CHRISTOPHE COLOMB
Par M. ONESIME FORTIER.
O Colomb! à peine la renommée suivra ton vol! La moindre de tes actions fournirait le sujet d’un poëme. (LE Tasse, XV.)
Deux siècles s'étaient écoulés depuis la dernière Croisale. de ne ceignait plus l’épée pour marcher à
la délivrance des Saints Lieux, mais elle tenait encore ses regards attachés sur l'Orient, vers ces contrées de l'or et des perles qu’elle avait entrevues et que visitait Marco-Polo, vers ces fabuleux empires du Cathay et du Zipangu. Tandisqu'à la recherche d’une route vers les Indes, les voyageurs explorent toute l'Asie Occidentale, que les marins du Portugal descendent vers les côtes de l'Afrique, tout à coup paraît un homme extraordinaire. Aux heures de l'étude et de la méditation, les songes du génie l'on visité. Instruit par eux, il tourne ses regards vers l'Océan Atlantique. Il ne sait pas encore qu'en naviguant à l'Occident, il trouvera toute une moitié de l'Univers, il veut seulement trouver un passage vers les Indes, aborder aux rives du Couchant. Cet homme est le fils d’un pauvre artisan, et pour accomplir un si vaste dessein, pour obtenir les vaisseaux et les ressources nécessaires à cette expédition lointaine, Dieu le laisse à la merci des rois et des puissants du monde; mais, en même temps, il le revêt de tous les dons du génie et de la vertu. Aussi ce protégé du ciel triomphe de tous les obstacles et s'élève à pi tel degré de glothe, qu'au-
jourd’hui sa figure plane radieuse à l'entrée des temps modernes et illumine toute l'histoire de l'Amérique. Croire à la possibilité de traverser l'Atlantique, alors ue la croyance générale plaçait sur cet Océan, appelé er Ténébreuse, le trôno redoutable du Chaos, pendant vingt ans, endurer le refus des rois et des hommes d'Etat, arriver tout à coup au comble de la gloire et en être aussitôt précipité, en récompense d’un monde donné à l'Espagne ne recevoir que des fers, se voir enlever toute la gloire de la découverte du Nouveau-Monde, et néanmoins toujours demeurer plus grand que le malheur, toujours dominer l'épreuve d'un regard serein: voilà ce qui donne À notre héros une grandeur au-dessus des proportions humaines; voilà ce que l’histoire et l’éloquence reste impuissantes à décrire dans la vie de: Christophe Colomb, (irand Amiral de l'Océan, Vice-Roi et Gouverneur d’une moitié de l’univers.
Dans l’heureuse Andalousie, en face de l'Océan que termine le détroit de Gibraltar, s'élève le nromontoire verdoyant de la Rabida: retraite bénie, ‘autant éloi- ‘“ gnée des voies du siècle que sa bienheureuse situation ‘ Ja sépare de tout commerce du monde.” (Bossuet.) Là, d’humbles religieux de St. François vivaient dans l’amour du Christ. Leur monastère florissait sous la conduite du P. Juan Perez de la Marchèna, que les rois honoraient pour sa scionce et sa piété. Souvent, l'œil perdu sur les espaces de l'Océan, le vertueux Prieur se demandait si de l’autre côté de la Mer Ténébreuse, n'étaient point des âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ et à qui personno n'allait annoncer la bonne nouvelle ?
Un soir d'été de l’an 1485, un étranger conduisant par la main un jeune enfant, vint frapper à la porte du monastère. Quel était ce voyageur ? Nul ne le connaissait.
En quelques mots, l'étranger raconta son histoire au Prieur. Il s’appeiait Christophe Colomb. Né à Gênes, élève à l'Université, marin sous les ordres de l’Amiral Colombo il Mozo, il avait conçu le plan de traverser
l'Atlantique et de remplacer pour le commerce iles Indes, les lentes caravanes de l'Orient par les flottes de l'Occident. Duns son patriotismo, il s'était d’abord adressé à Gênes ; mais les sénateurs génois, comme plus tard ceux de Venise, avaient souri de pitié sous leurs toges d’hermine, à cet audacieux projet. Joué par le roi de Portugal, lui, Colomb, âgé de 50 ans, il vonait maintenant à la cour des Rois Catholiques de l’Espagno. Leur zèle pour la religion ne pouvait les laisser indifférents à ce projet, car seuls la gloire de Jésus-Christ et de son Eglise, l'espoir du salut des âmes, le portaient à entreprendre ce périlleux voyage. En attendant, il demandait l'hospitalité pour lui et pour son jeuno fils Diégo, à qui la mort avait enlevé sa mère.
