Codokia (Jagonia) decussata [Da Costa
mut. subfævigata Sacco. PI. XXVIII, fig. 42-46.
1901. Jagonia reticulala var. sublævigata Sacco. I Moll. terz. Piem.,
p. 98, pl. XX, fig. 69-70.
Test assez épais. Taille petite; forme orbiculaire-arrondie, un peu convexe, médiocrement inéquilatérale; côté antérieur arrondi, un peu plus long que le côté postérieur qui est coudé et obliquement sub tronqué ; bord palléal irrégulièrement arqué; crochets petits, recourbés, situés en arrière de la ligne médiane; bord lunulaire excavé, bord supéropostérieur déclive et peu arqué. Lunule creuse et lisse; surface dorsale bombée au milieu, fortement déprimée ou même excavée sur la région anale, vis-à-vis de la troncature du contour; ornementation réduite à des lamelles obtuses et peu régulières que croisent vaguement des rayons obsolètes; il n'y a ni erénelures, ni ponctuations. Charnière normale, à cardi-
nales aussi divergentes que chez la coquille méditerranéenne; impression du muscle antérieur assez large et peu coudée; bords des valves finement crénelés.
Dim. Diamètre antéro-postérieur : 7,5 m i 1 1 . ; diamètre umbonopalléal : 6,5 mi 11.
Rapp. et diff. — Nos échantillons sont à peu près identiques à ceux de l’Helvétien du Piémont (collection Cossmann) que M. Sacco a séparés comme une variété qui pourrait presque être érigée en espèce; car elle diffère encore plus des spécimens pliocéniques et helvétiens dénommés J. decussata que de la forme typique de cette espèce, non seulement par l'effacement de l’ornementation, mais par son galbe arrondi et peu inéquilatéral qui rappelle beaucoup l’espèce vivante. Les différences avec J. reticulatoides sont encore plus accentuées, parce que la charnière s'en écarte egalement, tandis qu’elle se rapproche plutôt de celle du véritable J. decussata.
Comme on le voit par ce qui précède, il y a — dans tout ce groupe — des anomalies assez étranges dont on n'a pas encore suffisamment débrouillé la genèse, parce qu’on a trop facilement réuni toutes ces coquilles réticulées sans s'attacher à vérifier si les variations ne concordent pas avec des mutations ou des races bien définies. Pour ne pas sortir du cadre de l’Aquitaine, nous nous bornons à afffirmer que la race et mutation sublævigata est parfaitement délimitée, comme J. reticulatoides son ancêtre.
Localité. — Peyrehorade (Peyrère), plésiotypes (PI. XXVIII, fîg. 42- 46), coll. Raulin. — Helvétien.
PH ACOIDES Blainv. 1825.
(= Lucina Lamk. 18UL, non 1799; = Egraca Leach, 1852).
Coquille plus ou moins orbiculaire, extérieurement ornée, avec une aire anale quelquefois très marquée; charnière complète, les dents cardinales parfois partiellement atrophiées, les lamelles latérales toujours présentes; nymphe étroite et rllongée; ligament visible sur le bord dorsal; lunule variable, toujours creuse; digitation du muscle antérieur plus ou moins allongée.
Phacoides s. str. (— Dentilucina Fisch. ex eod. typo). — Forme orbiculaire comme une lentille; surface concentriquement sillonnée à l’extérieur; lunule étroite; aire anale plus
nu moins bien limitée; 3a, peu visible sur le bord lunu- 1 a i re ; AI, PI, inéquidistantes de même que A II, P II, ces deux dernières toujours moins saillantes que celles de la valve droite ; digitation du muscle antérieur habituellement longue et peu écartée de l'impression palléale; bord lisse (G. -T. : Venus jamaicensis Chemn. Viv.).
Le vocable Lucina ayant été restreint aux coquilles édentées, à ligament subinterne et dépourvu de nymphe, Fischer avait proposé la dénomination Dcntilucina pour les formes du même groupe que L. jamaicensis qui s’en écartent à première vue par leur charnière complète et par leur ligament externe; mais M. Dali a retrouvé, dans le Manuel de Malacologie de Blainville, l'expression Phacoicles (1) appliquée à une seule coquille identique à L. jamaicensis, et il l'a publiée, en 1901, dans son « Synopsis of Lucinacea ». Ce terme parait avoir été adopté par la plupart des auteurs, depuis cetle époque.
On distingue aisément Phacoides des formes obrondes de Pseudomiltha par la présence d une charnière, et par le bord dorsal non-interrompu en arrière du crochet; de Loripes, par le ligament externe, ainsi que par l’absence de A IV et de P IV; de Codokia, par son aire ligamentaire non recouverte par le bord dorsal, par l'absence de A IV et de P IV ; de Myrtea par sa charnière un peu plus complète, par son ligament moins profondément inséré et plus apparent, par sa digitation plus longue et non coudée.
