H. LE Y S
Tou» le» vûîteuTi de i'Ëxpoaition ont remarqué^ dan« le premier talon, à gauche, un tableau frappant par ieilet extraordinaire de aoa coioritt. A quelque diatanee^ c'est une harmonie fiar&ite , avec une vigueur de ton incroyable ; m Ton «approche , c c«t une multitude d^ figures d'aspects variés , d'expressions étranges ; c^est encore une ensemble de limitons gothiques dont toutes les fenêtres sont bourrées de spectateurs animés, entourant une place où s'agite une foule sans nom; le tout éclairé par un jour dont il est impossible de se rendre compte , jetant ici ses gerbes de feu , tandis qu'il porte une lumière tout aussi brillante à i'opposite.
La. première sensation que Ton éprouve à cette vue
118 GOMPTE-RBNDU
est un étourdissement qui cause uoe sorte de dépit; mabon y revient : il y a lâ quelque chose qui vous attache, qui vous relient malgré vom , qui vous force à chercher le» beautés qui doivent être semées dans cet amas confus. Si vous avez lu VHistoire du roi de Bo~ héine et de ses sept châteaux, par M. Ch. Nodier, vous avez certainement, vingt fois, en la lisant » éprouvé des mouvemens d impatience qui vous auraient fait jeter le livre loin de vous; mab toiyours voua vous êtes senti ramené à la lecture que vous avez poursuivie jusqu au bout, et dans laquelle vous avez trouvé de délicieuses inspirations, des passages pleins d'énerQiCy des morceaux du comique le plus piquant, des enseignemens de la plus haute moralité I Eh bien I le tableau de M. Leys, Le massacre des magistrats de Lousfoin, produit un effet analogue. 11 vous impatiente contre Fauteur , et 3 vouii fait dire cent fois : « Que de talent dans ce jeune « pinceau l que d'avenir dans cette téte, s'il voulait ae • laisser guider par le raisonnement , si elle pouvait «t s'astreindre à de sérieuses études. » Avant de hasarder une analyse , dans laquelle nous sommes bien persuadé d'échouer , mais que notre conscience d'historien nous commande de tenter, nous allons donner ànos lecteurs les détails les plus circonstanciés que nous avons pu trouver sur le fait dont la représentation est sous nos yeux.
' nu SALON p'BXVOilTiaN.
Massacre des magistrats de Louvain.
Louvaîiiy cette antique capitale du Brabanl, dont
BruxeUes n^était alors que la seconde ville^ avait atteint, vers Tëpoque à laquelle est emprunté révënement que retrace le tableau de M. Leys y un degrë inouï de pro^ périté et de splendeur. Ville manufacturière du premier ordre ^ elle reufcrmail Jaiis son sein une population d*ouvriera que les contemporains évaluaient â cent soixante-dix mille âmes, indépendamment des nobles et des bourgeois. Quatre mille tisserands occupaient chacun tous les jours trente ou quarante individus, et la foule des travailleurs s'écoulait par les rues , si nom» breuse et si épaisse, qu^à Theure où les ateliers sou- \ raiuul et se fcrmaicul l'on avait soin de sonner la cloche pour que les habitans eussent à retirer des rues leui*s enfans.
Fier de sa force matérielle, le peuple de Louvaiu supportait avec peine la domination des familles nobles
I Hauteur, oiiUre, 1,90; largeur, mètre, 1,48.
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auxquelles radmiDistration de la cité w trouvaildévoluey de même que dans lea autres villes du Brabant.
Déjà quelques années auparavaut , des irouble« avaient éclaté ; Gouterel avait réussi à arracher aux no» bie» une part danë la souveraineté , et le duc W cuceslas semblait fermer les yeux sur ces empiétemeua, au moyen de quelques sacrifices d^argent consentis par le peuple, en échange des libertés nouvelles qu'il venait de conquérir.
Enhardis par ce succès , les bonnes-gens de Louvain n^eurent lûentôtplus qu^un but et une pensée, r^imi* nation complète des ianiiiics patriciennes qui iaisaieot encore partie du conseil communal.
L'an 1 578 , profitant de labsence du duc Wenceslas , qui voyageait alors en France, les tisserands se soulevèrent, chassèrent un beau jour leurs écbevins, et se choisirent l'un de leurs doyens, Gautier de Leyde, pour bourgmestre.
