II. DES MOYENS DE FAÎRE PROGRESSER L'AGRICULTURE DANS NOTRE PROVINCE
On ne s’attendra pas, sans doute, à trouver dans cétte étude, dont le cadre est d’ailleurs clairement défini par les règlements du concours de l’Institut Canadien de Québec, un traité sur l’art de cultiver la terre avec profit. Tout travail de ce genre serait ici un hors-d'œuvre. On demande quels sont les moyens à prendre pour faire progresser l’agriculture dans tout le pays.
Ces moyens, je vais les indiquer dans cette troisième partie. On les trouvera peut-être d’un caractère un peu radical, mais, en définitive, les changements d’organisation que je propose sont faciles à opérer.
(1) Tableau de la production du blé par acre dans différentes contrées (minots de 64 I1bs.)
Angleterre, 29 minots.
Prusse (Poméranie seulement), 26 “
Belgique, 24:41
Hollande, 19 ‘°
France, 16} ‘“
Etat-Unis, ) à RARE Le
Canada, 104 “ ) se sa « ‘ Leona ane PIS 11: le. | d’après le recensement de “Ontario, 104 L se Québec 11 8 ‘ ]
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La législature du Canada a constaté, dès 1850, d'une manière officielle et très-exactement, les défauts de l’agriculture dans la province de Québec. Dans la suite, au milieu des luttes si vives de la politique, ot des questions si ardues qu'il a fallu résoudre, le Parlement s’est efforcé de remédier au mal signalé par l'enquête législative. C’est ainsi que les octrois en faveur de l’agriculture furent doublés; que les sociétés d'agriculture furent partout encouragées; qu'on organisa à grands frais des expositions provinciales; qu’on établit des écoles d'agriculture, et qu’enfin, on créa, dans l’administration locale de Québec, lors de la Confédération, un département spécial, ayant pour chef un ministre dont la mission est de diriger l’agriculture et les travaux publics. En 1869, on créa le conseil d'agriculture, dans l’espoir de remplacer avantageusement l’ancienne chambre d’agriculture du Bas-Canada. Depuis 40 ans on a encouragé plus ou moins, de temps à autre, la pubiication de journaux agricoles et on a fait donner, dans ces dernières années, mais pendant quelques mois seulement, des causeries sur l’agriculture, dans plusieurs paroisses du pays. On peut évaluer à $70,000, environ, les dépenses annuelles que le gouvernement de cette province s'impose, sous une forme ou sous une autre, en faveur de l’agriculture. La somme totale ainsi dépensée dans cette province, depuis trente ans, doit approcher $2,000,000 (deux millions de piastres).
On le voit, des efforts considérables ont déjà été faits dans le but d'améliorer l’agriculture dans cette province. Avant donc de songer à de nouveaux moyens, il est bon d'établir ce qu'est notre organisation agricole, et d'en signaler le côté faible.
La loi d'agriculture qui nous régit depuis 1869, donne au commissaire d'agriculture et des travaux publics la direction complète et le contrôle absolu du conseil d'agriculture, des écoles et des sociétés d'agriculture. C’est en définitive le commissaire ‘qui porte seul la responsabilité du bon ou du mauvais fonctionnement de toute notre organisation agricole.
Cependant, il appert par les rapports officiels publiés sous l'autorité du commissaire, que jusqu’à 1875 la loi d'agriculture était restée lettre morte, quant à la direc-
tion que doit donner le commissaire. Il y appert de plus que l'état des sociétés d'agriculture est très-peu satisfaisant, Ces documents officiels semblent même admettre que les résultats obtenus ne sont nullemeut en rapport avec les dépenses faites pour l'amélioration de l'agriculture. On va jusqu'à s’y demander si les progrès obtenus no se seraient pas également opérés sans l'intervention et les allocations du gouvernement,
Voici d'ailleurs ce qu’on peut lire à la première page du rapport du commissaire d'agriculture pour l’année 1874: ‘ En dehors de la routine administrative, notre département exerce peu d'influence directe sur l’organisation agricole: c’est au conseil d'agriculture qu'est réservée la direction du mouvement agricole.”
