‹ Concours d'éloquence de 1876 [microforme]Chapitre 5 sur 14 · M. HENRI T. TASCHEREAU, RAPPORTEUR · texte numérisé non relu

M. HENRI T. TASCHEREAU, RAPPORTEUR

Le grand Fénélon disait que l’émrrlation est un aiguillon à la vertu. Dans le domaine litiéraire, on peut dire encore avec plus de vérité que l’émulation est l’aiguilion du talent, que sans elle souvent il s'ignore lui-même, et que semblable à la plante que l'obscurité étiole, il est exposé à dépérir si des rayons bienfaisants ne vionnent réchauffer sa tige naissante.

Les sociétés littéraires devraient être à la jeunesse instruite ce que le soleil est aux plantes, aux fleurs et aux fruits, lorsqu'il leur prodigue la chaleur et la lumière, qui sont la vie. Donner de l’émulation, développer ce sentiment noble qui nous pousse à imiter et même à surpasser par des efforts louables et généreux ce que nous admirons dans les autres, c’est rendre le plus grand service aux lettres, parce que c'est distribuer ces rayons qui font éclore le talent souvent ignoré, et qui lui font produire et des fleurs et des fruits.

L'Institut Canadien de Québec, a compris que pour rester à la hauteur de sa mission littéraire, il fallait avant tout exciter l’émulation de la jeunesse ; etil a fait annoncer un tournoi des lettres. Un de ses membres les plus marquants, M. Théophilo Ledroit, a voulu tresser de ses mains la première couronne qui ceindrait le front du premier vainqueur.

Ce premier vainqueur, ce lauréat de 1876, va recevoir le prix de la lutte. Mais avant de l’acclamor, saluons le généreux donateur &e l’Institut. Au nom de l’Institut Canadien, au nom du public intelligent qui se presse À ses séances, au nom de ln jeunesse, remercions-le. Remercions-le et souhaitons qu’il ait des imitateurs !

Le jury spécial qui a été chargé par l’Institut d’examiner lés compositions reçues à ce concours d'éloquence es maintenant soumettre le résultat de ses délibéra-

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Quatre concurrents ont envoyé des essais.

L'essai couronné porte pour épigraphe ces mots du Tasse: ‘ O Colomb ! à peine la Renommée suivra ton vol ! ‘ La moindre de tes actions fournirait le sujet d'un poëme."

L'auteur a donné à son travail la forme de l'éloge historique, de préférence au panégyrique, quoique l’entrée on matière, qui d’ailleurs est fort bien faite, soit un peu solennelle et se rapproche du style de l’exorde. Le reste de la composition est divisée en «rois parties. La première renferme un excellent sommaire de la vie de Colomb avant la découverte du Nouveau-Monde. La seconde partie est consacrée à la vie du héros après sa descente à San-Salvador, et comprend le récit de ses voyages subséquents, de ses triomphes, de ses humiliations. Dans un troisième chapitre, l’auteur se livre à des considérations sur le caractère de Colomb et sur la grandeur de son œuvre.

. En traitant un sujet d’une si vaste étendue, le difficile était de savoir, dans la partie du récit, se borner aux fr'ts sailiants, dans celle de l’éloge, aux considérations les plus élevées. Nous avons trouvé que l’auteur de A couronné avait admirabiement résolu cette difficulté.

Le style de l'écrivain est généralement élevé et soutenu, il est quelquefois même trop éclatant et légèrement pompeux, comme dans l'entrée en matièro et dans la troisième partie. Il y a çà et là des incorrections, des périodes embarrassées, des images quelque peu risquées, mais partout de la force et de la noblesse.

En somme, nous avons à féliciter le lauréat de son succès bien mérité et l’Institut d’avoir enrichi ses archives d'un tel travail.

Un second concurrent a mérité une mention honorable. C'est celui dont l'essai a pour texte ces vers de Lamartine (Harmories Poëtiques) :

sssboosus oba00006 ... .. Le8 Songes du Génie Descendent sur des fronts qui n’ont dans l’insomnie Qu'une pierre pour oreiller.

Cette composition est dans le genre du panégyrique. Il y a peu de place au récit. On dirait une improvisation faite devant l’Institat et recueillie par un sténo-

graphe. Il y a de la chaleur, de l'enthousiasme, mais

eu de suite. D'excellentes idéos, et parfois même des idées originales assez heurouses y sont exprimées dans un style insuffisamment châtié et dans un Dançats quolquefois.. ..repréhensible. L'auteur, en retouchant son travail, réussirait, nous n’en doutous pas, à faire un discours remarquable et digne d'être prononcé devant un public connaisseur.

“ J'ai connu la piti® sur la terre. ”

Telle est la citation qui se trouve ea téts du troisième Essai. Nous disons avec regret que les deux tiers au moins de cette composition doivent être considérés comme un hors d'œuvre. L'auteur s’est complètement écarté de son sujet pour 8e livrer à des considérations interminables sur les destinéas des colonies espagnoles,

ortugaises, anglaises *t hollandaises de l'Amérique, sur a civilisation des Incas, la cruauté de leurs conquérants, les mœurs et les habitudes des Indiens. Christophe Colomb n'occupe guère que le commencement et la fin de tout ce travail qui est assez long. Nous répétons que c’est avec regret que nous avons été obligés de mettre ce manuscrit pour ainsi dire hors du concours, car l’écrivain qui l’a transmis, dans le peu de lignes qu’il a consacrées à l'eloge historique de Christophe Colomb, s’est montré digne do disputer au lauréat la victoire que nous avons aujourd'hui à proclamer. Les rapprochements historiques, les considérations philosophiques qui sont contenues dans la purtie du hors-d'œuvre nous ont paru révéler chez l’auteur un esprit judicieux et de fortes études. Malheureusement, il ne nous appartient pas de les apprécier au point de vue du concours actuel, et nous sommes obligés de reléguer tout le morceau au troisième rang. :

I reste un quatrième travail, ayant pour texte les prétendus vers que nous allons lire :

‘ Un immense génie, des épreuves sans nombre,

# Entourent ce héros d'une gloire sans ombre.

“ Deux mondes le proclament leur noble bienfaiteur ‘“ Et les fastes nautiques le grand navigateur.”

Pour commencer par ce texte dont la source n’est pas indiquée et qui nous semble inédit, remarquons que trois des vers qui le composent sont peu conformes aux règles de la versification. Mais passons à la prose de ce dernier manuscrit.

Nous devons dire franchement à l'auteur qu'il n'a transmis ni un panégyrique, ni un éloge historique, mais un travail indigoste digne tout au plus de figurer dans les cahiers d'histoire d’un élève de quatrième. Nous sommes bien prêts à admettre que tous les détails de la vie de Colomb, ceux même les plus insignifiants, y sont soigneusement consignés; que le journal de ses voyages y est très-complet et qu’enfin la vérité historique y est pr excessivement respectée. Mais à part cette fidé:

ité. remarquable du récit, nous sommes forcés de dire qu'il n’y a réellement aucun mérite dans l’œuvre qui nous est soumise. Les incorrections de langage et les : fautes de français y foisonnent, les naïvetés y abondent, et le tout ne semble pas avoir jamais été destiné à un concours d’éloquence.

Nous terminons en félicitant de nouveau l'Institut Canadien sur le succès de cette première épreuve et en ‘exprimant l'espoir qu’à pareille époque, chaque année, le travail et le mérite recevront leur récompense et leurs lauriers des mains d’un nouveau Mécène.

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