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■BUtinéa J'Aiost arrivèrent à la citadelle , dont les portes leur furent ouvertes. Toutes ces forces se trouvant ainsi réuuieë daus le château^ Sanche d'Avila donna Tordre de sortir et de tomber sur ia ville. Cinq mille hommes d'iuranlerie , outre les cavaliers qui étaient nombreux , commencèrent Tattaque. Les Espagnols^ malgré la vive et courageuse résistance des habitans , pénétrèrent dans la ville qui fut livrée au pillage et à Tincendie. »
Cet événement eut lieu le 4 novembre 1576 , et c^est là ce que les Anversois appelèrent la fureur espagnole {de spaensche furie). 11. de Braekeleer a représenté le moment où le bourgmealre, Jean Vaiider Meere^ frappé à mort , est soutenu par Téchevin Jean Vandep Werve , tandis que le markgrave Goswyn de Varcick continue glorieusement le combat.
La scène se passe dans une rue d*Ânvers, coupée d'une barricade. La droite du tableau est occupée par ]e groupe des combattans anversois ; â gauche sont les Espagnols; dans le fond, la tour de iNotre-Dame et Fincendie qu^ont allumé les étrangers.
Le mark(»rave est debout, Fépée à la main ; il se retourne vers ceux qui le suivent ^ et leur montre Tennemi qu*ils doivent repousser. Le bourgmestre est tombé le geuou en terre , mais il se relève vers Téchevin ^ qui ^ derrière lui , s'empresse de le soutenir. Voilà le groupe
principal : Il est placé sur une élévation du terrain ; il occupe ainti le milieu de k toile. Un peu sur le devant^ à droile, un porte -drapeau d^une des compagnies d^Ânvers est tombé^ frappé à mort ^ sa femme , placée derrière lui, le soutient; elle est elle-même retenue par une (cmnic plus àgce^ sa mère sans doute; un enfant la tire par ton tablier et t'avance vers elle y complétant ainsi toule la famille. Près de là , sur le premier plan tout à fait , un soldat de la garnison d^Anvers, armant son mousquet , et se hâtant d^arriver sur le lieu du combat, pour le décharger contre rcnnemi. A fejitrémité , près du cadre, un autre combattant, vu de face, lAche son coup de fusil contre un but que lui montre une • femme assise à terre , son nourrisson entre les bras. Ce tireur vise dans la luii|gueur d une rue donl 1 arliâle a voulu faire sentir la présence en cet endroit, en avant du tableau. Derrière : la foule , un mourant , des bour* geois, des.soldats, des piques, des drapeaux; et, aux
fenêtres des maisons, des homm^ et des femmes lan*
çant sur les ennemis tout ce que le hasard fournit à leur lîireur : Juror arma ministrat*
La gauche du tableau est occupée par les Espagnols, comme nous Tavona dit. Au premier plan , un soldat a renversé un bourgeois , qui se défend encore , bien que tombé sur les débris. La lance de fËspagnol va le percer.
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Son fi]s , de l'âge de douze ao» environ , aaisil le fer de la haOebank èt détourne le coup f une feniniey Is mère du garçon apparemment, le prend à bras-le-corps pour le soustraire à la fureur du sddat » qui ^ d^une main , k retient par les cheveux. Entre les deux groupes de combattans se trouve encore un vieillard , frappé d'une nrartelle blessure, et tendant la main vers ses concitoyens , comme pour demander ou secours ^ ou vengeance.
Cette composition ne présente rien que d'assez ordinaire, pas une idée énergique, pas une intention originale. Au contraire, la reproduction des mêmes moyens : toujours des gens qui se soutienueiii ou qui se retiennent mutueUement; rien de spontané, rien d'individuel , dans cette lutte où chacun semblerait de^ voir défendre sa vie et attaquer celie d'un adversaire. Deux scènes qui se ressemblent : Le bourgmestre tombé que soutiennent deuxéchevins; un porte-drapeau tombé que soutient sa femme , soutenue elle-même ; trois finmilles dont les membres sont tous groupes ensemble , et répétant toi^ours la même idée, légèrement modifiée.
Avec un sujet aus^i «léi ilement conçu , la partie des passions ne pouvait oilrir qu'indécision et redites. Aussi voyez , toutes ces expressions sont les mêmes , tous ces yeux rendent les mêmes sentimens : reifroi et la surprise; outre que toutes les physionomies se ressemblent.
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Après cette large part de critique , dont noua noua
sommes fait un devoir, nous rendrons justice au talciu d*exécution que Tartiate a déployé dana cette œuvre.
Son deMÎn , qui manque de sévérité et de noblesse , nen est pas muius correct et précis; sa couleur ^ un peu fade , a beaucoup d^harmonie d^ensemble. Si les figures du premier plan avaient plus de vigueur, ce tableau serait remarquable de coloris. C'est surtout dans le fond que 1 artiste a déployé un genre de talent qui lui est particulier; nous voulons parler de Tentente parfaite du clairK>bscur qui règne dans cette partie, où Tair, la ilanune et la fumée se combinent pour produii'c un fort heureux effet.
Chaque téte, prise à pai t, et considérée comme peinture seulement , mériterait les plus grands éloges, si Ton pouvait aiiihi , ilans une œuvre d'uu (>eiiie si élevé, faire tout à fait abstraction du sujet, et oublier la composition pour les qualités de Texécution, lors même que celles-ci sont d une nature si supérieure.