On le voit, le commissaire d'agriculture avoue ne point diriger la partie agricole de son département: il laisse cette direction au conseil d'agriculture, Or ceci semble directement contre la loi. (1)
(1) Voici ce que dit l’acte d'agriculture à ce sujet (32 Vict., ch. 12» 1869, clause 40) :
‘ Tous les pouvoirs et devoirs administratifs ayant trait au contrôle ct à la régie des sociétés d’agriculture et des institutions d’enseigrement agricole sont par le présent conférés au COMMISSAIRE qui recevra leurs rapports annuels, leur paiera l'octroi provincial établi en leur faveur et leur donnera des instructions propres à assurer l’entier accomplissement des règlements généraux ou spéciaux adoptés à lour égard par le conseil d’agriculture, et il aura le pouvoir, en cas de contravention, de suspendre le paiement de la subvention à ces sociétés ou institutions et, avec l’approbation du lieutenant-gouverneur en conseil, de la supprimer. ?
Et la clause précédente dit : “ Tout règlement passé par le conseil d'agriculture, toute résolution ou mesure adoptée par le dit conseil, DEVRONT ÊTRE SOUMIS A L’APPROBATION DU LIEUTENANT-GOUVERNEUR EN CONSEIL AVANT DE POUVOIR ÊTRE MIS A EXÉCUTION. ?”
Par ces clauses, il appert clairement que le commissaire doit diriger le conseil d'agriculture comme les sociétés, et qu'aucun acte du conseil ne doit être mis à exécution avant d’avoir été apprnuvé.
Cependant, que lit-on, à la page 29 du rapport fénéral du département de l’agriculture pour l’année 1875 ? On ne le croirait pas, si ce n'était là, en toutes lettres: pendant les six premières années du fonctionnement du conseil d'agriculture, pas une seule des résolutions du conseil n’a été approuvée! Et cependant on a atheté des terrains considérables, on y a érigé des bâtisses pour les expositions provinciales, on a fait des règlements obligatoires (?) pour les sociétés d'agriculture, et que sais-je encore.
Voici ce que dit M. Browning dans le rapport auquel je fais allusion :
‘ DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL.—Avant de terminer, il est de mon devoir d'attirer l’attention du conseil, bien que j'hésite à le faire, sur un sujet
Quant au fonctionnement des sociétés d'agricultare, M. Lesage, assistant-commissaire, dit (voir même rapport de 1874) :
“ Suivant \otre décision (du commissaire) nous n'avons pas inséré ici les rapports financiers des sociétés d'agriculture, à cause des irrégularités qui s’y rencontrent.” Il ajoute plus loin: ‘“ Il ost à regretter que les concours (pour les terres les mieux tenues) de même que les partis de labours ne soient pas en plus grande faveur auprès de la majorité des cultivateurs. Au lieu de les considérer comme les plus sûrs moyens de généraliser les améliorations agricoles, un grand nombre de sociétés cherchent à en être exemptées. ”
Il est encore établi à la page uLvI du même rapport, que bien que les concours de labours soient obligatoires, et que si les sociétés les négligent elles doivent perdre l'octroi du gouvernement, il n’y a que 19 sociétés sur 80 qui se soient conformées à ce règlement obligatoire. De fait, pour qui lit attentivement les divers rapports offciels publiés par le commissaire d'agriculture, il est évident que la surveiilance exercée sur les sociétés d'agriculture est à peu près nulle, que des pertes d’argent considérables en sont résultées et qu'il s’est glissé bien des abus. Et cependant toutes les sociétés, indistinctement, reçoivent chaque année leur octroi, tout comme si elles se conformaient à la loi!
de la plus grande importance : il s’agit de la 39e clause de l’acte d’agriculture, qui se lit comme suit :
‘“ Tout règlement passé par le conseil d'agriculture, et toute résolution ou mesure adoptée par le dit conseil, devront être soumis à l’approbation du lieutenant-gouverneur en conseil, avant de pouvoir être mis à exécution. ”
‘ Maintenant, quand j'aurai informé le conseil qu'aucun de ses actes ou procédés n’a été approuvé, nonobstant toutes les démarches qui ont été faites dans ce sens, en vue de se conformer à la loi, et bien que copie des délibérations du conseil ait été régulièrement transmise à Québec, après chaque réunion, dans le but d'obtenir cette approbation, je laisserai au conseil à décider s’il ne serait pas à ROLE d'essayer d'obtenir la révocation de cette clause, ou, du moins, de la faire amender à la prochaine session du Parlement de Québec, puisqu'il est évident que, d’après le mode suivi jusqu’à présent, nous procédons de la manière la plus irrégulière et que nous nous trouverons, tôt ou tard, en face de sérieux embarras en raison de ce que nos actes peuvent être à tout mo- “ment attaqués de nullité, par le fait de cette absence d’approbation. ?’ Signé : J. M. BRoWNING, Président C. A. P, Q.
