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doivent-elles, pour ce motif, être consultées comme des documents d’une incontestable valeur.
La renommée de la nouvelle résidence royale donna naissance, vers la fin du xvne siècle, à des descriptions à l’imitation de celle de Félibien. Il doit en exister un assez grand nombre; nous nous contenterons d’en signaler une1, datée de 1694. Elle renferme les vues gravées des principales fontaines et aussi celles du château, des écuries, de Trianon, de la Ménagerie. Nous n’aurions garde d’oublier dans cette énumération l’insipide et volumineux ouvrage du sieur de Monicart2. Si indigeste qu’il soit, cet interminable poëine renferme de précieux renseignements. Les gravures des tableaux et des statues, les plans et les vues du château méritent d’être consultés. Nous ne saurions nous y arrêter davantage, encore moins dresser la liste de ces illustrations. L’ouvrage au surplus n’est pas rare; sa forme lui a certainement nui:
Quatre ans après la compilation poétique du sieur de Monicart paraissait un gros volume qui, bien que ne se rapportant pas directement à notre sujet, mérite cependant d’être cité, à cause des nombreuses vues qu’il renferme. Les Annales de la monarchie françoise 2, par le sieur de Limiers, 11e présentent pas moins de trente-trois vues différentes du château, des jardins et des bosquets de Versailles. D’autres palais s’y trouvent également représentés. A ce titre, il était digne d’une mention.
Nous rappellerons rapidement les gravures de J. Rigaud, exécutées vers 1700 et représentant les différents aspects du château; l’ensemble et les détails du grand
1 La Description du chasteau de Versailles. A Paris , chez Antoine Vilette, marchand libraire, 1694, in- 19 de 93 pages et 27 planches.
2 Voici le titre de cet étrange livre, et encore sommes-nous dans la nécessité de supprimer plusieurs lignes et de les remplacer par des points : rr Versaliarum consecrata memoria per Thaumata loquacia ædium , lucorum , septorum , statuarum ... ; opus novem in tomos distributum, metris liberis gallice scriptum , a DD. Johanne Baptista de Monicart, Métis quondam fisci regii quæstore. Accessit latina, eademque soluta metrorum versio, opéra et studio Romani le Testu, Rothomagæi (sic) , in præ-
clara artium facultate Universitatis studii Parisiensis màgistri. . . His colloquiis accesserunt tvpicæ quingentæa imagines celaturæ delicatioris . . . Dicatus Régi Ghristianissimo. — Parisiis, apud StephanumGaneau et Jacobum Quillau, mdccxx. 2 vol. in-4°.
J Un volume in-folio, publié à Amsterdam en 1724. Les vues de Versailles se trouvent groupées, quatre par quatre, de la page 38 à la page 52 de la troisième partie. Bien quelles nous montrent le château et ses dépendances à la fin du règne de Louis XIV, elles sont encadrées dans les médailles du règne de Louis XIII.
On compte réellement quatre-vingt-quinze planches, en y comprenant le plan général, les vues extérieures ou intérieures, les reproductions de tableaux et de statues. L’ouvrage complet devait avoir neuf volumes.
Xl.VIIi
escalier des Ambassadeurs, dessiné par Chevotet; les vues de Cotelle, Chauveau, Le Pautre, et enfin les quarante et une planches de Sébastien Le Clerc reproduisant les groupes du Labyrinthe empruntés aux fables de la Fontaine1 * * *. Ces nombreuses estampes seront d’un précieux secours à ceux qui étudieront dans leurs détails les Comptes des Bâtiments. On comprendra que nous ne puissions insister davantage sur cette iconographie versaillaise, dont tous les éléments se trouvent classés dans la section de la topographie au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale.
Il n’y avait pas lieu, dans la présente publication, d’intervertir l’ordre des dépenses et de tenter un classement méthodique à peu près impossible. Le comptable n’a égard qu’à la date des payements et confond ainsi les articles qui se rapportent aux parties les plus diverses du bâtiment ou des jardins. Mais la méthode qu’il était bien difficile d’introduire dans le texte, nous avons essayé de l’appliquer à la table, nous conformant ainsi à la logique des faits. Pour éviter une confusion inextricable, nous avons réparti, dans notre table, tous les articles relatifs à Versailles en trois chapitres distincts : i° le château; 2° les parcs, eaux et fontaines; 3° la ville et les environs. Ces divisions faciliteront les recherches au milieu de cette quantité de matières si dilférentes. Elles donneront une idée de la multiplicité des détails que le compte fait connaître et dans lesquels il serait trop long d’entrer ici. Nous signalerons toutefois certains points qui méritent attention.
Les Comptes des Bâtiments, en nous apprenant la date de l’exécution de tous les groupes ou statues, en révèlent par là même le prix. Ils font savoir en outre qu’un grand nombre des figures de bronze encore existantes, soit au bassin de Latone, soit dans l’allée de la Pyramide, étaient à l’origine entièrement dorées. De quel éclat devaient étinceler aux rayons du soleil ces statues entourées d’eau jaillissant et ruisselant de toutes parts! La sombre couleur du bronze ne donne actuellement qu’une faible idée de ce . spectacle féerique. Et combien de bosquets, aujourd’hui déserts ou incultes, étaient décorés alors de fontaines ou de bassins présentant les dispositions les plus ingénieuses et les plus variées! Il faut
1 Tous les cuivres des estampes que nous citons
ici sont conservés à ia Chalcographie du Louvre :
les sept vues de Rigaud, sous les n0! 26 5o à 2 556
(catalogue de 1860); l’escalier des Ambassadeurs
gravé par Surugue, sous les n°! 2557 à 2 56 A; les
groupes du Labyrinthe, sous les n0’ 2585 à 2625. Enfin, diverses vues du jardin, des fontaines et de Trianon, par Rigaud, Cotelle, Le Pautre, Chauveau et Silvestre, sont classées sous les n05 2565 à 258A et 2626 à 26A0.
INTRODUCTION
consulter les anciens Comptes ou les vieux plans pour avoir une idée nette de la différence des jardins d’aujourd’hui avec le Versailles de Louis XIV. Lorsqu’au bout de ce magnifique point de vue, ménagé par l’art de Le Nôtre devant la façade du château, se détachaient sur un lointain brumeux les mâts et les cordages de légères embarcations aux formes élégantes, certes le roi qui avait créé toutes ces magnificences dans un désert aride pouvait se dire qu’il avait vaincu la nature elle-même.
A cote des détails fournis par nos Comptes sur les travaux de peinture et de sculpture dus à une réunion d’artistes éminents telle que la France n’en avait jamais vu jusque-là de semblable, c’est un curieux et singulier chapitre que celui des vaisseaux et des chaloupes du grand canal. On ne s’était pas contenté de réunir sur cette mer en miniature les types caractéristiques de la marine de chaque pays, de faire venir des gondoles de Venise, des yachts d’Angleterre, des galères barbaresques; on avait logé à côté de cette flotte réduite toute une escouade de marins attirés à grands frais des pays étrangers. Les matelots génois, les gondoliers vénitiens étaient installés dans le voisinage des forçats chargés de conduii e la grande galere du Roi. Cette population a laissé un souvenir dans le parc de Versailles. L’avenue qui descend du bois de Satory à la tête du canal s appelle encoie 1 allee des Matelots. On sait par les Comptes, et aussi par un précieux livre de croquis conservé aux archives de la Marine et dont nous avons eu 1 occasion de donner ailleurs une courte description ], avec quelle recherche et quelle somptuosité les moindres barques étaient décorées. Si l’on fait appel à 1 expenence des ouvriers etrangers pour posséder un type exact de leurs embarcations nationales, si Ion charge des charpentiers anglais de construire le yacht du Roi , on n emploie que des artistes français ou établis en France pour enrichir ces gracieuses chaloupes de peintures et de sculptures, et les plus habiles ne refusent pas leur concours.
Le chapitre des travaux hydrauliques donnerait heu à de bien curieuses remaïques. Plusieurs travaux dus à un historien compétent3 ont presque compléte-
V oir Les Cajjîeri, Paris , Morgand ,1878, in-8°, p. 464-469.
Voy. la lettre de Colbert à son frère, alors ambassadeur à Londres , du 1 3 mars 1672, publiée par M. P. Clément ( Lettres de Colbert, V, 3*22).
3 Travaux hydrauliques de Versailles sous Louis XJ V
(i664-i688),par J.-A. le Roi; Versailles, Bernard, libraire, 1 865 , in-8° de 68 pages. Cette monographie a été faite à 1 aide de la copie des Comptes des bâtiments prise par M. Le Roi lui-même, et dont nous avons déjà parlé.
