L ENFANCE
Approche, jeune Enfant; tout près... que je contemple, Ta blonde chevelure et ton bel œil si doux, Tes grâces ingénues qui fotît tant de jaloux, Ton front où l'innocence a érigé son te ni pie.
Viens car j'aime à te voir, quitter pour ton vieux père Tous les jeux si bruyaus qui fatiguent son âge ; J'aime à voir tes baisers effacer le nuage Qui glisse rapide sur le front de ta mère.
J'aime à voir le vieillard qui lentement chemine, Appuyé sur ton bras, regagner sa chaumine ; J'aime à te voi>' courir remplir la faible main Du pauvre qui s'assied sur les bords du chemin.
Pourquoi faut-il quitter ces charmes de jeune&se, Ces grâces qu'une mère avec amour caresse? Pourquoi s'écoulent-ils ces rêves d'avenir? Ah! c'est qu'il fallait bien un jour de souvenir.
Mme. Clotilde dk Vaux.
LETTRE PHILOSOPHIQUE
sur la Commémoration Sociale
Extrait de la correspondance sacrée Quinzième Lettre
Lundi soir 2 juin 1845 (3 h.)
Daignez, Madame, agréer cordialement, à l'occasion de votre fête, la petite composition ci-jointe, qui fut, ces jours derniers, le doux résultat de la première matinée passée hors de mon lit.
Outre le motif public très réel et fort grave à mes yeux, que j'y indique au début, vous ne douterez pas, je pense, que mon cœur n'y ait aussi été secrètement poussé par le plaisir de m'occuper de vous et l'innocent espoir de vous surprendre agréablement. Sans que j'eusse aucunement cherché à réagir ainsi sur moi-même, ce léger travail m'a pourtant produit un effet très salutaire, en déterminant spontanément un affectueux retour à mes méditations habituelles, par
gg CORRESPONDANCE SACRÉE
la seule contention d'esprit qui me fût alors possible comme se rapportant à vous.
Vous y pourrez donc voir aussi un premier exemple de cette solidarité plus intime que j'espère établir peu à peu, d'après notre précieuse amitié, entre l'essor de mes plus hautes pensées et celui de mes plus purs sentiments. Cette heureuse connexité vous était, sans doute, déjà annoncée, en général, dans ma fatale lettre du 17 mai: mais elle s'y trouvait trop altérée par son vicieux mélange aux folies passagères qui vous ont si justement alarmée. L'occasion actuelle attirera spécialement votre attention, d'une manière plus pure et plus directe, sur eette importante corrélation, désormais aussi favorable au perfectionnement de ma vie publique qu'au bonheur de ma vie privée.
Je dois, Madame, profiter soigneusement d'une journée qui vous dispose davantage à l'indulgence, pour solliciter de nouveau la plénitude de votre pardon au sujet des torts, graves quoique involontaires, que j'eus récemment envers vous, et que je m'efforcerai constamment de vous faire oublier, bien que je les aie réparés presque aussitôt que commis. Peut-être faut-il aujourd'hui me féliciter de n'avoir pu aller chez vos parents
CORRESPONDANCE SACREE p,g
Vendredi. Notre première entrevue n'en deviendra que plus satisfaisante après-demain soir, s'opérant ainsi sous l'heureux patronage de Sainte Clotilde. Que ce pur souvenir vienne désormais se placer sans cesse devant celui de l'orage antérieur! Il marquera naturellement le vrai point de départ de nos paisibles relations habituelles, toujours dignes, j'ose l'assurer, d'un tel début. Votre ami dévoué,
A te COMTE.
Quoique l'épître philosophique vous fût uniquement destinée, elle est écrite de manière à comporter, sans le moindre inconvénient, la publicité quelconque que vous désireriez lui donner; j'approuve d'avance tout ce que vous projetteriez à cet égard.
Dans la longue visite qu'a bien voulu me faire hier votre excellent frère, j'ai appris avec douleur le notable redoublement de votre toux nerveuse, que j'entends maintenant d'ici: je crains de n'y avoir que trop contribué par les pénibles émotions que j'ai eu le malheur de vous causer depuis environ quinze jours.
LETTRE PHILOSOPHIQUE sur la Commémoration Sociale
Composée pour Madame Clotilde de Vaux, au sujet de sa fête, Par l'auteur du Système de philosophie positive.
Paris, le Lundi 2 juin 1845.
Madame,
'attache beaucoup d'importance à passer auprès de vous pour aussi pleinement affranchi de tous préjugés irréligieux ou métaphysiques que des préjugés purement théologiques, comme je le suis en réalité depuis trèslongtemps. M'étant aperçu récemment que vous conserviez à cet égard quelques doutes essentiels, je me réservai secrètement la faculté de les dissiper bientôt, grâce au prochain retour d'une heureuse occasion périodique. On fête demain Sainte Clotilde, votre patronne. Permettez donc, Madame, que, autorisé par un touchant usage universel, je me joigne aujourd'hui à votre famille pour vous offrir, à ma manière, un témoignage spécial d'affectueux souvenir. D'après les
££ TETTRE PHILOSOPHIQUE
réflexions générales que cette précieuse circonstance va me conduire à vous indiquer sommairement, vous concevrez, j'espère, de plus justes idées sur le caractère éminemment social d'une philosophie qui, depuis quelque temps, a beaucoup retenti autour de vous, sans que peut-être vous l'ayez encore directement examinée.
L'instinct de la sociabilité, ou le sentiment habituel de la liaison de chacun à tous, serait très imparfaitement développé si cette relation se bornait au présent, comme chez les animaux sociables, sans embrasser aussi le passé et même l'avenir. La société humaine est surtout caractérisée par la coopération continue des générations successives, première source de l'évolution propre à notre espèce. Ainsi, tous les états sociaux ont dû présenter, chacun à sa manière, certaines institutions permanentes, d'abord spontanées, puis de plus en plus systématiques, spécialement destinées à manifester une telle connexité, en constituant la chaîne des temps par la vénération régulière des ancêtres privés et publics. L'antiquité offrit, à cet égard, de puissantes ressources, appropriées à la nature de ses opinions et au caractère de sa civilisation. Ce culte des souvenirs y fut souvent exalté jusqu'à l'apothéose propre-