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COMPOT
Feu Eugène Thomas, archiviste de l'Hérault, publia, le premier, en 1847, dans les Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, t. II, le comput rimé dont je donne ici la seconde édition. Commeæon ne doit aux morts que la vérité », je n’éprouve aucun car à déclarer que, si j'ai songé à réimprimer après lui ce petit ouvrage, c'est que son édition est absolument illisible. Il est difficile d'imaginer, joint à plus d'assurance, autant d’ignorance de la langue et du sujet que Thomas n'en étale à chaque ligne du texte, de la traduction et du commentaire ; car il ne s’est pas contenté de reproduire, tel qu'il l'avait su lire, le document que le hasard lui avait fait rencontrer, il a voulu aussi le corriger (ce qu'il a toujours fait sans indiquer les leçons modifiées), le traduire et l’élucider.
L'existence de ce comput, malgré l'édition de Thomas, paraît être restée ignorée des historiens de la littérature provençale. M. Bartsch, dans son Grundriss, n'en parle pas. Mon attention y a été attirée pour la première fois par un court article de M. Bauquier, inséré dans la Zeitschrift für romanische Philologie, 11, 76, que j'ai signalé en son temps aux lecteurs de la Revue (voy. t. XVI, 88).
J'étais alors loin de Montpellier et ne pouvais prendre connaissance ni du ms. ni même de l'édition de Thomas. J’ai vu depuis l’un et l’autre et ai pu collationner à loisir celle-ci sur celui-là, grâce à l’obligeance de l’archiviste actuel de l'Hérault, M. de la Pijardière, qui a bien voulu faire les recherches nécessaires pour retrouver le ms., que Thomas avait désigné d'une manière assez vague, et m'aider ensuite de son expérience paléographique dans mon travail de collation.
Le ms. dont notre comput fait partie forme un gros volume in-folio, relié, qui est le treizième et dernier d’un recueil de copies de Lettres
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patentes de la sénéchaussée de Nimes, d’après le titre, mais qui renferme aussi des copies d'autres documents. Ce volume comprend, après deux tables générales qui en forment un peu plus du tiers, 271 feuillets, dont les 39 premiers seulement sont numérotés, Au verso du f0 162, immédiatement après un document intitulé Littera pro rege contra prælatos barones et nobiles senescalliæ Bellicadri...., portant la date de 1363, commence, en tête de la page, une table pascale ie voici les trois premières lignes :
In nomine Domini amen mandagote (sic. ?) G.—F. 1280. Fac pascha die xx1 aprilis E. 1281. Fac pascha die xxn apr.
Cette table, qui va jusqu’à l’an 1811 inclus, occupe en tout 18 pages pleines. Elle est suivie de deux pages et quart d'explications (Doctrina tabulæ talis est, etc.), fo 171 vo —172 vo. Vient ensuite, sans rubrique ni séparation, mais écrit en caractères plus gros, quoique de la même main, et en lignes plus espacées, notre comput provençal, qui remplit, outre les trois autres quarts de la page (172 v°) dont la fin de la Doctrina tabulæ occupe le premier, les feuillets 173, 174 et 175 en entier. Au 176e feuillet recommence, toujours de la même main, la copie de documents concernant l'administration de la province, les droits du roi, etc., dont le dernier, qui termine le feuillet 209, porte la date de 1453. Suivent 12 feuillets blancs, du même papier que la partie écrite, au. milieu desquels on en a intercalé 50 d’un format plus petit, dont le dernier et les deux premiers sont en blanc, et dont une copie, d’une écriture très-belle et très-soignée, de la chronique latine de Guillaume Bardin!, remplit le reste.
Thomas, dans son édition, a fait précéder le comput d’une introduction, marquée au même coin d'’ignorance et de suffisance que le reste de la publication. Il serait tout à fait oiseux de s’y arrêter. J’en veux seulement retenir et discuter le passage où il cherche à prouver que le comput a été composé en 1280 au plus tard. Comme M. Bauquier a accepté cette date et aussi, paraît-il, les calculs de Thomas (ce qui prouve qu'il ne les a pas examinés de près), il ne sera pas inutile de faire voir ici combien les arguments allégués par ce dernier sont vains ou fragiles.
