AVERTISSEMENT
L'homme propose et Dieu dispose. (Sagesse des nations.)
Cet ouvrage, sous la forme d'opuscule, était primitivement destiné, comme son plan l'indique assez, au concours ouvert par la Société d'Utilité Publique de Genève sur la question suivante : « Le droit et le devoir étant » considères moralement comme base de la conduite : quel » doit être pour le bien des individus et le bonheur des » peuples, le rôle assigne à Vun et à Vautre de ces deux » mobiles? » (Programme de 1853.)
L'ouvrage n'a revêtu le caractère et la forme sous lesquels il paraît aujourd'hui, que par le retard que les circonstances ont apporté sans cesse à sa conclusion, et par le développement que le sujet a pris de lui-même à mesure que l'auteur en considérait les divers points de vue. Ce fait est d'autant plus nécessaire à faire connaître, qu'il donne raison de ce qui pourrait manquer d'ampleur et de liaison aux différentes parties du cadre, secondairement adopté par l'écrivain, pour utiliser les idées que de prime abord lui suggéra la question soumise au coiicours.
L'auteur a-t-il bien fait de produire sitôt son œuvre, surtout lorsqu'il pourrait la rendre, par quelques mois de travail, sinon plus parfaite du moins plus appropriée au but qu'il s'était proposé? Question délicate que le lecteur seul pourra résoudre en ayant égard à la triste et pénible situation où l'écrivain se trouve. Son état maladif presque constant , impose à sa prudence la nécessité de sacrifier le fini de l'ouvrage à la possibilité d'être utile, en réveillant les esprits et en appelant l'attention du public sur les questions les plus vitales pour le bonheur individuel et le bien-être général.
Dès que l'écrivain ne peut plus compter sur ses forces , ni sur la liberté d'esprit nécessaire pour réaliser complètement la tâche qu'il s'était donnée : il lui devient permis d'essayer d'assurer quelques-uns des résultats heureux qu'il en attendait plutôt que de renoncer, pour une simple question d'amour-propre, à remplir dignement ce qu'il considérait comme son devoir. Et si l'ouvrage parvient à produire partie des résultats désirés, qu'importe après tout que l'œuvre soit plus ou moins bien finie, et que la gloire, de lui donner l'ampleur et la perfection qui lui manquent, revienne à d'autres qu'à celui qui l'aurait produite?
Si le cœur de l'écrivain est à la hauteur de sa mission, la satisfaction qu'il doit éprouver peut-elle être moins grande parce qu'il ouvrirait la voie à de plus habiles que lui? Nullement, il doit lui suffire, comme il lui suffit, d'avoir rempli sa part avec loyauté. — Plaise à Dieu que tous les lecteurs se pénètrent de cette idée et sachent rendre justice à l'auteur! — Ils apprécieront alors l'importance du concours, requis d'eux tous, pour l'œuvre de régénération, que l'écrivain s'est efforcé de pré-
parer, en faisant ressortir à quel point elle est nécessaire et utile au genre humain. Pour mieux appeler l'attention sur la transcendance de cette œuvre, il suffira d'ajouter qu'elle est adéquate à chaque homme, tant sa prompte réussite dépend de l'action simultanée et constante de tous, en sorte que si nul d'entre eux ne peut s'en croire dispensé, nul aussi ne peut s'en tenir pour le représentant exclusif.