‹ Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 1 sur 470 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Le présent volume embrasse une période de huit années, allant de 1688 à 1695 inclusivement. Deux Surintendants dirigèrent l'administration des Bätiments pendant cet espace de temps : François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, mort le 16 juillet 1691, el Édouard Colbert, marquis de Villacerf, mort en 1699.

Les comptes de ces huit années occupent dix-huit registres, qui se trouvent, grâce au mode de publication adopté et longuement expliqué dans l’Introduction du premier volume, intégralement reproduits dans les pages suivantes. (est un point capital sur lequel il convenait d'insister, puisqu'on est ainsi parvenu à faire tenir la matière de quarante-neul registres in-folio en trois volumes, sans qu'aucun arlicle, de si peu d'importance qu’il fût, ait été retranché, sans qu'aucun détail ait été omis.

La dépense des Bâtiments, de 1688 à 1695, s'élève au chiffre de 20 millions et demi de livres. Elle avait dépassé 57 millions et demi pendant les sept années précédentes et atteignait tout près de 74 millions durant les dix-sept premières années de l'administration de Colbert, c’est-à-dire sous la période la plus brillante du règne. De 1664 à 1695, l'administration des Bâtiments, avec tous ses services multiples, avait donc coûté à la France 162 millions environ. A première vue, la somme paraît énorme; mais, si on examine le détail de tout ce qui a été fait à ce prix, si on tient compte de toutes les institutions utiles créées, des encouragements donnés aux lettres, aux sciences et aux arts, de la suprématie du goût français assurée, on conviendra qu’une dépense moyenne de 5 millions environ par an n’a rien d’exorbitant par rapport aux immenses résultats obtenus.

On peut blâmer certaines prodigalités; peut-être y eut-il exagération dans les dépenses improductives et purement somptuaires pendant l’espace de temps qui

sépare la paix de Nimègue de la ligue d’Augsbourg. Cest le moment des grandes folies pour la décoration des appartements et pour les jardins de Versailles. C'est alors que sont commandés les riches ouvrages d'argenterie, et aussi ces vases admirables, ces statues de marbre et ces groupes de bronze qui peuplent encore les grandes avenues du parc. Mais, il faut le reconnaître, l'art et le goût français trouvaient leur compte à toutes ces commandes. Pour peu qu’on les eût réparties sur une plus longue suite d'années, le résultat eût été le même sans apporter aucun trouble aux finances de l'État.

En 1688, la période des grands travaux est close; jamais les budgets annuels n’atteindront désormais les chiffres des années précédentes. De 1680 à 1687, on a vu les sommes affectées aux Bâtiments varier entre 6 et 8 millions par an, sauf pour Fannée exceptionnelle de 1685 où elles arrivent à près de 1 4 millions. Bientôt ces chiffres vont sensiblement décroître et se maintenir dans des limites infiniment plus modestes. En 1688, dernière année de prodigalité, le total général dépasse encore 7 millions, pour se trouver réduit l’année suivante à la moitié de cette somme. À partir de 1690, un million et demi, un peu plus ou un peu Moins, suffira à lentretien des Maisons Royales, aux nouveaux travaux de construction et d’embellissement et même à l'amortissement des dettes des exercices précédents. Cette moyenne ne sera guère dépassée dans le cours des années suivantes. Qu'on songe un moment à la multiplicité des besoins auxquels il fallait faire face avec une somme aussi réduite, et on conviendra que des prodiges d’habileté et de sagesse furent alors accomplis pour soutenir Îles grandes créations de la première moitié du règne.

Si nous examinons maintenant lun après l'autre les budgets de chaque palais et des divers établissements à la charge du Trésor royal, nous remarquons d’abord que les frais de Versailles vont en diminuant chaque année. On termine, il est vrai, la grande aile ou aile du Nord, du eôté des réservoirs actuels; mais, dès 1689, les gros travaux touchant à leur fin, la dépense se trouve ainsi tomber de un million en 1688, ou de 220,000 livres en 1689, à 60,000 livres en 1690, pour arriver à 18,000 livres seulement en 1695. C'est que le favori sans mérite a eu le sort commun à tous les favoris. Son beau temps est passé pour ne plus revenir. Versailles est délaissé pour Marly. Ge qui n'empêche pas l'ensemble des sommes affectées au château, aux jardins et aux dépendances immédiates de Versailles d'atteindre encore un chiffre assez respectable, soit environ 4 millions de livres pour la période qui nous occupe, dont 2 millions et

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demi incombent aux années 1688 et 1689. La plus grosse part, 800,000 livres environ, revient, comme toujours, à la maçonnerie. Les autres chapitres se partagent le surplus dans des proportions qui ne prêtent à aucune observation particulière. Les dépenses de la sculpture, qui avaient pris un moment un développement considérable, ne {ardent pas à rentrer dans les conditions normales. L'économie se fait sentir 1à comme partout ailleurs.