De son côté, M. Browring, ci-devant président du conseil d'agriculture, admet, dans ses rapports annuels, ue l’état des choses est loin d’être satisfaisant. Voici ce qu’il dit à la page 23 du rapport généra: du département de l’agriculture de 1875.
‘On n'a pas donné jusqu'à présent aux rapports annuels des sociétés d'agriculture toute l'attention que mérite cet important sujet, plusieurs rapports ayant été reçus, bien que sous une forme des plus incomplètes cet des plus inexactes, tandis que d’autres sociétés n’en ont transmis aucun.”
M. Browning s'étend ensuite longuement sur les inconvénients qui s’en suivent, et demande que la loi soit mise à exécution, ou qu'elle soit amendée.
En voilà assez pour prouver que iasurveillance sur les sociétés, soit par le commissaire de l’agriculture, soit
ar le conseil, n’est pas eflic.. et même que la loi ‘agriculture est lettre morte quant à la direction à donner aux sociétés.
Voyons maintenaut ce qu'ont été les résultats obtenus, au prix de $2,000,000 environ, dépensées depuis trente ans, en vuc de l'amélioration de l’agriculture. Voici ce que M. l’assistant-commissaire écrit à ce sujet dans son rapport de 1874, (page 1).
“ Sous forme d'introduction au compte-rendu des opé rations qu'il dirige, le Rév. M. Buteau, ” de son vivant, supérieur de l’école d'agriculture de Sainte-Anne, “ se demande si les subventions accoräées depuis vingt ans aux sociétés d'agriculture ont produit un résultat proportionné au montant d'argent qu'elles ont absorbé ; et il arrive à la conclusion que la masse des eultivateurs n’en a guère profité, et que les progrès qui se sont accomplis durant cette periode de temps auraient pu s'accomplir sans l'intervention des sociétés d'agriculture et sans les octroïs qui leur ont été distribués. C’est là une assertion hardie, et qui mérite d’être prise en considération par notre législature, attendu que le savant directeur de Sainte-Anne n'a pas dûla faire à la légère.”
On le voit, M. l’assistant-commissaire lui-même, qui connait tout aussi bien que personne notre organisation agricole, et qui, certes, fait de son mieux pour l’améliorer, n'ose pas affirmer ie contraire de ce que disait
A pe
M. Buteau ; il va jusqu’à attirer l'attention de la lég'slature sur ce sujet si sérieux.
Si nous remontons maintenant à 1850, et si nous cherchons ce qu'était alors l’agriculture et quelle était l'action des sociétés d'agriculture à cette époque, il sera facile d'établir que le progrès agricole, depuis trente ans, n'est guère dû à notre organisation officielle ni aux enormes sommes dévensées par le gouvernement dans l’espoir d'améliorer l'agricu'ture Voici un extrait du rapport du comité spécial nommé, en 1850, pour s’enquérir de l'état de l’agriculture dans le Bas-C nada, des moyens de l'améliorer et de faciliter l’établissoement des terres incultes, qui prouve notre avancé. (1)
On lit dans ce rapport: ‘“ que les études que le comité a été obligé de faire l'ont mis à même de pouvoir afirmer que l'agricniture a fait beaucoup de progrès depuis un certain nombre d'années “ que l'élan est donné, l'apathie passée.....(2).” Le comité ajoute: “C'est surtout dans ce moment que les bonnes récoltes semblent revenir, qu'il importe de profiter de l'expérience recente qu’à donnée !e malheur, atin d'engager la population des campagues à employer tous les moyens qu’une nouvelle proxpérité pourra leur fournir, et prevenir de nouvelles miséres,”?
