‹ Concours d'agrégation des facultés de médecine, section des sciences anatomiques et physiologiques. Titres et travaux scientifiques du Dr Emile Brumpt. Mai 1907Chapitre 1 sur 16 · V. — MISSIONS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

V. — MISSIONS SCIENTIFIQUES

1901 (Janvier) 1903 (Mars). — Mission du vicomte du Bourg de Bozas (Ministère de l’Instruction publique).

1903 (Juil.-nov.). — Mission pour l’étude de la Maladie du sommeil au Congo (Ministère de l’Instruction publique).

1906 (juil.-oct.). — Étude du paludisme dans la province d’Oran (Caisse des Recherches scientifiques).

1" Mission du Bourg de Bozas ( 1901 - 1903 ).—Cette mission à laquelle j’étais attaché à divers titres, a effectué, çn deux ans, la traversée de l’Afrique équatoriale, depuis la mer Rouge (Dji-

bouli) jusqu’à l’Atlantique (estuaire du Congo). La mission a traversé successivement le pays des Somalis, le pays des Gallas aroussi, le Choa, le Oualamo, le Tourkouana, le haut Soudan, l’Ouganda et le Congo belgé depuis le Nil jusqu’à l’Atlantique.

J’appartenais à cette mission comme médecin et naturaliste, j’étais chargé en plus du service photographique et du relèvement des itinéraires.

2“ Mission pour l’étude de la maladie du sommeil (1903). — Cette mission a été l’objet d’un rapport adressé à l’Académie de Médecine à l’occasion du concours pour le prix Monbinne, en 1906.

Dans ce travaille relate un cas de maladie du sommeil observé chez un Européen et 37 cas chez des Nègres (18 hommes, 7 femmes, 12 enfants).

Je donne des détails sur l’anatomie microscopique du système nerveux d’un des malades autopsiés, ainsi que sur les altérations cytologiques des éléments nerveux du cerveau et de la moelle.

Me basant Sur l’ensemble des symptômes présentés par les malades et sur l’étude des lésions anatomo-pathologiques, je considère la maladie du sommeil comme une méningite cérébro-spinale ambulatoire, à marche chronique et à symptômes atténués. Cette méningite est secondaire, ce n’est que la phase ultime et fatale d’une infection sanguine causée par un Trypanosome.

Les conclusions de mon rapport sont les suivantes :

1“ La maladie du sommeil est bien causée par un Trypanosome ;

2° Ce Trypanosome se rencontre aussi bien en Afrique occidentale qu’en Afrique orientale.

3® Ce parasite est inoculable aux animaux,

4® La Mouche TsétSé du Congo {Glossina palpalis) est bien l’agent de sa transmission.

5® Les. trois Nègres que j'ai ramenés en France et qui ont été hospitalisés chez les Dames françaises ont été le point de départ d’un certain nombre de travaux sur la maladie du sommeil.

6 ® Cette mission m’a permis de mettre aü point la question dé la prophylaxie de la maladie du sommeil.

3® Étude du paludisme dans la province d’Oran. — Rapport adressé au Ministère de l’Instruction publique (bureau

de la Caisse des recherches scientifiques).

Durant le séjour de deux mois que j’ai fait en Algérie celte année (août et septembre 1906), je me suis proposé d’étudier, entre autres maladies parasitaires, le paludisme. ^

Je voulais étudier en particulier l’évolution des parasites de la fièvre chez les Moustiques, mais ce travail n’a pu être fait par suite de l’absence de sujets paludéens ayant dans leur sang un nombre suffisant de parasites. J’ai alors modifié mon projet et me suis efforcé de parcourir dans une région déterminée tous les points palustres, pour y faire des observations épidémiologiques sur le paludisme. J’ai étudié la région qui s’étend entre Arzeu et l’embouchure du Chéliff, Relizane et Saint-Denis du Sig (Province d’Oran).

Cet itinéraire a été parcouru avec une voiture légère qui me permettait de passer dans les chemins d’exploitation agricole au bord desquels se trouvent groupés les villages indigènes.

On sait depuis quelques années que le paludisme est propagé par des Moustiques du genre Anopheles. Ce fait a été démontré expérimentalement, néanmoins, quelques auteurs admettent, ou sont convaincus, que le paludisme peut être contracté d’une autre façon (eau, poussières, gaz divers, etc.).

Mes études épidémiologiques faites en Afrique équatoriale (Mission du Bourg de Bozas,i 900-1903) et en Algérie, me conduisent à cette conviction que les Moustiques seuls transmettent le paludisme. Ce sont eux qui donnent le premier accès de fièvre, les accès qui se produisent ensuite sont ou des rechutes ou des réinoculations.

Je résume dans les propositions suivantes l’ensemble de mes observations qui concordent absolument avec celles qui ont été faites par les auteurs les plus récents.

1“ Dans toutes les régions où le paludisme sévit, on rencontre en plus ou moins grand nombre des Anopheles;

2° L’intensité du paludisme considérée quant au pourcentage endémique et quant à la gravité de ses atteintes est fonction du nombre plus ou moins considérable des Anopheles vivant dans la région;

3° Dans les pays où les Anopheles n’existent pas, la fièvre ne se rencontre pas. Ce fait est particulièrement facile à démontrer en Algérie. Les villages dépourvus d’eau et situés à un kilomètre ou à un kilomère et demi des sources où abondent les Anopheles ne sont pas atteints par le paludisme. Les indigènes de ces villages viennent cependant dans les endroits malsains pour y faire boire ou pacager leurs troupeaux et y faire leur provision d’eau; leurs animaux en allant dans l’eau remuent la vase qui laisse dégager des gaz sulfurés infects et malgré cela ils ne contractent pas le paludisme s ils retournent dans leur village avant la sortie des nop e es. es indigènes qui habitent auprès de ces sources présentent un index endémique égal à 100/100 et meurent en très grand nombre. '

4» Quand les Anopheles n’ont pas l’occasion de s’infester sur des gens malades, ils peuvent piquer des gens sains sans leur donner le paludisme.