« Le comput est précédé, dit Thomas, dans le volume d’où je l'ai
4 Cette chronique a été publiée dans l'Histoire de Languedoc (ire édit., t. IV, p. 1 des Preuves). On peut voir ce qu'en pensait dom Vaissète dans l'avertissement qui est en tête de ce 4e volume. Le savant bénédictin ne parait pas avoir connu la copie de Montpellier.
PS
tré, d'une table pascale copiée de la même main. Or la première ligne de cette table est ainsi conçue:
» G. F. 1280 fac pascha die xxt aprilis.
» Les années avec l'indication du jour de Pâques suivent de la même manière, depuis cette première année 1280 jusqu’à 1811 inclusivement- C'est une preuve que le comput a été composé dans le XIIIe siècle, et, qui plus est, en 1280 au plus tard.Car pourquoi, dans quel but d’une utilité quelconque, l’auteur aurait-il voulu dresser une table des jours de Pâques pour les années antérieures ? Et, d'autre part, pourquoi aurait-il laissé maladroitement une lacune entre l’année qu'il n'aurait pas désignée, où il formait sa table pascale, et d’autres années postérieures ? Il en est évidemment de cette table comme des tables de même nature qu'on place devant les livres d'église, et qui servent précisément pour l’année actuelle et pour plus ou moins d’autres à venir. »
Il n'y a certainement rien à dire à ce raisonnement, si l’on ne considère que la table pascale elle-même. Mais le rapprochement de cette table et du comput, dans le ms. qui nous les a conservés l’un et l’autre, peut n'être qu’accidentel. Celui qui, dans la seconde moitié du XVIlesiècle (c’est l’époque qu’indique l'écriture, de l’avis de M.de la Pijardière), a copié dans ce volume tant de pièces différentes, ou même un copiste antérieur, a pu tirer de deux originaux distincts la table et le comput, que l’analogie du sujet lui aura seule fait mettre ensemble, car rien n'indique, à les lire, qu’elles formassent deux parties connexes d’un même tout.
D'un autre côté, la date de 1280, attribuée par Thomas à la table pascale, et qui résulte en effet de l'examen isolé de Ia table elle-même, cesse de paraître aussi sûre, si l’on considère en même temps la notice explicative qui la suit immédiatement, notice dont Thomas n'a pas tenu compte et dont il n’a même pas parlé.
On y voit que l’auteur a voulu faire un tableau présentant la révolution entière d’une grande année (ou cycle pascal), qui comprend 532 années communes!. Ce cycle n'a pas de commencement nécessatire. Mais 1l est naturel que celui qui veut en dresser le tableau le
: « C’est une révolution de 532 années, à la fin desquelles les deux cycles de Ia lune, les réguliers, les clefs des fêtes mobiles, le cycle du soleil, les concurrens, les lettres dominicales, le terme pascal, la pâque, les épactes avec les nouvelles lunes, recommencent comme toutes ces choses étaient 532 années auparavant et continuent le même espace d'années, en sorte.que la seconde révolution est en tout semblable à la première, et la troisième aux deux autres.» (Art de vérifier les dates.) — Le cycle pascal renferme 28 cycles lunaires ou 19 cycles solaires, étant le produit de 28, nombre des années d’un cycle s0laire, par 49, nombre de celles d'un cycle lunaire.
commence à une année qui soit la première de l’un des petits cyeles qui en sont les facteurs, soit du cycle lunaire (19 ans), soit du cycle solaire (28 ans). Or 1280 est précisément la première année d'une des révolutions du cycle solaire!, On comprend donc que celui qui a dressé la table en question, ne l’ait-il fait qu’en 1300, par exemple, ait dû néanmoins remonter jusqu’en 1280. Mais on est conduit à supposer pareillement que, s’il l'avait composée en 1308 ou peu après, c'est de cette année-là qu’il l'aurait plutôt fait partir. Si donc l’on ne peut affirmer, comme l’a fait Thomas, que cette table a été dressée en 1280, on peut avec toute vraisemblance admettre qu'elle a été composée entre les années 1280 et 1307. Mais cela, je le répète, ne saurait rien prouver pour la date du comput, qui peut être absolument indépendant de la table. Rien, dans la notice qui suit celle-ci, ne l'annonce et n’y fait la moindre allusion, et l’auteur du comput ne se réfère lui-même à la table ni à la notice en aucun endroit.
