‹ Concours d'agrégation des facultés de médecine, section d'histoire naturelle, 1904. Exposé des titres et travaux scientifiquesChapitre 3 sur 3 · AGENT THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

AGENT THÉRAPEUTIQUE

intenses dans la région du rouge, diminuent progressivement en allant du rouge au violet, pour disparaître au moment ou commence le spectre ultra-violet. De même, il existe des radiations chimiques, commençant dans la partie rouge du spectre visible, augmentant dans la jaune, diminuant ensuite jusqu’au violet, pour devenir de plus en plus intenses dans le spectre ultra-violet. Les longueurs d’onde de ces differentes radiations vont en croissant de l’ultra-violet à l’infra-

Voici quelques données il ce sujet, suivant la région du spectre que l’on considère :

Ultra-violet, longueur Violet Indigo llleu Vert

Orangé Rouge

ide au-dessous de 892 ^ de 392 à 4'28 fl.

de 434 M49f‘

de 457 à 5 oo fi.

de 5 oo à 544 f* de 562 à 583 vde 600 il ()6o fjL de 663 à 698 u au delà de 698 a

Dans ce composé complexe que représente la lumière, la partie agissante est le spectre chimique.

11 y a plus de vingt ans déjà, Downes et Blunt *, en étudiant les effets de la lumière monochromatique.

1° Par l’action de tous les rayons, sauf les ultraviolets, la peau ne fut pas influencée;

2“ Par l’action de tous les rayons, sauf les rayons calorifiques, l’inflammation caractéristique se déve-

parti que l’on pouvait tirer de nos connaissances actuelles. C’est lui, sans conteste, qui le premier est entré résolument dans la voie de la pratique, en jetant les bases de la photothérapie. C’est un devoir et un plaisir pour nous de lui rendre cet hommage. Nous passerons sous silence ses nombreuses expériences sur les effets physiologiques de la lumière, élude à laquelle il s’est adonné complètement, pour ne voir dans son œuvre que le côté pratique.

Les étapes par lesquelles passèrent les différents modes d’application de la lumière, qu’il proposa successivement, sont marquées par les trois mémoires suivants, parus à intervalles très rapprochés. Le premier mémoire parut dans la Semaine médicale du 3 ojuin iSq/j, sous le titre : les Rayons chimiques et ht variole. Le deuxième, la Lumière comme agent d'excitahilité, dans \e Hospitals-tidende, Copenhague, n” 8, 1895 (en danois : Lyset som incitament), et le troisième, dans la Semaine mérfîcale du 21 décembre 1897, Traitement du lupus vulgaire par les rayons chimiques concentrés.

De l’étude de ces mémoires, il ressort que Finseu a divisé cliniquement les effets de la lumière en deux catégories, la lumière manifestant son action tantôt d’une façon favorable, tantôt d’une manière fâcheuse pour nous, si nous considérons le résultat obtenu.

Si la lumière produit une action sur la peau saine, il était tout naturel de conclure que, dans certains étals pathologiques, cette action devait devenir tout à fait

Bcientiflques, concernant l’action de la lumière sur les organismes vivants, principalement pour en appliquer les résultats au service de la médecine pratique. Au moment où nous écrivons ces lignes, l’institut est en voie de construction. C’est dans une installation provisoire, établie dans un des jardins attenants à l’hôpital général, queFinsen a organisé ses premiers services, qui fonctionnent régulièrement depuis plus de trois ans. Des malades en grand nombre ont été déjà traités, et ont donné la confirmation pratique de l’exposé théorique du nouveau traitement proposé parFinsen.