Dès 1847, M. Le Roi avait publié une première
j COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI.
ment épuisé la matière. Nous 11e saurions entreprendre l’analyse des ouvrages deM. Le Roi; nous y renvoyons le lecteur. Il pourra suivre, annee pai annee, les progrès des machines successivement proposées et employées à 1 alimentation des bassins et des jets d’eau. Il verra comment on utilisa d’abord les eaux de la Bièvre en les élevant dans un réservoir au moyen d’un manège bientôt remplacé par des moulins; comment le trop-plein du canal, au lieu de se perdre dans la vallee, était précieusement recueilli et ramené au réservoir général à l aide dun moulin dit de retour. Mais tous ces expédients ne donnaient que des résultats insuffisants; constamment l’eau manquait. Après un relevé minutieux du niveau des plateaux qui entourent Versailles, on songea à recueillir, pour les amener dans les réservoirs du château , les eaux des plaines de Trappes et de Bois-d’Arcy. De nombreux ouvriers furent occupés à couvrir cette vaste étendue dun réseau de rigoles aboutissant à l’étang artificiel de Trappes, qui existe encore, et à celui de Bois-d’Arcy, desséché vers le commencement de ce siècle à cause de son insalubrité. L’étang de Saclay vint ensuite. Des rigoles amenaient les eaux dans les réservoirs de Versailles. On voit encore dans les champs des environs de Trappes de larges canaux soigneusement entretenus et des bornes portant la couronne et la fleui de lis royale, derniers témoins des immenses travaux entrepris pour piocuiei à Versailles des eaux abondantes, sinon toujours salubres. Mais les étangs ne suffisant pas à l’énorme consommation des fontaines, il fallut imaginer des expédients plus puissants et moins subordonnés aux caprices des saisons. On eut recours a un ingénieur étranger qui venait de conquérir une grande réputation par des travaux hydrauliques exécutés en Flandre; il s’appelait Arnold Deville. A lui et à Rennequin Sualem, charpentier liégeois qui l’accompagnait en France, est due la construction de cette fameuse machine de Marly qui causa tout d abord une admiration universelle. La nouveauté de la conception, l’aspect imposant de l’appareil, le bruit terrible qu’on entendait au loin , frappèrent vivement l’imagination des contemporains. Le succès de l’inventeur fut d’abord immense. Mais on ne tarda
étude, intitulée: Des eaux de Versailles, considérées dans leurs rapports historique et hygiénique , avec un plan et une carte, Versailles, Despart, 1867, in-8° de 3 1 6 pages. Dans ce livre, l’auteur examinait les différents systèmes employés depuis Louis XIV jusqu’à nos jours pour conduire à Versailles les eaux nécessaires aux besoins des habitants.
On consultera aussi sur les travaux hydrauliques de Versailles un autre opuscule du même auteur, ayant pour titre : L ’ ancienne machine de Marly ou Deville et Rennequin, publié dans les Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, etc. Paris, Plon, 186 h, in-8° (voyez pages 1 1 5-2 00).
INTRODUCTION
pas à reconnaître que sa monstrueuse machine ne donnait pas tous les résultats attendus. Il fallut recourir à d’autres ressources. C’est alors qu’on conçut le gigantesque dessein de conduire à Versailles les eaïux de la rivière de l’Eure. On édifia l’aqueduc de Maintenon, et on ne renonça à cette ruineuse entreprise qu’après y avoir enfoui des sommes immenses et y avoir sacrifié quantité d’ouvriers sans approcher du but.
Tous ces essais avortés produisirent un résultat qu’on ne cherchait pas et auquel personne n’avait songé; ils contribuèrent dans une large mesure à répandre l’étude de la mécanique et tournèrent ainsi indirectement à l’avancement des sciences. Des niveaux plus parfaits furent construits, les divers systèmes de pompes perfectionnés. Des ouvrages techniques, comme le Traité pour la pratique des forces mouvantes de Gobert1, ne doivent le jour qu’ à cette préoccupation des besoins de Versailles.
On verra aussi, par le détail des Comptes , combien les dépenses deN Versailles ont concouru au progrès de la culture des arbres, des plantes et même des légumes. La direction du potager royal avait étté confiée à un savant du plus grand mérite, Jean de la Quintinie. Sur cette matière, comme sur les travaux hydrauliques, l’érudit bibliothécaire 'de Versailles ai laissé une monographie 2 qui nous dispense de plus amples développements. M- Le Roi montre comment la passion du Roi pour les fleurs exotiques eut pour résultat l’introduction de plusieurs espèces d’arbres ou d’arbustes jusque-là inconnues dans nos climats; il expose les progrès que réalisèrent, durant la période qui nous occupe, aussi bien l’entretien et la multiplication des fleurs de pur agrément que la culture des légumes et des arbres à fruits. Déjà le potager royal occupait l’emplacement où il est toujours resté. L’habileté de la Quintinie avait su transformer un de ces cloaques infects :i si nombreux aux alentours du château en uin potager admirablement fertile, où lurent cultivés des fruits que nos jardins ne connaissaient pas. Ainsi de cette
1 Traité pour la pratique des forces mouvantes , qui fait connoistre l’impossibilité du mouvement perpé-
tuel par la nécessité de l’équilibre , etc. , à la fin duquel l’auteur a mis la figure d’un niveau qu’il a inventé, et un récit de la manière dont il s’est servi pour assembler et conduire les eaux des plaines de Saclay à Versailles. Ouvrage utile à ceux qui auront à conduire ou à faire conduire des eaux, par M. Go- J>ert, cy devant intendant des Bastimens du Roy. A
Paris, chez Jean-Baptiste Delespine, 1702. In-4”, de (80 pages.
2 Coup d’œil rétrospectif sur quelques faits historiques de l’horticulture versaillaise , par J. -A. Le Roi (extrait du Journal d’horticulture de Seine-et-Oise) , in-f8° de 44 pages.
31 L’abbé de la Grive nomme encore la pièce qui s’éfiend de l'autre côté du bassin des Suisses, visà-vis du potager, 1 ' étang puant.
L„ COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI
époque date l’introduction du figuier, due au goût particulier que le Roi montrait pour les fruits de cet arbre.
Plus que nul autre, le chapitre des dépenses de Versailles fournira des indications minutieuses sur l’horticulture et l’arboriculture au temps de Louis XIV. 11 nous est impossible d’entrer ici dans le détail d’une pareille étude; contentonsnous d’appeler l’attention sur certains points intéressants. Signalons d’abord la masse énorme de fumiers employée pour amender le sol ingrat qu’il fallait rendre fertile. A coté du potager, on crée la grande orangerie, dont l’architecture imposante fait du côté du midi un si majestueux soubassement au palais de Louis XIV. Pour la culture des orangers, on avait su vaincre les intempéries du climat. Dans les jardins de Trianon, des orangers sont plantés en pleine terre; durant la saison rigoureuse, on les enfermait dans une cage de verre qui se démontait et disparaissait au printemps. Ainsi avait été résolu le difficile problème d’entretenir un jardin embaumé en toute saison. Nul doute qu’il n’existe aujourd’hui, soit à Versailles, soit à Paris, des orangers contemporains de Louis XIV. On montre encore, dans la grande orangerie de Versailles, un arbre trois fois séculaire et plus vieux que les carpes légendaires de Fontainebleau. Cet oranger viendrait, suivant une tradition fort accréditée, du connétable de Bourbon; aussi s’appelle-t-il le Connétable.
Les jardiniers de Versailles n’avaient pas à lutter seulement contre l’aridité du terrain, un autre ennemi leur créait de sérieuses difficultés. Le sol sablonneux de cette région renfermait une quantité considérable de taupes qui faisaient une guerre acharnée aux ouvriers chargés de l’entretien des parterres royaux. De quelles hécatombes les parcs de Versailles furent alors le théâtre, les nombreux articles consacrés aux Liard, taupiers ordinaires du Roi, peuvent seuls en donner une idée. C’est par milliers qu’on compte chaque année les victimes de cette destruction impitoyable. Malgré toute l’activité des taupiers royaux, il s’en faut, celui qui écrit ces lignes le sait de bonne source, qu’ils soient parvenus à purger le sol de Versailles et des environs de ses hôtes incommodes.
Un volume entier suffirait à peine si l’on voulait entrer dans le détail de toutes les dépenses de Versailles, fixer la date de la construction des différentes parties du château, étudier l’emplacement et la décoration de chaque appartement, énumérer les travaux d’art entrepris soit à l’intérieur, soit à l’extérieur du palais, passer en revue les allées, les parterres, les bosquets, les fontaines, les bassins,
INTRODUCTION
Llit
rechercher les divers systèmes adoptés successivement pour alimenter les eaux jaillissantes da parc, examiner enfin tous les articles concernant soit les bâtiments, soit le jardin, soit la ville. Les Comptes entrent dans des détails infinis; on le voit par notre table, où le seul palais de Versailles n’occupe pas moins de vingt-cinq colonnes. Nous n’avons rien négligé pour rendre les recherches faciles en multipliant les renvois.
A l’aide de ces documents, une histoire exacte et définitive du château et de ses dépendances n’est plus qu’une œuvre de soin et de patience. Cette histoire, qui manquait jusqu’ici, vient d’être entreprise par l’écrivain le plus capable de mener une pareille tâche à bonne fin. M. Dussieux n’a eu garde d’oublier les ressources précieuses offertes par les registres des Bâtiments. La publication prochaine de son livre nous dispense d’insister davantage sur le chapitre de Versailles et nous permet de passer rapidement à d’autres châteaux qui bénéficièrent, eux aussi, dans une certaine mesure, de la vigilante activité du ministre et des goûts somptueux du souverain.
