçons^ qui moliveut son geste pour repousser la coupe.

Sans le secours du livret , il serait difficile de comprendre ce siyet, qui ne nous a pas paru suiiisamment caractérisé. L'artiste, rendons-lui d^abord la justice quelle mérite , a fait preuve d'une graudc habileté d'exécution ; sa peinture est bonne et moelleuse ; son coloris a un éclat remarquable ; la po6C de la jeune reine est belle et gracieuse ; mais on est forcé de convenir que cette scène royale de ménage réunit peu des caractères que réclame la peinture historique. Les expressions ne sont pas assez marquées. La figure, si con* nue, de Philippe n'est pas même exacte. Ce personnage est d'ailleurs posé d'une manière fort difficile à comprendre. La perspective n'est pas bien observée; à voir le bras de la reine, il semblerait que le prince est der-

64 COHPTB-AUIDU

rière le lit> et cependant il est «ur le premier plan , ou pour mieux dire êon buste n'eit pas au niémé plan que «es jambes.

Ce tableau , mamiué oomine tableau d'hittoire, n'eu

est pas moins une œuvre de beaucoup de mcrîte , et il renfenne des parties que nos meilleurs peintres ne désavoueraient point. La reine est surtout une fort belle étude , dont le modèle a été choisi avec goût, Elle est posée sur son lit avec une gracieuse décence , dont mademoiselle Kuidt a dû sans doute Tintention à la délicatesse particulière à son sexe. Sa cheyelure Monde ondoie avec grâce, sur ses épaules nues et d'une belle et fraîche carnation. Le front , légèrement plissé par la pensée qui traverse instantanément I esprit de la malheureuse femme , exprimerait bien , avec les yeux , la naissance du soupçon funeste , si le jeu du reste de la physionomie était d'accord avec cette intention , si plus de pâleur couvrait ces joues, encore trop roses pour une iémme qui ne scrail niètne qu indisposée.

nous était permis de donner un conseU à mademolbeile Kiiidt, nous lui adresserions celui de s'en tenir à des sujets plus simples et moins passionnés. Lea autres ouvrages qu'elle a exposés viennent è Tappui de notre opinion. Voyez plutôt cette jeune fille ^ portant sur la téte une corbeille de fruits (n*^ 278) ; c'est^ à coup sûr^ une

DU SALON D^EXPOftlTION. 65

die$ bonnes études de l'Exposition , c est une iuiiuiion fileiiie de ▼érité et de grAoe. La physionomie est ouverte , le regard est pur, la pose est aisée. Comme ce bras est bien relevé ; comme cette main est délicatement peinte 1 On serait tenté de trouver cette main trop belle , trop blanche ; mais quand ou réfléchit à la posiUou qui fait descendre le sang, on reconnaît an contraire que Fartiste a exactement rendu la nature^ qu elle a observé avec lieaucoup de tact une droonstance vraie , et qu^dle a su en tirer parti poui l'avantage de son œuvre.

La marchande d'ananas, n" 279 , a piusieura des qualités de la précédente étude.

11 y a au Salou peu de portraits plus vrais et peints avec plus de talent que ceux de mademoiseUe Adèle Kindt ; . nous signalerons surtout le portrait de iémme 280^ et le portrait d'homme, n"* 285. Les n'* 281 et 282 nous ont

paru inoins di(jnes d'éloges. En général , maticnioiselle Kindt néglige ses fonds , et leur donne â tous une couleur lie de vin uniforme , qui ne prête pas toujours à l'eilèt. Dans le grand portrait de femme , la draperie et les accessoires sont agencés de manière â rehausser la figure , â en faire ressortir la carnation , à iairc valoir les mains remarquablement belles. Ce portrait est un tableau , il fait le plus grand honneur à Tartiste , d'autant plus qu'à tous ses autres mérites , il joint celui d'une parfaite res-

66 COMPTE-RENDU DU SàLOH d'eXPOSITION.

scmblancc. Celui du 285 doit cire au8«i trè»-re««embUint ; il est trop vrai de Ion et d'ezprewioii pour ne pas être une eopic exacte de la nature.

