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tout lo comté. Des fermes modèles ! Donnez-nous des fermes modèles, dans chaque comté. Voilà ce que demandent, depuis cinquante ans, les hommes les mieux pensants du pays. Or quel moyen plus pratique avonsnous d'arriver à l'établissement de fermes vraiment modèles, sans faire des dépenses que l’état des finances de cette province nous interdit, et sans courir des risques s rioux d’insuccès, qu'en encourageant les meilleures cultures par les prix de paroisse et de comté dont je viens de parler ?
Mais pour arriver à quelques succès par ce système, il faut nécessairement s’assurer des juges honorables et assez éclairés pour faire ressortir les défauts même dans les cultures pour lesquelles on aura accordé des prix. Les juges devront indiquer quels sont les points qui rendent certaines cultures meilleures que d'autres moins bien notées. Ils devront également rédiger des rapports soignés, qui feront connaitre à tous les cultivateurs les ‘aisons qui les ont guidés dans le jugement prononcé. Si les juges pouvaient eux-mêmes commenter leur jugement en public, dans chaque paroisse du comté, ils donneraient ainsi une leçon pratique de la plus haute valeur et que les cultivateurs eux-mêmes ne manqueraiont pas d'apprécier hautement,
Il est facile d'établir une échelle de points qui guiderait sûrement les juges. Le plus ou moins de points, dans chacune des améliorations agricoles, ferait voir aux cultivateurs en quoi ils excellent, ce que leurs compétiteurs font mieux qu'eux, et, partant, ce qui reste à faire pour arriver à la culture la plus parfaite,
Le surintendant devrait pouvoir accorder des diplômes ot des méduilles de différentes valeurs, selon le degré de mérite auquel les concurrents heureux seraient arrivés. Un pareil système ne pourrait pas manquer de créer, parmi notre population agricole, une émulation des plus utiles.
Je viens d’insister sur les primes pour les terres les mieux tenues, parce que ce sont les plus importantes; mais on concevra qu'avec l'organisation et le développement d’un pareil système, il sera facile d'encourager, dans chaque paroisse, toutes les améliorations agricoles, et surtout celles qui seront jugées les plus opportunes cet les plus pressantes,
Le système que je propose n’.npêchera pas les expositions provinciales ni les expositions de comté d’avoir lieu comme par le passé. Mais il vaudrait mieux que ces expositions fussent moins fréquentes, tant qu'elles ne couvriront pas leurs propres frais, afin d'employer tous les ans une partie plus considérable des octrois aux concours pour les terres les mieux tenues, pour les labours, etc., dans chaque paroisse, chaque comté etmême dans chaque district. Car, il faut bien l’admettre, ces concours feront faire à l’agriculture des progrès infinimont supérieurs à ceux que l’on peut attendre des meilleures expositions.
Quant aux concours des terres, une des plus grandes difficultés de leur organisation réside dans le choix des juges et dans les dépenses que ces concours occasionnent. En effet, il sera toujours difficile de trouver un juge, ayant parfaitement qualité pour cette charge, dans chucun des comtes de cette province, et qui se donnera la peine de visiter avec soin toutes les paroisses de son comté. Par le passé on a tenu à avoir trois juges : c’est multiplier les dépenses, ot s'exposer à avoir deux juges peu éclairés sur trois À mon avis un seul juge bien choisi suffirait, et donnerait beaucoup plus de satisfaction, surtout si l’on donne le droit d'appel au surintendant. Il est nécessaire que celui-ci surveille de bien près le travail des juges, puisque le succès du système de ces concours dépendra entièrement du plus ou moins d’intelligence et d'activité que les juges apporteront dans l’exécution des devoirs de leur charge. En donnant le droit d'appel, on satisfera les cultivateurs et on engagera les juges à faire de leur mieu’, afin d’être bion notés par le surintendant.
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Mais quelque parfaite que soit la direction donnée à nos societés d'agriculture et aux expositions, tant provinciales que locales, il est incontestable que notre organisation agricole serait incomplète sans un bon système d'enseignement agricole.
