A DIEU, COMME AU MEILLEUR DES PÈRES
A qui mieux qu'à toi, Source de tout bien, Souverain Amour, pourrais-je dédier ce volume? N'as-tu pas été témoin des luttes de mon esprit et ne connais-tu pas le motif qui produisit chez moi la résolution d'entreprendre cet opuscule? Ne l'as-tu pas vu germer et grandir dans ma pensée? N'as-tu pas compté les palpitations de mon cœur ému, les élans de joie de mon âme reconnaissante, alors qu'un heureux aperçu , traversant mon esprit , illuminait le sujet, et communiquait à mon argumentation cette clarté persuasive hors de laquelle il n'est point de conviction solide , pas d'entraînement possible ?
A qui mieux qu'à toi, Bon Père, pourrais-je recourir pour que ta Personne Divine me serve d'égide contre l'injuste invocation qu'on fera de ton Saint Nom, afin de
déverser plus à l'aise le blâme et la calomnie sur mon œuvre ?
Entreprise sous tes yeux , uniquement destinée à faire mieux ressortir quelques-uns des motifs qui doivent réveiller en nous l'amour qui t'est dû: comment pourrait-elle offenser ta Grandeur» ou mettre en doute ta Bonté? Ah! que mes adversaires sont heureux que tu n'aies pas jugé convenable de nous parler autrement que par l'éclat des merveilles sorties de tes mains, et qu'ils sauront bien, tout en le niant , abuser de la Grandeur même de ton Silence.
Je les vois déjà , te prêtant leurs idées étroites pour convertir en fils ingrat , en blasphémateur odieux quiconque pourrait , à mon instar, être assez hardi pour soutenir qu'e7 n'est pas besoin d'intermédiaire entre un Père et ses enfants.
Comment faire comprendre à ces aveugles zélateurs de ta Puissance , qu'ils la méconnaissent en offensant ta Paternité , lorsqu'ils supposent que la Raison ne saurait nous apprendre à t'adorer en esprit et en vérité ? Ne faut-il pas se méprendre sur le lien qui nous unit à Toi pour proscrire le chaînon même qui le constitue ?
Qu'est cette Raison , si ce n'est la merveille ou le guide lumineux que ta Bonté Paternelle se plut à nous donner, pour éclairer notre route, par l'éclat même que ta main sut y laisser, en l'imprimant au dedans de nous?
Puisse mon œuvre leur ouvrir les yeux et les porter à reconnaître la Grandeur de tes dispensations , en découvrant dans cette même Raison le gage permanent de ton Amour et la preuve vivante de ta Sollicitude Paternelle!
A qui mieux qu'à toî, mon Dieu, pourrais -je m'adresser en lançant dans le monde ce livre, faible hommage d'un cœur dévoué qui n'a jamais connu d'autres
beaux jours que ceux où sa confiance en Toi sut grandir à l'unisson de sa reconnaissance? Jours trop peu nombreux, hélas! mais si doux, si remplis de vrai bonheur que leur trace est à jamais ineffaçable dans la vie de celui qui les savoura. — Quel pauvre don en retour de tant de bienfaits! Quelle misérable offrande pour reconnaître une Bonté si constante! Dieu d'amour que n'as -tu pas fait pour moi ! Ta main libérale s'est-elle jamais lassée de s'ouvrir pour me combler, et cependant je n'ai pas autre chose à t'offrir, car cette œuvre renferme le cri de mon cœur , l'aspiration de mon âme et le but de ma vie ! Reçois-la, Mon Père, comme elle t'est adressée, du fond de mon être, et bénis les fruits qu'elle pourra porter! — Fais plus encore , permets , dans ta Bonté , qu'elle ouvre la voie à des esprits supérieurs, qui retirant, sous ton inspiration, la semence de vie, qu'elle peut contenir, sachent la faire germer pour le bonheur et le perfectionnement de tous tes enfants.