‹ Conchologie néogénique de l'AquitaineChapitre 108 sur 350 · RUE POQUELIN-MOLIÈRE · texte numérisé non relu

RUE POQUELIN-MOLIÈRE

valve gauche, pour qu’il soit bien constaté que c’est un Abra authentiquement muni de la fossette chondrophore. D’autre part, si on compare A. peyreirensis à A. Degrangei quia aussi atteint l’Helvétien, on constate que la différence de forme est encore plus marquée qu’avec A. prismaticg : la position du crochet, l’étroitesse de la fossette sont autant de critériums distinctifs qui ne permettent pas de confondre les deux espèces.

Localités. — Peyrehorade, une seule valve recollée fPl. VII, fig. 17-18 et 22), coll. Raulin, à l’Ecole des Mines. — Helvétien.

Fam. TELLINIDÆ Desh.

Coquille déprimée, généralement inéquivalve, surtout à valves inégalement bombées, rarement bâillante aux extrémités; bords lisses, surface généralementsillonnée ou lamelleuse, avec un pli plus ou moins marqué sur la région anale, correspondant à une troncature ou à un rostre sur le contour postérieur; crochets peu saillants, opislhogyres ou opposés; corselet toujours visible et caréné, séparé par une rainure de la nymphe qui porte le ligament externe, mais qui ne fait presque jamais de saillie à l'extérieur des valves. Charnière composée d’une dent 3 à deux branches écartées, la postérieure presque toujours bifide, entre lesquelles est une large fossette triangulaire pour la dent 2 qui est souvent bilobée; une seconde dent 4* rudimentaire — et parfois confondue avec le bord — existe dans la plupartdes Genres de cette Famille ; lamelles latérales non constantes, toujours plus saillantes — quand elles existent — sur la valve droite que sur la valve gauche. Impressions des muscles adducteurs écartées et inégales, l’antérieure généralement longue et « pal mutée », c’est-à-dire en forme de palme, la postérieure plus transverse et à contour polygonal, avec des angles rentrants ou des lobes saillants; sinus grand, presque toujours gibbeux ou ascendant, tantôt confluent avec la ligne palléale sur la totalité ou une partie de son contour inférieur, tantôt séparé d’elle par une étroite languette qui persiste assez loin en arrière.

La séparation des Genres composant cette Famille est assez difficile : Fischer n’en a admis que deux ( Tellina , Gastrana) en se guidant unique- G. et P. 29

menl d’après les caractères de l’animal; il en résulte qu’il a rapproché dans le même Genre des formes qui, telles que Tellina et Arcopagia, ont des coquilles nettement différenciées, et qu’il a écarté des formes qui, telles que Macoma et Mærella, ont des affinités incontestables. D’autre part, M. Dali (Contrib. to Tert. of Flor., III, Part. V, 1900, p. 1002), en se basant exclusivement sur la charnière et principalement sur les lamelles latérales, a divisé la Famille en deux groupes (avec ou sans lamelles) et le premier groupe en quatre Genres ( Tellina , Tellidora, Strigilla, Capsa), le second en deux Genres ( Gastrana, Macoma). La forme du sinus ne représente pour cet auteur qu’un critérium accessoire, et il n’a attaché, pour ainsi dire, aucune importance à la forme des valves ni surtout à leur ornementation.

Nous estimons que la solution consiste, au contraire, à tenir simultanément compte de tous ces critériums, de manière à aboutir à une classification plus rationnelle au point de vue des paléontologistes qui n’ont à leur disposition que le test des valves. Le souci exclusif de la charnière

— et principalement des lamelles latérales — est d’autant moins justifié chez les Tellinidæ, que ces lamelles sont très peu développées sur la valve gauche; celles de la valve droite, quand elles existent, viennent simplement s’appuyer contre les bords de la valve opposée, sans qu’il y ait de fossettes pour les loger, de sorte que, pour apprécier s’il y a des lamelles Ail, PII sur cette valve gauche, il faut toujours un examen très attentif qui aboutit souvent à l’incertitude, les lamelles de la. valve gauche se réduisant — quand elles existent — à un très léger rendement des deux parties du bord supérieur.