Après le Louvre et Versailles, auquel se rattachent Trianon, Clagny et Mari y, la première place, pour le chiffre de la dépense, appartient, sans conteste, au château de Saint-Germain; celui de Fontainebleau n’arrive qu’en deuxième ligne. En effet, tandis que près de quatre millions de livres sont consacrés aux embellissements de Saint-Germain et de ses dépendances, les dépenses de Fontainebleau ne dépassent guère un million et demi. Ensuite vient le château de Vincennes, inscrit aux budgets des Bâtiments, de 1664 à 167/1, pour 867,000 livres; à partir de l’année 1 675 , le chapitre de Vincennes disparaît des comptes. Une somme qui atteint au maximum 90,000 livres et qui descend parfois à 2,000 livres est consacrée annuellement à l’entretien plutôt qu’à l’embellissement du Paîais- Boyal b Les dépenses de Chambord et de Blois, bien qu’un peu plus élevées, restent toujours au-dessous des besoins, comme le constate la correspondance de Colbert1 2. Le château de Chambord, ne recevant que de très rares visites de la
1 On trouvera, dans les Lettres de Colbert, publiées par M. P. Clément, des renseignements sur le cheval de bronze que Louis XIV fit venir de Nancy à Paris et installer dans la cour du Palais- Royal (t. V, p. 3 1 0 , lettre du 1 h mai 1671).
Une lettre de Colbert au sieur de la Saussave,
intendant des bâtiments de Blois, en date du à octobre 1679, dit qu’à celte époque le château do Chambord crestoit en un estât pitoyable, sans portes , sans fenestres, sans vitres, qu’il pleuvoit partout. . . t> ( Lettres , instructions et mémoires de Colbert, t. V, p. /io5.)
uv COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI.
cour, tombe bientôt dans un état de délabrement qui ne laisse pas que d’inquiéter la vigilance du ministre. Les autres Maisons royales, Madrid, Saint- Léger, Monceaux, Gompiègne, la Bastille, bien qu’un chapitre spécial soit consacré à chacune d’elles, coûtent à peine quelques milliers de livres chacune. H suffira de renvoyer lecteur à la table alphabétique et aux tableaux de dépenses.
Avant de passer aux autres bâtiments inscrits sur les états, tels que les Invalides, l’Observatoire, le Val-de-Grâce, et aux chapitres d’une nature différente, comme les manufactures royales, les Gobelins, les académies et les encouragements aux gens de lettres, il convient de nous arrêter aux châteaux qui donnent lieu , par leur importance , à quelques observations : nous entendons parler de Saint- Germain , de Fontainebleau et de Vincennes.
Les dépenses de Saint-Germain se répartissent sur trois bâtiments distincts : le vieux et le nouveau château de Saint-Germain et le château du Yal. Louis XI\ ne délaissa jamais, nos documents en font foi, le palais dans lequel Anne d’Autriche lui avait donné le jour. Saint-Germain ne partagea point la disgrâce à peu près complète qui frappait le Louvre dès 1680..
Si le chiffre des dépenses tombe parfois à moins de 5 0,0 00 livres, il se relève sensiblement durant les dernières années de la période qui nous occupe, atteint presque ôoo,ooo livres en 1679 et dépasse 5yo,ooo livres l’année suivante. En effet, alors que le Roi et la cour ont abandonné le séjour de la capitale pour n’y plus faire que de courtes apparitions, la résidence de Saint-Germain leur présentait des séductions bien faites pour les attirer. Le voisinage de la forêt, si lavorable à la chasse à courre, retenait chaque année Louis XIV pendant plusieurs semaines de l’automne. Le château et les jardins profitèrent ainsi de leur situation exceptionnelle. La vaste étendue des bâtiments, au surplus, suffisait à fous les besoins d’une cour nombreuse. Les logements de la vieille résidence féodale deviennent-ils trop exigus, de nouvelles constructions, sans cesse augmentées, sans cesse embellies, doubleront l’étendue du palais et des appartements.
Aussi n’est-il pas un personnage occupant une situation officielle à la cour qui n’ait son logement dans ce triple château ou dans ses dépendances. Princes, grands seigneurs, ministres, dames d’honneur, sont confortablement installés aux alentours de l’appartement du souverain. Nous y voyons la duchesse de la Vallière habiter tout près de Mme deMontespan, et ce singulier voisinage donne naissance à un incident des plus piquants. Le Compte de 1669 porte aux Diverses dépenses
INTRODUCTION
une somme de 3,ooo livres payée à Jean Marot, ce à compte des ouvrages de rocailles qu’il a faits aux appartemens de Mme la duchesse de la Vallière et la marquise de Montespan à Saint-Germain1 n. Ce rapprochement des deux rivales, tout singulier qu’il paraît, n’eût peut-être pas éveillé notre attention si nous n’eussions trouvé des renseignements précis et positifs sur l’objet de cette dépense. 11 résulte en effet d’un marché passé entre Jean Marot, d’une part, la duchesse de la Vallière et la marquise de Montespan, d’autre part, que les deux grandes dames avaient commandé à l’architecte quatre grottes d’appartement, deux pour le salon de MUe de la Vallière et deux pour celui de Mme de Montespan. Les deux contractantes s’engageaient solidairement à payer la dépense, chacune par moitié, en versant immédiatement à l’architecte une somme de i,3oott 6S 8d sur le prix convenu de û,ooo livres2. Certes, on n’irait pas chercher un pareil trait de mœurs dans les Comptes des Bâtiments. Nous nous y arrêtons surtout pour signaler une des plus singulières manies de cette époque : nous voulons parler du goût envahissant des grottes et des rocailles. Des jardins, où le xvie siècle l’avait avec raison reléguée, la grotte envahit maintenant l’intérieur des palais. On compte au moins cinq grottes d’appartement dans le seul château de Saint-Germain, une chez le Roi et quatre dans les logements occupés par les deux favorites.
On chercherait vainement aujourd’hui, dans les châteaux de France, un seul exemple de grotte d’appartement. Mais certains palais étrangers, et particulièrement le château royal de Munich3, offrent encore des spécimens de ce bizarre caprice de la mode.
Le château de Saint-Germain avait donc reçu tous les accroissements intérieurs ou extérieurs de nature à en rendre le séjour agréable et commode. Les vastes écuries, le chenil, le manège, toutes les dépendances nécessaires aux chasses royales avaient été l’objet d’un soin particulier. On avait construit un manège spécial pour l’instruction du Dauphin. Un parc aux lièvres, destiné aux plaisirs du jeune prince, avait été réservé au bout de la grande terrasse.
Voy. col. 367 le payement en date du 16 janvier 1670.
Le texte complet de ce marché a été publié dans les Nouvelles archives de l’art f rançais , volume de 1877, p. 167-171.
3 Nous avons vu récemment dans le palais des r°is de Bavière, à Munich, un salon renfermant
encore deux petites grottes en rocailles, avec jets d’eau et statue, remontant au moins au siècle dernier. Cet exemple permet de supposer que les deux grottes commandées par Mile de la Vallière et M'ne de Montespan étaient destinées à une seule et même pièce dans chacun de leurs appartements.
,.VI COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI
Les jardins avoisinant le château recevaient en même temps tous les embellissements introduits par les Le Nôtre et les Mollet. A côté des fontaines, des grottes, des vieux ou nouveaux parterres, on trouvait aux environs du palais un jeu de paume, un jeu de mail; sur d’autres points avaient été ménagés un boulingrin, un tripot, une orangerie. Une famille de jardiniers habiles se perpétue à Saint- Germain pendant plusieurs générations : c’est la famille des La Lande, dont nous avons eu occasion de parler plus haut.
Au soin avec lequel sont entretenues les routes de la forêt, on reconnaît que la cour a adopté le château pour la saison des chasses. D’ailleurs, la proximité de Versailles favorise les déplacements; aussi répare-t-on avec une extrême vigilance la grande chaussée qui relie les deux résidences. Non loin du château s’élève une nouvelle construction, nommée le pavillon du Val, simple dépendance de l’habitation royale jusqu’au jour où l’ingénieur Deville vient s’installer sur les bords de la Seine pour construire la machine de Marly. A cette date, cest-à-dire vers 1678, le bâtiment du Val prend assez d’importance pour fournir la matière d’un chapitre spécial. Autour de lui s’étendent des jardins comprenant une faisanderie, une melonnière , des espaliers, des plants d’asperges. On y avait évidemment installé le potager chargé de pourvoir aux besoins de la table royale.
Sur le château de Saint-Germain, comme sur celui de Fontainebleau, on devra consulter l’œuvre d’Israël Silvestre et celui de Perelle. Nous renvoyons, une fois pour toutes, au Catalogue, déjà cité, des estampes de Silvestre, par M. Faucheux, et à celui de la Chalcographie du Louvre. La Chalcographie possède notamment une gravure donnant l’aspect du château en 1666 et trois plans de 1668, le tout avec la signature de Silvestre,
Les dépenses de Fontainebleau restent bien au-dessous de celles des autres châteaux cités jusqu’ici. Elles n’atteignent pas 100,000 livres en moyenne par année, tout compris : frais d’entretien, gages d’officiers, constructions nouvelles. D’ailleurs ce chiffre, qui descend parfois à 12,000 livres, en 1673 notamment, remonte brusquement en *678 et atteint 35o,oqo livres enyiron, quand il était de 20,000 livres à peine l’année précédente. La meilleure part de ces travaux revient aux ouvriers, aux maçons surtout; ces derniers entrent pour un tiers dans la dépense totale. C’est d’ailleurs la proportion habituelle. Les artistes, au contraire, n’occupent qu’une place des plus modestes dans le compte de Fontainebleau. Durant plusieurs années, il devient superflu d’ouvrir un chapitre spécial pour la
INTRODUCTION
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peinture et la sculpture. L entretien des couvertures, le soin des jardins, allées et canaux, les gages des officiers, constituent les plus lourdes charges de ce budget. Ici, d’ailleurs, les anciens bâtiments sont tellement vastes, qu’on se préoccupe avant tout de conserver, d’entretenir ce qui existe. Gomme les autres résidences habituelles du souverain, le château de Fontainebleau possède une orangerie. On tente ici pour la première fois l’expérience répétée un peu plus tard à Trianon : des orangers plantés en pleine terre sont protégés contre les rigueurs de la mauvaise saison par des châssis mobiles enlevés au printemps. Il n’est pas jusqu’aux plus modestes hôtes de l’habitation royale, jusqu’aux carpes et aux cygnes, qui n’occupent une place sur les Comptes. Un employé, Jean Daries, dit Gaîland, a pour charge spéciale de pourvoir à leur nourriture.