Le premier motif donné par Thomas à l’appui de son opinion n’est pas très-solide, on vient de le voir, mais enfin il n’est pas absurde: On ne peut en dire autant des deux autres. Je reprends ma citation au point où je l’ai ci-dessus interrompue.
« Mais toutes ces données, toutes conjectures si l’on veut jusque-là, deviennent des preuves manifestes devant une troisième considération puisée dans les calculs de l’Indiction romaine et du cycle lunaire, tels que les présente notre auteur. En effet, les trois vers hexamètres (132-4) indiquent les règles qu'il faut suivre pour trouver l'an de l'Indiction, et ces règles adoptent pour application des supputations convenables l’année 1280 et l’année qui doit la suivre, 1281. Ils n’ont pu, par conséquent, être composés qu’en 1280, à moins que l'on n'aime mieux dire que l’auteur a pris ces deux années au hasard; ce qui serait contre toute vraisemblance, outre que le hasard serait, cette fois, une preuve de plus de probabilité.
» Mais il ne reste plus de doute quand on voit l’auteur, à la fin de son œuvre, chercher le nombre du cycle lunaire par des calculs qui pe peuvent non, plus s’appliquer qu’à l’année où il la composait, à 1280, ou plutôt quand on le voit lui-même compter 1280 ans depuis la venue du Christ. Je ne répèterai pas ici ses calculs, la note que j'ai jointe au texte devant donner tous les éclaircissements et les détails nécessaires à ce sujet. »
Je montre plus loin, dans mes notes sur les trois vers latins précités, que ces vers, mal transcrits par le copiste et encore plus mal restitués par Thomas, n’ont aucunement le sens que celui-ci leur attribue. Ils ne sont pas l’œuvre de l’auteur de notre comput; ce sont de ces
1 Voy. les tables de l'Art de vérifier les dates et de Du Cange (sous annus).
LA
vers didactiques, comme on en faisait tant au moyen âge sur tous les sujets, certainement antérieurs au poëme provençal, et qui énoncent une règle générale, sans l’appliquer le moins du monde à une année déterminée. Les conclusions que Thomas a prétendu en tirer tombent d’elles-mêmes devant ces mêmes vers, rétablis comme ils doivent l'être et exactement interprétés. Quand même, d’ailleurs, le nona du v. 133, qui sert de fondement à tout le système de Thomas, serait, ce qui certainement n'est pas, une leçon sûre, on n’en saurait encore tirer la conséquence que l’auteur (ou le transcripteur) de ce vers entendait l’appliquer à l’année 1281, plutôt qu'à 1296 ou 1311, ou 1326, ou à toute autre dans le même cas, c'est-à-dire dont le quantième, divisé par 15 après adjonction de 3 unités, donnerait 9 pour reste.
Quant à la dernière preuve alléguée par Thomas, et qui doit, d’après lui, dissiper tous les doutes, elle est encore plus chimérique, s’il est possible, que la précédente, car celle-ci se fonde au moins sur un nombre précis, toute mauvaise que soit la leçon qui le fournit et tout excessive que soit la conséquence qu'il en tire. L'autre, au contraire, n’a pas même pour elle ce fragile fondement. Là, non-seulement l’auteur ou son copiste ne désigne, pas plus qu’au v. 133, l’année sur laquelle Thomas prétend qu’il opère, mais encore aucun nombre n’y est donné comme résultat de l'opération. Aguo que remanra, y est-il dit simplement, et l’on n’y saurait trouver l'indication d'une année quelconque que par l'effet d’une véritable hallucination.
