Grateloupia (Tivela) triangularis [Basterot
PL XVI, fig. 11-13'; et Pl. XVIII, fi. 7-8.
1825. Donax triangularis Bast. Mém. env. Bord., p. 84. pl. VI. fig. 3 1852. — d’Orb. Prod., III, p. 104, 26e ét., n° 1929
1873 Grateloupia triangularis Benoist. Cat. Saucats p. 39, no 85.
Test assez épais. Taille moyenne; forme trigone, subrostée à l’état gérontique, convexe et bicarénée, subéquilatérale à l’état népionique; côté antérieur ovale à l’extrémité buccale, un peu plus court que le côté postérieur qui est acuminé, quoi-
(1) Nous en avons cependant compté 9 sur une valve de Mérignac (Tarpingeau) qui mesure 30 mill de diamètre.
que arrondi, à son extrémité anale, et quand l’animal est d’un âge avancé, celle-ci se termine par une sorte de bec un peu sinueux; bord palléal arqué en avant, rectiligne ou même sinueux en deçà du bec anal; crochets gonflés, saillants, opposés ou à peine prosogyres, situés un peu en avant de la ligne médiane; bord supérieur également déclive et rectiligne de part et d’autre du crochet, mais en avant il est légèrement arqué jusqu’à sa jonction avec le contour buccal, tandis qu’en arrière il est rectiligne jusqu’à la sinuosité qui le sépare du bec anal. Lunule énorme, lisse et excavée, limitée à l’extérieur par une strie pen profonde, adjacente à un angle arrondi; corselet lisse et excavé, s’étendant sur tout le contour supéro-postérieur, bordé à l’extérieur par un angle émoussé qui aboutit au bec anal, séparé du ligament par une large rainure sur le quart ou le tiers de la longueur du bord seulement; surface dorsale peu bombée au milieu, vaguement déprimée à l’arrière en deçà de l’angle du corselet, cette dépression s’accentuant vers le bord chez les vieux individus, et correspondant à la sinuosité du bord palléal; lignes irrégulières d’accroissement, formant des plis en crochet plus marqués sur l’angle du corselet.
Charnière assez haute, presque rectiligne sur le contour inférieur du plancher cardinal : 1 épaisse, oblique et saillante; 3a très mince, s’écartant peu de la face antérieure de 1 ; 3& mince, longue et un peu bifide, suivie, après la fossette de 4 b, d’une surface cariée sur la moitié antérieure de la nymphe, en rugosités représentant des dents accessoires plus ou moins nettes, selon les individus; 2a mince, longue et saillante, oblique à 50° environ; 2;, perpendiculaire, légèrement bifide; 4;, formant une mince carène contre la nymphe large et courte, dont la moitié antérieure est cariée, avec deux petites arêtes peu saillantes et parallèles à 4 1,; A II très écartée en avant, mince, large, saillante et pointue à son extrémité antérieure ; A I et A III courtes, mais bien formées, de chaque côté de la fossette.
Impressions musculaires inégales et inéquidistantes, l’antérieure allongée, la postérieure arrondie et située plus bas; sinus
palléal court, elliptique, presque confluent avec la ligne païléale qui est plus écartée du bord lisse en avant qu’en arrière et obtusément frangée.
Dim. Diamètre antéro-postérieur : 44 mill.; diamètre umbonopalléal : 34 mill.; épaisseur des deux valves : 17 mill.
Rapp. et diff. — L’absence de 4a, l'inclinaison toute différente des autres dents cardinales, la surface semi-cariée de la nymphe, l’inégalité des impressions musculaires, la brièveté et la forme ovale du sinus, la suppression presque complète de la languette palléale, le contour du sinus étant en grande partie confluent, sont autant de caractères qui différencient cette espèce des Grateloupia ci-dessus décrites. Elle se rapproche beaucoup, par sa forme, par son sinus, par sa charnière, de Tivela dolabella (Afrique orientale); mais cette espèce vivante est plus comprimée et sa nymphe, encore plus courte, ne comporte pas de crénelures accessoires. C’est Hœrnes ( l . c., p. 149) qui a eu l’idée — suivie ensuite par Benoist — de classer Donax triangularis dans le G. Grateloupia dont il se rapproche par ses dents accessoires, il est vrai, et aussi par la sinuosité de son extrémité postérieure. Fischer (Manuel Conch., p. 1081) a, d’autre part, signalé l’analogie de Grateloupia et de Tivela; nous avons exposé ci-dessus les motifs pour lesquels nous concluons que ce ne sont pas deux Genres distincts.
Localités. — Saucats (Pont-Pourquey), néotypes (PI. XYI, fig. 11-13; et PI. XVIII, fig. 7-8) coll. Bial-Neuville ; toutes les coll., commune; Dax (Mandillot), coll. Bial-Neuville, — Bui*digalien.
Pessac (Lorient) var. plus trigone, coll. de Sacy; Mérignac, coll. Cossmann, coll. Degrange-Touzin; Martillac (Breyra), Saucats (Laricy), Cabanac (Pouquet), Saint-Avit, Lucbardez (Basta), Corbieu (Min de Carreau) var. plus transverse, coll. Degrange-Touzin. — Aquitanien.
