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M. MACKENZIE.--Cela ne signifie rien.
Sir CHARLES TUPPER. — Quoi, rien! après avoir fait de cette question du libre-échange le champ de bataille sur lequel les deux partis se sont rencontrés, et après que l’une des plus importantes circonscriptions électorales du royaume a changé d'avis et s'est prononcée, sans équivoque, en faveur de la protection! Je l'ai dit, et je le répète, M. l'Orateur, si je suis prêt à admettre que le libre-échange est ce qu'il faut pour l'empire anglais, pour la Grande Bretagne, je dois déclarer formellement que le Canada, dans sa situation particulière, ne saurait adopter une autre politique que celle sui lui est appliquée. Que l’on étudie M. l'Orateur, la position du Canada, avec sa faible population de quatre ou cinq millions, et sa situation géographique, aux côtés d’une nation de cinquante millions, et il n’y a personne qui ne finira par se convaincre que la politique fiscale du Canada doit être sérieusement influencée par celle de nos voisins. Je crois qu’il serait sage de suivre l'opinion de Carlyle, d'étudier l’histoire, qui est la philosophie enseignée par l'expérience, et, partant de cet axiome remarc 1able, de nous demander ce que quatorze ans d'expérience sous ce rapport nous ont appris, à quelles conclusions nous en sommes arrivés après les essais faits par les deux partis politiques de ce pays depuis une quinzaine d'années. Il est bien connu, M. l'Orateur, que le parti qui jouit maintenant de la confiance populaire, a toujours prêché la nécessité de protéger nos industries.
UN DÉPUTÉ.—OCh!!
Sir CHARLES TUPPER.—Un honorable député de la gauche révoque en doute mon assertion, mais je crois pouvoir lui démontrer que le tarif si peu élevé de 1867, mis en force par le parti qui est aujourd’hui au pouvoir, était un tarif protecteur répondant parfaitement aux besoins du jour, On dira que le tarif a été abaissé
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en 1866. Et pourquoi l’a-t-il été ? Parce que, à cette époque, avant la confédération, il suffisait à donner aux industries canadiennes toute la protection dont elles avaient besoin. Chacun sait, M. l’Orateur, que la grande guerre américaine qui a duré de 1861 à 1865, a tellement désorganisé le travail aux Etats-Unis que, pendant plusieurs années, nos industries s’en sont ressenties et ont été protégées aussi bien que par le-tarif actuel. Mon honorable interrupteur sait fort bien que tout en abaissant le tarif durant sa première session après l'union des provinces, le parlement canadien a cherché les moyens de protéger et de développer nos industries nationales, et qu'il a adopté des mesures dans ce sens. Qu'on parcoure la liste des articles admis en franchise, et l’on verra que le gouvernement cherchait alors, plus qu'il ne l’a fait depuis, à favoriser la libre introduction dans le pays des articles que nous consemmions ou qui devaient être employés dans nos manufactures. Si l’on prend, par exemple, la grande industrie de la construction des navires, on verra que le gouvernement d'alors cherchait à l’encourager en admettant en franchise dans le pays tous les articles dont elle se sert. Puis, non content de cela, et dans le but de favoriser la vente de ces navires, le gouvernement s’est chargé d’acquitter les droits qui pesaient encore sur eux. Il en a été de même de toutes les autres industries ; on a pris tous les moyens possibles pour les protéger. Prenons les machines pour exemple. Nous n'avions pas alors d'ateliers pour les fabriquer, et elles étaient comparativement rares dans le pays. Éh! bien, la politique du premier parlement, le premier tarif adopté, a permis l'introduction en franchise de tous les articles de mécanique que nous ne pouvions fabriquer ici, et cela afin d'encourager l'industrie chez nous.
