‹ Compte-rendu du salon d'exposition de Bruxelles, 1836Chapitre 6 sur 35 · L. SOHERS · texte numérisé non relu

L. SOHERS

Des quatre tableaux que noué donne M. Somert, Le pensionnat incendié, u** 454^ mérite une mention par- Gulière. Le sujet est bien choisi^ 9 est plein dMntërét, il fournit au jeune artiste loccasiou de s^cgsayer dans la peinture des passions, sans se jeter tout à fait au milieu des graiide« tiifiicuiLcë de rexprc&sion. CV'ël par des figures 9 jeunes encore , dont les muscles sont peu prononcés , qu*i] va commencer; il pourra plus tard s*ë1eyer, par gradation , aux âges de la vie où les sentimens se sont creusé des traces sur la face humaine, traces qu^ils habitent, où ils viennent siéger, où Focil les découvre au moment même qu'ils émanent du cœur, et qu'ils se reflètent dans le cerveau.

A la dernière Exposition de Bruxelles, nous avons

8S OOMPTB-BBNDU

admiré une écoie de M. Beaume , artiste françaU, dont nous regrettons de ne posséder rien cette année; ce genre ^ quil traite a\< c tant de supériorité^ nous avait paru fi>rt susceptible d'être exploité par nos peintres : ils réunissent à uu haut de^ré les c^ualilcs qui lui cou\ ieanent; nous voyons avec plaisir que plusieurs s*en sont occupés.

Le pensionnat incendié*

Les flammes viennent de détruire la maison d'éducation , les écoliers pensionnaires , guidés par leur direc* teur^ ecclesiasiique en soutane noire ^ gagnent un gite pour se mettre à Fabri. Us sont parvenus sur un tertre^ près d une ruine , emportant ee qu'ils ont pu sauver du désastre ; qui ses livres, qui sa malle, qui son portefeuille , cet autre un petit paquet de linge. Ils s^arrétent un instant ; car les plus chargés se sont vus forcés de déposer leur charge par terre : ils la reprennent pour continuer. Chacun de ces enfans est diiTéremment al^ fecté de l'événement qui est venu les surprendre. Le seul personnage qui comprenne en homme toute 1 eten-

1 Hâulmr, nilM, 0,9S; latueur, mitre, 1,1S.

DO èàLon d'uupositioii* 89

due de la perte, c'est recclésiastique, debout, aombre, mais rëaigné. Le plus Agé des élèves, un sous-nultre peut-être, qui aura perdu son trousseau, tout ce qu^il possédait, s^est jeté sur Tépaule du prêtre dans Tattitude du découragement. Le directeur tient par la main un élève plus jeune dont il soutient la marche. Dans toutes ces figures d^enfans , vous remarquerez une grande variété d'eiLpresftions ; celui-ci pleure parce qu'il a été cifirayé , celui-là pleure parce qu^il a été dérangé , parce qu ou l a arraché trop brusquement à un doux sommeil bien désagréablement interrompu; cet autre nVst que médiocrement ému, Tincendie est pour lui un spectacle, cette marche forcée est un exercice, il n'y voit guère que cela.

Dansle fond, on aperçoit i incendie qui semble dévorer une ville entière, et une foule de personnes qui se sauvent.

On reconnaît bien, au simple aspeet des figures qui f<Mrment le premier plan du tableau, que ces enfans sont les pensionnaires d'une maison d'éducalion incendiée, ma» il y a peut^tre un peu de vague dans les idées accessoires* Ce qui brûle au fond, est-ce le pensionnat? Dans le cas de Taffirmative , qu'est-ce que la ruine auprès de laquelle les enfans iont arrêtés? Dans quelle intention est-elle placée en cet endroit? Est-ce seulement pour obtenir un effet pittoresque?

00 GOIirrE«*IIBNDU

Quoi qu*tl en tott^ k couleur de ce tableau est d une

vigueur de Ion peu ordinaire aux élèvea de Técole à laquelle il appartient; lespoiea, lesexprctëions, le dessin, répondent bien à la pensée de Fauteur.

Les taUeaux n** 435, Les deux rimujc, et 437, L'attente, sont d'une couleur plus fade et ne manquent cepeudaut pas de quelques qualités.