Sur les châteaux de Saint-Germain et de Fontainebleau, rien à dire. Le Roi pourvoit à leur entretien; c'est tout ce qu'il peut se permettre; un peu plus de 500,000 livres en tout, soit environ 60,000 livres par année, pour suflire à tous les besoins, voilà toute la dépense. Ici, c'est encore le chapitre de la maconnerie qui présente les plus hauts chiffres. Pour le château de Marly, dont l’entretien et l’embellissement reviennent à près d’un million pour les huit années, une remarque s'impose : la somme énorme appliquée aux terrassements, aux routes, aux jardmages et aux plantations. On crée le pare, on apporte de tous côtés des arbres et des arbustes; la forêt est percée de routes, connues encore aujourd'hui sous le nom qu'elles portaient il y a deux siècles. Maloré ces frais exceptionnels, l'économie réalisée sur Marly subit la même progression que celle des autres Maisons Royales. Au lieu de 116,000 livres en 1688, la dépense des jardins et terrassements tombe à 17,000 ou 18,000 livres en 1694 et 1695, soit une diminution des neuf dixièmes.

La Machine de la rivière de Seine ou de Marly est toujours fort dispendieuse sans produire les résultats attendus. Pour ce chapitre, la grosse dépense est la serrurerie, qui, avec les journées d'ouvriers, coûte près de 200,000 livres sur 961,000, soit plus du tiers.

À partir de 169o, les travaux de la rivière d'Eure sont à peu près délaissés; les années 1688 et 1689 ont absorbé la presque totalité de la somme de 3 millions de livres environ qui figure au tableau.

Évidemment, sil avait été possible de diviser les dépenses des Bâtiments suivant la logique des faits, mieux eût valu rattacher ces deux années 1688 et 1689 au groupe précédent, car elles appartiennent à un régime complètement abandonné à partir de 1690.

L'Hôtel des Invalides touche à son achèvement. Les grosses dépenses cessent en 1692; on en est arrivé aux travaux de sculpture et de marbrerie; cela signifie

que l'édifice est terminé, que la décoration est bien près de sa fin. Parmi les chapitres des diverses Maisons Royales, le plus élevé est celui de la

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pépinière du Roule, des achats d'arbres et de fleurs; ce qui s'explique facilement par les plantations de Marly. Notons aussi les travaux de sculpture et de marbrerie qui dépassent encore 250,000 livres en 1688, pour tomber à k,ooo livres et au-dessous sept ans plus tard.

Après 1693, plusieurs résidences nouvelles font leur apparition. C'est d'abord le château de Choisy, affecté à l'habitation du Grand Dauphin et qui est remis à neuf en 1693 et 1694; mais cette habitation ne tarde pas à être échangée contre le château de Meudon, naguère occupé par Louvois et que la veuve du ministre est heureuse de céder au Roi pour aller finir ses jours dans une demeure moins dispendieuse. Meudon forme un chapitre spécial à partir de 1695. Le Roi ne tardera pas à faire élever, dans le voisinage de la somptueuse résidence bâtie sous François I‘, le nouveau château qui a subsisté jusqu'en 1870; mais, en 1695, les nouvelles constructions ne sortent pas encore de terre. On entretient seulement l’ancien palais du xvr siècle, et les sommes, précédemment aflectées à la maison de Choisy, sont désormais consacrées à ce château de Meudon, aux embellissements et agrandissements duquel on ne cessera de travailler jusqu'à la mort du Grand Dauphin.