De 1 665 à 1670, on travaille activement au château de Yincennes. Puis, peu à peu, les ouvriers deviennent moins nombreux; à partir de 1676, la dépense de cette maison tombe à un chiffre si minime, qu’on juge inutile de lui consacrer un chapitre particulier. Elle va se confondre avec la masse des Diverses dépenses. Les travaux du château n’entrent d’ailleurs que pour une somme très-faible dans le chapitre de Vincennes; la plus grande partie est consacrée aux plantations d’arbres, aux jardinages, aux murs du parc, au mur de soutien de la grande avenue, et aussi aux aqueducs et réservoirs, les ouvrages des bâtiments restant à peu près insignifiants.
Le Palais-Royal, Madrid, Blois, Chambord et Amboise, le haras de Saint- Léger, Compiègne et Monceaux ne donnent matière à aucune remarque. Plus ou moins délaissées, ces maisons, qui ne reçoivent qu’à de très-rares intervalles les visites du souverain, sont à peine entretenues. Les détails qu’on a lus plus haut sur 1 état de délabrement du château de Chambord s’appliqueraient aussi bien aux autres bâtiments que nous venons d’énumérer. Evidemment une somme annuelle de 1,000 livres à peine pour le château de Madrid, de 3,6 00 livres pour celui de Compiègne, constitue un budget dérisoire. Au moins la Bastille résiste-t-elle mieux par l’épaisseur de ses murailles et la solidité de sa construction.
Les réparations de couverture constituent la principale dépense des bâtiments inhabités. Un entrepreneur se charge à forfait de leur entretien; c’est ce qui explique la modicité des sommes afférentes à chacun des châteaux. L’entretien des couvertures des Maisons royales est porté en un seul article aux Diverses dépenses.
COMPTES DES BATIMENTS. I
vnI COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI.
En 1680 est entreprise la construction de 1' 'église des Invalides. La maçonnerie coûte déjà 80,000 livres. La même somme restera affectée à ce chapitre les années suivantes1.
Un des grands reproches que Voltaire adresse à Louis XIV est, on le sait, d avoir dissipé des millions pour la création de Versailles, tandis quavec une dépense bien inférieure il eût changé l’aspect de Paris et transformé sa capitale. Les Comptes des Bâtiments répondent, en partie du moins, a cette critique. Ils donnent une idée exacte de tout ce qui a ete lait, sous le ministère de Colheit, pour les embellissements de Paris. Nous ne reviendrons pas sur le Louvre. Avec un peu plus de persévérance, le Roi aurait vu 1 achèvement de ce palais. Mais combien d’autres édifices, encore aujourd’hui l’honneur et la décoration de la ville, doivent leur construction à Louis XIV! Nous venons de parler des Invalides. Nous aurons à nous en occuper longuement quand nous publierons les comptes de 1681 et des années suivantes. En 1668 est commencé l’Observatoire, dont les travaux seront continués pendant de longues années; ils avaient déjà entraîne, en 1680, plus de 5oo,ooo livres de dépense. Dès le commencement de son règne, remplissant les pieuses intentions de sa mere, le Roi a fait mettre la dermere main à l’église et au monastère du Val-de-Grâce. De toutes parts s’élèvent des portes triomphales. Si nos Comptes ne parlent pas de celles qui furent érigées par la ville à la gloire du souverain et qui témoignent encore du talent male et souple des architectes et des sculpteurs du temps, ils nous mettent au courant des vicissitudes de cette porte Saint-Antoine destmee a devenir une des plus belles entiees de Paris et qui, après des dépenses énormes, tomba rapidement en ruine, ne laissant guère d’autre témoignage de sa magnificence que la gravure de Séb. Le Clerc2.
Nous assistons en même temps à la création du Jardin royal, le Jardin des Plantes actuel, à la naissance de la manufacture des Gobelins, ce grand atelier des meubles de la couronne, qui embrassait à son origine un cadre bien plus vaste que la fabrication des tapisseries de haute ou de basse lisse. Tout le mobilier des châteaux royaux, tous les chambranles finement sculptés des portes et des fenêtres,
1 On connaît le grand ouvrage d’André Félibien intitulé : Description générale de l’Hostel royal des Invalides. Paris, 1 683 , in-fol. avec plans et élé-
vations.
2 Arc de triomphe de Louis XIV à la porte Saint- Antoine, gravé par Sébastien Le Clerc en 1679, porté sous le n° 2/176 au catalogue de la Chalcographie du Louvre.
INTRODUCTION. LIX
ces garnitures de croisées, ces serrures ciselées par Cucci et ses émules, cette riche orfèvrerie à laquelle un chapitre spécial est consacré dans les registres et que nous voyons revivre sur les gravures du temps, ou mieux encore sur les admirables tapisseries de 1 Hisloii'e du Roi, toutes ces somptueuses tentures comparables ou supérieures aux chefs-d’œuvre les plus vantés de Bruxelles, sortaient des ateliers des Gobelins. Là, sous la suprême direction du grand ordonnateur de tous les travaux d ai t du temps de Louis XIV, de Charles Le Brun, s est groupée une nombreuse colonie d artistes distingues dans les genres les plus variés, comprenant à la fois des sculpteurs, des peintres, des dessinateurs, des graveurs, des tapissiers, des orfèvres, des marqueteurs, des lapidaires, des fondeurs, des ciseleurs, admirable école d’art décoratif, qui a exercé une profonde influence sur le goût français. Un peu plus tard, les revers de la guerre porteront une atteinte sensible à cette brillante et fécondé création; mais, si la ruine du trésor et-les besoins impérieux des années font promptement disparaître les chefs-d’œuvre sortis de ce merveilleux atelier, la France ne doit-elle pas à cette grande école un enseignement et des exemples qui contribueront singulièrement à étendre et à perpétuer pendant plus d un siècle la suprématie de l’art et du goût français?
Sans doute, quand on voudra etudier dans le détail ce grand établissement, sans rival encore aujourdhui, on ne devra pas s’en tenir aux mentions trop succinctes ou incomplètes de nos Comptes. Les nombreux cartons et registres provenant des archives de la manufacture et conservés, les uns au Cabinet des manuscrits, les autres au palais Soubise, offriront de précieux détails sur tout ce qui louche à l’organisation, au personnel et aux travaux des Gobelins. Toutefois, c’est, encore aux registres des Batiments que le plus exact des historiens de cette maison doit la meilleure part de la notice qu’il lui a consacrée V.
Puis, nous voyons naître et croître peu à peu cette manufacture de Beauvais, sœur cadette des Gobelins. A cote de 1 entreprise fondée et entretenue par le Boi, on essaye de creer une industrie pouvant vivre par elle-même avec le secours dune Luge subvention. On sait que 1 essai réussit assez mal et que plus d’une lois le souverain fut oblige d intervenir pour sauver la manufacture d une ruine imminente. Mais d habiles directeurs, comme Béhagîe, le successeur de Louis
A.-L. Lacordaire, Notice historique sur les manufactures impériales de tapisseries des Gobelins et de tapis de la Savonnette. . . Paris, à la manufacture, 1 853 , in-8” de 200 p. Voyez aussi, sur la manufac-
ture des Gobelins au temps de Louis XIV, la relation d’une visite faite par le Roi à cet établissement, publiée par le Mercure galant de 1673 et reproduite dans la Revue universelle des arts (t. XVI, p. 336).
LS COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI
Hinart, et plus tard le peintre Oudry, se chargèrent de démontrer qu’on ne devait s’en prendre qu’à l’inexpérience et a la mauvaise gestion de ses chefs des dangers que courut à diverses reprises l’existence de la manufacture de Beauvais.
En même temps, la maison de la Savonnerie, fondée une trentaine d’années auparavant, trouve dans des commandes nombreuses des encouragements réguliers qui assurent sa prospérité.
Nous ne saurions nous étendre davantage sur un sujet aussi vaste. On pourra relever aisément, à l’aide de la table, tous les renseignements fournis par les Comptes non-seulement sur les manufactures des Gobelins et de Beauvais, mais encore sur les tapisseries achetées pour le Boi, soit à des particuliers, soit à des fabricants de Felletin.
Nous renvoyons également le lecteur aux mentions relatives à cet admirable manuscrit des Tapisseries du Boi, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale1 et dont les miniatures, dues au pinceau de Jacques Bailly, sont bien connues par les gravures de Le Clerc. Les cuivres originaux des devises qui accompagnent la tenture des Saisons et celle des Eléments sont conservés, on le sait, à la Chalcographie du Louvre2.
Vainement avons-nous cherché et demandé de tous côtés en quoi consistaient ces tapisseries sur toile d’argent plusieurs fois citées et qui donnèrent leur nom à une des pièces de Versailles. On sait mieux ce qu’étaient les tapisseries de peinture en teinture sur du gros de Naples ou sur du gros de Tours. On a vu, à une exposition récente, une œuvre de Bonnemer exécutée par ce procédé. Ces peintures sur soie étaient sans doute destinées à imiter de loin le travail de la tapisserie plutôt qu’à servir de carions ou de modèles aux ouvriers des Gobelins.
