SUE LA COMMEMORATION SOCIALE
ment dite, qu'il serait fort injuste d'apprécier seulement par les monstrueux abus propres à la décadence du paganisme. Mais une telle institution ne pouvait être très efficace que pour les premiers âges et envers les castes supérieures, suivant le génie immobile et aristocratique de toutes les sociétés anciennes. Tous les grands département- divins ayant dû être bientôt occupés dans l'organisation initiale du polythéisme, les nouveaux dieux sans portefeuille que multipliait cette reconnaissance officielle pouvaient rarement obtenir une véritable importance, même quand on démembrait à leur profit quelque office antérieur. En remplaçant, suivant l'esprit de sa doctrine, l'apothéose antique par une simple béatification, le monothéisme, surtout chrétien, a réellement perfectionné beaucoup cette partie essentielle de toutte organisation sociale. Quoique cette substitution nécessaire stimulât moins les désirs personnels d'une glorieuse immortalité, elle en propageait davantage l'essor, dès lors indistinctement permis à tous les rangs. Vous savez, par exemple, Madame, que votre noble patronne et son humble contemporaine deXanterre devinrent, presqu'à la fois, l'objet d'un culte au moin.- égal. Cette universelle extension du principe de consécration
5g LETTRE PHILOSOPHIQUE
permit ensuite au catholicisme, longtemps organe principal du progrès social, d'introduire, à cet égard, un admirable perfectionnement, en y liant très-heureusement la vie privée à la vie publique. L'institution, trop peu comprise, des noms de baptême offrit, en effet, à chacun, non-seulement le libre choix d'un patronage spécial, mais aussi un noble modèle d'imitation personnelle. Si l'inévitable désuétude des croyances théologiques a dû graduellement éteindre la première destination, rien ne saurait jamais détruire la seconde. Inhérente aux lois de notre nature, elle se reproduira bientôt sous des inspirations à la fois plus systématiques et plus durables, dès qu'une vraie réorganisation des principes et des sentiments humains viendra terminer la déplorable anarchie qui caractérise notre temps.
Cette épître philosophique dégénérerait, Madame, en un traité fort déplacé, si j'y développais davantage les indications précédente^. Mais elles suffisent ici pour que votre rare pénétration puisse entrevoir, en général, comment la philosophie positive justifie pleinement ce culte catholique des saints, en le rapportant à sa vraie destination sociale, alors poursuivie sous des formes propres à l'état correspondant de l'humanité. Ce sera