L’avant-dernier tableau, qui réunit les Académies, les médailles, les pravures, les gratifications aux gens de lettres, serait un des plus curieux à étudier en détail. Ainsi, dès 1692, les allocations à l'Académie française et à l'Académie des sciences sont supprimées, ou du moins cessent de former un chapitre particulier. Les oratifications aux gens de lettres, encore maintenues, mais singulièrement réduites en 1691, disparaissent complètement l'année suivante. Bien des auteurs avaient cherché inutilement à fixer la date de la suppression des pensions attribuées aux littérateurs et aux savants, et jusqu'ici l'opinion la plus accrédilée faisait remonter cette économie regrettable à une date bien antérieure.

Les sommes attribuées à l’Académie de peinture, à l'Académie de Rome, aux ouvrages des Gobelins ou de la Savonnerie subissent la loi commune qui impose l’économie dans toutes les branches de l’administration. La Correspondance des Directeurs de l'Académie de Rome avec le Surintendant des Bâtiments du Roi, récemment publiée avec tant d’érudition et de soin par M. Anatole de Montaiglon, fait connaître quelles vicissitudes, quelles extrémités la fondation de Colbert dut traverser pendant cette période troublée de son existence. Le chapitre des Gobelins, singulièrement réduit comme tous les autres, fournit toutefois les détails les plus précis sur les travaux de la Manufacture pendant ces années de détresse.

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Il est vraiment fâcheux qu'on ait attendu si longtemps pour intercaler dans les comptes ces renseignements si précieux sur l'exécution des plus célèbres tentures du règne de Louis XIV.

Le chapitre des fonds libellés et parfaits payements suggérerait plus d’une observation curieuse. Ce chapitre s'élève à h,250,000 livres environ, plus du cinquième de la dépense totale des huit années. Contrairement à ce qui a été observé précédemment, le chiffre le plus fort est celui de 1 695. I est vrai qu'on a compris dans ces fonds libellés le solde d'anciens travaux, terminés depuis quinze où vingt années où même bien davantage. Sous cette rubrique sont réunies les dépenses les plus diverses; à côté d'acomptes et de parfaits payements attribués à des entrepreneurs ou à des artistes, on rencontre, par exemple, une somme de 80,000 livres remise à la veuve de Louvois pour lachat de la collection de tableaux, statues et autres objets d'art formée par son mari; puis, les gratifications du s° Deville, l'ingénieur de la Machine de Marly, de Mansart et de Le Nostre, enfin beaucoup d'articles qui paraîtraient mieux à leur place sous la rubrique des diverses Maisons Rôyales. Les payements faits aux sculpteurs pour de récents travaux occupent aussi dans le chapitre des fonds libellés une place considérable. IL était impossible de remédier à cette confusion et de reporter à leur place rationnelle ces dépenses si variées. La table alphabétique permettra de retrouver, dans cette agglomération d'articles disparates, les sommes afférentes aux divers palais et aux entrepreneurs attitrés des résidences royales.

En 1694, sont inaugurés divers expédients financiers, suggérés sans doute par les besoins du moment et par la pénurie du Trésor. I convient d’en dire quelques mots. Le chapitre des recettes porte en marge certaines indications, soigneusement reproduites ici dans les notes, desquelles il semble résulter que la plupart des créanciers du Roi furent remboursés, soit en rentes viagères à fonds perdu, soit en augmentations de gages, soit en rentes sur l'Hôtel de Ville de Paris. H ne nous appartient pas d'examiner la légitimité de ces sortes de conversions ayant incontestablement pour but d'alléger les charges du Trésor; mais il importait de signaler cette mesure, dont l'application fut continuée pendant un certain nombre d'années. Sans doute, c'était une spoliation partielle, presque une banqueroute: les créanciers du Roi rentraient du moins de cette façon dans une partie des sommes dues depuis longtemps, quand ils couraient grand risque de perdre la totalité de leurs créances.

Si l’on considère le tableau récapitulatif de toutes les dépenses de 1688 à

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vI COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROL

1695, un fait capital se dégage tout d'abord. L'année 1689 clôt l'ère des grands travaux, la période des constructions nouvelles. À partir de 1690, les finances de l'État suffiront avec peine à l'entretien des palais, à la conservation des établissements qui, comme la Manufacture des Gobelins ou l’Académie de Rome, périraient, le jour où les subventions accoutumées viendraient à leur manquer.