Le Priour accueillit avec joie l’étranger que la Provideuce lui envoyait. Maintenant vont commencer sept années de sollicitations infructueuses à la Cour. Les savants vont se réunir en junte à Salamanque pour ensevelir sous leur mépris les pluns de l'étranger. Malgré quelques lueurs d'espérance qui brillent çà et là, Colomb qeree déjà l'Espagne, si l'amitié et le zèle du P,Juan
orez ne l'y retenaient pas. Isabelle, reine de Castille, lui présente une main bienveiliante ; mais des soins plus pressants absorbent l'attention de la reine. A la tête des bataillons €: la Castille, dont elle est l’orgueil et l'amour, elle dirige la dernière croisade de l'Ibérie contre les Maures; pendant que le Croissant, réfugié dans Grenade, voit la Croix le dominer de toutes parts et que le cimeterre est remis aux mains impuissantes de Boabdil.
Cependant Ferdinand d'Aragon et Isahelle, ces deux époux que l'on appelle Les Rois, sont entrés dans Grenade, conquise à Jésus-Christ; le règne du Croissant est anéanti par toute la terre d'Espagne. Une ère inconnue de grandeur et de prospérité s'ouvre pour cette péninsule. Là, comme partout en Europe, les mœurs se polissent, les études se propagent, l'influence moderne envahit les cours et les societés et en chasse les traditions du moyen-âge. L'invention de l'imprimerie, la découverte du Nouveau-Monde vont doubler les horizons du monde littéraire et politique; mais aussi déjà grondent les bruits précurseurs de l'orage qui doit
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amener la Réforme, disons mieux, la grande apostasie du nord e l’Europe.
Fatigué des lenteurs de l'Espagne, Colomb avait envoyé son frère Barthélemy à la cour d'Angleterre ; lui-même, il s’acheminait vers la France. Tout à coup, la reine cède à une inspiration divine, elle dépêche un courrier, elle accorde à Cclomb les titres d’amiral, de vice-roi et de gouverneur-général de toutes les terres qu'il pourra découvrir. Les autorités de Palos reçoivent l’ordre de livrer deux caravolles pour le voyage projeté.
Mais qui suivrait l’audacieux Génois sur la Mer Ténébreuse ? Quelle était redoutable cette mer au-dessus de laquelle s'élevait la main de satan, cette mer, dont au loin les sombres courants s’épaississaient en fanges impures: retraite des légions: des monstres infernaux ; cette mer dont depuis cinq mille ans Dieu n'avait jamais pus ux un mortel ne pénétrât les éternels mystères !
e zèle du P. Juan Perez l’emporta, les Pinzon se déterminèrent, et munis du pain des forts, les équipages montèrent sur les trois caravelles: la Santa Maria, la Pinta et la Mina.
L'harmonieux balancement des pins de la Rabida, annonce une brise favorahle; au nom de Jésus-Chric.- Colomb ordonne de déployer les voiles de la flotte : Elle vogue enfin, elle s'éloigne. La patrie, la famille, ne sont plus qu’un souvenir, seule la Mer Ténébreuse déroule aux regards des marins son incommensurable empire. Près de l’île de Fer, on évite l’escadre du roi de Portugal; puis les brises favorables emportent les caravelles sur le domaine inconnu des mers. Que de craiutes et d’espérances agitent les matelots, de quelles suaves émotions s'enivre l’âme contemplative de l’Ainiral,-—Anges-gardiens des mers, seuls, vous l’avez connu, seuls, vous pouvez le redire! Alors l'illustre navigateur découvre la variation de l'aiguille aimantée. En même temps, les parages, appelés depris Mer d'Herbes, où l'Océan disparait sous une couche de plantes marines, les vents alisés achèvent d’effrayer les matelcts. Colomb les domine quelque temps; mais enfin la conjuration s'ourdit. Que le perfide étranger retourne en Castille, —sinon, il sera précipité dans ces flots qu'il aime tant à contempler.
