AVERTISSEMENT
Le présent volume complète la publication des Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV. I comprend les années 1706 et suivantes jusqu'en 1715. La dépense de ces dix exercices atteint la somme de 23 millions environ, soit 2,300,000 livres par année. C'est la même proportion que pour les deux périodes précédentes. Toute cette fin du règne de Louis XIV fut traversée, comme on sait, par des guerres longues et onéreuses, et, par suite, les sommes consacrées aux constructions et aux beaux-arts se trouvèrent réduites au strict nécessaire.
A la fin de ce volume (p. 953) on trouvera un tableau général récapitulant toutes les dépenses des Bâtiments du Roi de 1664 à 1715 inclusivement et donnant en même temps la somme totale consacrée à chacun des chapitres de nos comptes. Il ressort de ce tableau que, dans l'espace du demi-siècle compris entre les années extrêmes de notre publication, les Bâtiments royaux, avec tous leurs accessoires, absorbèrent 198,9b7,000 livres, ou h millions en moyenne par an. Pendant la durée des grands travaux, entre 1 664 et 1687, la dépense annuelle fut naturellement bien supérieure à celle de Îa seconde moitié du règne. Elle allait jusqu’à 6 ou même 8 millions par exercice. Si l'on considère les immenses constructions élevées pendant cette première période, les encouragements prodigués au commerce et à l'industrie, aux lettres, aux sciences et aux arts, les nombreuses fondations de cette époque, les importantes acquisitions de chefsd'œuvre de toute nature qui enrichirent alors le patrimoine artistique de notre pays, enfin l’éclatante renommée que la France conquit auprès de tous les peuples voisins, on reconnaîtra que les résultats furent bien à la hauteur des sacrifices.
Nous nous étions proposé de faire un retour sur les divers chapitres des Bâtiments, de rechercher l'importance des travaux effectués dans chaque palais, d'ex-
poser les détails précis et nouveaux fournis par nos documents à l'histoire de l’art
et des maisons royales, et nous avions réservé à cette étude les pages préliminaires du tome cinquième. Mais 1 a fallu renoncer à ce projet. Le sujet était si vaste, comportait tant de développements, qu'un volume tout entier suffirait à peine pour le traiter à fond. De plus, la mise en œuvre des notes que nous amassons depuis longtemps sur la matière aurait reculé de plusieurs années l’achèvement de la publication du texte qui à été réclamée avec insistance à diverses reprises. Pour ces motifs, nous nous décidons à réserver pour un volume spécial, devant former une introduction générale aux Comptes des Bâtiments, l'étude projetée et annoncée dès le début, mais qui ne pouvait être rédigée qu'après l'impression intégrale des documents.
Que si le temps ou les forces venaient à nous manquer pour terminer et faire paraître cette vue d'ensemble sur les grands ouvrages du règne de Louis XIV, nous aurions au moins mis au jour un texte considérable sur une des plus olorieuses périodes de notre passé, et les historiens de l'avenir auront moins besoin de nos commentaires que des textes originaux.
Dès maintenant, avec le tableau récapitulatif que nous indiquions tout à l'heure, on a déjà une idée précise de la répartition des sommes employées aux Bâtiments pendant l'administration de Colbert et de ses successeurs. Comme de juste, c’est au château de Versailles, cet objet constant de la sollicitude royale, que la plus grosse dépense est affectée. Si le palais lui-même, avec son inséparable dépendance, le grand Trianon, ne figure dans notre tableau que pour la somme de 79 millions, il ne faut pas oublier que d’autres chapitres, en particulier ceux des fonds libellés, des parfaits payements, des diverses dépenses, renferment de longs articles relatifs aux embellissements de Versailles. I y a là une somme de 43 millions à peu près, dont les deux tiers peut-être, ou même davantage, doivent se joindre au chapitre de Versailles.
La machine de Marly, les travaux de ia rivière d'Eure et de l'aqueduc de Maintenon, doivent aussi être portés au compte de la principale résidence royale dont la dépense se trouve encore grossie de ce chef de 13 ou 14 millions, auxquels on pourrait encore ajouter les 11 millions et demi employés à Marly et les 2 millions de Clagny. Par conséquent, les deux tiers au moins de la dépense générale sont consacrés à Versailles, à ses dépendances et accessoires.
Après Versailles et Marly, le Louvre avec les Tuileries tient le premier rang pour limportance des travaux. Les trois châteaux de Saint-Germain viennent ensuite. La faveur royale leur demeure constamment fidèle; la dépense du vieux
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château, du château neuf et du château du Val s'élève à plus de 7 millions. Puis c'est Fontainebleau, avec À millions de travaux d'entretien, soit dans le château, soit dans la forêt. L'église et l'hôtel des Invalides ne paraissent guère sur les registres avant 1680. Le total des sommes qu'ils absorbent atteint 3 millions et demi, soit une centaine de mille livres par année. Plus tard encore, commencent les constructions de Meudon et de Chaville, supportées en partie par le Roi, en partie par le Dauphin; au total, près de 3 millions pour vingt années, ou 1,500,000 livres par exercice. Par contre, le château de Clagny, cette folie royale exigée par une impérieuse favorite, est achevé sous la première période ; après 1680, il n’en est plus fait mention sur les registres. Nous ne nous arrêterons pas au chapitre intitulé « Diverses maisons royales», non plus qu'aux articles concernant Chambord, Blois, Vincennes, Monceaux, la Muette, Noisy, Compiègne, le Palais Royal et Saint-Léger. I n’est plus question, cette fois, de constructions nouvelles; c'est à peine si les sommes inscrites sous ces rubriques suffisent à l'entretien. On se contente d'arrêter la ruine de ces vieilles résidences. Aussi. l'examen des travaux exécutés dans ces édifices ne comporterait-il que peu de développements.
Certains autres articles méritent plus d'attention. C’est à nos Comptes, par exemple, qu'il faut demander des renseignements précis sur les débuts des Manufactures royales des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie et sur les chefsd'œuvre produits par ces ateliers. On à vainement cherché aïlleurs des détails aussi complets, aussi exacts que ceux qui sont consignés dans les registres des Bâtiments. |
C'est encore dans la série de ces Comptes qu'on trouve le nom des habiles orfèvres, auteurs de ces admirables pièces d’argenterie destinées à la décoration des grands appartements de Versailles, et si vite disparues. À la même source encore on puisera de précieuses indications sur les cultures qui servaient à la fois à l'embellissement des parterres royaux et aux progrès de la botanique, sur le Jardin royal de Paris, sur la pépinière du Roule et le jardin des fleurs de Toulon.
Les chapitres concernant le commerce et les manufactures, les achats de marbre, de plomb et d’étain, compléteront par des chiffres et des données précises les indications recueillies ailleurs, notamment dans la correspondance de Colbert et les mémoires contemporains.
Enfin les lettres, les sciences et les arts occupent aussi une place importante dans ce tableau des dépenses royales. Les commandes de gravures, de mé-
dailles et de statues, les acquisitions de tableaux et d'anciens manuscrits, d'objets d'art et de riches joyaux, les gratifications aux littérateurs, aux poètes, aux savants français et étrangers, la construction de l'Observatoire, les sommes employées à l'entretien de l’Académie des sciences, des Académies de peinture de Paris et de Rome offrent autant de sujets dignes d’un sérieux examen, sur lesquels nous reviendrons avec les développements qu'ils comportent dans l'étude que nous préparons.
HG