La dernière partie des comptes des Bâtiments offrira donc un moindre intérêt que la période qui s'étend de 1664 à 1690. Était-ce un motif suffisant pour arrêter brusquement en 1690 la publication de cette grande collection? Nous ne le pensons pas. En eflet, l'histoire des palais de Versailles, de Saint-Germain, de Fontainebleau, se trouve ici écrite au jour le jour dans des documents que rien ne saurait remplacer. Puis, les vicissitudes des grandes créations du règne de Louis XIV, soutenues à travers mille difficultés de toutes sortes, au prix de sacrifices incessants, intéressent autant l'historien que la période de prospérité et de gloire. L'histoire impartiale ne doit-elle pas tout connaître et tout dire : les revers comme les succès, les malheurs aussi bien que Îles triomphes? Quelques années sufiront maintenant pour terminer la publication des Comptes des Bâtiments sous le règne de Louis XIV. Bien que nous n’ayons rencontré d'aucun côté, il s'en faut, les encouragements sur lesquels nous avions peut-être le droit de compter, nous n'avons eu ni repos ni relâche avant que la copie des registres fût complètement achevée. (est chose faite aujourd’hui. Grâce à cette précaution, lim pression des deux volumes qui termineront la série en cours d'impression pourra ètre: poussée activement et sans interruption. I arrive trop souvent, de nos jours, que des travaux de longue haleine, pompeusement annoncés, sont brusquement arrêtés par le caprice ou la fatigue des auteurs. C’est un danger que nous nous sommes efforcé de conjurer, autant qu'il dépendait de nous. À défaut d'autre mérite, om nous accordera du moins celui de la persévérance’ et aussi, nous l'espérons du moins, celui de l'exactitude.

Sur ce dernier point, nous nous trouvons dans la nécessité de répondre à certaines critiques adressées autant au plan de l'ouvrage qu'à l’auteur. Peu de personnes, même de celles qui auraient pu tirer de notre œuvre un profit. certain , ont eu la patience de consulter et de feuilleter la fiasse énorme de doeunrents que nous avons mis à la disposition des travailleurs. Aussi avons-nous été traité avec un parti pris évident par ceux qui nous ont fait la grâce de nous accorder un moment d'attention. Nous ne nous arrêterons pas à la boutade d'un critique surpris en flagrant délit de négligence et d'inexactitude et qui, par manière de

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représailles, s'est un peu moqué de notre serupule à reproduire les moindres minulies du texte, à faire ressortir les détails infinis auxquels descendaient les comptables du xvu* siècle. De pareilles chicanes ne méritent guère qu'on s'en occupe. Elles laissent trop percer d’ailleurs le bout de l'oreille pour que nous ne nous contentions pas de sourire de cette petite vengeance.

Cest dans le même ordre d'idées, on pourrait presque dire sous la même inspiration que fut adressé à notre précédent volume un blâme qui, s'il était fondé, ne serait rien moins que la condamnation définitive d’une œuvre de vinot années.

En annonçant sommairement l'apparition du tome deuxième des Comptes des Bâtiments, la Revue historique ajoutait! : « Ces comptes offrent sans doute un certain intérêt et fournissent des renseignements utiles sur la construction et les embellissements des châteaux royaux, sur les artistes qui y ont travaillé sous le règne de Louis XIV, sur les prix des matériaux et de la main-d'œuvre au xvu° siècle, enfin sur les finances mêmes du orand règne. Mais on se demande sil n'eût pas été possible d'extraire ces renseignements de cet amas de documents sans les publier 1» extenso, et lon éprouve quelques regrets en pensant que M. Guiflrey? passe à corriger de fastidieuses épreuves un temps qu'il pourrait employer à faire des travaux originaux. »

Ah! certes, il est fastidieux, il est fatigant de passer de longues heures à lire, à relire e& à corriger plusieurs centaines de pages d'impression en petit texte; mais est-ce que le lecteur a souci de pareils détails? Ils ne regardent en somme que l’auteur, et, si celui-ci s’en acquitte d'une façon à peu près satisfaisante, il serait assez étrange qu'on vint à lui reprocher ses peines. Sans doute, beaucoup d'érudits ou d'écrivains dédaignent fort de pareilles minuties; beaucoup sont trop portés à considérer comme temps perdu celui qu'ils consacrent à corriger des épreuves. Et c’est pourtant leur premier devoir de présenter un texte débarrassé de toutes les imperfections du travail préparatoire. Certes, personne n’eût songé à se plaindre si l’auteur de la fameuse Bibhopraphie de l'Histoire de France Jusqu'en 1789 avait donné plus de temps et plus d’attention à la revision du texte et à la correction des épreuves de son travail, quelque infime que puisse sembler un pareil labeur à un historien absorbé par des travaux originaux de haute érudition.