Passons, M. l’Orateur, aux pêcheries, certainement l’une de nos industries les plus importantes, des plus considérables. Que nefit-on pas pour elle ? Chacun sait, d’abord, que l’abrogation du traité de réciprocité venait
de fermer à nos pêcheurs le marché américain. Le gouvernement canadien résolut de protéger ceux-ci et d'empêcher les américains de pêcher dans leurs eaux ; il leur donna toute la protection possible. On se rappelle les efforts de l'opposition pour ridiculiser ce que nous faisions, on se souvient de toutes les charges que M. Mitchell eut à subir à propos de sa flotte, destinée cependant à protéger cette industrie. Non-seulement nous eûmes une flotte, mais nous imposâmes un droit de 50 centins par tonneau sur tous les navires américains venant pêcher dans les eaux canadiennes, et quand nous nous aperçûmes que ce droit n'était pas assez fort, nous l'élevâmes à $2.00 par tonneau. Quand les Etats-Unis se furent convaincus que nous étions bien déterminés à protéger les droits de pêche incontestables de nos nationaux, ils jugèrent qu'il fallait régler la question au moyen d'un traité, Or, M. l'Orateur, personne n'ignore que non-seulement le traité de Washington a eu pour effet de rouvrir le marché des Etats-Unis à nos pêcheurs, grâce toujours à notre politique de protection, maïs aussi qu'il y fut stipulé que l’on prendrait les moyens de déterminer la somme à être payée par le gouvernement américain pour l'usage de nos pêcheries. Toutes les personnes qui assistaient alors aux séances de cette Chambre se rappellent les sarcasmes et les injures que l'opposition nous lança à ce sujet ; on nous assura que nous n'obtiendrions rien. Cependant, résultat du traité de Washington, fruit des efforts de ceux qui étaient alors comme aujourd’hui au pouvoir et qui voulaient protéger nos pêcheries, nous avons obtenu par arbitrage une compensation de quatre millions et demi de dollars. Cela permet aujourd’hui à mon honorable ami, le ministre des finances, toujours désireux de prôtéger la grande, l’importante industrie de la pêche, de demander à cette chambre d'accorder une prime annuelle de $150,000 aux pêcheurs dont les domaines de pêche ont été jusqu'à un certain point cédés par le traité de Washington aux pêcheurs étran-
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gers. Si je mentionne tout cela, c'est afin de démontrer que nous sommes animés du même esprit public qu'en 1867, lors de la formation du premier gouvrernement fédéral dont nous avons toujours suivi les traditions jusqu'à ce jour.
La gauche se souvient aussi, M. l'Orateur, que nous uvons tente de très sérieux efforts pour protéger efficament les grindes industries du charbon et de l'agriculture. On se rappelle que le prémier gouvernement fédéral proposa de taxer ie charbon importé des Etats-Unis, ainsi que les grains et les céréales nous venant de la république voisine, que cette politique ne dura qu'un an et que nous dûmes céder à l'opposition de la gauche et de quelques-uns de nos amis qui, j'ai du plaisir à le dire, sont aujourd'hui mieux renseignés sur ce point qu'ils ne l'étaient alors.
M. l'Orateur, personne n'ignore que j'ai toujours été, depuis ma première entrée dans cette Chambe jusqu’aujourd’hui, en faveur de l'imposition d’un droit sur le charbon étranger. Même au seul point de vue du revenu, je n'ai jamais compris et je ne comprends pas encore pourquoi le charbon serait plutôt exempté de droits que n'importe quel article mentionné au tarif. La gauche nous combat sur ce point, l’ex-ministre des finances trouve odieuse la taxe sur le charbon, et l'honorable chef de l'opposition dit ici comme ailleurs que cette taxe ne favorise qu’une section du pays. Eh bien, M. l'Orateur, je ne puis pas découvrir en quoi elle est odieuse, en quoi elle ne protége que des industries locales. Qu'est-ce qui peut rendre cet impôt odieux ? Comment, les députés de la gauche prétendent que le charbon est un article de première nécessité ! Et cependent dans le tarif qu'ils ont fait et maintenu, un grand nombre d’autres articles tout aussi nécessaires À l'entretien d’une famille, étaient frappés de droits.
Dansce pays oùle climatest rigoureux, les coiffures, les chaussures et leshabits detoutesorte sont d’absolue nécessité. Personne n'est libre en ce pays de porter où de ne
pas porter ces articles, car ils sont indispensables ; cepen dant les honorables députés de la gauche n'ont jamais prétendu que ces effets devaient être exemptés de droits par la raison qu'ils étaient d'absolue nécessité. Ces mêmes députés n'ignorent pas non plus que l'huile de charbon est tout aussi nécessaire que le charbon, au Canada, et néamoins quelle a été leur politique à ce sujet ? Mon honorable ami de Stanstead, M. Colby—je demande pardon de le nommer—appuyé par tous les députés conservateurs qu'il y av£it alors dans la Chambre des Communes, a combattu pendant deux années pour faire baisser le droit sur l'huile de charbon à un chiffre au-dessous de 150 pour cent. M. le ministre des finances, sous le gouvernement précédent, si empresé aujourd’hui à faire degrèver les articles de première nécessité, persistait alors à maintenir cette taxe odieuse de 150 pour cent sur l'huile de charbon, et ne se décida à la réduire que lorsqu'il fut poussé au pied du mur, et qu'il s'aperçut que j'opinion publique se déclarait en faveur de ses adversaires. Est-ce que la taxe sur l'huile de charbon pesait également sur tout le pays? Je demanderai à l'henorable chef de l'opposition si cette taxe ne favorisait pas une partie du pays au détriment des autres. On ne trouve pas de mine d'huile de charbon en dehors de la province de l'Ontario.