A mon avis, ce système d'enseignement comporte : 1o LA publication d'un petit traité élémentaire, mais
essentiellement pratique ; 20. La publication d’un bon journal d'agvivnl bare, illustré; 30 L'enseignement élémentaire de l’agriculture dans toutes les écoles et maisons d'éducation aidées par le gouvernement; 40 Le développement de nos écoles spéciales d'agriculture, auxquelles devraient être annexées des fermes vraiment modèles, dont les rendements et les profits nets seraient publiés tous les ans, en détail; 50 La visite annuelle, si c’est possible, par le surintendant {ui-même, ou par un délégué ayant toutes les qualités requises, de chacune des paroisses du pays, aussi bien que des sociétés et des écoles spéciales d'agriculture, afin que la surveillance la plus complète soit donnée partout. C’est surtout par ces inspections que l’on arrivera à diriger, encourager, instruire, et aussi à reprendre là où la réprimande sera jugée indispensable.
La publication et la distribution à peu près gratuite de brochures claires et précises, donnant, dans un langage que chacun peut comprendre, des leçons positives sur la manière de cultiver une terre avec profit, est indispensable. Il faut que tout bon cultivateur puisse trouver sous sa main des données qui le guideront avec sûreté dans les améliorations qu’il désire faire. Un semblable traïié élémentaire d'agriculture n’a pas besoin d'excéder cent pages. On devrait en encourager la distribution lé plus possible, par tous les moyens.
Il doit en être de même du Journal d'Agriculture, qui mettrait le surintendant en rapport direct avec chacun des souscripteurs aux sociétés d'agriculture. Ceuxci devraient tous recevoir lo journal, qui leur serait distribué à titre de prime par le gouvernement. Avec les avantages qu'ofirirait notre organisation agricole telle que proposée ci-haut, on aurait lieu d'espérer qu'avant longtemps, tous les.cultivateurs tant soit peu intelligents du pays, trouveraient avantageux de souscrire à leur s0ciété d'agriculture de comté. Le journal arriverait donc partout. Il devrait s'appliquer à dével"pper les divers sujets touchés dans le traité élémentaire u | et à donner des réponses précises À toutes les questions d'intérêt général posées par les lecteurs du a tant sur l’agriculture, Phorticalture et l’arboriculture que sur
les divers sujets qui se rattachent directement à l’agriculture, tels que l’entomologie, l’art vétérinaire, ete. Il va sans dire que le surintendant devrait avoir le contrôle absolu du Journal d’ Agriculture.
La visite régulière, par le surintendant ou ses déléguées, de nos sociétés d'agriculture, l’examen minutivux de leurs livres ct comptes, qui devront être comparés avec les rapports annuels, et des entretiens familiers avec les officiers et directeurs de chacune de ces sociétés, sont indispensables à leur bonne régie. C’est par ces visites et ces entretiens, et non pas uniquement par des correspondances officielles, nécessairement rares d’ailleurs, qu'on arrivera à faire dans chaque paroisse tout le bien desirable.
Lors de ces visites au chef-lieu d’un comté, qui devraient être annuelles, il serait facile au surintendant de l’agriculture ou à ses aides de visiter les différentes paroisses de ce mêmecomté, afin de voir de leurs yeuxet d'apprendre sur les lieux mêmes quelles sont les difficultés qui restent à surmonter, et les améliorations qui sont les plus pressantes, Ces visites donneraient l’occasion de rencontrer les meilleurs cultivateurs de chaque paroisse et de leur donner des conférences agricoles dont ils sauraient bier. tirer parti si elles étaient aussi pratiques qu’elles devraient l'être. De plus, ces visites ne pourraient manquer de donner au journal d'agriculture beaucoup de matière éminemment instructive. A bien dire, ces conférences sur «l’agriculture données aux cultivateurs eux-mêmes semblent être comme le complément de toute bonne organisation agricole.