Nous sommes donc heureux de pouvoir féliciter mademoiselle Adèle Kindtsur les progrès constans que son taieut ; c'est pour nous un motif de plus qui noua porte à Teng^ager à bien reconnaître le genre dans lequel elle a le plus de chances de succès , et à ne pas s obstiner dans une route où elle n^aurait guère que de la critique à recueillir.

Jb£RD. D£ BRAËKELEER.

M. Ferdiiiaud de Braekeleer «'e«t fait une réputation méritée dans les tableaux de genre^ cette peinture qu'ont illustrée les Téniers et le» Ostade. Sans avoir la vigueur des anciens , il rappelle souvent leur touche lé^re et ieur coloris harmonieux. 11 compose avec esprit , groupe bien ses figures , distribue habilement sa lumière et ses ombres , rend les détails avec exactitude, dessine purement. Auësi d^éclatans succès ont-iis «i^^iialé son apparition dans le monde des artistes, aussi le suffrage des connaib^curs a-l-il coiiLiiiué, depuis lois, à confirmer chaque année le jugement di} public.

Non encore satis&ît de ces succès ; et désirant mériter,

68 GOMPTBHUSNDU

par des oeuvres qu'il jugeait plus importantes > Tappro-

baliou de ses compatriotes, TcxccUent peintre de genre a voulu aborder Thistoire. Timide encore en 1833, il représenta, dans un tableau de moyenne dimènsion, La courageuse défense de Tournai, lors dut siège parle duc de Parme, en 1581. On applaudit à cet essai , parce que le peintre y avait mis toutes les qualités qui caractérisent son talent, et parce que, assez heureusement inspiré , il bVlaïL même surpassé.

Plusieurs rencouragèrent à persister dans cette nouvelle voie 'y d'autres, plus dairvoyans, lui conseillèrent de ne pas abandonuer les sujets familiers. Ces critiques avaient remarqué , au milieu des beautés de cette production , un manque total de grandeur et de noblesse , caractères si indispensables dans la peinture historique. ' Les pensées leur avaient parues pauvres, les physionomies communes , les expressions peu passionnées.

L'artiste a mieux aimé accorder sa confiance aux conseils des premiers que de suivre les avis des autres. La toile immense que nous avons sous les yeux est le résultat de cette confiance. Nous allons rexaminer avec uue attention scrupuleuse ; nous nous ferons un (Saisir d*y signaler les beautés de premier ordre qui y abondent, nous dirons également ce qui nous parait lui manquer pour faire un tableau d'histoire.

DU SàUM D'npoimoN.

Déi'ouement des magistrats et des citoyens d'^nv^rs.

« Les Espagnols , après la victoire du Mankerheyde , se mutiuéretil^ parce qu ou ne leur payait pas la solde que Sancfae d*Av3a leur avait promise s^ik étaient vainqueurs, déchii èreDl leurs drapeaux et résolureut de marcher sur Anven, Instruit de ce mouvement^ le capitaine Frédéric PercDot, seigoeui* de Champj^uy , pour mettre la ville à Fabrid'un coup de main, mit toutes ses troupes et les métiers sous les armes et demanda , en outre , du secours au commandant de Bruxelles. Les ennemis, craignant que la garnison de laeitadeOe ne fit une irruption dans la ville et ue la mit au pillage , se barricadèrent du côté de la citadelle : en vingt>quatre heures de temps ils élevèrent de ce côté un rempart de viD(;t-qualre pieds de haut. De son côléy Sanche d*Avila appelle les Espagnols et lesBou^ guignons, de Lierre, de Breda cL de» villes environnantesy sous les ordres de Julien Romero, d^Antoine OUvierael de Francisco Baldez. Alphonse de Vargas accourut aussi de Maestrîcht avec sa cavalerie. Enfin les soldats

^ Hauteur , m. 4 , SO j largeur 6 , 90.

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