C’est aux Gobelins, dans le voisinage des ateliers de tapisserie, que se fabriquent ces meubles en argent ou en or exécutés par les plus habiles orfèvres. Eux aussi obéissent à la discipline de Le Brun. Au premier rang parmi ces morceaux remarquables il faut citer les deux fameux cabinets appelés le Temple de la
1 En voici le titre : Devises pour les tapisseries du Roy où sont représentez les quatre Elemens et les quatre Saisons de Vannée. Le frontispice est signé : J. Bailly peint., i 668. Ce volume, de format in-40,
porte le n° 7819 dans le fonds français (réserve).
2 Catalogue de la Chalcographie, 853-86o et 2 123-21 65. La première série se rapporte à la gravure des Saisons et des Eléments d’après Charles Le Brun et la seconde série aux Devises d’après Bailly.
INTRODUCTION. LXI
Gloire et le Temple de la Vertu ou les cabinets d’Apollon et de Diane dus à l’habile Italien Dominique Cucci, puis ces lampadaires, ces caisses d’oranger et autres ouvrages d argenterie, enfin le buflet et la nef d’or pour l’usage personnel du Roi, dont nous voyons la mention et le prix sur les Comptes. Malheureusement toutes ces merveilles, dont la matière, si précieuse quelle fût, ne constituait pas la principale valeur, tous ces chefs-d’œuvre des orfèvres les plus vantés, et particulièrement du célèbre Ballin, étaient voués d’avance à une destruction rapide.
Les matières précieuses mises en œuvre constituaient une sorte d’épargne facile à monnayer. L occasion den tirer parti ne se fit pas longtemps attendre. Dès 1689, les grandes pièces d’orfèvrerie avaient pris le chemin de la Monnaie, après une existence de vingt ou vingt-cinq années à peine. Ainsi disparurent ces merveilles qui, de 166/1 à 1680, avaient coûté des millions.
Les sommes consacrées aux ouvrages d’orfèvrerie rentrent dans la masse générale des dépenses des Bâtiments, nous venons de le voir. Toutefois, comme on a parfois prétendu que nos Comptes ne comprenaient pas toutes les dépenses des bâtiments royaux, nous croyons utile d’insister sur un point dont il a déjà été question plus haut, afin de prévenir une confusion possible. Le chapitre qui, dans le relevé des dépenses du Contrôle général de 1 6 6 4 à 1700, porte le titre : Argenterie, ne s’applique en aucune manière aux pièces d’orfèvrerie dues au talent de Ballin ou de ses émules. Les Comptes de l’argenterie, et cela dès le règne de Charles Y et de Charles VI, renferment exclusivement les dépenses de la garderobe du Roi et de sa famille, et aussi les achats de pierres précieuses, de diamants et de bijoux. Aucun article de cette nature n’apparaît sur les Comptes des bâtiments. On peut en conclure que l’Argenterie royale conservait, sous Louis XIV,** les attributions exclusives qu’elle avait du temps des Valois. On doit donc considérer nos registres comme donnant la dépense intégrale de l’orfèvrerie. Il faut ajouter seulement aux chapitres spéciaux des Ouvrages d’ argenterie quelques articles disséminés dans les Diverses dépenses, et on aura ainsi le chiffre exact des sommes consacrées aux vases et bassins d’argent destinés à la décoration des galeries et salons de Versailles.
Tout en portant un grand intérêt aux industries somptuaires, à tous les travaux d art qui pouvaient contribuera la magnificence de la demeure du souverain,
Voy. sur ces cabinets ta Notice historique et Ph. de Chennevières. Paris, Pillet fils aîné, i85i,
descriptive sur la galerie d’Apollon au Louvre , par in- 12, 86 pages.
im COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI.
Colbert ne négligeait pas les métiers plus humbles dont l’exercice ou les produits profitaient à la masse de la nation. Une de ses préoccupations constantes, on le sait par sa correspondance, fut d’affranchir la France du tribut fort lourd quelle payait aux industries et au commerce étrangers. On peut juger par nos Comptes des sacrifices qu’entraîna l’application des mesures prises dans ce but.
On appelle des ouvriers de Venise; on établit à Paris une manufacture de glaces qui doit pourvoir non-seulement aux besoins des édifices royaux, mais aussi à ceux des particuliers, obligés auparavant de faire venir à grands frais leurs glaces d’Italie1. Le Roi ne se réserve qu’un avantage pour prix de ses sacrifices : un traité lui assure, comme on l’a vu par un tarif publié ci-dessus, des conditions un peu plus avantageuses qu’à la masse du public. En meme temps, Colbert cherche à arracher à ses voisins le secret et le monopole de leurs dentelles renommées. Mais la manufacture de point de Venise, si elle donne à Alençon des résultats satisfaisants, ne peut, malgré tous les soins et toutes les objurgations du mimstie, prospérer a Seignelay. Il n aura pas la satisfaction de vou vivie sut les telles de son marquisat une industrie dont il a dote la France.
Combien d’autres métiers plus modestes font alors leur première apparition dans notre pays, grâce aux subventions royales! Aux details explicites que donne la Correspondance de Colbert, les Comptes des Batiments viennent ajoute! de nombreux renseignements snr les nouvelles fabriques d étoffés doi, de drap,. de serge, de toile, de bas de laine ou de soie, de coutil, de biocatelle, et aussi sut les manufactures d’acier, de canons, de fer-blanc, de goudron, établies dans differentes provinces par les étrangers appelés de toutes les contrées de l’Europe. Sans doute, sur beaucoup de points, les Comptes ne fournissent qu une date, un chiflic et un nom. N’est-ce donc rien que ces indications précises permettant d ajouter quelques traits essentiels au tableau des progrès de l’industrie française pendant le ministère bienfaisant de Colbert? En même temps, des représentants du pouvoir central, sous le nom de commis des manufactures, vont dans toutes les provinces veiller à l’application des règlements, contrôler 1 exécution des lefoimes et prendre note des besoins, des vœux et des progrès de chaque région. Près d’un million et demi est consacré à cette ceuvre féconde eq même temps qu’au développement du commerce.
1 Sur ta fabrique des glaces façon de Venise éta- La manufacture des glaces de Saint-Gobciin de 1 665
blie à Paris par Colbert, on trouve des détails pré- à i865, par Aug. Cochin, membre de 1 Institut,
cis dans les premiers chapitres de l'ouvrage intitulé : Paris, Douniol et Guillaumin , 1 865 , in-8°, 192 p.
INTRODUCTION
mu
En eflet, 1g ministie voit d un Œil jaloux la prospérité commerciale des ProvmcesiJnies et de l’Angleterre et ne néglige aucun moyen pour arriver à leur enlever le monopole qui les enrichit. Sans doute, on peut critiquer certains expédients violents dont 1 efficacité parait aujourd hui problématique; mais serait-il juste de reprocher à Colbert de n avoir pas professé des idées économiques en contradiction flagrante avec les opinions de son temps et de n’avoir pas adopté des principes sur la valeur desquels les hommes spéciaux ne s’entendent pas même de nos jours? A l’invasion des marchandises étrangères, il opposa des tarifs prohibitifs et vexatoires; mais il sut aussi, nos Comptes en font foi, encourager par des primes 1 exportation des marchandises françaises, soutenir les armateurs par des avances ou des dons. Si les compagnies commerciales auxquelles le Roi prêta un si large concours ne réussirent pas, doit-on en faire un reproche au ministre qui ne négligeait lien pour leur succès, qui avait même compris qu elles ne pouvaient subsister et prospérer qu’en devenant de grandes entreprises nationales auxquelles le public était appelé à s’intéresser et à s’associer? On ne triomphe pas en un jour de préjugés invétérés, Colbert en fit plus d’une fois l’expérience. Si ces glandes compagnies du Nord, des Indes occidentales, du Levant, et autres, sur lesquelles M. P. Clément a présenté des notions exactes, tombèrent les unes après les autres, le ministre n’avait épargné ni peines ni sacrifices pour aider à leur prospérité.
En meme temps qu il cherche à assurer des débouchés aux productions des industries naissantes, il se préoccupe de tirer du sol du pays toutes les richesses qui s’y trouvent renfermées. Jusque-là tous les marbres de nos édifices publics venaient d Italie. Colbeit ouvre des carrières dans le Languedoc, dans les Pyrénées. En outre, on étudié sur ses ordres le mérite et la force de résistance des pierres extraites des carrières des environs de Paris. On connaît le curieux mémoire1
présenté au ministre par les membres les plus distingués de l’Académie d’architecture 2.
Il serait aussi injuste que mesquin de voir dans ces diverses démarches ou
Rapport de V Académie royale d’architecture sur la provenance et la qualité des pierres employées dans les édifices de Paris et de ses environs , demandé en 1 an 1 678 , par Colbert, surintendant des Bâtiments; publié par M. Léon de Laborde, d’abord dans la Revue d’architecture de C. Daly (i85a, t. X, p. 19/1 et suiv.), puis dans le volume de Mémoires et dis-
sertations (Paris, A. Leleux, i85a, in-8°, p. i5i- 290, volume tiré à 25 exemplaires seulement distribués à des bibliothèques publiques de France et de l’étranger).