Le n"* 436, Le poUtigue, lent aide beaucoup snpé* rieur. Un paysan , assis devant la table où son dîner l'attend , lit la gazette avec une attention extrême. Tout entier à sa lecture, il ne s'aperçoit pas que ses pommes de lerre se relroidissent; plus poiilîque que gastronome, il oublie qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien, et qu un diner froid ne vaut pas grand chose , quand surtout 0 se compose de pommes de terre. Sa tabatière ouvcrlc est sur la table, attendant que ses doigts s'y insinuent sans qu'ils soient obligés de l'ouvrir préalablement , ce qui absorberait une partie d'un temps si bien employé à savourer quelque bon article de fond d'un journal politique.

La tête du lecUui est parraiieinenl peinte; latlention, ou plutôt Tabsorption complète de toutes les facultés, y est rendue avec un rare bonheur. On pourrait demander plus de vigueur et moins dUndécwion de dessin dans la partie inférieure du corps.

DU 6AU>N ll*BXPOSmON. 91

Nous n^auroiu pas grand'chose à dire de M. J. Dens,

si ce n'est qu'il imite aussi par trop le maître dont il a emprunté le coloris* Nous ignorous s'il travaille réellement dans Fatelier de M. de Braekeleer; mais il est évident qu'il s cël proposé pour modèles les ouvrages de ce peintre. Dans son Arrestation du conscrit réfrac" • taire, 115, et dan» sa Marchande de volaille, n** 1 14, il se trouve aussi des indices d'heureuses dispositions; c'est pour cette raison que nous le si^alons à . Fattention du public , espérant que le travail dévelop- , pera le germe de talent dont la nature parait Tayolr doué. Quant aux deux autres tableaux, n^ 113 et 116, f^tte des dunes de Blankenberg, et V^ue prise à Bou^' logfie, le jeune artiste y manque encore d'ori^jiiialité et suit les mêmes erremens que M. Jacob Jacobs, dont nous nous occuperuuâ plus tard.

li. DENOBELE.

Voici une tout autre école, qui tient le milieu entre la finesse de« anciens Flamands et la manière des peintres de genre français d^aujourd^hui. M. Denobele a vu cl étudié Tenicrs , et il s'est néanmoins senti entrai né vers Bellangé et Railet. Il n^eat pas trop imitateur, c'est ce qui nous plait suriuul eu lui. 11 promet un peintre à son paya : acceptons-en Taugure.

Parlons d'abord de ses portraits : il en a exposé trois qui tous ont de solides qualités. Ses chairs auraient plus de vie peut-être s'il ne portait pas, dans cette peinture en {Tiaiid , les habitudes que lui font contracter les petites figures de ses tableaux. Ses portridts , sans manque i |>our cela de rondeur, n'ont pas assez de modelé ; sa touche est trop unie; il ne fait pas sentir la circulation du sang sous la peau ; sa couleur, trop fraîche, est

ooMpn-BBimo 00 êàMxm DWotmoH. 95

eonyentioimelle (ilutèlque vraie, exceplé dans les ac-

ceMoires et dand les habillemens^ rendus avec beaucoup de naturel. Le destin y chex cet artiste , est une qualité habituelle; nom &ommeè lieureux de pouvoir le faire remarquer : nos jeunes peintres ne nous gâtent pas sons

ce 1 apport.

Le portrait quil a fait de lui-même^ n° 104^ est .remarquable. Si la pose en est un peu prétentieuse , l'expression en est bonne ^ les cheveux^ la moustache, Tim* périale sont légèrement touchés. Les n** 105 et 106

sont aussi dignes d'éloges.

Un militaire $' arrêtant pour boire devant un caharet

de village»

Un grenadier vient de s'asseoir sur un banc , à la porte dW cabaret de village; il a posé son sac par terre, son fusil contre la muraille ; il sVst débarrasse de son schako, dont un enfant s^est déjà coiffé. La cabaretière, belle et grande paysanne, à la coruclte coquettement retroussée sur Toreille, au tablier de mérinos noir sur

■ Hauteur , mètre, 0,61 j largeur, mètre, 0,74.

