‹ Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccineChapitre 7 sur 52 · PAYS · texte numérisé non relu

PAYS

Masc.

ou St'

Fém.

ou S,"

France. . .1817-31

France. . . 1840-49

Suède. . . . 1 757-63|

Suède. . . . 1816-25

Suède. . . . 1841 -50,

Belgique. 1841-50

Pays-Bas. 1840-51

Angleterre! 839-44 ? Londres, 1838-44

Moyenne pour le xixe siècle.

(1) Cette survie pour le premier âge a l’avantage d’être un résultat tout à fait positif, aussi certain que le relevé des naissances et des décès de la première année. En effet, SG exprimant les naissances moius les mort-nés, soit les sujets qui survivent à l’accouchement,

les survivants à 12 mois révolus, D0.., les décès dans la première année, ou a S, = S„ .. , — D0 ..

(2) La population deO à 1 an, qu’on représente en démographie par l’expression Pn , (P'0 .. i la population masculine et P"0 .. , la féminine)

INTRODUCTION

Ce tableau pourrait être allongé de tous les pays où l’on sait qui naît et qui meurt. Aucun n’offre exception. Il résulte donc que, soit au siècle passé, soit au nôtre, en France comme à l’étranger, une différence très tranchée existe, dès la première année , entre la mortalité des deux -sexes, puisqu’en moyenne, sur 100 enfants de chaque t 'ï sexe, il succombe dans l’année 20 garçons et seulement 3116,5 tilles, soit le cinquième des garçons et seulement le h sixième des filles. Une loi si constante est évidemment le fait d’une prédisposition organique ; et d’ailleurs, comme les u enfants mâles ne sont frappés à cette époque de la vie par aucune affection spéciale à leur sexe, il en faut nécessain rement conclure que toutes ou quelques-unes des mala- Jf dies de l’enfance sont plus graves pour un sexe que pour l’autre, bien que cette importante différence ait compléten ment échappé jusqu’ici à l’observation médicale. La statistique générale démontre cette inégalité; c’est à la statistique médicale, et en particulier à la statistique des causes de décès, qu’il appartient d’approfondir cette intéressante question, de découvrir si toutes les maladies ou quelques-unes , et lesquelles, sont plus graves chez les mâles (1).

pourrait être donnée par les recensements ; mais comme c’est sur ces nouveau-nés que porte le plus grand nombre d’oublis, surtout en France, nous nous servirons de la formule expérimentale donnée par M. Guillard et fondée sur les documents belges ( Journal des économistes , numéro de septembre 1856), Po..( = So = 7/10Do..1, formule dont nous avons souvent vérifié la suffisante approximation, au moins pour notre objet : le danger de mort ou coefficient de mortalité G

sera C0.., = — ^

(1) Un commencement de statistique, due à MM. Barthez et Rilliet, semble indiquer que la fièvre typhoïde est plus meurtrière chez les garçons; mais ces relevés ne reposent pas sur des nombres suffisamment grands pour qu’on puisse les regarder comme dégagés des écarts dus au hasard.

Si nous voulions continuer l’examen de la mortalité comparée suivant les âges, les sexes, les pays, etc., le volume suffirait à peine pour mettre en lumière une multitude de vérités très généralement inconnues de la médecine.

11 faut pourtant nous refuser aujourd’hui à un examen aussi rempli d’intérêt, et nous contenter de quelques autres applications médicales, afin de mieux faire apprécier la sûreté et l’étendue de la méthode statistique.

Ii est arrivé à la thérapeutique ce que nous venons de constater pour l’étiologie. Quand l’action d’un médicament ou d’un mode de traitement a été très intense, très nettement différente par ses résultats de ceux dus à la simple expectation, l’étude individuelle et isolée a suffi. C’est ce mode d’observation qui a permis à la science d’accepter les découvertes dues au hasard, les propriétés du quinquina, de l’opium, du mercure, de l’iode, du vaccin. Mais toutes les fois que l’action thérapeutique, moins manifeste, s’est confondue dans les influences particulières, elle est devenue insaisissable aux yeux les plus exercés, ou plutôt chacun a vu suivant la série de faits que le hasard amenait sous ses yeux, ou suivant ses préoccupations intellectuelles. Aussi, qui pourrait décrire le chaos de la thérapeutique médicale, l’anarchie qui règne entre les praticiens! Nous n’entendons parler ici que des hommes honnêtes. .

11 y a les gens de foi qui attribuent toujours la cure au remède : les uns croient tout guérir avec un agent ou une méthode unique; les autres, avec autant de raison, pensent tout guérir avec tout ; tandis que d’autres affirment guérir tout avec les infiniment petits, c’est-à-dire avec rien.

11 y a les sceptiques qui affirment qu’on ne guérit rien.