A l'exemple des Gaulois insurgés, vers la mémeépoque , contre Tautorité du comte de Flandre , ils arborèrent pour signe de ralliement les chaperons blancs. La plupart des nobles de Louvain émigrèrcnt à Bruxelles, quelques-uns , plushardia ou moins prévoyans, i*estèreiit en ionction.
Gautier de Leyde, député par ceux qui Tavaient élevé
DU MLOIt D*nfOiIflON. 131
au ponygir Yers la dncheMe iesnne, vint à Bruxelles
exposer les exigences de ses partisans. Rencontré, un ^ «oir qu'il sortait d^un repas 9 par Jean de Casier et Guillaume de Wilre , nobles de Louvain^ émigrés^ il fut attaqué par eux et périt dans le combat.
Aussitôt que la nouvelle de cette mort fut parvemie dam Louvaiuyie peuple entier se soulevai ivre de vengeance et de colère y menaçant les patriciens demeurés en ville , et faisant peser sur eux la solidarité du crime qui lui enlevait son bourgmestre. D^abord ib se contentèrent d enicrmer sous bonne garde les membres du conseil coouminal appartenant à la noblesse, et s'en dirent à Bruxelles demander justice contre les meurtriers. La ducbesse Jeanne promit de faire droit à leur prière^ mais ordonna en même temps de relâcher immédiatement les nobles , prisonniers à rU6tci-de-Ville , assurant de plus cpiVUe allait se rendre eQe-méme à Louvain pour faire bonne et exemplaire justice.
Mais la ducbesse tardant à exécuter ses promesses , le peuple se crut joué par son souverain. Une lettre du comte de Flandre , par laquelle il exigeait du due de Brabant la mise en liberté sur»le-champ de Henri de Velpe , Tun des patriciens détenus , vint porter Tirritation à son comble.
Lemercredi, 16 novembre 1579, les métiers s\>mcu*
iââ COMPTBoBBNDD
vent par toute la cité, ib entourent en armes THAtel*
de- Ville et le cernent avec soin, de façon à empêcher révasion des prwonniers qu*il renferme*
Une partie de eette multitude furieuse envahit la salle du conseil et force les archers de la garde à livrer^ un à un, tous les magistrats dont la foule qui remplissait la place vociférait les iioma. Aussitôt amenés^ ils sont, tour à tour, lancés par les fenêtres de Tédifice sur les piques et les javcliiic6 de leurs aëj>;ii>j>in8; qui se disputent les lambeaux de leurs corps mis en pièces.
Seize magistrats périrent de cette fin misérable ; Thistoire a conservé les noms de quatre d'entre eux : Jean Platvoet , Jean de Witte , Rodolphe de Limminghe et Louis de kcyuoogc. Uu des archers de la garde, ancien serviteur de Jean Platvoet, essaya de le dérober au sort qui le menaçait , en le couvrant do ses habits et en le cachant sous un banc dans la salle où se passait cettescène de carnage, ba pilié ne servit qu'à augmenter le nombre des victimes.
Jean Platvoet fut découvert par un enfant, fils de Fun des meurtriers ; arraché de sa cacitetlc par la populace, il subit, malgré son grand âge et ses supplications, le sort de ses collègues, et le malheureux qui lavait voulu sauver fut à finstant massacré.
Le due Wcnecalas, aussitôt informé de cette émuule
DU SALON D^KXPOSITION. 123
sauglaulCy quitte Paris à la hâte et s apprête à châtier Louvain. Gepeadant tonte «a colère se boraa à condamner ka métiers au payement dHine forte amende , aitisÀ à eiûger du plus grand coupable un pèlerinage d'outre-mer, tandis que, desonoM, il promit au peu-» pie satisfaction du meurtre de Gautier de Leyde. . Cest ainsi que se termina ce terrible drame , malhen* reusemeut si orduiaii c daiis no6 annales^ que les auteurs Contemporains négligent de le rapporter avee d'autres détails que ceux que nous extrayons ici de la chro!ii(|ue manuscrite de Edmond de Diuter , d'ilarœus , Divœus , Juste Lipse , et de VExceUente Ckronjrcke van Bra^ bandt, imprimée à Anvers eu 1^30.