94 COMra-RlNDU DV SALON D^BXPOSITlOir»

une coite de serge rayée^ fond rougei lui verse à boire. Un pa y.san , en costume detravail, enmancliesdeclieniisey les pieds chaussés de gros sabots d'où sortent quelques brins de paille y fume sa pipe , assis auprès d^une table où se trouve le verre qu'il a vidé. II interrompt un instant les émissions successives de fumée que jette sa lèvre, pour [)réterroreilJe aux propos dusoldat. Celui-ci, en fouillant dans la poche de son pantalon pour y prendre de la monnaie , adresse à la cabaretière quelque compliment saugrenu dont elle sourit , et qui la distrait de son occupation , au point de lui faire répandre par terre la bière qu'elle pense verser dans le verre.

Les expressions de ces deux figures principales sont fines; le paysan^ spectateur et auditeur, e^L d'une extrême vérité de pose. Le cou tendu , penché en avant^ il écoute parfaitement bien ; on voit qu'il a un intérêt personnel à entendre ce que le beau militaire a pu dire pour distraire ainsi la paysanne. La couleur de ce tableau est bonne, sans prétention et sans charlatanisme ; les transitions aux demi-teintes sont habilement amenées, le fond cl la maison rappellent peut-être trop Bellangé.

Nous n'avons que des éloges à donner au dessin des trois fi(];ures principales ; nous ne sommes pas aussi satisfait de Tenfant , dont Taction^ si naturelle , aurait pu donner lieu à une pose plus gracieuse et plus originale.

Til. GUDIN.

De tous ]e« artistes étrangers qui ont enrichi nos Salons d exposition de leurs toiles^ aucun n'a conquis plus spontanément Tadmiration générale, aucun n'a soutenu

sa réputation avec un éclat plus constaDt que M. Gudin. Nous éprouvons le besoin d'adresser à ce grand peintre desrcmcrcinien^ au nom des artistes et du public belge. Nous lui devons de la reconnaissance, parce qu'il nous a traités en nation capable d'apprécier la hauteur de son talent, La Perte du Kent, les Marais Pontins, le Pi-^ îote napolitain, ouvra<;v8 par lesquels il s'est d'abord révélé à nous, étaient de ces œuvres de eiioix qui prennent et conservent le premier rang parmi les productions d'un pinceau célèbre. La Vue des environs d'Alger c%l

96 GOHPTB-RBIIDD

un nouveau chef-dVeuvre au moyen duqud M. Gudin

te montre encore à nous avec le« mêmes droiu à notre admiration et à notre reconnaissance.

Cette peinture chaude et grandiose est un exceBent exemple pour nos jeunes paysagistes^ naturellement disposés à la froideur. II serait à souhaiter que la Vue d'Afrl(ju(î restât dans le pays, et qu elle pût servir d'objet d'étude.

yue prise aux empirons d'Alger,

Les voyageurs qui ont visité FÀfrique croient éprouver une rasciiiation, un mirage, devant cette toile où se déploie, dans toute sa magnificence, la plus sublime, la plus radieuse nature. Et nous^ qui ne la connaissons que par les récits qu'on nous en a faits, nous nous écrions : « Ce doit être en efTet cette terre brûlante, ce ciel de feu ! C'est bien ainsi que notre imagination se Tétait créée ; la peinture dépasse même en grandiose ridée brillanteque nousuous eu étions laite! » N est-ce pas

I Hmiteor, mèlrc , 0,99 ; largeur, mètre , 1 ,48.

00 sàLon d'exposition. 97

là le triomphe des arts? £lle nous fait comprendre , à nous habitant du Nord» toute la splendeur de cet aspeet africain^ elle nous satisfait pleinemeot, «au même laister naître en noua Tidée d*exa£(ération ; elle noua fait tout sentir, et elle reste vraie ! GVst que M. Gudîn ne s'est paa contenté de mettre sur sa toile tous les objets, toutes lea teintes, tous les elfeta qui ont frappé sa vue dana la contemplation de cet imposant spectacle ; il a, par un eflfori qui n'appartient qu'aux talena supérieurs , imprimé à son ensemble le sentiment qui dilatait son cœur, quand ses ytox lui apportaient cette saisissante empreinte ; à chaque détail , la pensée qui vibrait dans son esprit chaque fois qu'il découvrait une beauté nouvelie. Aussi , comme un poète qui nous raconterait sea impressions ^ le peintre nous fait participer aux siennes. Ndble privilège du génie!

