‹ Conchologie néogénique de l'AquitaineChapitre 178 sur 350 · Meretrix ( Corcliopsis ) intercalaris nov. sp · texte numérisé non relu

Meretrix ( Corcliopsis ) intercalaris nov. sp

PI. XVII, fig. 17-18; et PI. XVIII, fïg. 6.

1825. Cyprina islandicoides Bast. Mém. géol. env. Bord., p. 9i (non Lamk).

1845. Venus islandicoides Agass. Icon. coq. tert. , p. 31 (pars),

1852. — d’Orb. Prod., III, p. 180, 26 et., n° 1953.

1873. — Benoist. Cat. Saucats, p. 36, n° 73.

Test épais à l’état adulte, mince à l’état népionicjue. Taille atteignant une grande dimension ; forme ovale, un peu transverse dans le jeune âge, s’élevant à mesure que la coquille vieillit, très inéquilatérale et assez convexe à tout âge; côté antérieur très court, étroitement ovale ; côté postérieur plus dilaté, arrondi ou légèrement tronqué à l’état gérontique; bord palléal très arqué ; crochets gonflés, saillants, prosogyres et cordiformes, situés au sixième de la longueur, du côté antérieur; bord supérieur un peu excavé en avant du crochet, sauf un faible bombement vis-à-vis de la lunule, convexe et beaucoup plus élevé que les crochets en arrière de ceux-ci. Lunule relativement petite, assez large, excavée, limitée par une ligne peu marquée, qui s’efface à mesure que la coquille vieillit ; corselet très étroit, lancéolé, caréné à l’extérieur et séparé de la nymphe par une rainure profonde; surface dorsale bombée, non déprimée ni anguleuse à l’arrière où la région anale est simplement comprimée contre le corselet; de nombreuses stries d’accroissement fibreuses couvrent toute la surface, y compris la lunule.

Charnière épaisse à tout âge : 1 large et saillante, 3a beaucoup plus mince et parallèle à la face antérieure de 1; 3* très oblique et largement bifide; 2a très mince, % très épaisse et bien plus saillante, 4 formant une crête mince et saillante le long d’une partie de la nymphe qui est large et creuse; A II réduite à une Irès petite saillie dont la fossette s’oblitère sur la valve droite à mesure que la coquille vieillit, tandis que A I et A III s’effacent après avoir été très distincts à l’état népionique où A III est confluente avec 3a en formant avec elle un angle de 120°; le contour inférieur du plancher cardinal forme — surtout chez les

adultes — une forte saillie au droit de 1 et de 2a et une excavation assez profonde en arrière; la surface ligamentaire — entre le corselet et la nymphe est finement striée en travers.

Impressions musculaires, grandes, inéquidistantes, l’antérieure profondément gravée et bordée par un épaississement à l’âge adulte, la postérieure circulaire et plus superficielle; sinus large et court, arrondi à son extrémité qui ne dépasse guère le tiers de la longueur; ligne palléale écartée du bord.

Dim. Diamètre antéro-postérieur : 75 mill. (pouvant atteindre 90 mill.); diamètre umbono-palléal : 70 mill. ; jeune individu : 16 mill. sur 13 mill.

Observ. — Il s’est produit une grosse confusion au sujet de cette espèce qui a été désignée à tort, jusqu’à présent, sous le nom Vemcs islandicoides ; laissant de côté la question de l’attributiort générique qui a été traitée ci-dessus, il reste à expliquer pourquoi on ne peut adopter le nom spécifique en question. L’origine de l’erreur remonte à Agassiz qui a iiguré sous ce nom des exemplaires du Bordelais qui ne ressemblent nullement à ceux du Pliocène d’Italie, que Broccbi désignait sous le nom islandica , corrigé par Lamarck en islandicoides. Cette confusion, signalée par M. Sacco, qui a eu entre les mains le type de Brocchi et qui a donné d’excellentes figures du véritable islandicoides, a été encore augmentée par suite d’une autre erreur commise par Hœrnes : ce savant, voulant corriger un double emploi qui avait échappé à Dujardin pour une coquille de la Touraine ( Venus rudis Duj. non Poli) a nommé V. Dujardini cette dernière ; mais, en reproduisant le diagnose de Dujardin, il a lui-même décrit et figuré des spécimens du Tortonien d’Enzesfeld beaucoup plus globuleux que ceux de Touraine, n’appartenant évidemment pas au sousgenre Mcrcenaria dans lequel on classe ceux de Touraine, et qui paraissent être le véritable V. islandicoides, tel que l’a interprété M. Sacco en connaissance de cause, tandis que les spécimens figurés sous le nom islandicoides ne sont peut-être pas de la même espèce. Tournouër — qui a déjà signalé cette confusion — a proposé le nom Hærnesi pour l’espèce figurée par Hœrnes, en établissant bien que le nom Dujardini doit être réservé à la coquille de la Touraine; mais l’attribution des V. Dujardini du Bassin de Vienne à V. islandicoides fait tomber Hærnesi en synonymie, tandis que le faux islandicoides du Bassin de Vienne reste sans dénomination précise ; il est possible que ce soit un stade non adulte de Y. umbonaria, que Hœrnes figure aussi du Bassin de Vienne, ou encore la même forme que dans le Bordelais. En tous cas, il reste à dénommer le fossile du Burdi-

