‹ Comptes rendus des échevins de Rouen, avec des documents relatifs à leur élection (1409-1701). Extraits des registres des délibérations de la ville et publiés pour la première foisChapitre 6 sur 11 · XXXVJ · texte numérisé non relu

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conduite à d'autres qu'au souverain qui les nomme, qui défendront la ville contre les demandes d'emprunts, les exigences fiscales, l'exagération des taxes, les exactions des fermiers ou les violences des troupes commettant et exécutant « cas exécrables (1) )).

Mais la brigue, ce prétexte hypocritement allégué peur colorer la violence d'une injustifiable usurpation, n'exercera plus ses ravages même dans les rangs du corps électoral restreint par la prudence de Golbertet de ses serviteurs, j'allais dire ses complices, et la candidature ofTicielle y mettra bon ordre, révélant le but poursuivi et atteint par ces prétendus réformateurs, insoucieux d'améliorer, mais impatients de supprimer une institution dont l'indépendance importune devait se courber sous le niveau révolulionnairement royal qui inclinait également tous les pouvoirs devant une autorité unique et absolue. Nulle part elle ne s'affiche avec moins de vergogne que dans le document suivant qui n'est pas isolé (2) :

« Au camp de Gros Guerau, le 14 juin 1743.

» Messieurs, les campagnes que je suis obligé de faire de- » puis quelques années pour le service du Roy m'empeschant » de me rendre à Rouen, comme je l'aurois désiré pour lelec- » tion prochaine des maire et eschevins de lad. ville qui se » doit faire au 4 du mois de juillet prochain, Sa Majesté a » bien voulu me permettre que je donne sur cela les mesmes » attentions que j'y aurois donné si j'y estois présent. Je vous » envoyé donc cy joint les noms des sujets qui doivent remplir » les places de maire, d'anciens eschevins et de quarteniers

(1) Cahier des Éials de lofil.

(2) Des lettres analogues datées des camps de Ranfz et de Liere en juillet 1746 sont transcrites comme celle-ci sur les registres des délibérations municipales.

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» pour la présente année et comme mon intention n'a esté en » cela que de faire un bon choix, je suis aussy persuadé que » vous disposerez loutes choses pour ([u'elle soit exaclement » suivie, estant d'ailleurs très fasché de ne pouvoir me trou- » ver sur les lieux et à portée de vous assurer de bouche que » je suis très parfaitement,

» Messieurs,

» Vostre très humble et très affectionné serviteur,

» Montmorency Luxembourg.

» Mrs les maire et eschevins » de Rouen,

» Noms des sujets qui doivent remplir les places de maire, » anciens eschevins et quarteniers de la ville de Rouen à » lelection prochaine du juillet 1743.

>) Pour maire, M. de Saim-Julliex.

» Pour anciens eschevins, le s"" Dallot.

le s"" Charles Deschamps.

» Pour quarteniers; les s"^^ Bigot.

Lemoixe.

Estienne Marie.

Claude Boqlet.

» Arresté par nous au camp de Gros Gueraw, le 14 juin » 1743.

» Montmorency Luxembourg.

« Par Monseigneur,

» Dhostel. »

Ne soyons pas étonnés que l'exécution de semblables instructions ait motivé la bienveillance de l'intendant manifestée par la formule invariable que nous empruntons au procèsverbal de l'élection de 1677 et qu'il ait constamment » donné

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» tesmoignage à toutte l'assemblée de la satisfaction qu'il » avoit du choix des personnes que l'on avoit nommées. » A cette ombre de mairie, à ce simulacre d'élections, à cette comédie jouée aux dépens de la dignité et des intérêts d'une grande ville dont la fidélité, les épreuves, le commerce méritaient un meilleur traitement, c'était une médiocre compensation que le droit concédé le 16 septembre 1700 à ses échevins de porter la toque et la robe dans les cérémonies publiques, et la seule consolation dont son abaissement injustifié dut goûter l'amertume fut sans doute le souvenir d'une histoire qui ne fut pas sans gloire et d'une prospérité due à de libres institutions sagement développées par la patience, le courage, le désintéressement et le dévouement de ceux qui pendant de longues années présidèrent à ses destinées. En recueillant comme un legs pieux les documents dont chaque ligne atteste des vertus supérieures à quelques rares faiblesses et un zèle égal aux circonstances les plus difficiles, il est impossible de se défendre d'une ardente sympathie pour ceux dont lœuvre vit encore parmi nous et dont les monuments, les quais, les fontaines, les rues de la ville que nous habitons nous rappellent les travaux et nous font honorer la mémoire : cette œuvre est un hommage rendu à leur patriotisme, un souvenir respectueux donné à une institution dont la dernière heure a sonné la mort, qu du moins le sommeil séculaire de nos libertés communales ; notre municipahté l'a compris en s'y associant et nous ne saurions exprimer une trop vive gratitude à ses membres qui ont mis à nous communiquer les registres des délibérations des éche^ins rouennais le gracieux empressement d'héritiers jaloux de conserver et, au besoin, heureux de suivre les traditions exemplaires de leurs prédécesseurs.

Il est une autre dette que ma reconnaissance se déclare impuissante à acquitter : c'est celle que j'ai contractée envers

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