‹ Comptes de dépenses de la construction du château de GaillonChapitre 52 sur 318 · BRODEURS ET TAPISSIERS · texte numérisé non relu

BRODEURS ET TAPISSIERS

Robin Rousseau.

Bien que le château de Gaillon ne fût pas complètement ter-

CLVi INTRODUCTION.

miné au moment de la mort du cardinal d'Amboise, quelquesuns de ses bâtiments, et spécialement la portion destinée au logement particulier du cardinal , faisaient exception , puisque nous voyons que cet appartement avait reçu son ameublement. On jugera quelle devait en être la richesse d'après les citations que nous allons faire en parlant des tapissiers et des brodeurs. Une vingtaine de noms se présentent ici à nous; nous ne nous arrêterons qu'aux plus notables.

L'Italie et la Touraine se partageaient, à l'époque de la construction du château de Gaillon, findustrie des étolTes de soie, et la conservèrent durant plusieurs siècles. Lyon, qui y était déjà initié \ ne saisit que plus tard la prééminence. Dans nos comptes figurent en première ligne. Gênes, Milan, Tours. Si les premières fabriques de soieries ne furent établies à Tours qu'en i/iyo, ainsi qu'on le prétend, il faut convenir que cette industrie y avait fait de bien rapides progrès. Paris est cité également dans nos registres pour son commerce des étoffes de soie.

En septembre i5o8, 2^3 aunes et demie de velours vert, fabriquées à Gênes pour la somme de 787 écus sol, soit i335^ 16' 3*^ (p. 341), sont envoyées au château de Gaillon. On fait partir, peu après, de la même ville, i/i aunes de velours cramoisi, payées 7 écus soleil faune et 2 écus en sus «pour les pantes du cyel du lyt d'escarlate » du cardinal (p. 343).

Les franges de ce lit sont fabriquées à Milan, pour la somme de 79» 6' l^^' (p. 343).

Tours fournit du velours bleu pour faire les écussons aux armes du roi et de la reine , « de la soye de fillet de toutes couleurs )) pour les bordures (p. 344) ; du drap raz d'or cramoisi, à

' Nous avons nommé, plus haut, un leau de Gaillon , le dessin d'une broderie peintre de Lyon qui donna, pour le châ- sur velours. (Voir p. cxxxv.)

REVUE DES ARTISTES. clvii

i3 écus soleil l'aune, de la toile d'or et d'argent, du satin cramoisi, à 4 écus soleil l'aune (p. 342-344)-

Paris envoie du damas blanc à 3^ lo' l'aune, du velours tant vert que blanc, du taffetas vert « et autres draps de soye » (p. 34o).

Une chambre en velours vert brodé est commandée en Italie. Loys Demousse, de Milan, en confectionne la broderie Loys

1 1 Demousse.

pour la somme de 532^ i6'. A 1 arrivée de cette chambre en France, lorsqu'elle fut retirée « des quatre coffres à bahu, tant vieux que neufs, n dans lesquels elle avait été renfermée, elle ne fut pas jugée assez splendide. Un brodeur de Tours, Jehan Jehan Gaiie. Galle, fut chargé de l'enrichir. On lui compta 1 5o écus sol, soit 2 7 5^ pour son travail , et comme il ne s'était pas tenu pour content, on ajouta 46^ 5' (p. 342 ). Cette tenture était rehaussée de soie de diverses couleurs, de rubans, d'étoffes d'or et d'argent, de satins verts, bleus et cramoisis, de franges d'or et de soie, ainsi que de fds d'or, fabriqués à Florence au prix de 8 écus et demi soleil le marc pesant.

Le même Jehan Galle de Tours, qui avait rehaussé cette riche tapisserie , broda quatre écussons aux armes du roi et de la reine sur velours bleu (p. 344) , et en fit deux autres, aux armes du cardinal, avec «chappeaux, houpes *et boutons. » Il fournit, en outre, i23 fleurs de lis brodées, sur le pied de lo* pièce (p. /il 8). Ce maître brodeur avait envoyé, de Tours à Gaillon, six brodeurs pour travailler à l'ameublement du château, savoir : Jehan Lepage, Colas Levallois, Jehan de Brucelles, Jehan Legay, Colas Leflament et Mathurin Moireau.

Un autre maître ouvrier de Tours, Jehan Alixandre, avait Jehan été aussi employé à la chambre de velours vert (p. 343 ). Un

cLviri INTRODUCTION.