Muni des documens historiques qui précèdent, nous nous prcscntorous de nouveau devant le tal)leau de JM. Leys. Nous reconnaîtrons d'abord la Grand'Plaee de Louvain, telle qu'il est assez facile de se la fi(jurer, d*après ce qui subsiste de son élégante et originale architecture. Nous reconnaîtrons , en somme , dans cette pjace, un peuple accomplissant «on œuvre de vengeance y avec sa fougue, avec sa fureur, avec son désordre. ^'ou8 trouverons, mêlées à cette terrible tragédie, des scènes burlesques, comme celles que Shakespeare a jetées dans ses drames.
C'est contre les nobles que les métiers se soulèvent ;
Iâ4 ooHPn-RBiiMr
iU vont maMaerer leurs ma^stratt appartenaiit à cette claMe privOëgîée ; ma» il» ne ae borneront pas à prendre leur aan^ , il faut encore quWe cruelle raillerie rende plua poignante leur vengeance* Voyex-^VDiia » au mflieu de la fouie ^ un cavalier armé de pied en cap, la téte tournée vers la croupe de «on dieval, et bizarrement accouUt: de loule» horlea d'inftigiies lidicules et satiricptea? C'est un des tisserands qui fidt ce personnage de mascarade, sanglante canCatnre contre les nobles. On Ta chargé des emblèmes les plus capables d'exciter la risée^ son casque est paré de deux hantes cornes de cerf. Vous ne pouvez vous empêcher de rire , quand vous êtes parvenu à démêler Tintention comique de cette espèce de mannequin. Vous éprouvez alors une impression de dégoût et d'iuNrreur en apercevant , tout à côté , des objets beaucoup plus faciles à reconnaître : des scènes de sang , des pendus , des cadavres nus jetés en travers sur le dos des chevaux , des cadavres à moitié dépouillés étendus par terre et que de hideuses harpies achèvent de détrousser; de malheureux vieillards trem* blans sous le fer des assassins, tombant sans résistance. Assassinats continuels , où ne se montre pas la moindre idée de lutte ; ignobles saturnales d'une populace effrénée qui n'est pas même obligée d'avoir du courage. Quelle pensée M. Leys a-^-il voulu mettre dans cette
DU tAUM D^Bzromoif. 125
compoêitkm? Quei enaeignement ëa toile va-t-elle donner au peuple mnis les yeux duquel elle eêt déployée? Quelle est donc la noble fibre qpi'il veut faire vibrer dan* DM oounP Où donc a-f-U plaeé la vive impreinon du sentiment qui doit nous saisir? Obi si nou» tiouviuns , dana cette oonfuMOUy quelque chose de grand , de noble, de propre à nous élever Fâme, nous passcriom aui tous ka défauta d'exécution. Via-4-via d'un beau aentiment, poiaaaninient excité , devant une scène qui noua ferait verser des larmes, ou qui rehausserait à nos yeux la dignité homaine, noua ne noua aperoevriona paa dea fautes d'exécution , nous comme neeriona par rendre hommage au génie. Maia quand un tableau ne noua présente quun effet tout artificiel, consistant seulement dana dea oppoaitiona plua ou moina biiarrea de couleurs , de jours , de lignes , alors nous devenons exigeant; nous demandons compte à Tauteur de ses procédés et de son fiiire , puisque c^eat dana dea procédéa matériels^ dans un faire particulier qu'il a placé tout son effet. A odui qui veut ae diatinguer par Texéention seule , nous pourrons demander compte de ce dessin , preaqne tonjoura incorrect» de cette couleur fiiuaae et mal motivée dans ses applicalioiis , bien qu'elle produise un bon effet général; de cette lumière qui semble partir ft k foia dea qui^ pointa cardinaux.
126 GOMPTE-RBtiDU
H y a dans laspcct de ce tableau quelque chose de si étrange, que nous avons eu bien de la peine à nous expliquer d^oû peut venir Teffet qu'il produit, et, après uu long exameu , nous peusons que cet eilet résulte de la combinaison extrêmement heureuse des ooidenrs/qai produisent un ensemble de ton d'une vigueur et d'une harmonie extraordinaires. 11 fiiut , pour apprécier tout le mérile de celle couleur, laii e ab^ili action de tout le reste , ne pas s'inquiéter du siyet ^ ne plus penser aux lignes du dessin, ne pas se demander les mottft des ombres et des lumières ; il faut se laisser saisir par TelTet d'ensemble, qui n'agit ici que sur les yeux. Cet effet est bieu puissant , puisqu'il fait oublier un moment tout ce qui d'ordinaire est le principal objet de la peinture.