En voyant ce tableau , qui ne représente pourtant qu'une natiire inanimée en apparence ^ on y découvre le reflet de toutes les hautes facultés de rartiste. C'est son Ame qu'il a mise dans ce site , comme il Taurait mise dans les gestes, dans les traits,' dans les yeux de ses personnages, s'il eût peint Thistoire au lieu du paysage.

L*artiste a choisi Theure la plus solennelle du jour,

celle où le soleil radieux, inondant la teri*e de ses gerbes

lumineuses, chasse devant lui les ombres qui la coûts

98 C0HPTE-EBNDU

¥1*916111. Au loin, un brouillard léger monte en se dissipant peu à peu. Ce voile , qui dérobe encore à Tceii le sommet de T Atlas ^ en laift»e apercevoir une partie dont les cimes élevée» renvoient la vive lumière qui les

Ce brouillard semble fuir à regret et vouloir s'arrêter dans sa fuite ; il coupe la chaîne de montagnes des Bédouins^, en suivant une ligne horizontale , à quelques pieds au-dessus du sol» et permet à Tosil de découvrir le superbe paysage qui s'étend jusqu'à la base de ces montagnes , et qui encadre si gracieusement un petit golfe de la Méditerranée.

Avec quel art le peintre a rendu les difiérentes . nuances produites par le jeu de la lumière sur les aspérités du terrain ! Comme les ombres disputent bien au soleil cette terre rocailleuse , dans les anfractuosités de laquelle la nuit semble encore se cacher! A voiries progrés du soleil, la douce et insensible lumière qui commence à colorer le verëaiit du monticule à gauche^ ne semble-t>il pas que Ton voit surgir Tastre vainqueur?

L'effet est rendu si juste , que Ton éprouve, en regardant cette colline , un éblouissement réel. Le versant que Ton voit ne peut pas encore être éclairé par les feux du soleil qui parait derrière; mais les rayons^ glissant au-dessus die Fombre , la laissent apercevoir à travers la

DO SALON D^BZPOUTION. 99

nappe de lumière qui la recouvre ^ et vou« arrivent en gerbes danft let yeux.

<^uel heureux contraste entre ce terrain aombre en* core et cet autre montictile y aouriant au baiser du matin, avec son blanc palaii^ , avec ses nobles et g;racieux palmiers qui semblent s'épanouir au sOleil levant, et secouer autour d^enx la Iratehe et abondante rosée que la nuit a versée sur leurs feuilles allanguies par les brûlantes ardeurs de la veiOe.

Qu il est effrayant, ce ravin tout noir , séparant les deux ooieauxl C'est Tabime où la nuit va se réfugier avec Fesprit des ténèbres. Ou tremble d'y pluiigcr son regard, de peur que le vertige vous saisissant ne vous y entraîne la tête la première.

Lesfigures, peu nombreuses, qui animent cette solitude f participent admirablement au caractère noble du paysage. Quel grand style , quelle majesté simple dans Fattitudc f^ravedece Bédouin qui abreuve ses chèvres à la fontaine doni l'eau est fraîche encore !

Une plume habile trouverait dans ce tableau la matière d'une ma(^iiiiique description ; le poète , en le contemplant, sentirait les pensées arriver en foule et se presser dans son cerveau ; nous serons trop heureux si notre lithographie et notre analyse peuvent, ensemble, donner une idée de Touvrage de M* Gudin à ceux qui

100 COMFfE-RËNOU DU SALON d'eXPOSITION.

n^ont pas eu le bonheur de le contempler. Quant à ceux qui l'ont vu, san» doute il» ne Toublierout jamaië, et notre copie, nellflkt-elle qu'une ëbancheinforaiey leur en

rappellera toujoura assez pour réveiller leur admiration.

M. Gudîn a-t-il quitté le genre des marines? se donnerait-il tout entier au paysage ? 11 s'est montré si supé^ rieur dans chacun de ces genres^ que nous serions filché de le voir faire un choix qui nous priverait de Tune ou de Tautre de ses spécialités, si fécondes en chefs-d^ceuvre.

Mamteuant, nous attendons avec impatience que Toccasion se présente encore à M. Gudin de nous favoriser de renvoi d'un de ses ouvrages.

ED. DELVAUX.