L Académie d’architecture était elle-même une création de Colbert. Sa fondation remonte au 3o novembre 167t.
1XIV COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI
expériences la préoccupation exclusive des embellissements de Versailles. Sans doute, Colbert s’efforce en toute occasion de complaire aux moindres caprices du Roi; mais s’il est obligé de consacrer au nouveau favori des soins quil eût voulu reporter sur des objets plus dignes de sa sollicitude, il avait l’esprit trop élevé, une vue trop nette des besoins de son pays, pour ne pas comprendre que la grandeur d’une nation dépend autant de son développement intellectuel et scientifique que de sa prospérité matérielle.
La fondation de l’Académie des sciences est, on ne l’ignore pas, l’œuvre personnelle de Colbert. En même temps qu’il attire des pays étrangers et pensionne richement les savants les plus illustres, il s’occupe sans cesse de leur fournir les instruments nécessaires à leurs expériences. Des cours de botanique, qu’on appelle alors cr démonstration de l’intérieur des plantes », sont créés au Jardin royal, des laboratoires mis à la disposition des physiciens et des chimistes. On fait venir à grands frais d’Italie des verres et des lunettes pour les observations astionomiques. Lorsque les animaux rares qui peuplent la ménagerie de Versailles viennent à mourir, on livre leurs cadavres aux médecins et aux anatomistes les plus fameux; ils peuvent ainsi étudier sur la nature même les organes et le squelette de certaines espèces rares et peu connues1.
A côté des machines exigées par les grands travaux hydrauliques de Versailles, d’autres sont citées qui sembleraient plutôt dater du xixe que du xvue siècle : par exemple les machines à battre, à couper ou à moudre le blé, la machine à curer les ports de mer, une machine pour éteindre les incendies, une autre pour voguer à tout vent. Évidemment, la plupart de ces inventions ne répondaient guere aux promesses de ceux qui les présentaient; mais ces essais encore inexpérimentés et souvent voisins de l’enfantillage prouvent un esprit de curiosité et de recherche qui portera ses fruits un jour. Ainsi les sciences exactes, l’astronomie et les mathématiques, comme les sciences naturelles, trouvèrent dans la personne de Golbcit un protecteur ardent et éclairé.
Les lettres et l’histoire ne doivent pas moins à ce grand homme. Il serait superflu d’insister sur ces pensions aux savants et aux gens de lettres déjà signalées dans mainte publication et que tous les historiens du siècle de Louis XIV rappellent à l’envi. M. P. Clément en a publié la liste complète dans son grand ou-
1 Voyez à la table le mot Anatomiques [Disses rault prit le germe de la maladie qui 1 emporta en
lions) . C’est à une de ces séances — on disséquait ce peu de jours. Il atteignait d’ailleurs sa soixante-
jour-là le cadavre d’un chameau — que Claude Per- quinzième annee.
INTRODUCTION
vrage sur Colbert1. Nous ferons remarquer que c’est aux Comptes des Bâtiments, à eux seuls, qu on doit la connaissance exacte de ces pensions. Parce que ce document figuiait ailleurs, ce notait pas une raison, croyons-nous, pour le retrancher de notre volume, pour mutiler notre publication et priver ici le Surintendant d’un de ses plus beaux titres de gloire.
Dans cette circonstance encore, le ministre eut la perception très nette de la réalité des choses. Les artistes, peintres, sculpteurs ou architectes, trouvaient leur compte aux grands travaux des palais royaux. Si donc une pension est constituée au premier peintre du Roi en vertu de sa charge et au peintre ordinaire des conquêtes de Louis XIV, au Flamand Van der Meulen, la plupart des artistes pourra vivre de la rétribution accordée à leurs ouvrages, sans qu’il soit besoin d’y ajouter Par surcroît des pensions. Mais il n’en va pas de même quand il s’agit des savants ou des littérateurs. Leur travail lent et solitaire n’obtient jamais, ou presque jamais, une rémunération proportionnée à la peine et au temps qu’il a coûté. A ceux-ci donc les pensions pour les sauver du besoin; aux autres, les commandes. Cette répartition des faveurs royales n’est-elle pas à la fois judicieuse et équitable?
Tout en assurant aux écrivains des ressources contre les nécessités matérielles, le ministre prenait en même temps souci de pourvoir à leurs besoins intellectuels. On sait avec quelle ardeur il recherchait dans tous les pays les manuscrits piecieux; partout, il entretenait des émissaires chargés de l’avertir des objets rares ou curieux que leurs possesseurs se montraient disposés à vendre. Colbert a eu la plus grande part, des écrivains compétents l’ont dit avec l’autorité de leur érudition, à la fondation de nos bibliothèques nationales, et si nous le rappelons ici, cest seulement pour attirer l’attention sur les points intéressants que les
Comptes des Bâtiments ajoutent, avec leur précision habituelle, à ceux qu’on connaît déjà.
Pendant plusieurs années consécutives, Denis Godefroy travaille, avec un certain nombre de scribes placés sous ses ordres, à relever, dans les titres de la Chambre des comptes de Lille en Flandre, les pièces intéressantes pour l’histoire. A coté de la Bibliothèque du Roi, où viennent s<e grouper les livres imprimés et les manuscrits, prend naissance le Cabinet des médailles et raretés, qui
Lettres cle Colbert (t. V, p. l\ 66-/198). Ces listes biographiques siur les personnages nommés dans
données par M. P. Clément vont jusqu a l’année ces listes. Voy. aussi l’ouvrage déjà cité de G. Peignot
1 683. On trouvera dans le même volume des notes sur les Dépenses de Louis XIV.
COMPTES DES BÂTIMENTS. I
LXV1 . COMPTES DES BÂTIMENTS DU ROI
restera, durant près d'un siècle encore, installé dans le palais de Versailles. Aux acquisitions de médailles antiques, de pierres gravées, d’agates et autres curiosités se joignent, de temps à autre, des achats de tableaux qui accroissent singulièrement la richesse de la collection royale et relèvent encore la splendeur des appartements de Versailles.
Mais ce n’est pas assez pour le ministre d’entasser pour la jouissance du Roi et de sa cour les chefs-d’œuvre des écoles italiennes1. Il veut que le public aussi en ait sa part et que les grandes créations des maîtres du temps passé contribuent à l’éducation du goût national. Dans ce but sont entreprises ces belles suites d’estampes qui demeurent la principale richesse de la Chalcographie du Louvre. Tous les ans, une grosse somme est consacrée à la reproduction des chefsd’œuvre de l’art ancien ou des tableaux contemporains. Certes, de pareils encouragements contribuaient pour beaucoup au développement de lait, et, si la gravure a jeté sous Louis XIV un éclat qui dure encore près d’un siècle après lui, elle le doit à la sollicitude que ne cessèrent de lui témoigner le souverain et son ministre. C’est alors que se forme cette école de graveurs éminents, la plus brillante qu’ait jamais possédée la France, ces portraitistes hors ligne, qui employèrent leur savant burin à reproduire noblement les traits de leurs contemporains. A ces habiles artistes sont dues aussi les nombreuses estampes qui offrent de si précieux renseignements sur l’ancien aspect et la primitive décoration des édifices royaux. Nous ne saurions entrer dans aucun détail, nous aurions trop à citer; mais en parcourant les pages du catalogue de la Chalcographie du Louvre, on est vivement frappé des trésors que ce riche dépôt doit au ministère de Colbert2.
Sur nos Comptes reparaît, à diverses reprises, le nom de cet amateur pas-
1 Voici une mention qui nous a paru intéressante à recueillir, bien que nous ne soyons en état de donner aucun détail sur les œuvres capitales indiquées ici : a Dudit s1 de Bartillat, la somme de sept mille cent livres, pour délivrer à M. de Souvré, grand prieur de France, pour son payement de neuf grands tableaux que le Roy a acheptés deluy, représentons les Actes des apôtres, dessin de Raphaël, suivant la quittance dud. sieur Turlin du
il may 1667.» (Archives nationales, O1, 28i3, p. 18.) S’agit-il d’une répétition ou d’une copie des fameux cartons de Hampton Court? La ques-
tion est assez grave pour mériter des recherches. D’autre part, les Actes des apôtres, on ne l’ignore pas, furent reproduits en tapisserie aux Gobelins sous le règne de Louis XIV ; les grands tableaux achetés de M. de Souvré n’auraient-ils pas servi de modèles aux ouvriers de la manufacture royale?
2 Voyez Le cabinet du Roi, par M. G. Duplessis, étude sur la collection d’estampes commandée par Louis XIV, publiée dans le Bibliophile français de 1869, et tirée à part (21 pages). Presque tous les éléments de cette notice sont tirés des Comptes des Bâtiments.
INTRODUCTION
LXVJI
sionné, l’abbé de Marolles, abbé de Yilleloin, dont l’incomparable collection a formé le premier noyau du Cabinet des estampes b
Vers la fin de la période qu’embrasse ce volume, apparaissent les premiers essais d’une collection qui prit par la suite un énorme développement: nous voulons parler de l’histoire métallique du Roi, à laquelle furent occupés pendant une vingtaine d’années les graveurs les plus; habiles du temps. Tous les artistes, peintres, sculpteurs, graveurs en taille-douce ou en médailles, même les tapissiers, n’avaient d’autre thème, pour l’emploi de leurs talents, que la personne, la gloire, les grandes actions de Louis XIV. Qu’importe, si l’art trouvait son compte à l’exécution de ces monuments de l’orgueil royal?