On peut donner une idée d'un tableau en le reproduisant avec de simples traits noirs sur une page blanche, c'est ce que fait tous les jours la gravure ; si l'on imaginait un moyen de faire l'inverse, pour donner une idée d'une peinture, dont on néglijjerait tout le dessin , ou obtieudrait quelque chose d'analogue au massacre de M. Leys, vu d'un peu loin.
Tel qu il est, avec ses imperfections, le tableau dont nous nous occupons est un des plus étonnans du Salon ; tout le monde se réunit pour y reconnaître une chaleur, une puissance de coloris qui promettraient un Rem-
DU SALON D^BXPOSITION. 127
brandi à U Belgique, $i Ton pouvait espérer du jeune peintre de sérieuses études de dessin. Il y a là une exubérance de sève el de Ibugue que l'âge sans doute saura modérer. Déjà même , quand Tartbte a pu soutenir son atleation sur un poini, il obtient un résultat bien remarquable; nous allons passer en revue chacune des O^rcâ de son tableau où nouë avons reconnu des qualités 4'exécution du premier ordre. Quelques poses sont pleines d*énergie et de naturel. Nous citerons ce tisserand > eu cape noire, le dos appuyé contre Téchafinud, regardant en haut le magistrat que ses amis vont poignarder sou compagnon u est pas mouis bien pose. Il y a un très-beau mouvement dans cette jeune femme eu robe du velours ruu^t* , à larges manches , vue de profil, les cheveux épars , s'efforçant d'arrêter les assas*' sins qui vont frapper Téchevin debout sur rcsealicr, La vieille femme, dans le coin à gauche, occupée à enlever un collier d^or à un jeune gentilhomme, mort et déjà presque .entièrement dépouillé , est bien à sa besogne , avec son attention avide qui Tempcche de s^occuper de tout ce qui se passe autour d'elle^ elle ne voit que son butin ; ses mains» tremblantes dimpatience, le saisissent vivement. Levez les yeux , vous tlisiingucrcz un corps que Ton précipite du perron de rUôtel-dc-YillesurleS' piques que des hommes du peuple avancent pour le re-
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cevoir. Cette scène ett artwtement disposée y kt gestes en sont pleim d'expression et de justesse. Revenez au premier plan, et .voyez ces deux hommes traînant im cadavre nu dans un linceul , une jeune femme éperdue tente de retenir ces dépouilles chéries. Cette figure , drapée de rouge écarlate, produit un fort bel effet, elle se précipite bien natureUem^t. — A droite , sous une sorte de portique soutenu par deux colonnes, un homme, blessé à la téte , est assis sur un banc ^ le iront dans la ' main , dans une attitude sombre et morne. Contre la colonne^ en avant, un jeune homme debout, dont la figure est la ressemblance de M. Ley«, soutient deux femme» éplorées. L'une d'elles est à genoux et presse ceux du jeune homme avec des mains supplianles; Tautre , debout , en longue robe d'un bleu éclatant , s appuie sur son épaule. Ce jeune cavalier est sans doute quelque riche bourgeois que ces dames nobles impkv» rent en laveur de leui*s parens dévoués au massacre. On remarque dans sa pose , dans Texpression de sa physionomie, quelque chose qui montre qu'il ne partage pas la fureur du peuple, qu'il ne peut applaudir à ses cniatttés. Saus doute les richesses de ce bourgeois lauront mis en rapport avec des familles nobles dont il déplore' aujourd'hui les malheurs y sans oser prendre ouvertement leur défense , dans un moment où elle ne leur
DU Bàum d'ixfomtion. lûù
serait d'aucune utilité^ où elle le ferait comprendre dan» la proscription y êans avantage pour oeux quil voudrait proté^per. — Une troisième femme, en longue robe jaune, dans une attitude tr軫pa8aionnëe y ae précipite encore vers ce cété. La figure de cette femme eat belle, «es cheyeux noirs encadrent des traita méridionaux tr^sprononcés, elle tient entre ses bras quelque chose , qtii ^ poiu>rait bien être un en&nt, mais qu'il est fort difficile de distinguer. —Le cadavre nu jeté en travers sur le cheval , est ej&lrémemeut remarquable pour la manière dont il pend de chaque c6té, la tète et les bras par ici, les jambes par là. La couleur en est excellente, cet homme n'est mort que d'un instant, il n^est pas encore refroidi. — Un peu au-dessus, deux ligures de moines, regardant avec une grande attention du c6té opposé à la . scène, mériteront encore au peintre des éloges pour la manière supérieure dont ils sont traités. 