Ilest nuit. Le fer à la main, les Pinzon et leurs équipages s'élancent sur le pont de la Santa Maria. Colomb entend le tumulte et les cris de mort. Et quoil dix-huit années de sollicitations, sept cents lieues de navigation, les empires de l’Inde qu’il tient déjà; tout serait à jamais perdu! Non! Dieu ne peut permettre ce l'enfer continue à prostituer les peuples du Couchant au culte des idoles et à s'enrichir de millions d’âmes rachotées en vain! Plein d’une majesté surhumaine, l’Amiral s'avunce. Il fait taire les menaces, il interdit les supplications ; il déclare qu'il est parti pour les ‘Indes et qu'il poursuivra sa course jusqu’à ce qu'il les ait trouvées avec l'assistance de Notre-Seigneur. Et les marins subjugués pe je ne sais quel pouvoir, ne connaissent plus que l’obéissance”
Le soir suivant, après le chant habituel du Salve Regina, l'Amiral remorcia Dieu des nombreuses faveurs qu'il avait accordées à l'expédition. Puis l’histoire nous le montre, ses blancs cheveux déjà soulevés par les brises embaumées du Nouveau-Monde, l'œil inspiré, la main étendue vers l'Occident : ‘ Là, dit-il, est la terre ! Cette nuit va passer, et, avec elle, la nuit des nations qui habitent ces rivages. Là, est cet Ophir d’où Salomon, fils de David, tirait l’or pour construire le temple du Dieu vivant... Avant une nouvella aurore, Dieu aura donné la terre à nos vœux. ” Et l'Amiral ordonne de diminuer le nombre des voiles. Lui-même, il aperçoit le premier une lumière, et le vendredi matin, 12 octobre 1492, le cri de “Terre! Terre!” retentit sur les caravelles. Quelques heures après, Colomb descend au rivage, embrasse le sol inconnu et en prend possession au nom du Christ et des rois d'Espagne.
Guanahoni ou San Salvador, la terre qui reçut Colomb, n’est qu’une petite île de l’archipel des Bahamas, néanmoins sa découverte assurait celle du Nouveau-Monde. Les Scandinaves avaient visité les pays de Markland, d'Helluland et de Vinland, cependant l’on peut dire que pour la première fois, la riche nature du continent
occidental apparaissait aux regards d’un “uropéen. Ce continent s'étend d’un pôle à l’autre ss la garde de deux océans. De luxuriantes forêts le couvrent, de nombreux peuples l’habitent. Sous l'équateur, los Tacas, fils du Soleil, font bénir leur pateraelle autorité; là, dans Mexico règnent les princes Tolièques et Aztèques ; ici, près des grands lacs du Canada, s'élève l’empire belliqueux et redouté des confédérations algonquines. Partout, dans les vastes solitudes, errent des peuples barbares de toute langue et de toute tribu: races dégénérées sur lesquelles n'a point passé le souffle vivifiant du Christ. Mille artres, mille fleurs, mille plantes nouvelles, non. moins utiles à la médecine et à l’industrie qu’à la nourriture de l’homme ; des lacs, des fleuves, des forêts d’une splendeur inconnue; des mines d’or, d'argent, de diamants, font croire à la découverte des pays d'Ophir et de Sérendib, sinon à celle du Paradis Terrestro avec ses quatre fleuves de vie.