* Année 1887, t. XXXV, p. 325. L'article * [ci nous passons quelques mots aimables trop

porte la double signature : G. Monod et Ch. Bé- visiblement destinés à faire illusion sur l’imparmont. üalité des critiques.

vi COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROL.

Si la critique s'était bornée à un détail insignifiant comme celui dont on vient de parler, il n’y aurait pas eu lieu de s'y arrêter. Elle se condamnait elle-même par le choix et la nature de ses observations. Mais elle prône une théorie que nous ne saurions admettre à aucun degré, et contre laquelle nous nous élevons de toutes nos forces; non parce qu'elle aboutirait à la condamnation de notre travail, mais parce qu’elle ne tendrait à rien moins qu'à introduire le plus pur arbitraire dans la publication des textes historiques.

L'auteur de la note reproduite ci-dessus se demande s'il n'eût pas été possible d'extraire les renseignements auxquels il veut bien reconnaître un certain intérêt de la masse des documents imprimés, sans publier le tout in extenso. Or, dès le début de la publication, dans l’Introduction placée en tête du premier volume, nous avons pris la précaution de nous expliquer nettement à ce sujet. L'objection était prévue; nous y avions répondu, pour ceux du moins qui ont pris la peine de nous lire. Nos idées n'ont pas changé depuis quinze ans; bien au contraire. Mais peu de personnes lisent les préfaces; et ce passage, qui allait audevant des questions soulevées aujourd’hui, a sans doute échappé au rédacteur de la Revue lustorique. 1 est donc essentiel de le reproduire ici. Nous disions alors : « Quant à une publication partielle ou par extraits, nous n’y aurions, pour notre part, jamais souscrit. Un document comme celui-ci est, de sa nature, absolument indivisible; il faut donner tout ou rien.» Comme on ne nous indique pas, maintenant qu'on a le texte sous les yeux, quels chapitres il fallait supprimer, nous n'avons aucune raison pour ne pas persévérer dans notre plan primitif. Nous avons d’ailleurs longuement exposé, à diverses reprises, par quels procédés bien simples nous sommes parvenu à faire tenir en un seul volume, sans retrancher un seul nom, un seul article, la matière de quinze ou vingt registres. Peut-être serait-on en droit de nous adresser un reproche mérité s'il fallait parcourir toutes les colonnes de chaque volume pour y trouver ce quon cherche; mais une table très détaillée indique rapidement à tout travailleur sérieux Îles articles spéciaux ayant trait à l'objet de ses études. Pour les historiens qui s'en tiennent aux résultats positifs, qui veulent seulement une vue d'ensemble, la récapitulation des dépenses peut suflire. Les listes de littérateurs, de savants, d'artistes et d'artisans, détachées de la table alphabétique, ont groupé tous les noms célèbres éparpillés dans les longues colonnes de la table. En outre, cette table, aussi développée que possible, répond à toutes les questions, soit sur les noms de personnes ou de lieux, soit sur les résidences royales, soit sur les ma-

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lières. On a si peu l'habitude aujourd’hui de donner de pareils développements quon a parfois reproché à notre index de pécher par excès de détail; c’est, croyons-nous, le meilleur éloge qu’on puisse adresser à une pareïlle publication. Cette préoccupation de faciliter à chacun les recherches ne mériterait-elle pas au moins quelque reconnaissance de ceux qui nous consulteront sans perte de temps?

D'autre part, supprimer une partie des articles de dépenses, n’était-ce pas infirmer la valeur des résultats généraux présentés à la suite de chaque tome? Sans doute, ces récapitulations, ces listes, ces tables, auraient pu être rejetées à la fin du dernier volume. Beaucoup d’éditeurs se croient autorisés aujourd’hui à procéder de la sorte. Mais, sans insister sur l'étendue démesurée d’une table unique, n'était-ce pas rendre l'usage de notre publication à peu près impossible jusqu'à son achèvement complet? Or, qui peut être assuré d'arriver au terme, quand 1l s’agit d’un document aussi complexe et aussi considérable ?