Phacoides a certainement vécu dans les couches supérieures du Crétacique, si ce n’est à une époque même plus ancienne ; on le trouve à tous les niveaux du Système tertiaire, jusqu’à l’époque actuelle, représenté par des formes assez nombreuses qu’il serait difficile de subdiviser en plusieurs groupes par suite de différences dans le galbe de la coquille, attendu qu’il y a des passages intermédiaires entre ces groupes. Cependant M. Dali a distingué quelques nouvelles Sections fondées principalement sur des différences de l'ornementation.
Sect. Lucinisca Dali, 1901. — Coquille lentiforme, blan-
3/„ 2, 4 la première parfois
(1) Elymolog-ie : ©axoç lentille.
che, avec des aires dorsales bien marquées, et une sculpture réticulée et muriquée (G. -T. : Liicina nasmla Conrad, Viv.).
Celte Section existe aussi à l'état fossile, depuis l’Aquitanien des Antilles jusqu'au Pleistocène des Etats-Unis; nous n’avons rien de semblable en Europe.
S. -G. Here Gabb, 1866. — Forme orbiculaire, souvent très élevée, à crochet saillant; ornementation concentrique interrompue par des sillons rayonnants; lunule très creuse, atrophiant 2 et 3a; lamelles latérales doubles sur la valve gauche; digitation assez longue et divergente (G. -T. : Liicïna Richtofeni Gabb, Mioc.).
L'apparition de A IV et P IV, sur la valve gauche, l’atrophie presque complète de 2 et de 3a, l’ornementation toute spéciale de la surface, sont des critériums sous-génériques qui séparent suffisamment Here de Phacoides. Il est douteux que ce Sous-Genre ait vécu dans l’Eocène, et il est probable que Here Barbiéri Desh., du Lutécien, appartient au Sous-Genre Cardiolucina; nous ne connaissons pas, d’autre part, de véritables Here dans le Néogène d’Europe, où l’on ne trouve que Cardiolucina. Parmi des espèces américaines, citées sous ce nom par M. Dali, il y a d'ailleurs les Linga, ainsi que nous avons pu le vérifier.
Sert. Pleurolucina Dali, 1901. — Forme démesurément haute; ornementation formée de quelques larges côtes rayonnantes que traversent des lamelles concentriques; même formule cardinale que Here ; digital : n antérieure courte et divergente (G. -T. : Lucina leucocyma Dali, Viv.).
Nous avons pu étudier quelques valves d’une espèce plésio-génotype, Pleurolucina amabilis Dali, du Pliocène de Caloosahatchie : elles sont deux fois plus hautes que larges et sillonnées comme Inoceramus sulcatus du Gault, avec des crochets cordiformes, subspiranx, qui masquent presque entièrement la lunule; le doublement des lamelles latérales de la valve gauche y est bien apparent. Outre l’exagération de la forme élevée, et la différence d'ornementation, il y a le critérium de la digitation qui justifie — à lui seul — la séparation de cette Section. Elle apparait déjà dans l’Aquitanien des Antilles, mais nous ne la connaissons pas à l’état fossile en Europe.
Sect. Volupia Defr. 1829. (= Gradilucina Cossm. 1902, ex cod. typo ). — Forme trigone, à crochets très saillants, ornée de gros gradins concentriques et munie de deux aréas bien limitées, l'une anale, l’autre buccale, qui correspondent, l une à une troncature, l’autre à un sinus du contour (G. -T. : J . rugosa Defr. = Lucina tabulata Desh. Foc.).
Cette forme est encore plus haute et plus extraordinaire que Plcurolucina, mais elle se rattache à Ilere par sa charnière et par le système de son ornementation Elle n’a été signalée que dans l'Eocène des environs de Paris et du Cotentin, où elle est d’ailleurs très rare.
S. -G. Linga de Gregorio, 1885. — Forme plus ou moins globuleuse, ornée de lamelles concentriques, avec deux aréas bien limitées, de chaque côté de la surface médiane; lunule
cordiforme, n’atrophiant pas 3a ni surtout 2 qui est bien développée; lamelles latérales doubles sur la valve gauche; digitation longue, large et divergente (G. -T. : Lucina columbella Lamk. Mioc.).
La forme de la lunule et surtout la réapparition de 2 et de 3 a, la largeur de la digitation du muscle antérieur justifient le maintien de ce Sous-Genre que M. Dali a traité comme un simple synonyme de Here.
Linga n’apparait que dans l’Aquitanien et se développe abondamment dans le Burdigalien et l’Helvétien; il est plus rare dans le Pliocène et à l’époque actuelle, où il a émigré vers l’Atlantique.