La Conception, la Fernandine, l’Isabelle, Cuba, ‘“ l’île la plus belle que virent les yeux de l’homme,” Hayti, toutes iles riches et fortunées furent découvertes dans ce prenier voyage. Le retour fut orageux. Jamais hiver plus rigoureux ne sévit sur les mers; jamais les côtes de la Flandre et de toute l’Europe occidentale ne se couvrirent d'autant de débris de naufrages. Les plrs ‘ violentes tempètes assaillirent les vaisseaux de l'amiral, et, ei, dans un moment de relâche, il pût toucher les Açores, la nerfidie du gouverneur portugais faillit lui devenir plus fatale u:e toute la fureur des flots. De nouvelles tempêtes le jettent dans les bouches périlleuses du l'age. Le roi de Portugal l'invite à la ceur, et, tandis qu'on le comble d’honneurs dans une salle voisine, lo conseil exécutif projette un assassinat que le roi parvient seul à empêcher, et Colomb rentre enfin au port de Palos. La grande nouvelle vole de bouche en bouche, et bientôt de ville en ville. A la cour, l'amiral triomphe comme un troisième roi. Pendant son récit, quand le visux. marin annonce qu’un autre monde est donné à la Castille et à l’'Aragon, et une nouvelle couronne de peuples à la sainte Eglise, l'enthousiasme redouble, le roi, la reine, la cour, le peuple tombent à genoux, les choristes ontonnent le Te Deum, qui va se répétant de
ruos en rues et ébranle toute la ville de Barcelone. Dans Rome et dans toute la Chrétienté, les temples se parèrent de rameaux et de fleurs. Mais, plus que tout autre, dans ton pauvre atelier du Mulcento, ne te réjouis-tu pas de la grande gloire de ton fils, à vieux Dominique Colomb? Patriarche artisan, tu eus, comme un autre Jacob, la consolation de voir tog fils s'élever on dignité à la cour des rois étrangers et devenir le protecteur de ses frères !
Que célébrer davantage dans les deux autres voyages de Colomb ou son exploration des Antilles et du golfe de Poria ? ou ses découvertes scientifiques : l'existence d'un nouveau continent, distinct des Indes de l'Asie, le renflement de la terre à l’Equateur, le courant Océanique ? Que l’homme d'Etat vienne et contemple le génie de Colomb jetant les bases de l’immense empire colonial de l'Espagne dans le Nouveau Monde ! Que le guerrier trouve des à admirer; pour nous un spectacle plus extraordinaire nous frappe. Sur cette caravelle, qui, dans le port d'Hayti, apparcille pour l’Europe, quel est cet homme dont la tète est blanchie par l’âge, dont les mains sont chargées de fers, mais dont le front brille de tant de sérénit5? O Dieul n’estce pas Colomb? Oui! c'est lui le grand Amiral des Mers, le Vice-Roi des Indes! Mais quel crime a-t-il done commis ? On n'en sait rien. On répète seulement que les hidalgos castillans d'Hayti supportaient avec impatience le joug du génois étranger, que le gouverneur prenait trop la défense des Indiens, opprimés par les Espagnols, que Bovadilla est arrivé avec le titre de Commissaire Royal, et qu’aussitôt Colomb a été arrêté, enchainé, jeté dans un cachot, que ses doux frères ont subi le même sort. Pondunt la traversée, le commandant du vaisseau s'approche respectueusement pour enlever les fers du prisonnier: ‘“ Non! dit l’Amiral, ces fers! les Rois me les ont donnés, les Rois me les ôteront. Je les porterai partout avec moi, et, après ma mort, on les mettra dans mon tombeau comme un éternel monument de la reconnaissance qu’on peut attendre des hommes.” Dès que l’on a touché la terre d'Espagne, l’indignation des peuples brise les fers de l’Amiral, les Rois désavouent Bovadilla, la reine fond en larmes à la vue do Colomb si cruellement outragé ; et cependant l’incidieux
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Ferdinand ne rend jou à Colomb le titra de gouverneur, réservé pour Ovando.