11 y a encore une foule de détails qui , pris isolément , sont d^une bonne facture : les maisons qui entourent la place reproduisent bien Taspeet des villes du moyen ftge, comme on 8€ les figure d'après les romans de Jacob et de F^ictor Hugo, Cette idée est-elle bien ceUe que Ton doit se faire de lepoque? D'autres décideront cette question. Le lieu que M* Leys a choisi pour la scène est devant le portail de Saint- Pierre, snr la place actuelle de
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Viiûtel-de- Ville du Louvain. En cela il a manqué à ThUtoire. La «cèoe qu^il retraoe a eufieu devant THèlel-devoie de cette époque ^ qui n^était pas celui d^aujourd^hui. Le bâtiment par les fenétrea duquel les magittrate de Louvain furent jetés sur les piquea des hommes des métiers révoltés , le 15 novembre 1579, est celui que Ton désigne aikiyourdlim sousle nom de la Bibliothèque, sur le Vieux Marché. Nous appuyons sur cette dbservation, fMirce qne H. Leya paraît a*«ttaoher beaucoup è la vérité histuriquc.
Nous avons mis une bonne part d^éloges à cACé de notre critique; nous désirions que le jeune artiste ne se méprit pas sur notre intention.
Nous éprouvons un véritable plaisir à pouvoir louep, presque' sans réserve , les deux autres tableaux de M. Leys, surtout son n* 504, Une famiUede Gueux, se défendant contre une troupe d'Espagnols, Cette petite toile est pleine d'intérêt; le sujet qu'elle représente est très-intelli^ibie ; on n'y rencontre ni la cou fusion, ni rindécision qui régnent dans la grande. La seène est dans une rue de ville prise d^assaut et nuse au piUage. Une troupe de soldats espagnols veulent forcer Teotrée d'une maison bourgeoise. Des gueux (patriotes belges, du xvi*" siècle), placés au haut d'un escalier extérieur, en défendent la porte, tandis que deux femmes, l'une
DO 81LON D'fiJLPOArriOIl. 131
vieille, enveioppée dauâ an cape noire , et Fautre jeune, emportant aon nourrision dant Mt braa, «e Muyent en hAle , pour éviter la brutalité des vainqueura. Sut le devant «ont teméa des objets qui témoig^aent que cette maiaoa a déjà été pillée en partie. Un Eapagnol , mort daod «ou armure, e»t ià étendu, roide et livide. Dans la £>iid, une scène d'înoendie et de pillage. A part quel* ques parties lâchées et ébauchées piuiùi que peintes, à part aussi qudques incorrections de dessin, ce tableau mérite de grandvS éloges. La eouleur en est vigoureuse et chaude , Feilet est bien senti et rendu d'une manière frappante. Les détails sont vrais et peints avec soin.
Le n"" 503 , Une sorcière prédisant à un chef de bandits la maJhmtrmue fin qui VaUend. Charmant intérieur d'une maison gothique. A droite, un escaher léger et orné de délicates découpures , une tribune au milieu de cet escalier, où se penche, pour voir la scène principale , un jeune garçon aux longs cheveux blonds* Au fond; l'ciiU ée d'une vaste voûte. Au milieu du tableau, le chef des bandits, cuirassé, assb sur une escabelle de bois, donne sa mam droite à examiner à la sorcière, debout de ce o6té. A sa gauche et derrière lui, les autres bandits, couverts de leurs manteaux, et écoutant avec intérêt la suite des prédictions de la devineresse. Du côté de la vieille, le dos contre la muraille, une jeune
fille, de douze à treize au», joint «e» mains eu «igoe d'ëtonnement et de terreur. Cette petite Cgure est dVine vérité de pose, de geste et d'expression fort heurcute. Elle rappelle peut^-étre un peu trop la Marguerite des aquarelles de Schcflcr. Le chef de bandits , la vieille , le bandit debout à droite, le jeune homme au haut de Fcscalier , ont tous une expression convenable ; la scène est bien éclairée, la touche est spirituelle et large. Nous préférons cependant beaucoup les Gueux à ce dernier tableau.