Si le droit sur le pétrole en favorisait la production, l'Ontario en bénéficiait, car cette province produit seule au Canada l'huile minérale. On ne qualifiait pas cepeadant cette taxe d’odieuse ; on ne disait pas, non plus, qu’elle était en faveur d’une partie du pays, parceque l’huile était un produit de l'Ontario ; mais les honorables députés de la gauche se prétendent le droit, aujourd’hui, de porter ce jugement, à propos de la taxe sur le charbon produit dans la Nouvelle-Ecosse, eux qui sesont toujours opposés à une réduction légitime de la taxe sur l'huile minérale, taxe non seulement aussi odieuse mais tout aussi :en faveur d’une partie du pays au détriment des autres que la taxe sur le charbon, mais quatre fois plus considérable
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n'ont jamais pu expliquer, en Chambre ou devant le pays, pourquoi une taxe ne devrait pas être imposée sur le charbon comme sur les autres arti:les de conso:nma-
tion génér”le.
J'ajouterai, comme nouvelle preuve de notre désir de favoriser et de protéger les industries du pays, que, entre 1867 et 1873, lorsque nous constatâmes que notre revenu était plus que suffisant pour subvenir aux besoins du pays, nous avons enlevé les droits sur le thé et sur le café, et nous avons agi ainsi uniquement
dans les intérêts
des
industries dun
pays, parceque
nous réduisions d'autant le coût de la vie, et facili-
tions beaucoup des industries.
le
fonctionnement et Malheureusement pour le pays, M.
l'avancement
l'Orateur, les honorables députés de la gauche arrivérent au pouvoir, non pas en vertu du consentement exprimé par le pays et par les électeurs mêmes, lorsque les questions politiques leur furent soumises, non : parce que lors des élections générales en 1872, la politique qui, jusqu'alors avait fait la prospérité du pays, avait
été entièrement approuvée par le peuple appelé à voter. Le dernier gouvernement n'exposa pas sa politique à l'approbation ou à la désapprobation du peuple : nen, il adopta un mode d'action très en faveur chez ces messieurs—l'intrigue---il préféra jouer de ruse pour obtenir le pouvoir. Je dis, M. l’Orateur, que ce fut une heure malheureuse pour le Canada, et je n'ai pas besoin de rappeler à cette Chambre que du jour où la dernière administration s’empara des banquettes ministérielles jusqu'au jour où elle fut chassée de la Fposition qu'elle s'était montrée incapable de remplir, les intérêts du Canada ont été mal sauvegardés.
en arrivant au pouvoir trouva un revenu surabondant: le commerce, les affaires et les productions du pays n'avaient jamais été aussi considérables, et il est inutile de dire à cette chambre, M. l'Orateur, quel a
Ce gouvernement
été le triste résultat des cinq années, pendant lesquelles nos adversaires échangerent la politique protectionniste, qui avait été la politique du Canada, jusqu’à ce jour, contre une politique appelée libre-échangiste, au moins aussi libie-échangiste qu'ils purent la faire. Nos adversaires politiques, M. }’Orateur, ont dit en plus d'une occasion—je ne crois pas néanmoins que la question soït bien importante—que mon honorable ami, le ministre des finances et moi-même ainsi que d’autres députés de la droite aujourd'hui étions autrefois des libre-échangistes. Ils ont aussi, M. l'Orateur, affirmé en piusieurs occasions devant les électeurs, et quelquefois dans cette chambre, qu’autrefois, mon honorable ami et moi différions d'opiuon au su;5t de la politique fiscale du pays. Je prétends, M. l'Orateur, que l’histoire du passé prouve le contraire. Je n'hésite pas à dire que, lorsque je faisais partie du gouvernement de la Nouvelle- Ecosse, ct lorsque j'avais l'honneur d’oc-upcr une place dans le législature de cette province, j'étais un libreéchangiste. Et pourquoi? Parcequ'il était absolument impossible à une population de 400,000 âmes, située comme elie l'était, sans aucuns moyens d'obtenir ce marché en dehors des limites de notre province, même dans le Canada, de ne pas adopter une politique libreéchangiste.
Mais, M. l'Orateur, ces honorables députés ne ronnaissent pas beaucoup les discussions du: pas'é, s'ils ne savent pas que mon coliègue et moi avons affirmé énergiquement & clairement, lui dans la législature du Nouveau-Brunswick, moi dans celle de la Nouvelle-Écosse, l'avañtage d'unir nos provinces à la confédération, et qu'une des principales raisons que nous dornions en faveur de ce changement, c'est que nous pourrions établir une politique qui favoriserait les industries de notre pays, ce qui autrement, était impossible.
M. l'Orateur, lorsque le traité de réciprocité fut aboli par les Etats-Unis, je demandai à la législature de la Nouvelle-Ecosse, comme chef du œouvernement alors