On voit par ces extraits qu'il y avait, en 1850, nn commencement de progrès assez marqué. Ces progrès se sont continués depuis, mais il n’y a rien pour démontrer que l'amélioration que l’on constate de nos jours ne se serait pas faite sans l’organisation actuelle. Au contraire, nous n'avons qu’à voir ce qu'étaient alors les sociétés d'agriculture, pour établir clairement que nos sociétés actuelles, en général, ne sont pas meilleures qu'elles étaient il y a trente ans. Nous pouvons dire que la plupart valeit moins, car depuis ce temps on a continué les erreurs
raves qui étaient signalées à cette epoque déjà reculée. ft aujourd'hui, le mal est devenu tel qu'il faudra un effort bien grand et bien persévérant pour le détruire.
(1) Voif appendice T. T. Documents de la Session 1850, No. 2, vol. 9. (2) Je crois devoir citer, en appendice, plusieurs extraits de ce rappe important. Ony verra que les conseils qui y sont donnés par les ommes les plus marquants de notre province, s'appliquent aujourd'hui tout comme sieette enquête agricole venait d’être faite.
Au sujet de ces sociétés d'agriculture, voici ce que constato l'enquête déjà citée : ‘“ Les sociétés d’agriculture, telles qu’elles existent et qu’elles sont conduites aujourd'hui (1850) ont fait du bien, il n’y a pas à en douter, maisil est certain qu'elles n'ont pas produit tous les résultats qu'on en attendait. Dans bien des cas, les dépenses contingentes et les frais de gestion se sont montés à des sommes exorbitantes, eu égard aux moyens de ces sociétés.”
Un autre défaut est signalé dans le rapport de la société du Bas-Canada pour cetto année (1850) :
“ Les bienfaits des expositions,” dit le rapport, “ sont géncralement retirés par nos meilleurs cultivateurs, capitalistes et autres personnes possédant des terres en bon ordre, tandis que ceux qui ont réellement besoin d'instruction et d'encouragement sont virtuellemert exclus.”
J'ai souligné ces dernières lignes qui indiquent clairement le mal d'aujourd'hui comme celui d'alors. La législature toute entière a reconnu ce mal, il y a déjà vingt-huit ans; quelles mesures avons-nous prises pour le faire disparaitre? Je réponds : nous avons dépens ‘ deux millions de piastres, sans presque aucun résultat utile, et, par notre apathie et notre négligence, ce mal s'est enraciné plus profondément que jamais !
Quant à nos expositions provinciales, elles nous coûtent près de $20,000 chacune. Elles nous laissent presque toujours un déficit de $12,000 à $15,000, que la législature et les cités intéressées ont à combler. Aiïin:i, en 1877, la ville de Québec, tout endettée qu'elle soit, a voté $6,000 en faveur de la dernière exposition pptperRe: et cependant la législature s’est vue dans l'obligation de voter, à la dernière session, une somme additionnelle de $8,000 environ, pour combler le déficit. Et combien de cultivateurs pratiques, et surtout de cultivateurs d'origine françoise, ont participé À eette exposition ? Les exposants d’origine française étuient peu nombreux ; les races d'animaux étrangères au pays ont soules été primées, et un petit nombre de grands éleveurs, qui pour la plupart ont fait leur fortune dans le commerce et l’industrie, ont enlevé la masse des prix. L'exposition d'animaux et do produits agricoles provenant des districts de Québec et de Trois-Rivières était à peu près nulle. Et pourquoi?
