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Une dern'ère fois les captifs en silence Dans leur temple priaient. L'heure fatale avance. En trois bonds l'Océan a ramené ses flots :
1l faut partir. Les murs résonnent de sanglots, Mais le fier Aléen, ce blanc vieillard, s’écrie : ‘ O lâche! quoil veux-tu des bords de la patrie ‘“ Enlever des mourants, disputer à la mort ‘“ Ce qu'elle tient déjà ? Dis : quel est notre tort ? # Que t'ont fait ces vieillards, ces femmes sans défense ? “ De ces jeunes enfants regarde l'innocence... | ‘“ Ah! triomphe aujourd’hui! Saisis bien l’heureux temne! ‘“ Bientôt l’avide mort te ravira ces champs; ‘“ Des générations fouleront ce rivage ‘ Et mourront tour à tour ; mais au ciel, d'âge en âge, “ En larges traits de feu, ce soleil qui te voit ‘“ Porte#”ta mémoire et ton infâme exploit. ” Déjà l’affreux soldat sur la foule éplorée Fond, le fer à la main. D'une voix vénérée, Le pasteur, à l’autel, arrête les soldats.
11 calme nos *sprits, nous défend le trépas.
La foule se résigne et reprend ses prières Du temple de Grand Pré les femmes les premières Partirent pour l'exil ; le soldat les conduit, La troupe des vieillards vers la rive les suit. Enchaïnés deux à deux, l'âme d'angoisse étreinte, Du temple les derniers nous franchissons l'enceinte. Muettes, en deux rangs, sur le bord du chemin, Les femmes se tenaient. Quel fils au cœur d'airain Aurait pu sans faiblir soutenir leur présence ? L'Anglais commande, et nous, pour tromper la souffrance, De l'office sacré nous entonnons les chants.
Nous défilons captifs et sous l'œil des parents. Ici mon père, ici ma mère, en sa détresse, Vers moi s'est élancée ; ici le sa tendresse Le glaive du soldet a repoussé l’erdeur.
Retombant sur le sol, ici de son malheur A ‘émoins elle prit et le ciel et Dieu même!
Quel spectacle ! et l'Anglais n'avait qu'un vil blasphôme !
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Le soldat nous frappait et raillait notre sort,
Et nous, tels qu’ur troupeau qu'on destine à la mort, Sans plainte, nous marchions vers la fatale plage. De toutes parts la flamme embrasait le village,
De l’église bientôt elle envahit les voits
Et le temple où nos cœurs prièrent tant de fois
Dans le flamme s'écroule et s’affaisse en ruines.
Les navires flottaient dans le hâvre des Mines. Mes irères les premiers sont conduits aux vaisseaux. Je les suis de mes yeux. Au retour, les canots Me portent vers ma nef. Je n'osais en arrière Rencontrer du regard la douleur de ma mère.
“ Déux heures les vaisseaux chargèrent les captifs Que du rivage aux nefs conduisaient les esquifs.
Sur nous le pont se ferme. Avec le bruit deggmes,
De la terre longtemps le chant sacré des femmes
Nous vint doux et plaintif : puis s'éteignent les chants. Au soir, l’ancre se lève. Au frais souffle des vents S'éloignent les vaisseaux emportant du rivage
Toute une nation, ses biens, son héritage,
Ses foyers même, enfin tout ce qui fût Grand Pré, Tout, excepté le sol, aux vainqueurs réservé.
Loin des Mines, deux jours voguèrent les carènes,
En silence nos mains se délivraient des chaines.
Et quand une autre nuit enveloppe les mers,
Nous chargeons à son tour le soldat de nos fers.
À nos vœux elle vient la brise désirée.
Do tant d’exilés, seuis vers la rive adorée
Nous tendons notre course, et le cinquième jour,
Voit aux bords de Grand Pré les captifs de retour. Hélas ! sous d'autres cieux, Dieu qui me rend mon père, Tient encor loin de nous mes frères et ma mère :
Sous les coups de sa mai, nère, pleurons soumis.”
Tels étaient de l’enfant les douloureux récits. Ses compagnons d'exil, attroupés sur la plage, Tenaient uu long conseil. Sur l'Anglais leur (tage, Vengeront-ils Grand Pré, leurs amis dans les fers, Leurs toits incendiés et leurs foyers désarts ?
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Garderont-ils l'Anglais captif sur son navire ? Tout 1e peuple parait à cet avis sourire, Lorsqu’à la foule ainsi parle Benoit Beaujour :
‘4 Q frères ! que dira le prètre à son relour, S'il retrouve ses fils altérés de vengeance ? Lui qui, la croix en main, calmant notre souffrance, A notre cœur saignant ordonnait le pardon :
Oubliez-vous du Ckrist la sublime leçon ?