Noua répéterons donc à M. de Braekeleer ce qui lui
a déjà été dit : La pemture épique n'est pas son fait ,
qu'il se borne aux sigets qui ont établi sa réputation. La
(jioire est pour ceux qui font mieux que tous les auUxîs,
dans le genre que la nature leur a départi.
QuauJ ou sait peindre un tableau comme le n" 68,
La maîtresse d* école, on n'a pas besoin d'aspirer à une gloire difTérente ^ on esl en train d'en acquérir une solide , que personne ne s'avisera de contester.
Le principal personnage du grand tableau y le bourggaestre Van der Meere est dans une attitude vraie et qui ne manque pas de noblesse; le mouvement de la téte le relève bien et lui donne de la dignité. Le markgrave, dont l'attilude est un peu théâtrale, esl ncaumoins fort artistement dessiné.
Nous n'avons pas bien compris ce qui peut avoir porté lartiste à jeter son point lumineux sur une scène accessoire , le porte-drapeau mourant el sa femme , pour laisser ses principaux personnages, le bourgmestre, le markgrave et Téchevîn, dans la demi-teinte. Cette disposition de la lumière cun^iiiue un désaccord entre le dessin et la couleur. N'y a-t-il pas contradiction à placer le point le plus important de la composition dans un jour et même à une place secondaire. Car, remarquons le bien , dans les tableaux de grandes dimensions, si l'on veut mettre sur le premier plan des personnages en repoussoir, il faut leur donnér des proportions colossales, et réserver la grandeur naturelle pour les figures qui doivent faire Faction principale du sujet. De cette manière les formes eolossaleb du premier plan deviennent réellement des plans secondaires quant à Timportance.
Dans le tableau dé M. do Brackcleer, les figures principales soDt plus petites que nature; 1 effet de Tensemble y perd considérablement.
Un petit épisode^ rendu d'une manière étonnante , c^esl cet homme qui tire sur les spectateurs. Il y a dans les raccourcis de ce groupe ^enycomprenantlafemme qui est au-dessous du tireur, une grande science de dessin. GMtait une immense difficulté à vaincre, et Tartistc semble s'en faire un jeu. Le porte-étendard, tombé sur le devant, est également digne d'éloges sous les mêmes rapports.
Quant au ton général du coloris de ce tableau , on est frappé de sa pâleur ; mais , ne nous y trompons pas , cet effet est dû surtout au voisinage de son vis-à-vis , la Bataille de Courtrai, et du tableau de M. Mathieu, tous les deux vigoureux de ton. Si le coloris de M. de Braekcleer est faible , il est plein dliarmouie , il est sage , il ne manque pas de solidité.
Si la composition était plus riche en pensée , si le style du dessin avait plus de noblesse^ même avec ce coloris qui semble mou , cette toile serait digne d*admiration.
Mais, nous ne saurions trop le redire, ce sont les qualités du peintre dliistoiré qu'on cherche vainement dans celle œuvre, elles paraisëeut décidément manquer à Tauteur; qu*il revienne donc, franchement et sans ar-
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rière-pensée, à son^nre favori , à celui qui lui promet de nouveaux «uccès.
La maùresse d'école.
Une vieille maitreMe d'école de village y tablier bleu , serre-téte bleu sur des cbeveux grisonnans , est assise dans un bon et large fauteuil , devant une table. De la main gauche elle indique^ dans un A. B C ouvert ,Ia lettre qu'un jeune paysan doit lire ; de fautre main^ elle tient une poignée de verges , toute prête â punir la paresse du lecteur. Celui-ci, debout, le corps penché en avant, le regard fixe » les mains derrière le dos , semble suivre à la fois deë yeux le mouvemeut que va faire le falal instrument des supplices classiques, et celui de la main avec laquelle son bourreau lui désigne les lettres à déchiffrer ; ces deux figures , en regard l'une de Fautre , sont d'une ■• vérité charmante; on voit que la vieille ne serait pas fâchée d'avoir roccasion d'user du bras droit, et que le
jeune garçon est moins préoccupé de sa leçon que de la peine qui , comme Tépée de Damoclès , n^eit suspendue
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qu'à uu fil. L'expression de lenfant rend fort bien cet espèce d'hébétement^ qui paralyse tous les moyens d'un écolier, lorsque , devant son maître, il a la conscience de la négligence qu'il a apportée à étudier sa tâche , et la certitude de la peine qui Faltend. Il s^ trouve aussi de cet ennui insurmontable, que i obiigaUou de rester Iouqlemps en place et immobile, inspire à ces jeunes créatures, qui ont besoin d*exercices vifs et continuels.
De l'autre côté de la table | en face, un second enfant regarde le premier avec un sourire un peu moqueur, mais qui n'est pas exempl d uue certaine appréhension pour ce qui va lui arriver à lui-même , quand son tour sera venu. Dans le fond, quelques petits garçous et quelqnes petites filles , assis sur leurs bancs.
liieii ne manque à ce charmant tableau : dessin gracieux, couleur chaude et harmonieuse , ombres transparentes, clair-obscur plein de charmes. L^idée est rendue tout entière , sans répétition , sans charge ; les draperies sont souples, et les détails sont sobrement dbtribués. Ici le peintre est à l'aise , il est maître de son sujet , il eu fait ce qu^il veut, son pinceau facile semble se jouer sur la toile , il produit tout naturellement ; point d'effort, point de prétention. C'est l'esprit, le naturel et le comique qui font le caractère de ec talent; aubbi ^culout où un pareil tal:^u se produira, il sera compris et apprécié.