INTRODUCTION

Il y a enfin le plus grand nombre, nageant entre deux eaux, se tirant d’affaire par expédient, suivant la circonstance et le terre-à-terre du symptôme. Mais, parmi eux, un petit nombre d’hommes ont conscience et sont désolés de l’impuissance actuelle de la science. Ils n’écoutent qqu’avec douleur la voix de la prudence qui, en présence d’une maladie grave et tandis qu’ils ont dans les mains des armes énergiques, leur dit pourtant : — Abstiens-toi, fî-reste les bras croisés, puisque la science est encore si incertaine, que tu ne peux essayer de frapper le mal sans risquer d’atteindre le malade.

Voilà où en est la thérapeutique, cette partie des sciences médicales d’un intérêt si actuel, toujours si pressant. La s- seule connaissance qui importe directement à celui qui souffre est cependant la moins digne de confiance, la plus il décriée, et ce n’est pas sans raison, il faut oser l’avouer; car, pendant que les autres branches des sciences naturelles et médicales ont fait de si grands pas, elle seule est restée à peu près stationnaire. Quand elle a eu quelques rares progrès à enregistrer, c’est au hasard, à l’empirisme qu’elle les a dus, tandis que les efforts de tant de médecins, de tant d’hommes supérieurs par leurs connaissances, par leur ardeur au travail, n’ont abouti ou qu’à de vaines théories, aussitôt mortes que nées, ou qu’à des affirmations contradictoires : d’où il est résulté que la thérapeutique médicale ne recevant que fort peu de secours de la science sérieuse , est restée sans défense contre l’épidémie du merveilleux et contre les charlatans de foire et de salon qui chauffent et exploitent habilement la crédulité, apanage ordinaire de la souffrance.

Un tel état de choses n’est pas tenable; il rappelle, par son étrangeté, l’état général des connaissances humaines avant Descartes et Bacon, et aujourd’hui plus qu’alors on

peut dire que ce ne sont ni les hommes ni les efforts qui ont manqué à la science. 11 faudra donc que ce soit la méthode : c’est à elle qu’on doit s’en prendre, et c’est elle qu’il faut réformer, ou au moins dont il faut élargir les bases. C’est pourquoi nous disons que la thérapeutique ne pourra sortir du chaos, ne pourra devenir une science positive, capable de faire taire les clameurs ignorantes ou intéressées, qu’en substituant à l’impuissance d’analyse sur les faits isolés la méthode d’analyse par les faits groupés, qu’en soumettant ses assertions incertaines et contradictoires à l’autorité de la statistique.

Nous aurions voulu donner à nos lecteurs un exemple de l’usage de cette méthode appliquée aux recherches thérapeutiques. Mais telle est jusqu’à ce jour l’inexpérience de la médecine en statistique, que nous n’avons pu encore trouver dans la science un document qui nous parût présenter, tant par la masse des faits que par l’impartialité des relevés, les garanties nécessaires pour les mettre en œuvre, en s’élevant au-dessus des perturbations de détail.

Mais il nous a été donné de faire nous -même une enquête partielle sur une consommation de luxe qui, sans appartenir à la thérapeutique proprement dite, n’en fera pas moins concevoir quelles peuvent être les ressources de cette méthode d’analyse, appliquée à démêler les influences des agents de la matière médicale.

Tous savent les controverses qu’a suscitées l’usage habituel du tabac. Beaucoup d’entre nous se souviennent d’avoir entendu le regrettable et aimé professeur Richard terminer ses cours de botanique par de véhémentes catilinaires contre cette solanée. D’un autre côté, chacun connaît aussi d’intrépides fumeurs qui jouissent de toutes les apparences de la santé physique et intellectuelle. Hier

INTRODUCTION

encore un des jeunes chirurgiens de Paris, que sa vaste et vive intelligence, son ardeur au travail, sa science élèvent aux premiers rangs, nous assurait que le tabac n’avait eu aucune influence fâcheuse sur sa mémoire ni sur ses autres facultés; et il faut avouer que ceux qui le connaissent ne songent pas à les croire amoindries. Ainsi l’influence d’une petite dose de nicotine journellement absorbée est un problème fort débattu, et qui ne paraît guère soluble par l’analyse individuelle.

Nous avons donc eu l’idée de soumettre cette question à la méthode statistique. Nous avons pu prendre pour champ d’observation une haute école, illustre entre toutes les écoles du monde, peuplée des jeunes gens les plus studieux de France, l’École polytechnique. La direction des études, d’après les examens périodiques, classe les élèves par ordre de mérite ; ce classement est renouvelé trois fois par an, à l’entrée, au milieu et à la fin de l’année d’études. Notre examen a porté sur les élèves fumeurs et non fumeurs; et voici, en rapportant nos résultats à ceux des classements officiels, ce que nous avons relevé sur la promotion unique, il est vrai, qu’il nous a été donné d’examiner : 102 fumeurs sur 160 élèves se répartissaient comme il suit :

Page 1