Ces recherches, suivies en Danemark, en Suède et en Allemagne avec le plus vif intérêt, ne nous paraissaient pas avoir obtenu en France l’attention qu’elles mentaient. La communicatian de Bang au quatrième Congrès de la tuberculose à Paris, en 1898, n’a peut-être pas eu à notre avis un retentissement suffisant. En juin 1900, nous nous sommes décidés à aller a Copenhague, pour nous rendre compte par nous-mêmes des résultats obtenus par la méthode employée par Finsen. Ces résultats, du reste, nous intéressaient tout particulièrement. Dans un même ordre d’idées, et dans des expériences analogues à celles du professeur Finsen, et à peu

sur les microbes, nous avions vu qu’ils agissaient sur ces derniers d’une façon analogue à la lumière. A dose plus ou moins forte, ils retardaient ou arrêtaient le développement des espèces soumises à l’expérimentation. En

professeurFinsen, méthode dont il nous a fait lui-méme l'exposé théorique et donné la démonstration pratique, avec une obligeance dont nous ne saurions trop le remercier, .\joutons que les quatre mois qui se sont écoulés depuis notre voyage à Copenhague jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, nous ont permis de traiter jilusieurs malades, avec le jilus grand succès, dans notre laboratoire de la Faculté de médecine, où nous avons fait une installation * sommaire il est vrai,

permettre de poursuivre des recherches dans le même ordre d’idées. Ultérieurement, nous nous proposons de faire connaître les résultats obtenus, résultats qui, nous nous empressons de le dire, sont des plus concluants.

très précieux, dans les différents travaux parus ces derniers temps. Donnons une mention toute spéciale au personnel secondaire, composé d’infirmières gu mieux d’assistantes qui, sous la direction médicale, donnent directement les soins aux malades. Ces assistantes ont le rôle que rempliraient chez nous de bons externes.

L’institut est ouvert aux malades de toutes les .nations. Une rétribution peu élevée leur est demandée, environ 6o couronnes ' par mois pour les malades du Danemark, et loo couronnes pour les étrangers. Ajoutons que beaucoup d’indigents, dénués de tout secours, sont soignes gratuitement, lies malades ne sont pas hospitalisés.

D’une manière générale, on traite toutes les affections intéressant le système cutané, et que l’on estime justiciables de l’emploi de l’action bactéricide ou modificatrice de la lumière.

L’action tonique et reconstituante de la lumière, employée sous forme de bain général, est è l’étude, mais n’a pas encore reçu toutes les applications que l’on est en droit d’attendre. Dans une partie spéciale de l’institut, les malades peuvent prendre des bains de soleil ou de lumière fournie par un arc électrique très puissant de 200 ampères. Finsen a renoncé complètement à l’emploi des lampes électriques à incandescence, qui ne donnent presque point de rayons chimiques.

C’est surtout dans le traitement des dermatoses bac-

solaire directe, l’autre à la lumière solaire concentrée. Ensuite, on les laissait dans l’obscurité et à une température convenable, pendant un jour ou deux; au bout de ce temps, un simple coup d’ceil permettait de se rendre compte des résultats de l’expérience. En effet, lorsque la lumière avait tué tous les bacilles, dans l’espace de temps indiqué par un des chiffres inscrits, ce dernier se trouvait nettement dessiné, sur le milieu de la culture, par les colonies qui s’étaient développées à l’abri des parties colorées en noir. De cette façon, les bactéries indiquaient elles-mêmes le temps d’exposition nécessaire pour les faire périr. De nombreuses recherches de ce genre ont démontré que la lumière solaire, concentrée à l’aide des premiers appareils de Finsen, tue les microbes avec une rapidité quinze fois plus grande que la lumière directe, et que les effets obtenus avec l’arc voltaïque sont encore plus intenses.

De cette lumière concentrée, il faut en outre enlever les rayons calorifiques qui auraient provoqué une combustion des tissus.

Supposons ce double résultat obtenu d’une manière aussi satisfaisante que possible, le but que l’on serait en droit d’attendre théoriquement ne serait nullement obtenu, ainsi que nous allons le voir.

En effet, tous les tissus vivants sont assurément perméables à la lumière ; la peau, les muscles, les tendons, les nerfs, les cartüages, et même les os (ainsi que le prouve l’éclairage des cavités osseuses par transparence), se laissent pénétrer par les rayons lumineux ;

îa propriété do laisser passer les r à 3 oo- 35 o U, conviendra très bi( lion des collecteurs de lumière so Dans l’arc électrique, au con inférieures à 3 oo- 35 ofx n’étant pî mosphère, nous avons tout intért

seii du soleil comme source lumineuse, avec l’appareil décrit plus haut (fig. i). Dans ce cas, l’intensité est fonclion de l’intensité de la lumière solaire et de la grandeur de la lentille employée. L’expérience apprend que l’on ne peut pas agrandir indéfiniment la lentille ; le foyer devient de moins en moins net et précis, ii mesure que les dimensions de celte dernière augmentent, Une lentille de 25 à 3 o centimètres est celle qui donne

particulièrement forte, ou quand il s’agit de sujets ayant la peau très sensible, on a intérêt à restreindre le diamètre de l’appareil,