Ëlève de M. H. Van Asselic , co paysagiste s'est rapidement acquis une réputation qu'il soutient avec honneur. 11 débuta à l'Exposition de Liège et à celle de Bruxelles , en 1830 , par de grands intérieurs de forêts, où les amateurs reconnurent une vigueur de faire , qui semblait promettre un émule à nos meilleurs peintres. On savait gré surtout au jeune artiste de ce qu'il montrait , dès l'abord , une originalité qui le distinguait de tous les paysagistes ses confrères.

Depuis lors , le talent de M. Delvaux s'est développé ; en 1853 . il obtint un beau succès , un de ses tableaux fut acquis pour le Musée national où il est placé. 11 montre aujourd'hui au Salon (juatre paysages qui méritent de fixer raltcnlion.

lOd COMPT£-B£NDU

Bords de la Sciuie. Vue prise près de ForesLy \f 96 A gauche , la Senne dont les eaux lentes s'enfoncent sous UQ antre de verdure ^ où Tombrc s'assombrit ; sur le premier plan , au milieu et à droite ^ deux arbreS| au branchage bien fourni de feuilles, se découpent en repoussoirs y et laissent apercevoir dans les cadres que ibrment leurs troncs et leurs branches réunies , des arrièreplaus el un liorizon où les accidens de lumière et dbmbrc sont distribués pour produire un effet piquant. Cette composition est heureuse, et donne au site, foil simple en lui-même , un sentiment tranquille et mélancolique. On le choisirait , cet endroit écarté, pour y aller braver les feux des jours de juin^ un Lamartine en main^ étendu à Tombre de ces hêtres, au bord de Feau. Des critiques sévères pourront trouver de la froideur dans ce tableau; la verdure y est quchjue peu grise et monotone; les arbres manquent aussi de relief; on voudrait pliin d air autour des branches. Mais le fouillé en est habilement traité ; nous reconnaissons là les études consciencieuses de fartiste. Ses premiers plans sont fermes et vigoureux, il y a quelque faiblesse dans les derniers.

Les ruines de Mont'Aigle, n^ 97, participent des qualités et des défauts du premier. Le bouquet d^arbres du milieu estcharmanl, la montagne est d'un bel eiïèt,

' Haulcur, inèire, 1,27; largeur, mètre, 1,09.

DU sAiiûM d'exposition. i05

avec sa couroone de ruines ; les eaux ont de la transparence. L'intention de donner delà frateheur au paysage nous parait encore iei produire un «fiet fort voisin de la froideur.

Site aux empirons de Huy, n" 98. La rivière , sii.sf)eii« due un moment en une nappe iumiobik et transparente ^ tombe en petite cascade sur le devant ; à gauohe du cours de leau , des ruouiagnes ; à droite , au milieu du tableau^ un terrain uni couvert d'un bois sombre dont les arbres viennent mirer leur pied dans le limpide miroir. Plus loin j vers Je cadre ^ un cbemin qui s'enfonce dans la forêt. Ce paysage est animé par quelques œrfs , au bord de la rivière. L'ombre est jetée avec sentiment sur le masMf d^arbres du milieu; au fond, la haute montagne à pic rappelle plus celles delà Suisse que celles des ijords de la Meuse : nous serions tenté d'accuser ici le peintre d'miidélilé, ou plutôt de s être laissé aller à une réminiscence involontaire de son voyage aux Alpes. Le versant de la montagne qui descend jusqu*à la rivière est rendu avec beaucoup de vérité , il est Irès-varié de ton, lalumière y joue bien , et fait une belle opposition avec les teintes rembrunies du massif sombre du milieu. De Tautre côté , le chemin entre si bien dans le bois que Ton serait tenté d'y pénétrer avec lui. Le ciel nous a paru manquer d'harmonie ; le blanc et le noir y tranchent fort. —

104 OOMPTBHIBNDU VO ^AUNI 0*BSmMin<Nf.

Les eaux caline« el la cascade sont rendues avec une

égaie exactitude^ eUe» produisent une belle opposition de pensée , bien conservée dans Texécution. ■

Le quatrième tableau de M. Delvaux odre encore de belles qualités.

Nous ne finirons pas cependant sans lai recommander le dessin; ses arbres pèchent souvent sous ce rapport» son feuille nW pas toujours asses varié , assez étudié.