e ne m'étendrai pas sur l'avantage de l’enseignement élémentaire de l’agriculture dans toutes les écoles; cette question est jugée ! Déjà le public comprend la nécessité d'encourager les efforts persevérants que le surintendant du département de l'instruction publique, l'honorable M. Ouimet, ne cesse de faire en faveur de cet enseignement dars toutes les écoles de la province. Espérons que l’enseignemeont do l’agriculture deviendra bientôt genéral, dans nos écoles primaires, et qu'il s'étendra, mais d’une manière plus relevée, à nos colléges, tant commerciaux que classiques, et à tous les couvents de la campagne. Il est utile, il est même nécessaire que toute la jeunesse du
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pays qui s’instruit, connaisse au moins les éléments de cet art qui donne la vie à tous, qui promet aux familles l'avenir le plus tranquil' et le plus certain, et qui est, pour toute nation, la seule base solide de prospérité générale. Quant à l’enseignement de l’agriculture dans nos couvents, il ne faut pas oublier que, dans notre province surtout, c'est par la femme que l'éducation se généralise le plus. C’est donc aussi aux futures mères de famille qu'il faut enseigner ce qu'est l’art agricole, ee qu'il doit être et ce que Dieu veut qu'il soit, c'est-à-dire la base de toute bonne organisation sociale. Ceci est d’antant plus nécessaire qu'on remarque généralement, chez nos filles et nos femmes instruites, les plus grands préjugés contre l'agriculture. C’est au point que bien des tilles de cultivateurs qui sortent de nos couvents semblent préférer une alliance avec un artisan et même un journalier à l’alliance que peut lui offrir lgriculteur. D'ailleurs, il suffit d’enscigner à la femme les principes de l’horticulture et les soins à donner à la laiterie, à la basse-cour, au verger, aux abeilles: cela est utile partout. L’horticulture étant l'application parfaite des principes de l’agriculture, on ne peut enseigner les matières que j'ai nommées sans connaitre tout ce qu’une femme a besoin de savoir en agriculture. Cet enseignement devrait entrer dans le programme des études de tous les couvents de campagne. Partout où l'on a un jardin, on a, ou l’on peut avoir facilement une laiterie, une basse-cour, quelques arbres fruitiers, quelques ruches. Voilà tout ce qu’il faut, avee des connaissances pratiques, de l’intelligenee et de la bonne volonté, pour donner un enseignement des plus précieux qui peut devenir d’un service incaiculable dans l’état actuel de notre société.
En France, dans ces dernières années surtout, de bons curés ont senti l'importance de procurer aux femmes chrétiennes cette instruction pratique, plus particulièrement du département de la femme, en agriculture, et ile ont fondé des maisons spéciales où toute l'instruction a
ur objet de former de bonnes femmes de cultivateur. Les frères de la doctrine chrétienne ont également établi plusieurs maisons où l'on ar aux jeunes garçons ia pratique aussi bien que la théorie de l’agriculture. Leur maison de Beauvais, en France, qui se soutient par
s0s ropres ressources, est, de l’avou de tous, une des meilleures écoles d'agriculture de l'Europe. Voilà ce qui so fait ailleurs ; espérons que le dévouement si connu, au Canada, de notre clergé, de nos religieux et de nos relirieuses, en faveur de toutes les bonnes œuvres, nous otera bientôt de cet enscignement pratiqne de l’agriculture comme le dévouement seul peut le donner !
‘ Après quinze ans de tâtonnements et de luttes pour leur existence, il est maintenant admis que nos écoles spéciales d'agriculture commencent à faire un bien réel. Cependant, malgré les avantages certains et considérables qui sont offerts, les rapports publics constatent que les élèves qui fréquentent ces écoles sont peu nc “breux. Comme on tient à les avoir, ils sont exigeants, et on ne peut obtenir d’eux ce que l’on voudrait. De fait, si ces élèves ne recevaient pas la ponsion gratuite aussi bien que l'instruction, il est probable que nos écoles d'agriculture se videraient complètement. On admettra facilement que cet état de choses est fort regrettable. Mais il démontre à l’évidence la nécessité pour le gouvernement de travailler davantage à faire avancer l’agriculture dans notre province. Quand nous aurons réussi à faire aimer l'agriculture, que nous en aurons popularisé l’enseignement élémentaire, les élèves à la recherche du haut enseignement agricole deviendront nombreux, et nous pourrons nous flatter alors, mais alors seulement, d’avoir fait un grand pas dans la régénération de notre agriculture.
J'en suis convaincu, la généralisation de l’enseignement agricole est la condition nécessaire de l'amélioration de l'état actuel de notre agriculture. Tant que nous n’aurons pas fait aimer et rechercher cet enseignement, nous travaillerons en vain ; et tous les octrois imaginables seront donnés en pure perte! C’est donc par l'enseignement pratique de l'agriculture qu'il faut commencer, Cet enseignement est l’objet principal du système que je viens d'exposer, de même que la nomination d’un surintendant en est la clef de voûte, si je puis ainsi parler.