Nota. — La précédente livraison était déjà imprimée et distribuée quand nous avons eu communication d’une Note de M. Jukes Brovvne, publiée en 1908 [Proc. mal. Soc. VII, p. 99-103) et intitulée : « The application of Poli’s generic names ». Dans cette Note l’auteur rappelle que Poli a appliqué un nom générique au Mollusque (1791), puis en 1795, un aptre nom à la coquille, c’est-à-dire généralement le nom du Mollusque additionné de la désinence derma; à vrai dire, comme derma signifie « peau », c’est plutôt le contraire qu’il eût fallu faire. Quoi qu’il en soit, les auteurs qui ont suivi ont choisi tantôt l’un, tantôt l’autre des deux noms : Pcronæa (Môrch, 1853), Callista (Meek, 1876), Cerastoderrna (Môrch, 1853), Daphnoderma (Môrch, 1853); cette manière de procéder est évidemment regrettable, mais les règles de la nomenclature nous obligent à l’accepter.
En conséquence, c’est bien Peronæa et Callista — ainsi que nous l'avons fait ci-dessus — qu’il faut conserver comme S. Genres de Tellina et de Meretriæ; on verra ci-après que nous adoptons également Ccrastoderma comme S. -Genre de Cardium.
Au contraire, M. Dali (1900) a rejeté systématiquement tous les noms de Genres de Poli, sous le prétexte qu’ils constituent une « nomenclature quadrinominale ». Cette opinion est. tout à fait erronée, tout au plus pourrait-on soutenir que le nom affecté à la coquille est synonyme du nom affecté à l’animal qui l’habitait, et comme ce dernier est le plus ancien en date, ce devrait être lui qui mérite constamment la préférence. En fait, on a vu ci-dessus que la question ne se pose que pour Cerastoderma et Daphnoderma; puisque l’on est universellement habitué, depuis Môrch, c’est-à-dire depuis bientôt soixante ans, à ces dernières dénominations, ce serait se montrer bien pointilleux que d’insister pour y substitue y Cerastes et Daphné.
VENERUPIS Lamk, 1818.
(— Iras, pro parte Oken 1815).
Coquille ovale-oblongue, très irrégulière et inéquilatérale ; côté antérieur très court, côté postérieur plus dilaté et tronqué; valves un peu inégales, le bord ligamentaire de la valve gauche recouvrant et dépassant un peu celui de la valve droite; surface lamelleuse et rayonnée; ligament externe; charnière peu développée et généralement étroite : 1 bifide et perpendiculaire sous le crochet, formant la bissectrice de 3(I simple et de 3/, bifide; 2a très saillante, en talon, 2;, bifide et perpen-
Fig. 81. — Venerupis Iras Lin. Viv.
diculaire; 4 & oblique contre la nymphe qui est plate et, peu paillante; pas de lamelles latérales; sinus triangulaire, horizontal; impression palléale non parallèle au bord qui est lisse. (G. -T. : Donax Iras Linné. Viv.).
Ce Genre appartient encore à la Fam. Venerldæ, et même sa charnière est très voisine de celle de Tapes, quoique plus concentrée, mais son
(1) V. Actes de la Soc. Linn. de Bord., 1910, loine LXIV, p. 235 et s.
sinus est très différent, et en outre, on n’y distingue par la cicatrice supramusculaire qui caractérise toutes les formes de Tapes. Son habitat est d’ailleurs radicalement différent. Néanmoins, dans cette Monographie, Yencrupis aurait dû être placé presque au début de la Famille Vcneridæ, et c'est seulement par suite d’une omission involontaire que nous ne le cataloguons qu’à la fin de la dite Famille.
Vcnerupis ne semble pas avoir vécu avant l’Aquitanien et le Burdigalien ; il s’est répandu dans l Helvétien de la Touraine et dans le Tortonien du Portugal, puis dans le Pliocène de la Vallée du Rhône et du Piémont; nous le connaissons aussi dans le Pleistocène de Biot (Alpes- Maritimes) et dans les plages soulevées de la Tunisie (coll. Cossmann) ; à tous ces niveaux, c’est invariablement l’espèce méditerranéenne (V. irus L.), ainsi que nous avons pu le vérifier. Est-ce un cas de longévité exceptionnelle, ou bien ne doit-on pas plutôt penser que les déformations subies par cette coquille, par suite de ses habitudes cavicoles, sont telles qu’il a paru plus prudent de n’y voir qu’une seule et même espèce1? Nous nous abstenons de trancher cette embarrassante question, et nous nous bornons seulement à constater un fait confirmé par de nombreux exemples : c’est que toutes les fois qu’une coquille est très variable, on croit la reconnaître à tous les niveaux où le Genre est représenté, tandis que quand une forme ne se modifie que dans d'étroites limites, il est rare qu’elle ne compte pas une mutation distincte à chaque niveau stratigraphique. Les premières sont donc de « mauvais fossiles », et les secondes, de « bons fossiles ».
M. Sacco a créé, en 1900 (I Moll. terz. Piem., part. XXVIII, p. 57, un S. -Genre Myrsopsis (G. -T. : Venerupis pernarum Bon.) qu’il rattache à Tapes, mais qui nous parait beaucoup plus voisin de Vcnerupis : il s’en distingue cependant par son grand sinus et par sa profonde rainure ligamentaire, excavée au-dessus de la nymphe, ce qui a fait croire à Michelotti, que le ligament est interne. L’espèce plaisancienne et astienne est précédée, dans le Bassin de Vienne, par une forme plus arrondie que M. Sacco a distinguée sous le nom miogrundensis. Nous n’avons pas trouvé de Myrsopsis dans le Néogène de l’Aquitaine.