Eu somme , cet artiste s'est montré digue de sa réputation : nos eriticpies doivent lui prouver le cas que nous faisons de son taleut^ et la confiance que nous avons dans ses progrès.

ËUG. FLANDIN.

Parmi les vues de villes qui sont exposées au Saloo , les amateurs ont remarquë deux tableaux représentant,

Tun , La place de Saint^Marc ,àV mise , Taulre , La Grand* Place deBruxeUes, è(Aé delà maison dite Brood» Jiuj's. L'auteur de ce» deux ouvrages c«t un élève de M. Gudin, dont le talent s*est manifesté pour la première ioiâ au Salon de i^ark, au mois de mars dernier. M. Eugène Flandin revenait alors d'Italie et en rapportait des études laborieusement acquises. Il sVst mis à Toenvre et a exécuté pour r£xposition parisienne ^ Une plage de NapUs asfec ruines romaines; Un clair de lune ( le pont des Soupirs à Vemse, a/vec une ejcécuùon d une sentence du Conseildes Dix) , et enfui > une toile de six

pieds ^ représentant La place de Saint^Marc, à Venise. De ces trois tableaux ^ le second et le troisième fiirent immédiatement acquis , Tun par la Société des Amis des Arts de Paris ^ 1 autre par S, M. le Roi des Français. Les journaux de la capitale en firent un bel éloge et signalèrent leur auteurcomme donnant de brillantes espérances.

Nous sommes heureux de pouvoir apprécier par nous* iiiûiries la lé^ilimité de ces jugemens; M. Flandiii (jui , depuis quelques mois, est venu recueillir des études dans notre pays , a exécuté , pour notre Salon , cette Vue de la Grand' Place de Bruxelles ( n° 1 79 ) , dont nous donnerons la lithographie dans une de nos pro- <diaines livraisons

Rien qu*au choix qull a fait parmi les dilférens aspects, que présente la place de 1 Uôtel-de-Ville , on peut juger de la justesse de coup d'œil du peintre. 11 voulait rester vrai et no pas violer les règles de la perspeclive, ne nous présenter sur sa toile qu'un ensemble d'objets que notre regard pourrait effectivement embrasser d^n point de vue donné* C'est une règle que ne s'est pas imposée Fauteur d^une autre vue de la même place , lequel a cru pouvoir nous montrer la place tout eiiliètx^^ avec ses trois côtés. Celui-là a manqué tout k fait aux principes de la perspective linéaire.

I Hantcar, màtre, 0,98 j Itrgcur , mètre, 0,73.

D0 SAIiOll D*BXKM1TI01I 107

M. Flandia a représenté avec une grande exactitude cette aaite de façadet variées qui embelliisent le oôlé de la place où «e trouve aiy ourd'iiui iàSociété de la Loyauté* U ne a^est pat ooolenté de nous donner un ensemble saliafiûsant et des détaib cxacU^ il a pout- eiuiciiir encore «on effet , jeter^ sur le milieu du tableau, un accident de lumière fort piquant , produit par Tombre d'un nuage orageux. Quelques critiques ont trouvé que cette ombre était un peu noire, qu'elle faisait tacbe. hous ne regardons pas cette partie comme tout à fait irréprocbable; mais une aussi légère imperfection, rachetée d ailleurs par tant de qualités, ne nous permet pas de nous y arrêter. Les figures qui animent cette Vue sont d^une bonne touche, spirituellemeiil {jroupées, et bien d'accord avec le ton général du tableau.

L'autre tableau de M. Flandin mérite aussi beaucoup d éloges. On y reconnaît avec plaisir que ce jeune artiste, bien qu^élève de H. Gudin , «*ett formé une manière à lui, et qu'il a plus étudié la nature qu il n'a copié son maître. Le ciel pur et profond , les eaux transpa- . rentes, lexcellenle couleur des palais et des barques, Fanimation quimpriment à Fensemble les figures distribuées et là, concourent bien à donner une idée de celte place de Venise , dont on a vu d'ailleurs mille fois la reprôdtictîon.

108 GOMm^ABNMr DU AALON b*Bxro«inoif.

Le grand tableau qui a valu à M, Flandiu uu rao^ parmi les jeunes artittes fliinçais^ à rExpothion de Pam, était le même «ujet, sur des proportion» beaucoup plua grandes et conçu différemmenti quant à feilèt et aux

accesaolres.