Les dents cardinales sont, au contraire, très constantes, ainsi que le précise notre diagnose familiale; mais l’interprétation en a été jusqu’à présent tout à fait inexacte, les auteurs des Manuels se bornant à répéter, les uns après les autres, qu’il y a deux dents cardinales sur chaque valve. Or, en nous guidant d’après la méthode de Félix Bernard qui n’avait pas eu le temps, avant sa mort, de continuer ses recherches morphologiques sur la charnière de cette Famille, nous avons constaté qu’il n'y a en réalité, sur la valve droite, qu’une seule dent 3 à deux branches très écartées, tandis que, sur la valve gauche, outre la dent 2 généralement bilobée, il existe presque toujours une étroite lame cardinale 4 b en face de laquelle

— preuve certaine de son existence réelle — la valve droite porte, en arrière de 3a, une étroite rainure qui n’aurait pas sa raison d’être si elle n’était destinée à loger 4 b. 11 ne nous semble pas que cette remarque ait été faite jusqu’à présent.

En définitive, la charnière des Tellinidæ n’est pas encore complètement hétérodonte, c’est-à-dire que les branches soudées de 2 ne s’ouvrent pas encore assez pour loger une dent 1, et de plus, le plateau cardinal est

très peu développé, ce qui justifie l’adoption du Sous-Ordre Hcmidapedonta que nous avons précédemment proposé.

En ce qui concerne la forme du sinus, il nous a paru qu'il fallait élever au rang de critérium générique l’allure ascendante qu’il prend chez Arcopagia par exemple, tandis qu’il est confluent, c’est-à-dire que son contour inférieur se confond avec la ligne palléale, en tout ou en partie, chez la plupart des Groupes, Sous-Genres et Sections, que nous rapportons au Genre Tellina.

Ainsi que nous l’avons précédemment exposé à propos des Scrobiculariidæ (= Semelidæ), la Famille Tellinidæ se différencie essentiellement par l'absence de fossette ligamentaire ou cuilleron ; la nymphe seule supporte le ligament, et elle est adhérente au bord cardinal, sans jamais faire la saillie que l’on remarque, entr’autres caractères distinctifs, chez les Genres de notre Cénacle Eunymphacea, ainsi qu’on le verra ci-après. Le corselet existe toujours chez les Tellinidæ, et il est séparé de cette nymphe par une profonde rainure; tandis que la lunule n’apparaît que chez quelquesunes des formes de cette Famille.

Ce que nous avons dit ci-dessus au sujet de la variabilité des impressions musculaires, explique qu’on ne puisse guère en faire qu’un critérium spécifique ou au plus sectionnel; il n’y a qu’un point bien établi, c’est que l’antérieure est toujours allongée le long du bord, et la postérieure plutôt transverse, mais jamais arrondie; mais il n’y a pas que chez les Tellinidæ où l’on observe cette différence fondamentale entre les deux muscles adducteurs.

Enfin, la position des crochets est presque toujours en arrière de la ligne médiane, de sorte que le côté antérieur est ordinairement plus allongé et arrondi, par opposition au côté postérieur qui est — dans la plupart des groupes — tronqué à son extrémité anale, en corrélation avec le pli décurl'ent qui existe invariablement sur la région postérieure de la surface dorsale. 11 en résulte que, même quand on ne peut étudier le sinus, la charnière et la nymphe, on peut toujours orienter les valves de Tellinidæ.

D’après ces considérations, nous avons subdivisé cette Famille en huit Genres : Tellina, Phylloda, Arcopagia, Oudardia, Strigilla, Macoma, Capsa, Gastrana, représentés dansl’Aquitanien; plus ceux qui n’y ont pas été rencontrés, tels que : Hômalina, Tellidora et un certain nombre de formes crétaciques qui n’ont pu être encore étudiées à fond, ou dont le classement n’est pas définitif.

On remarquera d’ailleurs que, pour l’exposé successif de ces huit Genres, nous avons à peu près suivi l’ordre résultant de l’élimination graduelle des principaux éléments de la charnière-type, celle de Tellina, qui est la plus complète.

TELLINA Linné, 1758.