S. -G. : Cardiolucina Sacco, 1901. — Coquille petite, gib— beuse, inéquilatérale, à côté postérieur tronqué; lamelles concenlriques épaisses, décussées par des rayons obsolètes; bords crénelés;
Fig. 134. — Cardiolucina Agassizi Midi1'. Mioc.
3a minuscule, 3;, épaisse; 2 et 4& inégales et divergentes; A 1 et A III, P I et P III, A II et P 11, inéquidistantes des cardinales; nymphe aplatie, peu allongée; digitation courte, adhérente à la ligne palléale (G. -T. : Lucina Agassizi Michelotti, Mioc.).
Dans ce Sous-Genre, c’est sur le valve droite que les lamelles sont doubles, et non sur la valve gauche comme chez Linga ; en outre, la digitation a son contour externe confondu avec la ligne palléale, ce qui est exceptionnel chez les Lucinidæ.
Il est probable que Cardiolucina a vécu déjà dans l’Eocêne (Here Barbiéri Desh.); d’autre part, M. Sacco en signale une espèce dans FAquitanien de la Ligurie, et une autre sous le nom Here mio-Barbieri dans l'Helvétien du Piémont. Le génotype existe dans le Tortonien de l’Aquitaine ; on n’en a pas encore cité dans le Pliocène, seulement MM. Dollfus et Dautzenberg indiquent deux coquilles similaires, par leur ornementation, dans la mer Rouge et l’Océan Indien; mais l’une d’elles ( Lucina pisum Reeve, non Phil. = L. eucosmia Dali) a été prise par M. Dali comme génotype d’un tout autre groupe ( Bellucina ), de sorte que la survivance de Cardiolucina, après l’époque miocénique, nous parait encore problématique.
? S. -G. Callucina Dali, 1901. — Coquille orbiculaire, dosinioïde, ornée de filets concentriques et parfois d’une faible sculpture radiale ; aréas dorsales obsolètes ; lunule petite, comprise surtout sur une valve et s’adaptant — quand la fermeture a lieu — dans une cavité de l’autre valve; charnière avec une dent cardinale sur chaque valve, les autres dents faibles ou absentes; bords internes et crénelés (G. -T. : Lucina radians Conrad, Mioc.).
Ce groupe — qui a débuté dans FAquitanien de la Jamaïque (L. pauperata Guppy) et qui s’est poursuivi dans le Miocène et le Pliocène des Etats-Unis, jusqu’à l’époque actuelle — est surtout caractérisé par sa lunule dissymétrique qui atrophie 3a et 2 et par l'effacement des aréas dorsales. Toutefois, si nous n'avons pas pu étudier le génotype, nous avons examiné quelques valves (coll. Cossmann) de C. pauperata, espèce que Fauteur a lui-même placée dans son Sous-Genre, et nous avons pu nous convaincre que c’est tout simplement un Phacoides ou un Cavilucina, à lamelles latérales très effacées. Dans ces conditions, Futilité de ce Sous- Genre parait discutable, à moins que l’attribution de L. pauperata à ce S. -G. soit inexacte.
Sect. Epilucina Dali, 1901. — Coquille vénériforme, à charnière complètement développée et à bords non crénelés; les autres caractères semblables à Callucina (G. -T. : Lucina californien Conr. Viv.). .
Ici encore, d’après l’examen de trois valves du Pléistocène de San Pedro (coll. Cossmann), nous avons pu nous convaincre que celte Section ne diffère de Phacoides que par l’effacement des aréas dorsales : ce n’est réellement pas un critérium suffisant pour justifier la séparation d une Section.
S. -G. Parvilucina Dali, 1901. — Coquille petite, gonflée, souvent inéquilatérale; ornementation plus ou moins réticulée mais non muriquée; dents petites, mais ordinairement toutes présentes (G. -T. : Lucina hemisculpta Carp. Viv.).
Nous avons le génotype sous les yeux (coll. Cossmann), et nous constatons qu'à part l’ornementation et la forme convexe des valves, il n’y aurait aucun motif sérieux pour distinguer même une Section de Phacoides, si la digitation — dont l’auteur n’a pas fait mention — ne présentait en effet une disposition tout à fait anormale : elle se réduit à une large ellipse dont le contour externe se confond avec la ligne palléale. Les lamelles latérales sont très petites et simples sur les deux valves dont les bords sont finement crénelés.
Sect. Bellucina Dali, 1901. — Aréas dorsales et ornementation fortes (G. -T. : Parvilucina eucosmia Dali = L. pisum Ileeve, Viv.).
A peine différente de Parvilucina, cette Section est — en tous cas — très éloignée de Cardiolucina que l’on avait cru reconnaître dans le génotype.