parce que l’on n’a pas su encour: ,er nos cuitivateurs à améliorer leurs cultures et leurs produits, et qu on ne prend pas les moyens de les attirer à ces expositions. L’extrait du rapport de la chambre d’agriculture du Bas-Canada pour 1850, que je viens de reproduire, s’applique encore aujourd’hui et à la lettre à presque toutes les expositions de comtés. Personne n osera affirmer le contraire, j'en suis bien sûr. On le sait, moyennant une souscription, bonâ fide, de $266, le gouvernement donne tous les ans ur octroi de $666 à chaque société d’agriculture de comté. Je ne parlerai pas de la bonne foi qui règne dans certains comtés, au sujet de ces souscriptions. Malgré les affidavits si positifs qu’il faut faire, les initiés savent quelle espèce de bonne foi on apporte assez communément à ces souscriptions! Puis on fait chaque année, ou à peu près, des expositions. Or quel en est généralement le résultat ? La plupart des hommes impartiaux seront forcés d'admettre que d'ordinaire ces expositions servent uniquement à distribuer, le plus également possible, sous forme de prix, le gros de l’octroi du gouvernement entre trente ou quarante personnes tout au plus, de manière à encourager ces mêmes personnes à souscrire de nouveau, l’année suivante, environ un dixième de ce qu’elles ont reçu. Le reste de la souscription s'obtiendra, là où il n'y a pas de fraude, en donnant gratuitement, à même l'octroi du gouvernement, des graines fourragères qui sont distribuées aux frais de la société. Puis si la souscription n’est pas complète, en supposant toujours l’absence de fraude, on quêtera de porte en porte, chez les deux députés du comte, le sénateur, les curés, les marchands. Il va sans dire qu’on n'oublie pas de faire souscrire l’aubergiste chez lequel se donne le grand diner que les directeurs de la société et leurs amis se payent annuellement, mais toujours sur les octrois du gouvernement à la société! Voilà, personne ne l’'ignore, comment soixante sociétés d'agriculture sur quatre-vingts font les choses dans cette province ! Il est juste d'ajouter que depuis quelques années les sociétés d'agriculture, en général, entretiennent aux frais de la société quelques animaux reproducteurs, plus où moins bien choisis, dont l'usage est donné aux membres presque gratuitement. Cet encouragement qui tend à l’amélio-
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ration du bétail, ainsi que la distribution des graines fourragères, là où cette distribution se fait honnêtement, est de beaucoup la partie la plus utile des dépenses faites
r nos sociétés d'agriculture.
Afin de bien connaitre toute l’action des sociétés d'agriculture de comté, il faut dire qu'en 1869 elles ne comptaient dans toute la province qu'environ 7,000 membres d’origine française. Depuis cette époque, les efforts qui furent faits pour répandre gratuitement les journaux agricoles parmi les membres ont eu pour effet d'en doubler le nombre ou à peu près. Malgré tout, il appert par le dernier rapport du comité d'agriculture de l'assemblée législative, en date du 28 février 1878, (1) qu'il y a environ un tiers des paroisses du pays qui ne comptent pas un seul membre dans les sociétés d’agriculture, et qu’un grand nombre d’autres paroisses en comptent moins de dix. Ce rapport ajoute : ‘ La plupart de ces paroisses ne bénéficient donc aucunement, ni des argenis votés pour les sociétés d'agriculture, ni du journal d'agriculture. Comme ces jaroisses sont, pour la plupart, parmi les moins avancées, elles auraient besoin, plus que toutes autres, de l’aide accordé si généreusement, chaque année, par la législature, afin d'avancer le développement de l’agriculture. ”
Je crois avoir démontré que la plupart de nos sociétés n’ont guère progressé depuis 1850, bien que de fortes sommes leur aient été octroyées chaque année. Cependant, il ne faudrait pas en conclure que les sociétés d'agriculture sont inutiles et qu’elles doivent être supprimées. Il y a dans cette province un certain nombre de sociétés qui, depuis quelques années surtout, font un bien incalculable. Ainsi, dans plusieurs comtés, on offre tous les deux ans, dans chaque paroisse du comté, des prix pour les terres les mieux tenues dans la paroisse, pour les meilleurs dix arpents de labours d'automne, pour les meilleurs prairies et pâturages, pour la conservaiion des engrais, pour la confection des fosses à fumier, la plantation d'arbres fruitiers, etc. On y facilite égalemont ji achat de bonnes semences et l’usage de bons reproducteurs dans chaque paroisse. Et quel est
(1) Voir “ Journal d'Agriculture ” 1878, page 146.