Noua voudrions maintenant que H. Leys a^occupàt sérieuë€meut de 1 élude du corp humain , qu'il dessinât beaucoup d*aprè« nature, qu'il s'attachât à rendre tous les délaiië tlu iiitxieié des ligures, qu'il peiguiL en graiiileur naturelle. Nous ne doutons pas que quelques mois exclusivement consacrés à ces études consciencieiises , ae lui donnassent bientôt une grande supériorité dans son genre. 11 tient de la nature les plus heureuses disptvsitions pour la couleur j les qualités qui eu résuiteul, il les possède déjà , et elles ne feront que s^accroltre chez lui. Qu il tâche donc d acquérir les autres par un travail soutenu , qu^il ne se laisse pas trop aller à une facilité qui finirait par le perdre.
Qu'il ne méprise pas non plus l'étude de l'aniUfue, non pas pour l'imiter, mais pour y chercher comment
DU sAion D^npotmoN. 135
on clioi«it le beau et k grand dans la nature, pour acquérir un style ëleTé , pour apprendre â peindre dignement le« passions, sans disloquer les membres, sans faire grimacer hê figures. Lorsque Ton parle de l'atUique à la plupart de nos jeunes artistes, ou excite en eux un sentiment qui n'est guère éloigné de la pitié el du dédain. La réaetion contre les abus du (>tiiire classique a été si violente que Ton a exclu le bon en même temps que le mauvais. Parlez d^Athènes et du siècle de Périclès, on vous rira au nez. Citez la moindre production de lart du moyen âge, toutes les attentions sont excitées , tous les crayons 9 tous les burins sont prêts à reproduire le chef-d'œuvre, tous les artistes rimiteront. On a chassé l'art grec pour le remplacer par l'art gothique. Imitation pour imitation , et l'on n'a pas gagné au change. Déjà le moyen Âge fatigue autant et plus aujourd'hui que les Grecs et les Romains, il y a vingt ans, après Tempire. Il est temps de revenir , non à rimitation , mais à l'étude raiscmnée des anciens. Ce qu'il nous reste des chefe-dVeuvre de Tantiquité , prouve asses que ce qu'ils avaient appelé /e u était pas un beau de convention, mais un beau de choix; que la nature seule a servi de base à leurs immortelles productions; que leurs institutions sociales, mille fois plus favorables que les ndtres à la cuhure des arts, leur facilitaient singulièrement
154 COMPTB-linilKI DU fiALOH DKXPOfllTION.
1 étude du corps humain dans tous se» plus beaux , te* pliu gracieux y oomnie tes |^ énergiques développe-
mens.
Où iroayer «lyoard'liui des modèles eomme ces
athlètes et ces pentatklètes que les peuples de la Grèce couronnaient aux jeux olympiques y auxquels ils ûii* saîent ériger des statues , lorsqu'ils réunissaieDt tous les caractères de beauté qui les rendaient propres aux cinq exercices f Vous ne les trouverez , jeunes artistes , que dans les picc ieux l eélca arrachés à la faux du temps , et qui ont £iit Tobjet des études et de Tadmiration eoQ-* stanteâ dt^ plus graudâ géuicâ des deniiei siècles. Ces monumens d*une si grande importance pour Totre avenir, vous les trouvères réuiûs dans les académies.
Celle de Bruxelles en possède une collection, aussi complète que celle de Paris, et c*est aux soins de M. Navez, son digne directeur, et à la bienveillance du gouvernement français, que nous sommes redevaUes de la plus grande partie de ces plâtres si précieux.
Cette digression, dont M. Leys nous a fourni Toceasion^ ne s'adresse pas à lui seul. La plupart de nos jeunes artistes auraient pu la motiver tout aussi bien que lui.