L'espoir de nouvelles découvertes appelle encore notre héros vers les rives du Nouveau Monde. Ni le premier voyage avec ses moments solennels d’angoissé et d'attente, avec les tempêtes du retour ; ni les travaux du second, ni le troisième, avec les pénibles traversées, avec les guerres contre les Caciquês et l’horrible traitement de Colomb, jeté dans les fers, n'offrent de plus grandes situations que ce quatrième et infortuné voyage ; tant dans la vie de cet homme extraordinaire les épreuves vont croissant avec l’âge, tant, à mesure qu'elle avance vers son terme, son histoire présente dans le äomaine de la vérité ce que nous nous étonnerions de rencontrer dans les fictions les plus hardies de la fable. Toujours guidé par un pressentiment merveilleux, l’Amiral demande à Ovando un refuge dans les ports d'Hayti. Ovando refuse. Ne croyez pas que l’Amiral s'indigne. Il prie sculement le gouverneur de différer de queïques jours le départ de la plus riche flotte qui ait jamais quitté le Nouveau Monde pour l'Espagne, car une grande tempête va s'élever. Les pilotes se moquent de l'avis. On sort en pleine mer. L’ouragan se dechaine, l'Océan se soulève, il précipite dans ses abimes Bovailla, l’inique juge Roldan, les ennemis de Colomb, les monceaux d'or arrachés aux Indiens, tandis que les quatres vaisseaux de l’Amiral, réfugiés dans une anse éloignée, échappent à la tempête et reprennent leur route vers les côtes de l'Amérique Centrale. Là, pendant quatre-vingts jours,suivant l'expression de l’Amiral,, ‘“ on ne vit ni le soleil, ni la lune, ni aucune planète.” Pendant tout un jour et une nuit ‘ le ciel fut comme une fourraise ardente.” Téquipage dans la dernière détresse, implorait la mort. Tout à coup uu cri déchirant retentit sur l’une des caravelles. Là bas, en face des vaissceaux, pourquoi cette immense colonne d’eau qui tourbillonne ? Son front ténébreux touche au ciel, son pied court sur l'Océan. Avec un horrible sifflement elle précipite sa marche contres les caravelles. Est-ce un sim: ple phénomènc des mers ? un prodige du ciel ? une menace de l'enfer ? Colomb monte à la proue, il rappelle que tout a été créé par le Verbe, que ce Verbe
s'est fait chair, et, au nom du Verbe, il commande à l'étrange phénomène d'épargner ceux qui naviguent avec la Croix de Jésus-Christ, pour étendard. En même ‘temps, de la pointe de son épée, il trace une grande croix dans l'air. Aussitôt la trombe se détourne et s'éloigne. Puis, la lutte recommence. Tantôt, c'est le fleuve Bélen, qui se gonfle tout à coup, et roule contre ‘les navires ses flots indignés ; tantôt de violents courants tourmentent les caravellos; tautôt les Indigènes massacrent des détachements d'équipage, sans que l’Amiral puisse secourir ses gens. en est tellement abattu qu'il faut une vision mystérieuse pour relever son courage. ‘“O insensé,”’ lui disait une voix divine, es tu es lent à reposer ta confiance en ton Dieu! Les Indes, cette portion la plus riche de l’univers, il te les a données et tu les as distribuées selon ta volonté. Il t'a donné les clefs, ilt’a ouvert les barrières de l'Océan, ces barrières qu’avaient fermées jusque-là des chaînes si puissantes | Tes ordres sont obéis dans d'immenses contrées et toute la république chrétienne retontit de tes louanges... Réponds-moi? D'où sont venues tes nombreuses tribulations ? De Dieu ou des hommes ? Dieu ne fausse jamais ses promesses. Le service nne fois rendu, il ne dit point que l'on n'a pas suivi ses intentions, il no martyrise pe pour prouver sa À seras Tout ce qu’il promet, il le tiont et même au-delà... Montre maintenant la réccmponse des fatigues et des périls que tu as éprouvés au service des hommes! Ainsi la voix du: ciel ranima le serviteur de Dieu. Quelcues jours après, les vaisseaux qui n'étaient plus qu’une épave à demiflottante, vinrent e’échouer sur les côtes de la Jamaïque, dans la baie de Santa Gloria. ’
O baie de Sainte-Gloire, que tu es digne de ton nom! Quel lieu fût jamais le théâtre de plus grandes infortunes ? Tu vis Colomb et ses équipages mourants, nanfragés dans une île peuplée de barbares, réduits à un tel excès de maux, que Colomb lui-même, accoùtumé à toute une vie de souffrauces, s'écria : ‘ Maintenant que le ciel pleure sur moi! Que l'être aimant et sensible pleure aussi sur moi! Vingt-huit années de travaux ne m'ont pas même valu on Espagne un toit pour abriter ma tête, Si je meurs ici, qui aura pitié de mon âme
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