En voilà assez pour montrer combien est importante la tâche que l'honorable M. Ouimet a été le premier à entreprendre, et combien il importe de l'aider à mener à bonne fin les réformes qu'il s'efforce d'introduire. Je
dirai ici qu’un des moyens qui me semblent de nature à populariser l’enseignement agricole, serait la distribution, sous forme de prix, dans nos ecoles, colléges etcouvents, du plus grand nombre possible de livres bien faits, sur l'agriculture. Un autre moyen, plus utile encore, peutêtre, serait d'offrir, dans chaque district scolaire, des primes en argent, ot des distinctions aux instituteurs qui donneraient le meilleur enseignement agricole et dont les élèves passeraient les meilleurs examens sur cette matière. Des prix en argent devraient être offerts également aux instituteurs et institutrices qui cultiveraiont, avec le plus de profit et au point de vue des besoins d'une famille rurale, les légumes, les fruits de tous genres, et même les abeilles, qui sont à leur place dans un jardin.
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A tout ce qui précède on m'objectera peut-être que j'expose un système qui pèche par la base. De fait, en lisant avec attention les divers rapports publiés par le commissaire de l’agriculture, comme j'ai dû le faire pour ce travail, j'y ai vu avec étonnement l'affirmation d’un employé (1)—duquel a Wu es | plus que de tout autre, depuis une vingtaine G’années, le fonctionnement de toute notre organisation agricole, —laquelle tend à dire que le conseil d'agriculture, et la chambre d'agriculture, avant le conseil, n’ont pas pu trouver, dans vingt ans, et que nous n'avons pas même dans le pays un sc | homme capabie de faire un bon journal d'agriculture ! ©: crouverions-nous donc un surintendant de l’agriculture e, des aides compétents ? Je réponds que, pour qui veut être juste et ouvrir les yeux, les hommes ne manquent pas qui pourront contribuer à mettre à exécution le projet que j'ai soumis; et je pourrais en nommer un bon nombre en état de rendre les services les plus précieux. N'avons-nous pas, en effet, les LeSage, les Joly, les Tasse, les Casavant, les Browning, les Schmouth, les Marsan, les
(1) Voir: rapport de M. Georges Leclerc, secrétaire du conseil d’agriee Rapport général du département de l’agriculture de 1841-72, pages 3 et
ai C4 Landry, les Benoit, les Blackwood, les Pilote, les Beaubien, les Ross, les Gaudet, les DeBlois? Et combien d’autres encore, moins en vue peut-être, mais d’un savoir incontestable, qui n’attendent qu’une bonne organisation et le mot d'ordre pour rendre d’éminents services !
La plupart des choses que je viens de suggérer n’ont pas même le mérite de la nouveauté. On les trouve, souvent en toutes lettres, dans un bon nombre de documents publics, et en particulier dans l'excellent rapport de M. J. C. Taché, le député-ministre de l’agriculture, à Ottawa, et sans contredit un des amis les plus sincères et les plus dévoués de M. spam et de son pays. Je me suis plu à citer d'autant plus souvent ce rapport que les bons avis qu’il renferme, donnés il y a près de trente ans, semblent avoir été plus ou moins oubliés.
Je puis done soumettre mon travail en toute confiance aux hommes éclairés qui ont eu l’heureuse idée du concours ouvert, par l’Institut Canadien de Québec, dans le but d'étudier et de faire étudier une des questions d’intérêt public les plus pleines d'actualité.
En terminant, j'aimerais à rappeler à tous mes compatriotes les paroles si sages que Fénélon adressait aux hommes d'Etat de la France. Puissent-elles nous être aussi utiles qu’elles nous sont bien appropriées. L’illustre évèque de Cambrai disait: ‘‘ La force et le bonheur d’un Etat consistent non à avoir beaucoup de provinces mal cultivées, mais à tirer de la terre qu'ou possède tout ce qu’il faut pour nourrir un peuple nombreux.” Or, dans un pays aussi vaste et aussi éminemment agricole que le Canada, nous ne nourrissons plus notre population, il s’en manque de beaucoup! Un autre évêque de France, Mgr Dupanloup, dont la mort soudaine et imprévue vient de jeter dans le deuil le monde catholique, s’exprimait ainsi “ Qu'on l’entende donc bien, il n’y a personne, ni homme, ni femme, si grand seigneur, si grande dame qu'ils soient, qui doive craindre de se rabaisser en s'occupant d’un labeur aussi noble, aussi utile que celui de l’agriculture, ot je l’ajoute, d’une importance sociale si grande, au point de vue des mœurs comme au point de vue de la richesse nationale.”