Nous sommes sans abri contre le froid automne : Nos frères sont captifs, la mort les environne. Le blé, dans les guérêts, ce premier de nos soins, L'habit et le foyer, tout manque à nos besoins. I! faut qu'à bras ouverts Dieu nous porte assistance. Laissons-nous les premiers vaincre par la clémence! Renvoyons l'ennemi libre de tout lien.
Montrons-lui comment doit se conduire un chrétien !”
Ce doux avis l'emporte et dissipe les haïnes. Des marins du navire on court briser les chaines. En liberté déjà s'éloigne le vaisseau.
Les victirnes en paix renvoyaient leur bourreau. Autre en ce mêmé jour, dans la jeune Angleterre, De leurs frères était la profonde misère.
Arrivés dans le port, Ô dernier attentat !
Le vainqueur aux captifs propose un vil achat : (V) “ Loins de nous, disent-ils, cet excès de bassesse ! Un chrétien pour de l'or ne vend pes sa noblessei!” Et le vainqueur confus, près des ces bords déserts, Abandonna ce peuple encor chargé de fers.
Ces exilés sans toit, et loin de la patrie, Tournaient souvent les yeux vers le ciel d'Acadie. Ils désertent bientôt le sol de l'étranger,
Et cherchent la patrie. O funèbre penser
Qui chemine avec eux ! jamais sur cette terre, Pour eux ne reviendra le doux soin d'une mère, Le regard d’une épouse ou le baiser d’un fils.
Dr peuple de Grand Pré ces malheureux débris Etaient en d’autres ports déposés sur la plage, Quand le nid maternel, caché sous le feuillage,
Est soudain disparu, les jeunes passereaux Gémissent, voltigeant de rameaux en rameaux, Ils montent ; de ses cris leurs mère les appelle, Elle vole alentour et ranime leur aile.
Infortunée! a-t-elle encor le nid soyeux,
Le nid que les enfants ont ravi dans leurs jeux ? Tel, des ports où d’exil le jeta sans ressource,
Le peuple de Grand Pré reprend sa longue course. Ignorant de la route, il erre par les bois,
Son cœur de la patrie entend la douce voix
Et trouve les chemins. O long pélérinage!
Plus d’un captif tomba sous les maux du voyage. Un reste d' ‘lex, sous les antiques cieux,
Peut enfin s a . mais le so! des aïeux,
Aux mains del. ager, gémit dans l'esclavage.
Nul ami ne les vient recevoir au rivage;
Henri lu -même est mort accablé de douleurs.
Au retour, les captifs, débris de longs malheurs, Cherchèrent d’autres toits. Tout près du sol antique, Ils errèrent aux bords du brumeux Atlantique. Maintenant le vainqueur les voit Je toutes parts Croitre et grandir, et Dieu présente à ses regards Ce vivant monument d’une éternelle honte. (VI) Souvent, des flots d'azur lorsque la nvit remonte, Un barde inconnu vient aux rives de Grand Pré. Sa voix chante et redit ce cantique sacré:
‘ Champ béni des aïeux, € rivage des Mines, Salut ! toi qui dans mes pensers Apparais nuit et jour! Sous tes saintes ruines
Tressaille à mes pieux baisers !
“ Je te foule, à Grand Pré! mais ta froide poussière, N'a pas les os de mes aïeux,
Ils moururent hélas ! sur la rive étrangère Captifs, errants sous d'autres cieux.
“ La triste épouse en vain caercha dans sa misère, Le toit d’un misérable abri.
En vain l'enfant pressé sur le sein de sa mère, Jeta mourant, son faible cri!
‘“ Aux sanglots de l'épouse, aux cris de l'innocence, La fouls jeta le dédain,
"t la mère et l'enfant épuisés de souffrance, Tombèrent au bord du chemin,
“ Le vainqueur s’est donné les champs de ma patrie ; L’ennemi dort à nos foyers.
O terre des aïeux ! lu vierge d’Acadie Ne foulera plus tes sentiers.
‘ Sur tes rives passant, au jour de sa colère, Le Seigneur a chassé tes fils.
Sur ies plages d'exil, il jeta leur poussière Devent leurs heureux ennemis.
‘“ Vois de ton peuple, 6 Dieu ! la profonde détresse ; Entends le cri de son malheur ;
Qu'enfin de nos soupirs l’ineffable tristesse D'un père désarme le cœur.
“ Toi qui donnes la mort et ramènes la vie Rappelle-nous de nos tombeaux. i Ouvre-nous des aïeux cette terre bénie Où tu fécondas leurs travaux.
‘“ Aux yeux de l’ennemi répare nos ruines, Couronne nos jours de bonheur.
Et que nos fils, croissant au pied de ces collines Egalent les fils du vainqueur.
‘ O Dieu ! du barde entends les dernières prières : D'un peuple entier sèche les pleurs !
Par la croix de ton rics et les maux de mes frères, Enfin tu nous dois tes faveurs.”
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