Si des raisons données par Thomas, et que je viens de reproduire, aucune, même la première, la seule qui soit un peu spécieuse, n'est recevable, en faut-il conclure que la date par lui attribuée à notre comput est nécessairement fausse? Nullement. S'il est impossible de préciser l'année dans laquelle cet ouvrage a été composé, on peut, sans la moindre invraisemblance, le faire remonter aux dernières années du XIIIe siècle, et il n'y a dès lors aucune objection fondamentale à faire à l'opinion exprimée par M. Bauquier, dans l’article plus haut cité, que notre comput est celui qu'avait rimé Raimon Feraut et qu'il a mentionné lui-même au début de sa Vie de saint Honorat1.
Ce comput, en effet, a été certainement écrit à une époque où les règles de la grammaire classique étaient encore en vigueur et par un homme qui s’appliquait à les suivre. C’est ce que montre tout de suite l'examen des rimes, particulièrement de celles où un sujet singulier a pour correspondant un régime pluriel, par ex., vv. 29, 61, 71. Les
: Cell que volc romanzar la vida sant Alban Els verses del conpot volc tornar en vers plan. M. Sardou, dans une note de son édition, explique à tort compot par le: Propre des saints.
traits dialectaux ont pu être effacés en partie ou modifiés par le copiste. On peut noter pourtant, comme l'a fait M. Bauquier, à l'appui de son hypothèse, l’article féminin li ou, mieux encore, si (v. 10), qui sous cette dernière forme est bien plus franchement provençal, et de la région même qu'habitait Féraut. Mais il n’y en a qu'un seul exemple, et l’article masculin sujet correspondant, qui devrait être Le ou se, est toujours lo. L'n instable est conservée partout, en rime comme dans l’intérieur des vers, ce qui est aussi un trait provençal. Notons encore le pronom féminin sujet singulier iZ (v. 143), qui appartient plus particulièrement à la Provence! (mais surtout sous les formes ilh, il), et aqueslos (83), forme du pronom démonstratif qui est trèscommune dans les textes du même pays, entre autres dans la Vie de saint Honorat1.
Ajoutons que le z final de la deuxième personne du pluriel dans les verbes devient s etrime avec des mots en s (par ex. trobares: res, apres : prenes, etc.), ce qui est commun dans la Vie de saint Honorat et dans Sainte Agnès. °
Les autres particularités de la langue de notre texte pourraient être, à la rigueur, du fait du copiste, la plupart se rencontrant aussi bien (quelques-unes même en plus grande abondance) dans les documents du bas Languedoc que dans ceux de la Provence. Telles sont l'insertion de s (:) pour obvier à l’hiatus, après chute du g, dans rosasons, rosarons = roasons (cf. asondos = aondos, etc., etc.), et r remplaçant s ou 3, phénomène très-commun dans les textes de Montpellier et de Béziers, plus rare, à ce qu'il semble, dans ceux de la Provence (rosarons, 11, 60 bis, 62 ; fares = fases « faites », et non « vous ferez », ce que la rime repousserait, aux vv. 26 et 44; esporalha, 127; et peut-être arautas, 54; et devant une consonne, carermat, 54, qu'exige la rime, au lieu de careina du ms.) Nous avons probablement un exemple du phénomène inverse dans cest[a] du v. 127, qui paraît être pour certas.
Il n'y a pas de doute, d'après le second des deux vers rapportés cidessus, p. 161, note 1, que le comput composé par Raimon Feraut ne fût une version, plus ou moins libre, d’un comput latin en vers. Celui
4 Ilest, dans Sainte Agnès, la forme habituelle. Voy. 831, 840, etc.
3 Je n'ai pas remarqué cette forme dans le Petit Thalamus, où aquellos se rencontre pourtant très-fréquemment.
3 M. Mever en a relevé des exemples assez nombreux dans un ms. exécuté à Arles. Vovez Romania, IV, 468.
+ Même forme dans Flamenca, v. 6980.
5 Cf. esquilosa — erquillosa dans Flamenca; ençozremen, mezmamen — encorremen, mermamen, dans le Petit Thalamus de Montpellier.