TAYËRMIER.

Cet artiste «'est d'abord fait oonnaitre , chez nous , par des intérieura de viOes dont la vigueur et le desno avaient été généralement appréciés. 11 avait «apporté «ma trop de désavantage le voisinage des Lepoîtevin et des i âimeur.

Le paysage , genre dans lequel nous le voyons s^essayer aujourd'hui, parait lui offrir une carrière où l'attendent de beaux succès.

Sa Fue prise aux environs de Belîe^ille, n* 447 % est un des paysages remarquables du Salon. Le ton général en est excellent, le feuiHé est d*une jolie couleur; la fontaine, surmontée d'une croix gothique, et adossée

* Hauteur, mètre, 0,70; largeur, mèlre, 0,91.

110 COMPTB-RBMDU OU 6ALON D^fiXPOSiTlON.

à une voûte d'aqueduc ^ est gracieusement environnée d'im bouquet d'arbres et de broumilles. Les figures sont naïves et dénotent toutefois plus de sentiment que d'habitude. Le terrain du premier plan présente peutêtre trap de transparence , on y désirerait plus de fermeté; mais i eiiet est brillant et original.

En somme, ce tableau est d*un aspect flatteur, il ofire des parties traitées avec une extrême délicatesse ; il est d^une composition agréable ^ quoique simple ; il a de lair et de la profondeur. Les légères critiques que nous en avons faites prouveront à Tauteur la confiance que nous avons dans ses progrès. Nous sommes en effet persuadé qu un artiste capable de faire un tel ouvrage nes^arrêterapaslâ.

1 RAiNÇOIS DE MARNEFFi:.

Après d^assez loDgs tàtonnemeiu^ ce peintre a rencontré le genre qui lui convient le mieux. INouë pensons que le public, par son niffragCy confirmera ce jugement.

' ^ elTet, les paysages que M. de Marneilë nous a Bio&trëa cette annëe méritent, à beaucoup d^égards, une attention que n'^avaient pas attirée ju^iqu'ici les aiitrea productions de ce pinceau.

De grandes qualités sont indispensables pour réussir dans le paysage historique. Outre la difficulté que pré* sente Texécution des figures, il y a encore celle qui résulte de la nécessité où se trouve le peintre d'imprimer

112 GOMPTfi-RBNDO

au site un caractère, un sentiment qui^ par «on accord ou par M>n contraste avec la scène à laqudle il sert de

théâtre ; produise un effet fort et juste.

M. de Blarneffe , dans son tableau n** 336, nous paraît avoir réuni plusieurs de ces qualités à un haut degré. Héme lorsqu'il n'a pas tout à (ait atteint son but, Tintention poétique est sensible, on la sauit sans peine. (Test un gage de succès pour les ouvrages qu'il concevra et qull exécutera dorénavant dans ce système.

Charles II, roi d'Angleterre, dans la forêt de

Boscobel

« Âpres la bataille de Worecstcr, Charles II, fugitif et proscrit, se confie aux cinq frères Penderell. Ceux-ci, afin de le soustraire aux poursuites des soldats du Parlement, Tout déguisé sous des habits grossiers, et emmené avec eux faire du bois dans la forêt de Boscobel. Là, serré de près, le roi fut obligé de monter sur un cbéne, où il passa la nuit. »

Le peintre a choisi le moment où la furêl est investie.

1 Hauteur, nètre, 1,6S) kT^enr, mitre, 1,110.

wj SALon D^nponnoN. 115

Les fidèles siyets du roi «oppUeni leur maître de se rendre à leurs prières , de céder h leurs instances. Les soldats sont sur leurs pas^ un précipice arrête Ja marche des ftigitils. — L'artiste a voulu, par cette disposition du terraiu , faire compreudre FimmioeDce du danger.