L’Académie royale de peinture était fondée depuis une quinzaine d’années, quand Colbert prit le gouvernement des affaires. Elle avait eu jusque-là une existence précaire et assez misérable. Le ministre la mit au-dessus du besoin, en lui constituant une rente de ô,ooo livres, régulièrement payée chaque année entre les mains du trésorier de la compagnie.
On commence en même temps à stimuler l’émulation des artistes, en invitant le public à la comparaison et à l’examen de leurs ouvrages. La première exposition publique s’ouvre en 1667. Un nouveau salon, dont le catalogue officiel est parvenu jusqu’à nous, a lieu en 1673.
Le rôle et l’influence de l’Académie royale de peinture grandirent singulièrement par la création de cette Académie de Rome, où les lauréats de l’École de Paris allaient terminer leur apprentissage et se fortifier par l’étude des maîtres de l’art. L’histoire de cette première période de notre École de Rome est suffisamment connue pour que nous n’y insistions pas. On trouvera dans nos Comptes plus d’un détail sur les dépenses quelle entraîna et sur certains travaux accessoires dont elle devint le centre et l’instrument. Les élèves entretenus aux frais du Roi furent chargés d’exécuter ces nombreuses copies de figures antiques qui peuplent les jardins de Versailles. On leur confia le soin de mouler les bas-reliefs de la colonne Trajane. L’opération coûta beaucoup de peines et beaucoup d’argent, pour un résultat à peu près stérile. Les creux furent transportés à Paris; mais on les négligea et ils périrent presque tous avant qu’on eût pris le soin de multiplier les exemplaires de cette œuvre célèbre de la sculpture antique.
A Colbert encore appartient une création des plus utiles pour le progrès de l’art :
1 Voyez la Notice sur le Cabinet des estampes, de M. le vicomte H. Delaborde, conservateur. Plon, 1875, in-i2.
nous voulons parler de la fondation de l’Académie d’architecture, instituée le 3o novembre 1671. Le ministre avait compris que les travaux des peintres et des architectes présentent trop peu d’analogie pour qu’il fût sage de confondre et de réunir ces deux classes d’artistes dans une même compagnie. De fait, les uns comme les autres ne pouvaient que gagner à cette séparation. Quand on parcourt, ainsi que nous l’avons fait, les procès-verbaux de l’Académie d architecture, quand on voit toutes les questions techniques soumises à cette sorte d aréopage, discutées par les juges les plus compétents et résolues après un long et minutieux examen, 011 ne peut s’empêcher de regretter l’existence indépendante et 1 organisation ancienne de l’Académie d’architecture. Son influence s’exerça, pendant toute la durée du dernier siècle, de la manière la plus avantageuse, non-seulement sur lart de la construction, mais aussi sur les métiers qui en relèvent. La prépondérance de cette Académie a maintenu longtemps des traditions, professionnelles qui tendent chaque jour à s’affaiblir. Il est douteux que l’art de l’architecture ait gagné quelque chose à l’honneur qu’on a pensé lui faire en l’admettant dans la quatrième classe de l’Institut. Colbert, avec sa pénétration ordinaire, avait senti combien il importe de distinguer les artistes qui n’obéissent qu’à l’inspiration de ceux qui doivent tenir compte de certaines lois scientifiques, de certaines nécessités pratiques, et il évita très-judicieusement de confondre les architectes avec les peintres et les sculpteurs.
Au surplus, quand 011 examine de près et par le détail les institutions dues au grand ministre de Louis XIV, ce qui excite surtout 1 admiration, ce nest pas le nombre, pourtant si considérable, de ces fondations, mais bien plutôt l’esprit pratique qui a présidé à leur organisation et les sages règlements qui ont assuré leur existence durant des siècles.
Voyez les débuts de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ou, comme on disait alors, de la petite Académie. Le ministre va-t-il la façonner sur le modèle de f Académie française ou de l’Académie des sciences? Non pas. Il a besoin dun conseil de savants, versés dans les lettres grecques et latines, pour lui fournir les inscriptions des monuments et des médailles du Roi. Quelques hommes choisis suffiront à cette tâche, et le ministre désigne les cinq ou six érudits qui se réunissent modestement dans une pièce de son hôtel et forment le premier noyau de l’Académie des inscriptions. Tous figurent sur la listes des pensionnaires du Roi.
Nous n’en finirions pas s’il fallait nous arrêter à toutes les institutions qui
INTRODUCTION
doivent leur naissance au génie de Colbert. Sur toutes, les Comptes des Bâtiments offrent de précieux renseignements.
On a parlé déjà de ces longues listes d’officiers préposés à la garde et à l’entretien des diverses Maisons royales, placées à la fin de la dépense de chaque année. Bien quelles se répètent souvent plusieurs années de suite sans modification, il était impossible de les abréger, encore plus de les retrancher. Elles contiennent d’utiles détails sur la distribution des jardins, sur leur entretien, sur les plantes qu’on y cultive. L’état des officiers de Fontainebleau, — il forme toujours un chapitre particulier d’une certaine étendue, — abonde surtout en indications minutieuses sur les bosquets, les parterres et les pièces d’eau du parc. On voit, par ces listes d’officiers, que le même nom se perpétue ordinairement dans le même office pendant plusieurs générations. A moins d’avoir démérité, le fils obtient la survivance, puis la succession de son père et de son grand-père. Il est elevé dans 1 espoir de cet héritage et se forme de bonne heure à l’apprentissage de la charge qu’il remplira plus tard et des conditions quelle exige. Ainsi se constituent ces honnêtes familles de jardiniers et de concierges qui se transmettent de père en fils leurs fonctions pendant un siècle ou davantage.
Plusieurs de nos registres se terminent par des instructions détaillées de Colbert aux commis placés sous ses ordres ou aux inspecteurs nouvellement entrés en fonctions. Cette nature de documents sortait de notre cadre et rentrait plutôt dans la publication de M. P. Clément, qui n’a pas manqué d’ailleurs de joindre ces pièces à son grand ouvrage. Nous citons seulement, comme spécimen, celles qui accompagnent les années 167 ù et 1675.
Si nous avions le loisir d’insister comme il conviendrait sur une quantité de détails fort intéressants, que de particularités curieuses resteraient à signaler! Mais le temps nous presse et la place nous manque. C’est à peine si nous pouvons énumérer rapidement les points essentiels qui sollicitent l’attention. A côté des maisons louées pour le logement des mousquetaires, pour l’installation de la Bibliothèque royale et autres usages, voici les hôtels acquis pour la continuation du Louvre, les héritages achetés au nom du Roi pour l’agrandissement du parc de Versailles. Les Comptes présentent les résultats en gros; mais les actes de vente existent encore. Ils remplissent de nombreux cartons aux Archives nationales.
Les achats de marbre, détain et de plomb pour les châteaux, les bassins et les fontaines occupent une large place sur les registres. Le plus souvent, ils sont relégués dans le chapitre final qui termine le compte de chaque année et où l’on
accumule, sous la rubrique de Diverses dépenses, les articles de toute nature qui n’ont pu trouver place dans une des autres divisions du compte. C’est là qu’on entasse pêle-mêle les dépenses relatives aux feux d’artifice et aux illuminations, à l’entretien des cygnes de la Seine, aux fleurs odorantes, tubéreuses ou jacinthes, qu’on fait venir pour Trianon et Versailles, aux animaux et oiseaux des pays lointains destinés à la Ménagerie, aux tableaux anciens et modernes qui viennent prendre place dans le Cabinet du Roi. C’est sous la rubrique générale de Diverses dépenses qu’il faut chercher des détails sur ces peintures, représentant les Maisons royales, auxquelles Pierre Patel travaille durant des années, sur les tableaux en broderie et les tapisseries de peinture en teinture sur moire de soie ou gros de Naples, commandés à François Bonnemer, sur les miniatures de Bailly pour le livre du Carrousel ou celui des tapisseries du Roi, sur l’armée d’argent destinée à l’amusement du Dauphin, sur les peaux de maroquin qu’on fait venir du Levant pour la reliure des volumes de la Bibliothèque royale, sur les jetons d’argent de l’Académie française,- les pendules de l’Académie des sciences, les pépinières d’ormes de Sceaux, les indemnités pour dégâts causés par la chasse, l’entretien des remises à gibier de la plaine Saint-Denis, les portraits du Roi, de la Reine et du Dauphin, la Monnaie du Louvre, les carreaux et vases de faïence pour le Trianon de porcelaine, les achats de terre de Hollande, le May de l’Ascension, les dessins de Silvestre, les Métamorphoses d’Ovide en rondeaux par Benserade, l’épluchage et l’échenillage des arbres des grandes avenues de Versailles, les émaux de la machine des Fables d’Ésope ou du Labyrinthe, les fdles envoyées en Amérique, les épicéas ou autres arbres transportés à grands frais des forêts voisines ou des provinces lointaines dans les parcs royaux, les acquisitions de tapisseries et d’objets de curiosité à des ventes après décès, notamment à l’inventaire du roi de Pologne, enfin sur les réparations et le ramonage des cheminées. On peut juger par cette longue énumération de l’infinie variété qu’offre ce chapitre.