Le remède à l’état de choses qui ruine surtout notre
bé ar est dans l'étude et la pratique intelligente de ’agriculture par les classes instruites, afin que le bon
exemple, le meilleur de tous les encouragements, parte d’en haut. Mais pouvons-nous l’espérer encore cet ex: emple, sans un changement complet dans les habitudes actuelles de notre société ? Je le dis avec amertume et non sans un profond découragement: je ne verrai pas ce changement. Je me demande souvent si l’on reverra jamais au Canada, ces temps si houreux pour notre pays où nos ancêtres, riches ou pauvres, les habitants de nos riantes et autrefois si fertiles campagnes, formaient tous, au dire de nos ennemis même, ‘“ un peuple de gentilshommes ” ; ces temps où l’aristocratie canadienne toute entière se faisait un bonheur d’habiter la campagne et de cultiver la terre ; où notre population agricole savait se suffire à elle-même ; quand mères et filles cardaient, filaient, tissaient, avec joie et bonheur, habits, linge et tapis, se faisaient un devoir et une gloire de fabriquer de leurs mains tout ce dont la famille entière pouvait avoir besoin durant l’année, et en telle quantité que les pauvres avaient, eux aussi, une part généreuse etabondante. Je le crains, ces temps heureux ne reviendront plus.
Quant à moi, courbé tout le jour sous le rude travail des champs, j'ai blanchi, mais avec bonheur, au service de l’agriculture. Il y a bientôt trente ans,—plus ardent et plus optimiste qu'aujourd'hui, j'ai applaudi des deux mains lorsque je lus, pour la première fois, le rapport de l’enquête agricole que j'ai cité souvent dans ce travail. Je me flattais alors que les sages avis qui y sont donnés allaient porter leurs fruits sansretard. J'ai vu disparaitre, depuis, un grand nombre des bons patriotes qui ont pris part à cette enquête, en 1850, et qui comptaient comme moi, sans doute, sur une direction plus sage et, en conséquence, sur un avenir plus prospère ot plus brillant
ur notre agriculture. Plusieurs de ceux qui restent ont probablement perdu, depuis longtemps, tout espoir de voir de leurs yeux les améliorations qu'ils ont été les premiers à indiquer.
Je suis maintenant trop vieux pour qu'il me soit donné de voir une organisation dégagée de favoritisme ot faite uniquement en faveur de l'avancement de l’agri-
bé,
culture dans cetto province. Trop peu d'hommes, dans notre pays, et surtout d'hommes politiques, s'occupent aujourd’hui de cette question.
Mais je crois fermement à la vérité des paroles que j'ai écrites en épigraphe, au commencement de ce travail, et qui m'ont servi de devise toute ma vie : “Celui qui fait croître deux brins d'herbe où il n’en poussait qu'un seul auparavant, e-t, sans aucun doute, un Bienfaiteur public.” Ces paroles ont frappé mon esprit quand j'étais encore bien jeune. Je me flatte maintenant d'avoir fait produire, autrefois, trois brins d’herbe partout sur ma terre où il n'en poussait qu’un seul. Je puis affirmer, avec assarance, que, s'ils en avaient la volonté, presque tous mes compatriotes pourraient en faire autant.
Et si ce travail, que je voudrais pouvoir adresser à tous les cultivateurs de notre province, avait pour effet d'ouvrir les yeux à quelques jeunes gens d'éducation, de talent et d'avenir ; si je réussissais à les convaincre du bonheur terrestre qui s'attache, d'ordinaire, au cultivateur aimant et servant Dieu; si je pouvais contribuer à faire adopter cette noble et utile carrière de l'agriculture à quelques bons patriotes, et surtout à quelque futur homme d'état, je mourrais convaincu de n'avoir pas été tout-à-fait inutile à mon pays.