Depuis un certain nombre d'années, nous avons eu à rédiger nombre de tables de diverse importance; l'expérience nous a done peut-être donné quelque compétence en cette matière assez délicate. Nous pouvons affirmer que la rédaction d'une bonne table n’est pas un travail aussi simple qu'on serait tenté de le supposer. Tel livre n’a de valeur que par sa {able; et c’est, croyons-nous, un peu le cas de celui-ci. On ne saurait donc consacrer trop de soins à l’accomplissement de cette besogne, en apparence purement machinale. S'il ne dépendait que de nous, aucun volume de documents ne paraïtrait dans les collections officielles de l’État ou des grandes sociétés savantes, sans être accompagné de ce guide indispensable pour se retrouver dans un amas de textes arides et médioerement attrayants. Trop souvent, et nous pourrions citer plus d’un exemple récent, l’auteur rejette à la fin d’une collection dont il ne verra jamais le terme limpression de cet instrument de recherche indispensable aux travailleurs. Nous n'avons jamais laissé passer une occasion de protester contre une pareïlle méthode, et jamais non plus, quand il a dépendu de nous, nous n'avons manqué à ce que nous regardons comme le premier devoir d’un éditeur consciencieux.

Si nous en venions à l’examen des articles qu'on peut taxer d’inutilité, il ne serait pas malaisé de démontrer que tel ou tel passage, paraissant oiseux à la plupart des lecteurs, est précisément celui qui devait attirer l'attention d’un chercheur auquel nous n'avions pas songé. Et l'expérience se charge de nous démontrer chaque jour que nous avons eu raison de ne rien omettre. Qu'y a-t-1l

de plus insipide en apparence que ces nombreux articles sur les rigoles creusées

x COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI.

aux environs de Versailles pour fournir de Feau à la ville et pourvoir à linsufhsance de la Machine de Marly? Or, ces canaux à ciel ouvert existent encore; la plupart d’entre eux ont conservé leurs anciennes dénominations; et 1l est parfois arrivé que les administrateurs de communes traversées par ces conduites trouvaient sur elles, dans nos Comptes, des renseignements utiles.

Sans insister davantage sur ces questions de détail, admettons un moment qu’on fût parvenu, en cherchant bien, à retrancher quelques articles. Mais tout juge impartial qui ne se contente pas d’un examen superficiel, qui va au fond des choses, avouera qu'il était extrèmement malaisé de faire un choix. Dans tous les cas, les suppressions n'auraient porté que sur un bien petit nombre de passages, et, pour un bénéfice .de quelques pages, elles auraient eu le grave inconvénient de rendre toute la publication suspecte.

Voilà pourquoi nous avons adopté le système exposé dans l'introduction du premier volume; voilà pourquoi, malgré la réprobation de la Revue lustorique, nous croyons avoir raison de persister dans ce système.

Au reste, il nous a toujours semblé que l’auteur d’un ouvrage publié sous le patronage de VÉtat, dans la collection des Documents inédits, ne devait rien néeliger pour justifier la haute faveur dont il était l'objet. Les Comptes des Bâtiments Royaux étaient certes, par leur importance historique, une des séries les plus dignes de prendre place parmi les publications du Ministère de l'Instruction qu Le Comité des travaux historiques a été de cet avis en décidant l'impression de ces Gomptes.

H y a longtemps qu'un juge des plus compétents en ces matières avait attiré l'attention de tous les travailleurs sur la valeur et l'abondance des renseignements qu'on pouvait puiser à celle source presque inconnue avant lui. Avec sa rare et pénétrante intelligence, M. le marquis de Laborde a su montrer, dans ses ouvrages sur les ducs de Bourgogne et sur la Renaissance en France, tout ce qu'on peut tirer des comptes royaux. Avant même de pouvoir mettre ses fécondes idées en application dans le grand établissement scientifique aux destinées duquel il a présidé pendant trop peu d'années, M. de Laborde avait tracé la voie aux historiens. À peine appelé à diriger les travaux du grand dépôt des Archives de France, il signalait les séries sur, lesquelles il importait de faire la lumière. Stimulant par son exemple, par son incessante et féconde initiative, les collaborateurs groupés autour de lui, il parvenait en quelques années à élever un mo-

nument des plus honorables pour la maison à la tête de laquelle il était placé.

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