Guillaume Normand, Guillaume de Bayeux, avait aidé à faire « les paalles

de Baieux. J j j' / o \

de drap dor» (p. 079).

Nous passons aux tapissiers.

Cardinot Cardinot Sirende recevait 4^ 4' « pour avoir couvert un banc ^Cardin chaise de velours vert et ung lit de camp d'escarlate »

Manneveu. /p 336). Cardin Manneveu, /lo' «pour la façon de la couver-

icolas Dufoiir. i -. -.

icoiasGeorget. ture d'escarlate et de deux grans rideaux jaunes » du lit du carcïrende ^^^^^ (P^S^ 346); Nicolas Dufour, 99^ 10' «pour avoir fait vi""!! fleurs de liz d'or au poille de monseigneur » (p. 345) ; Nicolas Georget, 48' 8*^ pour avoir fourni « xif de basanes et LX aulnes de ruban vert » pour la tapisserie de velours vert (p. 3io); Nicolas Lefaut, 1 5', pour avoir fait « deux poilles de drap d'or et trois litz de camp » (p. 3i i ); enfin Richard Cirende, 4^ 1 5' pour le cuir doré qu'il avait mis en besongne au château (p. 336).

Guillaume Deux tapissiers de Paris, Guillaume Race et Anthoine Gre- Anthoine ^^^^-i foumircnt leur contingent. Le premier livra deux cham- Grenier, J^^es de tapisseHe, dont fune était destinée à la pièce entre la chambre et la chapelle, le tout pour 821^+ 4' S''. Le second livra « trois chambres de tapisserie et une salle » pour servir au corps d'hôtel fait par Pierre Delorme. 11 reçut i335^ 16' 3'^' (p. 34 1). L'importance de ces deux dernières sommes doit donner une haute idée de la richesse des ameublements livrés par ces deux tapissiers de Paris.

Grégoire Leroy.

C'est sans doute â la fourniture d' Anthoine Grenier que doit se rapporter celle d'un autre maître tapissier, Grégoire Leroy, auquel on comptait, à la même époque, 46^ 6' 10'', «tant pour la garniture des trois chambres et de la salle, xxi livres

REVUE DES ARTISTES. clix

II onces franges et autres parties, que pour ses journées

Ce maître tapissier était payé à raison de 6' par jour. C'était presque moitié en sus de ce que recevaient les peintres et les verriers, ce qui prouverait, ou le talent remarquable de maître Grégoire Leroy, ou l'importance qu'on attachait, devers ce temps, aux travaux de tapisserie.

Nous terminerons ici ce qui concerne les brodeurs et tapissiers, en engageant le lecteur qui serait désireux de se rendre un compte plus détaillé du luxe qui présida à l'ameublement du château de Gaillon, à se reporter au registre de lôoy-iôoS, p. 340-345.

LINGERS ET TOILIERS.

Les lingers viennent naturellement après les tapissiers ; nous ne sortons pas de l'ameublement.

Les toiles de Hollande avaient déjà, aux xiy^ et xv*" siècles, comme encore de nos jours, une grande réputation, Paris en était le principal entrepôt. Nous en trouvons la preuve dans les registres de Gaillon; nous y lisons, sous la date de i5o8 :

« Linge envoyé de Paris.

« A Jacques Ains, marchant, pour ix pièce de toille de Holande, if lxxix^ x'.

u A Guillaume Descordes, marchant, pour quatre pièce de toille de Holande, vii"vii^ if u^.

«A Pierre Painnart, pour ix aulnes de naples (nappes),

III xif' de serviectes et demie, ix aulnes de toille de Holande,

LXX^

On connaissait déjà le linge damassé, témoin cet article du même registre :

cLx INTRODUCTION.

«A Pliylipote Lapatrouillarde , pour deux naples contenant IX aulnes à l'euvre de damas, xiii^' x' n (p. 3^o).

Nous voyons encore mentionnés du canevas, de la toile cirée (p. 34o) , du bureau, du bougran, de la toile Perse (p. 342).

Si nous avons perfectionné depuis, ce qui serait peut-être contestable, nous avons peu inventé.

Le linge damassé, d'après l'article ci-dessus, revenait à quinze sous l'aune; la toile ordinaire, pour draps de lit, ne coûtait que 3' 6'*; la toile de couleur, verte, noire et jaune, se payait 5' 4'' l'aune; une pièce de toile bleue ordinaire, 17' 6"^'; 20 aunes et quart de blanchet, 96^ 3' g'^ Pour teindre ce Manchet en écarlate, il en coûta 3*^ par aune,

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