galien, déjà connu du temps de Basterot, et c’est pour combler cette lacune que nous avons choisi le nom intercalaris qui marque bien, dans notre pensée, que c’est un chaînon du phylum qui se poursuit de l’Aquitanien au Tortonien, avec des mutations bien distinctes à chaque niveau stratigraphique.

Rapp. et diff. — M. intercalaris se distingue de M. incrassata, non seulement par la taille qu’il peut atteindre, mais encore par son galbe plus ovale, même à l’état gérontique, par sa moindre convexité, par son épaisseur moindre, par ses crochets moins gonllés, ainsi que par son bord supérieur plus excavé en avant de ceux-ci ; la lunule est, en outre, encore moins bien limitée que dans l’espèce oligocénique, surtout dans le jeune âge, enfin le sinus est moins ascendant que dans Yincrassata.

Localités. — Saucats (Min de Lagus), plésiotypes (PL XVII, fig. 17-18, et PL XVIII, fig. g), coll. Bial-Neuville, assez commune, toutes les coll.; Cestas, coll. de Sacy; Léognan (Coquillat, Carrère), toutes les coll.; jeunes individus montrant bien A I et A III, coll. Bial-Neuville; Saint-Médard en Jalle (Gajac), Marlillac (Pas de Barreau) ; La Brède (Moras), Dax (Cabannes), Cestas (Min Neuf); Léognan (Le Thil sup1', Chau Olivier, Thibaudeau, Sangsueyre); Saucats (Eglise, Peloua, Gieux). — ISiirdlgalleu.

Mérignac (couche n° 4 de Tournouër), coll. Degrange-Touzin. — Aquitanlen.

182. Meretrix ( Cordiopsis ) gigas [Lamk.]. PI. XVI, fig. 16-17;

et PI. XVII, fig. 4.

1818. Cyprina gigas Lamk. An. s. vert., V, p. 557.

1818. Cyprina urnbonaria Lamk. Ibid., p. 559.

1845. Venus urnbonaria Agass. Icon. coq. tert., p. 29, pi. VI, fig. 1-4.

1852. — d’Orb. Prod., III, p. 281. 27e ét., n° 317.

1862 — Hœrnes. Tert. Beck. Wien, II, p. 118, pi. XII,

fig. 1-4.

1893. Venus gigas Pantanelli. Lamell. plioc., p. 303 [pars).

1900. Amiantis gigas Sacco. I Moll. terz. Piem., XXVIII, p. 24, pi. VI,

fig. 1-2.

1904. V. ( Amiantis ) gigas Dollf. B. Cotter et Gom. Moll. tert. Port.,

pi. X, fig. 1-2; pi. IX, fig. 8; et pi. XI, fig. 4.

Test très épais. Taille gigantesque; forme ovoïdo-orbiculaire, très convexe et très inéquilatérale; côté antérieur très court et très arrondi, côté postérieur plus dilaté quoique non anguleux; bord palléal assez régulièrement arqué, sauf un angle très

arrondi à sa jonction avec le contour anal ; crochets extrêmement gonflés et saillanls, cordiformes et prosog’yres, situés au sixième de la longueur des valves, du côté antérieur; bord lunulaire un peu excavé; bord supéro-poslérieur convexe, s’élevant beaucoup plus haut que les crochets et se raccordant par une courbe continue avec celle du contour anal. Lunule courte et large, elliptique, creuse, plissée par les accroissements, limitée par une ligne peu visible; corselet indistinct, réduit à une faible dépression adjacente à une carène aiguë le long d’un haut gradin excavé qui est séparé de la surface ligamentaire par une profonde rainure; surface dorsale très bombée, plissée par des accroissements peu réguliers, séparée de la région anale et comprimée par un angle très arrondi.