(; —Tellinella Gray, 1852; —Eutellina Fischer, 1887).

Tellina s. str. — Taille assez grande; forme anguleuse et rostrée en arrière; crochet faiblement opisthogvre; surface striée ou lamelleuse; dents cardinales : 3«, 34 bifide, 2 bifide, rudimentaire; lamelles latérales AI, PI, très saillanfes, triangulaires, aiguës; AU, PII plus obsolètes et plus épaisses;

nymphe longue et aplatie, ne faisant aucune saillie à son extrémité abrupte sur le contour supérieur ; impressions musculaires à peu près égales, situées assez haut, palmulées; sinus très profond, atteignant presque le muscle antérieur, gibbeux sur son contour supérieur, confluent avec la ligne palléale. (G. -T. : T. virgata Linné, d’après Lamarck, 1799).

Laissant de côté les Sections Liotellina et Eurytellina Fischer, 1887, Elliptotellina Cossm., 1886, A rcopagiopsis Cossm., 1886, Macaliopsis Cossm., 1886, Merisca Dali., 1900, qui ne sont pas représentées dans nos terrains, nous admettons les Sous-Genres suivants :

Mcerell» Fischer, 1887 ( — Mœra H. et A. Adams, 1856, non Leach, 1815; = Donacilla Gray, non Lamk, 1812). — Forme transverse, côté postérieur très court, non rostré, surface finement striée; 3* et 2 bien bifides, 4* mince et oblique; AI et PI saillantes et aiguës, près- u

que équidistantes et peu écartées, non coalescenr

tes' A II peu distincte, Fig. 30. — Charnière de Mœrclla donacina L. Foss.

PII un peu visible; sinus très long, très gibbeux, approchant tout près de l’impression du muscle antérieur, confluent sur toute sa longueur. (G. -T. : T. donacina L. Viv.).

La disparition presque complète de A II justifie, à la rigueur, la séparation de ce Sous- Genre, admis par M. Dali.

Telliiiula Chemn., 1782 (= Angiilus Mégerle, 1811 ; —Fabulina Gray, 1851). (G. -T. : T. fragilissima Chemn. (= T. fabula Gronov. Viv.).

Ce Sous-Genre diffère du précédent parce qu’il n’y a qu’une lamelle A I

Fig. 31. — Charnière de 7 ellinula incarnata L. Viv.

sur la valve droite et parce que le sinus confluent s’arrête à distance de l’impression du muscle antérieur. Il n’est représenté dans l’Aquitaine que par une espèce dont le classement n’est pas encore bien certain.

Peronæa Poli, 1791 (= Psammotella Blainv., 1826). — Forme ovale, peu inéquilatérale; surface presque lisse ou peu striée; nymphe enfoncée dans un corselet caréné; 3j et 2 rainurées et bifides, 4* ^

distincte ; " Al "

AI très pe- Fig. 32. — Charnière de Peronæa burdigalica C. P. Foss.

tite, très rapprochée; PI et P II très écartées et peu saillantes, visibles néanmoins; sinus triangulaire et très gibbeux, confluent sur tout son contour inférieur. (G. -T. : T. planala L. Viv.).

Les différences qui existent entre la charnière de Peronæa et celle de Mærella, le rapprochement de AI, outre la forme tout à fait distincte des valves, confirment l’admission de ce Sous-Genre. M. Dali a distingué une Section Peronidia, qu’il rattache à tort à Qudardia , mais que nous acceptons dans le S. -G. Peronæa, avec T. nitida comme génotype; 3« est très petite et obtuse, 3* et 2 sont épaisses et bifides, 4 b est rudimentaire et allongée ; les lamelles latérales ne sont guère visibles, et à ce point de vue M. Dali — qui

base tout son système sur ce Fl(J 33 charnière de peronicua bipartita Bast. Foss. seul critérium — aurait plutôt

dû classer Peronidia auprès de Macoma qu’auprès d 'Anguluy, mais, par son sinus, Peronidia ressemble beaucoup plutôt à Peronæa, de sorte que nous

l'en rapprochons dans noire classification. L’un et l’autre se rencontrent d’ailleurs dans l’Aquitaine.

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