Aussi la table alphabétique, seul guide possible dans ce dédale de matières si disparates, ne pouvait-elle recevoir trop de développement. On y trouvera nonseulement tous les noms de personnes ou de lieux compris dans le texte, mais encore toutes les choses pouvant présenter un intérêt à un titre quelconque. Certains rapprochements s’imposaient; mais, pour faciliter les recherches, on a cru devoir multiplier les renvois, de sorte que le même article se rencontrât au besoin sous deux ou trois mots différents. Peut-être trouvera-t-on ce détail poussé à l’extrême. On nous excusera en songeant que nous avons pris toutes ces précautions,
INTRODUCTION
toutes ces peines, pour rendre plus commode l’emploi d’un document unique. L’abus de précision et de détails vaut mieux en pareille matière, pensons-nous, que l’excès contraire.
Les articles de la table consacrés aux châteaux dont le nom revient fréquemment, tels que Versailles, le Louvre, Fontainebleau, Saint- Germain , offraient un écueil difficile à éviter. La multiplicité des détails entraînait presque forcément la confusion. Nous n’avons pas été tout à fait libre d’adopter l’ordre qui nous paraissait le plus rationnel. Force nous a été d’accepter un classement rigoureusement alphabétique. Toutefois, nous avons tenté en toute circonstance de rapprocher les articles de même nature, de ranger, par exemple, les appartements à la suite les uns des autres, de réunir les différentes pièces du même appartement, de ne pas séparer les fontaines, les allées, les bosquets, les parterres, etc. etc. Pour Versailles, comme nous l’avons déjà observé, une division imposée en quelque sorte par la logique a ete adoptée; les articles concernant ce palais sont rangés sous trois grandes divisions : i° le château; 20 les parcs, eaux et fontaines; 3° la ville.
A la table alphabétique est jointe une table des matières aussi détaillée que le comporte la subdivision des Comptes.
Ces instruments de recherche sont complétés par différents tableaux et par des listes qui exigent quelques mots d’explication. Dans les tableaux se trouvent gi 0 upc es pai annee, et selon la nature des travaux, toutes les dépenses faites durant la période qui setend de i66â à 1680, dans les maisons du Louvre, de Versailles, de Saint-Germain, Fontainebleau, Vincennes, Trianon, Clagny et Marly; d autres états contiennent les dépenses affectées à diverses maisons royales de moindre importance, à divers bâtiments qui, comme le Val-de-Grâce, l’Observatoire, le Collège royal, etc., ne sauraient figurer parmi les palais; d’autres, enfin, sont consacrés aux gages, appointements, gratifications, aux Académies, enfin aux dépenses diverses. Deux tableaux offrent, le premier la récapitulation des sommes dépensées dans chaque maison royale pendant les dix-sept années, en tenant compte de la nature des travaux, et le second le relevé de chaque chapitre, de i66â à 1680, de sorte que la somme qui termine la dernière colonne est le total des dépenses constatées par les registres des Bâtiments pendant nos dix-sept années. Ce total s’élève à 7d,Q'7'7,26Qtf jd
Tous les chiffres inscrits dans ces tableaux sont des chiffres exacts, soigneuse-
ment vérifiés. Les opérations des anciens comptables étant souvent fausses, on a substitué, dans la composition des tableaux, aux sommes du registre, les chiffres rectifiés tels qu’ils sont portés en note. Le dernier nombre de chaque tableau représente le total non-seulement de la dernière colonne verticale, mais aussi des sommes placées sur la meme ligne horizontale. Cette disposition est une gaiantie de l’exactitude absolue de la récapitulation des dépenses. Cette exactitude sera peut-être le principal mérite de cette publication; nous n’avons rien négligé du moins pour nous l’assurer.
A la suite des tableaux vient un relevé général, par profession, de tous les artistes, hommes de lettres, savants, gens de métier, ouvriers, cités dans les Comptes. La préparation de ce travail nous avait contraint à dresser la liste de tous les individus nommés, classés suivant leur profession. Il a semble que de longues énumérations de maçons, de charpentiers, de terrassiers n offriraient aucun interet; leurs noms figurent d’ailleurs à la table alphabétique. Sauf un petit nombre de grands entrepreneurs, ces individus sont de pauvres diables fort obscurs et dont il était inutile de donner la liste complète. Il suffisait, pour satisfaire à la curiosité du lecteur, d établir la sene alphabétique des artistes proprement dits, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, des savants et écrivains et de quelques artisans dont la profession se rapproche de l’art, tels que les tapissiers, les potiers, les orfèvres, etc. Les médecins n ont-ils pas aussi quelque droit à figuiei parmi les professions libérales?
Pour terminer, de courtes observations sur le texte même de notre document nous paraissent indispensables. Notre publication donne la reproduction exacte des articles du registre avec leur orthographe, surtout pour les noms propres; on a relevé minutieusement les diverses formes sous lesquelles le même nom est écrit.
Toute la publication repose, on l’a dit, sur la réunion de plusieurs articles en un seul, sans en rien retrancher. Ainsi, quand huit, dix, douze payements, ou davantage, sont faits dans le cours de la même année, au même individu, pour le même objet, il devenait superflu de répéter tous les à-compte; le nombre de ces à-compte devient exorbitant à partir de 1681. Au moins fallait-il mentionner le nombre des payements avec les deux dates extrêmes. C’était le seul moyen pratique, croyons-nous, de conserver la physionomie originale des Comptes et en même temps de hâter l’impression de cette série si précieuse. Quant à une publication partielle ou par extraits, nous n’y aurions, pour notre part, jamais
INTRODUCTION
sousciit. Un document comme celui-ci est, «de sa nature, absolument indivisible; il faut donner tout ou rien. La forme la plus concise et la plus rapide convient mieux que toute autie a un pareil travail. C est pour ce motif que nous avons aussi cru devoir nous abstenir presque complètement de notes; du moins les avons-nous restreintes à des indications tirées du texte même des Comptes. Les différentes orthographes du même nom ont été relevées;* on a signalé et rectifié les eiieuis d addition; on a explique, a laide des anciens dictionnaires, quelques mots hors dusage aujourdhui; on s est enfin borné aux éclaircissements indispensables. Aller au delà, c était s’exposer au danger de donner à l’annotation autant d’importance et d’étendue qu’au texte lui-même, c’était perdre d’un côté ce que nous gagnions d’un autre, c’était reculer à une époque fort lointaine l’achèvement de l’entreprise. Or il importe à ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’art en France que les Comptes des Bâtiments, jusqu’à la fin du règne de Louis XIV au moins, paraissent dans un délai rapproché. Tout nous fait espérer que cette publication n exigera pas plus de quatre volumes. Douze ou quinze années encore sont nécessaires pour conduire ce travail à son terme. Dès aujourd’hui on peut juger s il était utile de l’entreprendre et s’il existe beaucoup de textes historiques offrant une pareille masse de renseignements de toute nature.
Les documents du temps de Louis XIV ont, il est vrai, aux yeux de beaucoup déiudits, un vice capital : leur date. La publication d’un compte du xive ou du xme siècle nous eût certes fait plus d’honneur et plus de plaisir; mais, comme nous le disions au début de cette Introduction, c’est à peine s’il existe aujourd’hui quelques lambeaux incomplets des Comptes des Bâtiments du Moyen Âge. Nous Pensons donc que l’histoire des châteaux royaux et l’histoire des arts gagneront davantage à l’impression des registres de Colbert qu’à la publication d’un fragment de dépenses consacrées à un château aujourd’hui disparu. D’ailleurs, l’essentiel était de commencer; c’est fait maintenant1. Ou bien nous nous sommes mépris sur
1 Me sera-t-il permis de rappeler ici qu a une des premières séances de l’ancien Comité historique des Monuments écrits, le 25 janvier i835, un des savants les plus compétents en ces matières, M. Guérard, proposait d’entreprendre la publication méthodique, sur un plan arrêté d’avance, de plusieurs grandes collections d’un intérêt capital pour 1 histoire de France? Son plan embrassait : i° les registres du parlement; 2° le Tré-
soi des Chartes; 3° les recueils des registres de la Chambre des comptes; 4° les registres de l’hôtel de ville de Paris. Bien entendu, M. Guérard ne demandait pas 1 impression intégrale de ces volumineuses séries; il voulait seulement qu’une analyse méthodique en fît connaître les parties essentielles. Si son avis eût été écouté, si l’on se fut mis immédiatement à l’œuvre, si l’on eût attaqué vaillamment, dès i835, cet immense dépouil-
COMI’TËS DES BATIMENTS. I.
l’intérêt de nos documents, dans ce cas nous n’irons pas plus loin; ou bien l’utilité de la publication est désormais démontrée, et il sera toujours facile de revenir aux époques que nous avons délaissées pour aller tout de suite au plus important et au plus pressé.
Nous ne terminerons pas ce trop long préambule sans remercier de ses bons conseils et de son bienveillant concours le commissaire désigné par le Comité pour survedler l’impression de ce travail. Nous sommes heureux de payer une dette de reconnaissance en rendant ce témoignage public de gratitude à notre savant ami M. Anatole de Montaiglon, dont les excellents avis nous ont été en mainte circonstance d’un précieux secours. ,
lement, combien de volumes précieux auraient été également à d’autres grandes séries, comme les remis à la disposition des travailleurs! C’est trente- gistres du Bureau de la ville de Paris, dont la pu-
cinq ans de perdus. Mais pourquoi ne reprendrait- blication devrait être commencée depuis longtemps ,
on pas le vaste programme soumis au Comité par car c’est un document capital, nous ne nous lasse-
l’éminent érudit? Ce que nous tentons aujourd’hui rons pas de le dire et de le répéter, pour 1 histoire
pour les Comptes des Bâtiments peut s’appliquer politique, industrielle et artistique de Paris.