Charnière épaisse, invariablement rongée par des perforants, un peu échancrée en arrière entre deux saillies sur son contour inférieur; dents cardinales très épaisses, sauf 3a et 4* souvent détruites ou rongées; 3* largement bifide; Ali réduite presqu’à néant; nymphe très large, excavée entre le bord inférieur, relevée et épaissie contre la surface ligamentaire et striée en travers, dont elle est séparée par une fine strie longitudinale, et aboutissant à son extrémité postérieure à une saillie ou bouton subaigu qu’on ne peut qualifier PI ni PII, attendu que les deux saillies opposées buttent Tune contre l’autre, tandis que les deux excavations rainurées du corselet sont aussi en face l’une de l’autre et aboutissent à un petit arc proéminent sur le contour du plancher cardinal.

Impressions musculaires très inégales, quoique symétriquement placées, l’antérieure semi-elliptique et obliquement allongée, la postérieure subcirculaire; sinus palléal court, ovale, non ascendant; ligne palléale un peu plus écartée du bord en avant qu’en arrière.

Dim. Diamètre antéro-postérieur de l’individu figuré : 90 mill. ; diamètre umbono-palléal : 85 mill.; diamètre maximum d’un individu bivalve : 108 mill.; épaisseur des deux valves dudit : 70 mill.

Rapp. et diff. — On ne connaît que de gros spécimens de cette espèce; il est probable que, quand ils sont moins avancés en âge, on les confond avec M. intercalaris, parce qu’ils sont alors moins cordiformes et moins inéquilatéraux; mais, à l’e'tat gérontique, les valves de Cordiopsis gigas sont toujours plus gonflées, avec des crochets situés beaucoup plus en avant; en outre, la large rainure du corselet produit alors, sur le contour de la charnière, une saillie qu’on n’observe pas au même degré chez l’autre espèce; il en est de même des boutons proéminents de la nymphe, qui semblent destinés à écarter les valves pour faire plus de place à l’épaisseur du ligament probablement très puissant chez ce gros Pélécypode. D’autre part, le sinus palléal de S. gigas semble plus largement ouvert et plus court, de sorte que son contour supérieur descend immédiatement, à partir de l’impression de l'adducteur postérieur, au lieu de s’élever un peu comme chez l’autre espèce. Quant à la charnière des deux espèces, elle ne diffère absolument — sauf l’épaississement dû à l’âge des spécimens gérontiques de S. gigas — que par l’effacement complet de AU chez ce dernier.

En résumé, la séparation des deux espèces, dans les gisements où elles ont simultanément vécu, ne serait possible que par la forme extérieure de la coquille, si toutefois le raccourcissement du côté antérieur chez M. gigas ainsi que le gonflement cordiforme des crochets, ne sont pas précisément des conséquences de la vieillesse des individus. L’hésitation ne se produit pas pour les fossiles de l’Aquitaine, attendu que précisément on ne rencontre pas les deux espèces aux mômes niveaux, ni par conséquent dans les mêmes gisements. Dans ces conditions, aucun motif ne nous impose ici la réunion de deux formes que les paléontologistes italiens s’accordent à distinguer là où ils les rencontrent simultanément.

L’individu bivalve — dont nous avons ci-dessus donné les dimensions maxima — ressemble en tous points, par sa forme extérieure, aux gros spécimens de Cacella, figurés par M. Dollfus et dont nous avons de belles valves sous les yeux (coll. Cossmann).

Localités. — Salles (Largileyre), plésiotypes (PL XYI, fig. 16-17 ; et PL XVII, fig. 4 coll. Bial-Neuville) ; coll. Benoist; Salles (Minoy), coll. Duvergier; Salles (Min Débat), coll. Degrange-Touzin ; Clermont (Landes), individu bivalve de grande taille, même coll.; Orthez (Paren, Houssé), Sallespisse, Salies-de-Béarn, coll. Degrange-Touzin. — llelvctien.

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