La prophylaxie rationnelle qui se dégage de ces constatations peut être résumée comme suit :

A, — Les Anopheles transmettent le paludisme; il faut donc les détruire, si la chose est possible ; ou éviter leur piqûre, si leur destruction est inapplicable.

B, — Les gens infestés par le paludisme servent de réservoir de virus ; il importe de les guérir définitivement, si la chose est possible, ou de les éloigner, en les plaçant dans une localité indemne de Moustiques du genre Anopheles.

A) La destruction des Anopheles à l’état adulte est illusoire, mais leur destruction à l’état larvaire est possible, sinon facile. En supprimant les collections d’eau, on supprime les gîtes à larves, et le paludisme disparaît simultanément. .

Les moyens à employer sont les suivants :

1" Drainage des régions marécageuses ;

2° Dessèchement des régions humides par des arbres à croissance rapide, comme les Eucalyptus ;

3® Recouvrir toutes les collections d’eau, pour empêcher les Anopheles de venir pondre leurs œufs (drainage souterrain) ;

4° Après avoir réduit à leur minimum les masses d’eau de la région, assurer leur écoulement rapide, et éviter les anfractuosités des canaux, en les cimentant ;

5° Quand, malgré ces précautions, les canaux s’encombrent de plantes aquatiques, ou s’il est impossible de drainer ou de dessécher, il faut procéder au pétrolage des mares ou des collections d’eau (citernes, réservoirs, etc.), et au faucardement des herbes. Pour les pièces d’eau des jardins, on peut faire détruire les larves à.'Anopheles par des Poissons d’espèces variées ; .

6® Si ces différents moyens sont inapplicables pour dés raisons quelconques, il faut procéder à la défense mécanique des maisons, à l’aide de toiles métalliques disposées devant toutes les ouvert tures de l’habitation.

Si les personnes habitant des maisons défendues contre les Moustiques ne veulent pas suivre les indications prophylactiques qui leur sont fournies, le mieux est de demander leur changement, si ce sont des fonctionnaires ou des employés de Compar gnies, ou bien de leur conseiller l’émigration vers des régions plus saines, si ce sont des colons ignorants ou entêtés.

B) Les Anopheles ne sont dangereux que s’ils se sont infestés sur des gens malades. On possède aujourd’hui un médicament spécifique des fièvres paludéennes, c’est la quinine. Par un traitement continu à l’aide des divers sels de cet alcaloïde, on arrive

à débarrasser- complètement de leurs parasites les individus malades II est donc très facile, en théorie, d’empêcher les Moustiques de s’infester; il suffirait, pour cela, de guérir tous les gens malades ; mais cette guérison, qu’il est déjà très difficile d’obtenir chez des Européens, devient impraticable dès qu’il s’agit d’indi- - gènes insouciants et fatalistes; or, comme ce sont surtout ces derniers qui servent de réservoir au virus, le mieux est de les rendre inoffensifs, en les éloignant des quartiers européens, quand la chose se peut ; ou encore de leur donner, pour installer leurs villages; des endroits salubres dépourvus de Moustiques. Cètte dernière méthode serait facile à appliquer dans un grand nombre de localités que j’ai visitées. Ce serait un moyen très Jîumanitaire, et qui permettrait d’économiser un grand nombre -d’existences humaines à l’Algérie, qui perd tous les ans des milliers d’indigènes du seul fait du paludisme (marais du Torche, plaine du Mengoub, d’A-El Hassian, etc., dans la province d’Oran)j

C) Dans certains cas, plusieurs des moyens proposés ci-dessus doivent être employés simultanément, et associés, pendant certaines saisons, à l’usage de la quinine préventive à faible dose (0s'',25 par jour). Cette dernière, si elle ne prévient pas d’une façon absolue la fièvre, évite totalement les accès graves, pernicieux du paludisme.

Au cours de cette mission, j’ai eu l’occasion d’examiner •480 paludéens (400 enfants et 50 adultes). Le sang a été examiné chez 81 sujets cachectiques (66 enfants et 7 adultes indigènes; 3 enfants et 5 adultes européens), durant le mois d’août.

Chez les 66 enfants indigènes, le parasite de la tierce maligne -a été trouvé 22 fois, celui de la quarte 9 fois, celui de la tierce bénigne 2 fois. Ces formes n’ont jamais été trouvées associées. Chez 7 adultes indigènes, la tierce maligne a été trouvée dans 2 cas. Chez les 8 Européens examinés, la tierce maligne a été rencontrée 2 fois chez des enfants.

De mes observations, il résulté ce fait, déjà affirmé par un grand nombre d’auteurs, mais combattu encore à l’heure actuelle par d autres, que :

difîé^^* fièvres paludéennes sont provoquées par trois parasites

1 ° Le Plasmodium ' falciparum produit la fièvre irrégulière, estivo-automnale, ou tierce maligne ;

Le ^taotftt^mma/an^ produiUa fièvre quarts Cp, f*èvre tierce bénigne,

variable allantoccasionnent des maladies de gravité facTes Ltw?" premier au dernier. Ils sont très

pholoeiaup es uns des autres, tant au point de-vue mor¬

phologique qu au point de vue de leur action pathogène.

- Une étude détaillée de mes observations sera publiée prochainement dans les Archives de Parasitologie du professeur R. Blanchard.

Page 1