PR
que je publie, quel qu’en soit l’auteur, est lui-même, bien probablement, une traduction; mais je n’ai pu, malgré mes recherches dans les ouvrages imprimés et manuscrits qui sont à ma portée, en découvrir l'original. Il est possible qu’il ne nous soit pas parvenu sans mutilations. Une lacune évidente s'y trouve (après le v. 78). Peut-être y en a-t-l çà et là d’autres moins apparentes. Les six lignes ou vers latins numérotés 129-134 se sont aussi vraisemblablement substitués, sous la plume d’un copiste distrait, à des vers provençaux exprimant les mêmes choses, peut-être parce que, dans le ms. que ce copiste avait sous les yeux, les lignes latines en question étaient à la marge, en façon de glose ou de sommaire.
Notre comput, comme il arrive souvent pour les ouvrages didactiques, est rédigé en forme de dialogue. C'est de quoi Thomas ne s'était pas aperçu, ainsi que M. Bauquier l'a déjà fait voir!. Les interlocuteurs sont le prieur d'un couvent et un autre personnage que ce dernier qualifie de prieur de la lune, sans doute à raison des connaissances astronomiques qui lui sont attribuées. On peut supposer, si l’on veut admettre que Raimon Feraut en est l’auteur, que le prior del monstier qu'il met en scène n'est autre que lui-même. Il fut, en effet, revêtu de la dignité de prieur, comme il nous l’apprend à la fin de sa Vie de saint Honorat?.
En publiant à nouveau ce comput, je n’ai pas voulu m'’astreindre à le donner tel que le ms. nous l’a conservé. J'ai donc restitué toutes les formes fautives, en indiquant d’ailleurs en note les leçons du ms.3; et, comme il est clair, par les runes, que l’auteur observait les règles de la déclinaison, j’ai rétabli l's flexionnelle partout où il était nécessaire, en la mettant entre crochets #. Les lettres ou les mots à supprimer sont entre parenthèses.
Le copiste a écrit partout, sauf une fois ou deux, jour pour l’ancien jorn, quoique aulle autre part il ne change en ow l'o estreit. J'ai cru
1 M. Bauquier a corrigé en même temps un certain nombre des fautes de Thomas, soit dans le texte, soit dans la traduction, mais sazs aller, sauf en un seul cas, au delà des quinze premiers vers.
2 Hom l’apella Raymon Feraut. En la Roqua tenc sa mayzon, Priols en la val d’Estaron E de l'Oliva pres d’aqui.
3 J'indique aussi les leçons de Thomas, lorsqu'elles diffèrent de celles du ms. # Je n'ai pas donné cette s à bissext (111, 114), parce qu’elle devait pouvoir être omise aussi bien après xé qu'après st, resté tel. Pour Christus, par ex., on pouvait écrire indifféremment ou Crist ou Critz, sans compter la forme . pleine Cristz, plus correcte peut-être, mais qui sent le pédantisme,
pouvoir en conclure qu'il avait sous les yeux jorn, qu'il a mal lu, et j'ai en conséquence rétabli l’x dans ce mot, excepté au v. 30, où la rime exige l'exclusion de cette consonne.
Je terminerai cet avant-propos par .quelques remarques sur le vocabulaire.
Aparicio (21), la fête de l'Epiphanie. Raynouard ne donne pas cette acception. Le ms. porte La paricia, attribuant à l’article l'« initial (de même La sencion, 12,67) et changeant en a l’o final. J’ai rétabli l'orthographe régulière, supposant que cette division, de même que la mutation de l’o en a, conforme sans doute à la prononciation populaire, est du fait d'un copiste. Il y a du reste d’autres exemples des deux phénomènes. Ainsi je trouve La festa de parissia dans un texte écrit à Berre (Bouches-du-Rhône) en 1407.
Caremantran (44). Raynouard n’a que caramantran, avec un seul exemple, emprunté au Petit Thalamus.
Dommenge (60), propre, propriété (lat. dominicum). Manque à Raynouard sous cette forme.