Faisons d'abord une remarque sur la nature que le peintre a choiëic. Ce n e^t ni dans uu parc y ni dans \vn bob dénaturés par Texploitation industrielle , qu^il est allé chercher les types de ses arbres. 1! s'est enfoncé sous quelque sombre forêt des Ardennes; ik, il s'est mis en quête de la végétation la plus sauvage, de ces pousses indépendantes et vigoureuses qui rappeilcut les premiers Ages du monde. La cognée n*a émondé aucun de ces chênes séculaires^ aucune main avide n a dirigé leur.^ létes vers les cieux, en mutilant leurs bras de géant; ils ont étendu leurs troncs noueux et leurs branches monstmetises y sans se soucier de faire de longues poutres ou de larges planches pour un propriétaire avare.

Nous signalons avec infiniment de plaisir cette haute intelligence de son sujet , dans un artiste qui abandonne la manière habituelle à tous les paysagistes du pays, qui se fraye une route à lui , qui sWvre une carrière dans laquelle ses connaissances variées le ici ont marcher avec fermeté. Nous ne conseillerions pas cette voie

à la plupart de ses confrères; en général, ils manquent

114 COMPTB-RBIIDU

de riiMtniction première qui fait naître les grandes idëes. Souvent ils copient la nature avec beaucoup de vérité; mais ils choisissent leurs cfTets avec peu de dlsoemement , ils ne savent pas les combiner pour exprimer une grande pensée, un grand sentiment.

La scène historique, bien qu'indiquée comme le sujet principal du tableau, n^est cependant éclairée que d'une sombre lueur, produite par des nuages orageux înter^ ceptant, dans cet endroit, les rayons du soleil que Ton voit briller dans le lointain sur les armes des satellites du Parlement.

On reconnait , à Texamen de cet ouvrage , que M. de Mameffe a beaucoup étudié les peintures, si nerveuses,

des Ruysdacl et des Uobcma; mais il n'a point borné là ses études.

Son tableau est disposé avec entente et bon goût; les fonds, que rondécouvre à traverslesbranches du premier plan , sont riches. Sa couleur est chaude , son feuiOé bien massé. On voudrait un peu plus de vigueur dans ses repoussoirs , un peu moins de noir mat dans ses ombres. Du reste , sa lumière est habilement distribuée. L effet principal de jour est jeté dans le haut des arbres et sur des nuages; il anime le feuillage et fait re^ortir l'épaisseur des ombres inférieures. Cette même lumière, répétée çà et lâ dans des échappées, agrandit Tespacê. Le ravin,

m ffALOR D*BK90SinOR. 115

pUoé «ur le jiceiiiier plan^ complète Taftpect sauvage du site y avec «on entourage de longues herbes, de racines

pendantea et de fougère« étendant leurs palmes élégantes • au pied des arbres.

La citasse aux chiens courans dans la Jurêt de Soi-» gnes, n** ZZ>7 , n'est pas moins digne d'attention. Le se« cond plan est d^un e^et piquant ; le tertre , à gauche, d'où descendent les chiens , est éclairé d'une manière fort heureuse pour Feifet général ; les arrière-plans sont aussi d'une jolie touche , le lointain est charmauU La petite colline boisée au milieu est bien accidentée de verdure. Les arbres en repoussoirs ne manqucui pas de vigueur, mais ceux de gauche sont négligés. Les deux autres paysages^ La chute d'eau, 558 , et le n** 559 méritent aussi une mention honorable. Le premier de ces deux tableaux prouve que Fauteur réussirait bien à traiter les eaux. Sa cascade est d'un bel cHet; — la lumière tombe sur la nappe supérieure , une ombre forte est portée sur la chuLe et lui (ioime du mouvement. — Ici, comme au n"" 556 , feifet de lumière est encore placé daiis le ciel. Ce moyen se montre dans tous les paysages de Fauteur : ce sont là des redites dont les artistes doivent se garder.

Nous ne saurions trop conseiller à M. de MarnefTe de s^en tenir au genre qu'il a enfin adopté; toute tentative

116 C01IPTB«*BBNDU DU 8ALOM D^BXFOUTION.

dam uoe autre direction lexpcMerait à «e fourvoyer, lémoin les n"" 340 et 341 : au Iteu qu^en suiTant ia

route qu'il aprii»e, il fait espérer à la Belgique un grand artiste de plus. Nous y comptons, pour notre part. Les

counaissances variées ^ le bon goût du peintre nous sont un garant qu'il saura choisir des sujets capables de don*

lier ] inspiration poétique, sans laquelle les œuvres d art n ont qu'une durée éphémère.

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