En ce qui concerne l’accumulation et la sélection des rayons provenant de l’are voltaïque, d’autres considérations s’imposent: l’intensité sera, de même, fonclion de l’intensité de la source lumineuse et de la grandeur de la lentille ; mais il est impossible d’avoir de grosses lentilles en cristal de roche, dont la construction serait trop coûteuse et particulièrement difficile.

La dose thérapeutique de lumière s’obtient en prenant un arc voltaïque d’une très grande intensité, ce qui permet de diminuer la grandeur des lentilles. Dans ce cas, l’intensité peut devenir de plus en plus grande, en même temps que s’accroît celle de l’arc voltaïque. Cette considération permet de se rendre compte du fait d’expérience qui montre que l’action de l’arc électrique est constamment plus intense que celle obtenue avec la lumière solaire, celle dernière ayant une intensité variant dans des limites qu’onne peutdépasser,

Immédiatemenl apres, la peau est plus on moins rouge, quelquefois même un peu douloureuse, le sujet ressentant une sensation spéciale de tuméfaction. L’inllammaüon augmente progressivement, mais n'atteint son maximum que dix ou douze heures, souvent même vingt-quatre heures plus tard. Parfois, on observe un suintement séreux, ou la formation de vésicules remplies de sérosité. Nous voyons donc une différence très marquée entre cette inflammation photo-chimique et celle qui est produite par les radiations calorifiques, cette dernière atteignant presque de suite son maximum d’intensité.

Chez certains sujets, a la peau très sensible, cetle réaction est parfois si intense, qu’elle se généralise et ressemble aime poussée érysipélateuse. Force est alors de réduire de beaucoup la durée des séances. Jusqu’à maintenant, aucun phénomène nécrotique n’a encore été observé.

Après un laps de temps qui varie entre quatre et huit jours, les phenomenes inflammatoires disparaissent et se terminent par une légère desquamation. Quand on agit sur la peau saine, on observe la plupart du temps des pigmentations parfois rebelles, mais qui finissent toujours par disparaître. Sur la peau malade,

se produit pas. A la place des tissus malades, et quand les phénomènes réactionnels ont disparu, on trouve un tissu absolument sain d’apparence, souple au toucher et de coloration normale.

est exposée pendant le temps voulu à l’action des rayons lumineux, jusqu’à ce que toutes les parties atteintes par ; le lupusàientsubiàleur tour cette exposition, en ayant soin, autant que possible, de débuter par la périphérie , afinde limiter de suite l’extension de la maladie,Quand tous les points ont été successivement traités,, il faut examiner très attentivement le sujet, et soumettre de nouveau.au traitement les parties dans lesquelles on observerait quelque point suspect. J,e traitement est long, assurément; pour un lupus de moyenne, étendue, il n’exigera pas moins de loo ou 120 séances.:, t

On agit d’une manière analogue pour les affections cutanées autres que le lupus.

Quand le temps le permet, le traitement se l'ail en plein air (fig. 6 et 7), à l’aide des rayons du soleil. Le malade, enveloppé de linges blancs, muni de lunettes . J noires ou les yeux recouverts d’un bandeau, est installé sur une chaise ou sur un lit, la tête étant aulaiit

que possible, protégée conjre la radiation solaire. La partie à traiter est préalablement minutieusement lavée avec de l’alcool ou de l’éther. La garde-malade chargée du sujet règle la direction de la lentille solaire, de façon qne le foyer, ou plutôt un point très rapproché du foyer, se trouve toujours sur la partie soumise au traitement , partie sur laquelle est appliqué le compresseur.

Si le temps est mauvais, ou le soleil insuffisant, et dans certains cas rebelles à l'action des rayons solaires, on se sert de l’arc électrique. Le dispositif est à peu près le même, du moins en ce qui concerne le malade,

point est plus facile.

