‹ Concours d'agrégation de 1898, section de sciences physiques. Grades universitaires, titres et travaux scientifiquesChapitre 15 sur 17 · Etudes · texte numérisé non relu

Etudes

’ Tamplitude

Nous avons examiné 960 yeux au double point de vue de l’acuité visuelle et del’amplitude d’accommodation.

L’un de nous déterminait le punctum proximum au moyen de l’optomètre de Badal et l’acuité visuelle à l’aide de mon échelle décimale pour V > 1, tandis que l’autre mesurait le degré d’amétropie par la méthode de Cuignet, dans un local difîérent.

Pour ce qui est de l’acuité visuelle, la courbe obtenue avec les nombres trouvés a la même allure que celle déjà construite dans mes recherches antérieures qui datent de 1892 et 1893 ; c’est une confirmation absolue de la loi que j’ai établie : à savoir que l’acuité visuelle croit d'abord jusqu’à l’âge de la puberté pour décroître ensuite très lentement jusqu’à la vieillesse.

Dans la seconde partie de ce travail, nous avons recherché comment varie le pouvoir accommodatif de l’œil avec l’âge, d’ahord et aussi avec les différents états de réfraction statique. On dit habituellement que l’amplitude d’accommodation est indépendante de cet état de réfraction statique, c’est-à-dire qu’à un âge donné, tout œil, myope, emmétrope ou hypermétrope a une amplitude égale, Nos résultats ont prouvé qu’il n’en était jamais

Les sujets sur lesquels ont été faites ces déterminations étaient âgés de 7 à 21 ans. Nous avons pu, par conséquent, prolonger la courbe donnée par Donders qui n’avait commencé ses investigations qu’à partir de 10 ans ; au-dessous de 10 ans, les yeux sont presque tous hypermétropes, et pour ces yeux, le pouvoir acoommo-

datif va en décroissant : de la valeur 14,40 dioptries à 1 7 ans, il tombe à 13,80 dioptries à 10 ans. A partir de ; cet âge, une partie des yeux deviennent emmétropes,-1' < tandis que les myopes sont rares avant 13-14 ans.

Les courbes de la figure montrent les résultats de nos déterminations ; les yeux hypermétropes ont une amplilude d’accommodation plus grande que les emmétropes ^ (et la différence augmente de 10 à 21 ans) et l’amplitude de ceux-ci est supérieure à celle des myopes. Les hyperi-| métropies dont étaient atteints les sujets examinés i variaient de 1 dioptrie à 2,5 dioptries; les myopies allaient de 1 à 4 dioptries; nous n’avons pris que ces faibles degrés d’amétropies de façon à ne pas compren- ^ dre les yeux ayant des lésions du fond de l’œil. On est

L’ÉTAT DE BÉFRACTION STATIQUE {Fig. 6)

donc autorisé à dire d’après nos recherches que le ponvoir aecommodatif varie avec l’état de réfraction statique de

mi.

Nous avons fait pour ainsi dire la preuve de cette loi en recherchant ce que .devient le pouvoir aocommodatif d’un œil amétrope corrigé'de bonne heure à l’aide d’un verre convenable ; dans ces conditions, l’ampiitude d’accommodation devient égale à celle de l’œil emmétrope de même âge. Nous avons vu aussi que lorsque la myopie est surcorngée, comme cela se présente quelquefois, l’amplitude se rapproche de celte de l’hypermétropie. Ce fait a été vérifié sur des anisométropes munis de verres égaux des deux côtés.

Les résultats contenus dans ce travail s’expliquent très naturellement : l’amplitude d’accommodation dépend de la contraction du muscle ciliaire qui obéit aux lois de la physiologie générale : plus l’effort qu’il doit faire est grand, plus il travaille; il finit alors par s’.hypertrophier, de manière à fournir, un effort qui tout d’abord lui était difficile. Réciproquement, moins il travaille, c’est-à-dire moins l'accommodation est considérable et plus il tend à s’atrophier. Il résulte de là que les ■hypermétropesaux muscles ciliaires volumineux et puissants devront avoir une amplitude maxima ; les emmétropes dont les n.uscles ciliaires sont;de dimensions ■ moyennes ont une arnpli lude plus faible ; enfui les myopes dont les muscles ciliaires sont presque toujours inactifs, une amplitude minima ; c’est bien ce qu’indiquent nos courbes. Il s’agit donc là d’un phénomène musculaire et nous en avons donné une autre preuve : en faisant en effet les mêmes déterminations sur des soldats de 21 à 25 ans, nous avons trouvé que l’amplitude de ces hommes était bien inférieure à celle des étudiants ayant le. même âge et la même réfraction statique. Or, ces soldats étaient des paysans ne mettant que très peu souvent en jeu leur accommodation. On peut donc dire que

le pouvoir aecommodatif est proportionnel à l’ellort qui est demandé aux muscles ciliaires dans les occupations habituelles de la vie.

Page 1