Esporalha (127), épousaille. Raynouard ne donne ce mot que sous la forme du pluriel. |
Gesta (56), livre, traité. Dans Raynouard, seulement geste, histoire.
Mejansia (123), mitoyenneté, séparation, intervalle. Manque à Raynouard.
Prima luna (20, 39), nouvelle lune. Signification que Raynouard n'indique pas.
Rosasos, rosaros (11,62, 70), les Rogations. Raynouard n'a que rOasoS, rogasos. |
Sieyssanta-dezena (33), soixante-dizaine, Septuagésime. Manque à Raynouard.
Temporal (83), saison. Manque à Raynouard avec ce sens.
L’Escriptura mostra per ver Que Dieus dona sen et saber, Et saberfs] que non es monstrat{z] Per perdut pot esser comptat{[z].
5 Per ques eu de vos vuelh saber, Prior de la luna, per ver, Jeu que soy prior del monstier, Com trobaray el calendier De LXX:lIa clau, 10 Quant si Alleluya si clau, Caremantran et Rosarons, E qual jorn es l’Asensions, Ny Pantecosta el(s) Avens, Car falhir y vech motas gens.
.15 Prec vos que m'en digas la somma Com ho ten la glieysa de Roma.
— Don prior, (yeu) vos diray per ver Cossy tostemps poyres saber Vertat de so que demandas.
20 La prima luna mi comptas Qu'apres l’Aparicio sera ; Qui ho compta non falhira ; Et d'aqui .x. jorns comptares, Ny mais ny mens non y mettres;
L'Ecriture montre par vérité que Dieu donne sens et savoir; et savoir qui n'est pas montré pour perdu peut être compté. C’est pourquoi je veux savoir de vous, (5) prieur de la lune, par vérité, moi qui suis prieur du moûtier, comment je trouverai dans le calendrier la clef de la Septuagésime, (10) quand l’Alleluya se clôt, Carême-entrant et les Rogations, et quel jour est l’Ascension, et Pentecôte et l'Avent, car j'y vois faillir maintes gens. (15) Je vous prie de m'en dire la somme, comme le tient l’Église de Rome.
— Dom Prieur, je vous dirai par vérité comment toujours vous pourrez savoir le vrai de ce que vous me demandez. (20) Comptezmoi la nouvelle lune qui sera après l’Epiphanie. Qui fera ce compte ne se trompera pas. Et de là vous compterez dix jours. Ni plus ni
25 Al premier dimergue apres LXX/*]fares.
(Et) aqui Alleluya es clausa, Entro al sapte sant se repausa ; Et sia loncs carnal[s] o cors, 30 Tostemps .Lxur. jors De .LXX/*]. trobares Tro Pascas, ja non yfalh res.
DE CAREMANTRAN
(Et) d’aquesta sieyssanta-dezena Tro al dimenge intra[n] carema, 30 XV. jorns aures per entier, Que en ayssi l’artz o requier.
Un autre compte vos diray Que atressi vos desponray:
Apres aquella prima luna 40 Qu({e) ieu vos ay dich en queras Fr, La premieyra que trobares, Et d’aqui .11. jorns comptares.
A] dimengue que ven apres Caremantran lo vielh fares.
DE PASQUAS
45 Apres estas .11.* lunasons De que ay dichafs las] rasons,
moins vous n’y en mettrez. (25) Au premier dimanche suivant, faites la Septuagésime. Et là Alleluya est clos ; jusqu’au Samedi Saint il se repose. Et que le carnaval soit long ou court, (30) vous trouverez tou jours sans faute 64 jours de la Septuagésime à Pâques.
DE CAREME-ENTRANT De cette Septuagésime jusqu'au dimanche de Carême-entrant [ /a Quinquagésime] (35) vous aurez quinze jours entiers, car ainsi l’art le requiert. Un autre compte je vous dirai que je vous exposerai pareillement : Après cette nouvelle lune (40) que je vous ai dit, cherchez-en une, la première que vous trouverez. Et de là vous compterez deux jours. Au dimanche qui vient après, faites Carême-entrant le
vieux.