L’installation actuelle de l’institut permet de traiter simultanément à peu près trente malades.

.\près la séance, la partie exposée est recouverte d’un pansement fait d’un petit carré de lint horiqué, recouvert d’une pommade à l’oxyde de zinc.

Au :ii décembre 1899, les malades traités par cette méthode au « Finsens medicinske Lysinstitut » sont au nombre de 622, qui, au point de vue des affections pour lesquelles ils ont reçu des soins, se répartissent ainsi

I" iMpus ordinaire. — 462 cas, ayant donné 3 ii guérisons, 121 cas sont encore en traitement et en voie

d’amélioration. Chez 26 autres malades, le traitement

a dû etre interrompu pour des raisons diverses (maladies intercurrentes, rappel dans les familles, etc.). Enfin, 4 cas seulement se sont montrés réfractaires. Le fait

les afFections les plus diverses. Conlenlons-nous de signaler les bons résultals obtenus dans le Iraitemen de la pelade.

D’après les recherches de Finsen, telles que nous venons de les e.vposer, c’est le lupus surtout, qui paraît pouvoir être traité, avec grand avantage, par les rayons chimiques concentrés provenant de la lumière solaire, ou par ceux d’un puissant foyer de lumière électrique.

Cette maladie, malheureusement si rebelle à toute espèce de médication, semblait relativement rare en Danemark avant l’organisation du service du professeur Finsen. Mais depuis qu’on a su en Scandinavie et ailleurs dans les régions du Nord que les malheureux atteints de celte dermatose réputée à peu près incurable étaient soignés et guéris, pour la plupart, à la policlinique de Copenhague, les malades ont afflué en très grand nombre; aussi, actuellement, dans l’institut consacré à cet usage, plus de 25 o malades sont journellement mis en traitement.

On a prétendu qu’en France le lupus était peu répandu, et que, par suite, il serait presque inutile de faire des installations coûteuses pour soigner les malades qui en sont atteints. Nous croyons que cette affirmation est absolument erronee. Les lupus se voient, en effet, assez rarement dans nos hôpitaux, même dans

•dans les hôpitaux de nos grandes villes où le médecin, découragé de voir ses efforts à peu près infructueux, , en arrive involontairement à se désintéresser de ce» malades.

D’après les informations que nous avons pu recueillii' auprès de nos collègues les plus compétents, dans la région lyonnaise, dans l’Ardèche surtout, dans la Loire et en Auvergne, le lupus serait beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit, quoique cette affection ne soit représentée que par un petit nombre de cas dans nos services dermatologiques. Mais certainement en France, comme en Scandinavie, les malades ne tarderont pas à affluer dans nos centres bospitahers, si on veut bien organiser chez nous des policliniques semblables il celle du professeur Finsen, et si nos malades savaient qu’avec de la patience et des soins spéciaux on peut les guérir radicalement de leur horrible affection.

Certains pays du nord de l’Europe, la Russie entre autres, sont déjà entrés dans cette voie. .Vctuellement à Saint-Pétersbourg, grâce à une somme considérable

sous lequel il ne clisparaîL que pendant un petit nombre d’heures. Même au milieu du jour, il reste infiniment plus bas que chez nous, de telle sorte que les faisceaux lumineux collectés par les grandes lentilles peuvent être dirigés avec la plus grande facilité sur les différentes parties du visage des malades mis en traite-

dans le jardin de l'hôpital de Copenhague, une trentaine d’infirmières de M. Finsen, vêtues entièrement de blanc, la tête couverte d’un vaste chapeau en toile blanche, les yeux protégés par de larges conserves bleuies, les bras entièrement nus devenus couleur croûte de pain par suite de l’influence des rayons solaires, faire manœuvrer les grandes lentilles bleues pour faire tomber les rayons concentrés sur le corn-

cet exemple. Dans nos départements du Midi, en Algérie, mais à Biskra surtout où le soleil, toujours éblouissant n’est presque jamais voilé, même en hiver, des installations liéliotliérapiques pourraient être organisées à très peu de frais. Ailleurs, il est évident que le soleil se montre d’une façon trop irrégulière pour être utilise serieusement si ce n'est pendant quelques

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