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le résultat? D'abord les membres de la société d’agriculture se comptent par 500, 600 et 700 dans chacun de ces comtés. Les souscriptions sont plus élevées. Cellesci, jointes aux ressources que rapportent les reproducteurs appartenant à la scciété et à l'octroi du gouvernement, permettent de faire, tous les deux ans, des expositions de produits agricoles dont l'importance est suffsante pour attirer des acheteurs étrangers. De sorte que ces expositions, tout en excitant l'émulation parmi les cultivateurs, deviennent comme une foire pour la vente des produits agricoles. Voilà ce qu'ont fait plusieurs sociétés à la suite de quelques conseils qui leur ont été donnés, quand ces conseils cnt été entendus par des hommes intelligents, patriotiques et désinteressés. Or, ne pourrait-on pas espérer des résuitats analogues, dans presque tous les comtés de cette province, si toutes les sociétés d'agriculture étaient surveillées de près et dirigées par une organisation dans laquelle le public aurait confiance, dont le chef serait un homme enteudu en agriculture, au fait de ses besoins et à la hauteur de sa mission. Et que ne pourrait pas accomplir un tel homme, ayant le pouvoir comme le désir de feire du Lqhai À pement, de l’agriculture dans cette province sa seule occupation, et dont le bien être de la classe agricole serait la plus grande ambition!
Il faut l’affirmer bien haut: ce qui manque à nos sociétés d'agriculture, comme à tout le reste de notre organisation agricole d’ailleurs, c'est une sage direction, donnée avec suite, et qui, touten ayant à répondre directement de sa conduite à la législature, ne serait pas entravée par toute espèce d'obstacles, entre autres par ce qu'on est convenu d'appeler les nécessités de la politique.
Le commissaire d'agriculture et des tiavaux publics pourrait-il, dans les circonstances actuelles, diriger efficacement l’organisation agricole de cette province ? Il suffit de se rappeler les exigences de la politique pour reconnaitre qu'on ne saurait attendre de la plupart des hommes d'Etat appelés à ce ministère, dans notre pays, les qualités spéciales qui sont indispensables à celui qui devra diriger avec succès cette organisation.
En y réfléchissant, il faut admettre que le commissaire d'agriculture et des travaux publics est tellement surchargé d'occupation qu’il lui est tout à fait impossible de bien remplir les devoirs trop multiples qui lui sont dé. volus. Ainsi, voyons un peu: Ce ministre de la couronne est aujourd’hui le seul commissaire chargé de la construction du chemin de fer provincial de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental. Ila la responsabilité, la direction et le contrôle absolu de toutes les affaires qui s’y rattachent. Cette entreprise, qui va coûter onze ou douze millions de piastres, demande, dans la position financière actuelle de notre pays, un travail extraordinaire de surveillance et de soin. Le commissaire d'agriculture et des travaux publics fait également construire, sous sa direction immédiate, les nouveaux édifices des départements publics, —construction monumentale qui fera sans doute honneur au pays, mais qui coûtera suffisamment pour qu'on y regarde de près. Le même commissaire doit de plus surveiller directement la construction, l’entrotien et les réparations de toutes les prisons, des cours de justice, et généralement de tous les édifices publics qui sont disséminés sur tous iles points de la province. Il a encore la direction générale et toute la responbilité de l’emploi des octrois en faveur de la colonisation, et la surveillance immédiate de la confection et de la réparation de tous les chemins de colonisation. Or, les travaux du ‘département de la colonisation s'étendent depuis l’extrémité du comté de Pontiac à l’ouest jusqu'aux profondeurs du Saguenay au nord—depuis l'extrémitésud du comté de Compton, jusqu'aux confins de l'immense territoire de la Gaspésie, et ce dernier territoire est aussi étendu que la plupart des états d'Europe ! Il reste au même commissaire la direction et le contrôle de diverses agences d'immigration, en Europe et dans cette province, ainsi que la répartition des subventions accordées à sept ou huit compagniesde chemin de fer,— subventions qui se montent à plus de trois millions de piastres! Et que sais-je encore ? Voilà pour ce qui a rapport plus particulièrement à l'administration des travaux publics, indépendamment de l’agriculture. N'est-ce pas déjà demander beaucoup trop À un seul homme, même en supposant qu'il n'aurait absolument rien à faire ni à l’agriculture, ni à la politique
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générale. Et cependant ce fonctionnaire, surchargé d’un fardeau qu'Hercule lui-même aurait peine à porter est en même temps ministre de la couronne. De fait, et depuis plusieurs années, c’est le premier ministre de la province qui a eu la direction de ce vaste département. Or, un ministre de la couronne et surtout un premier. ministre doit donner, en définitive, la plus grande et la meilleure partie de son temps aux affaires générales de la province. De fait les occupations d’un ministre constitutionnel prennent trop souvent le pas sur les affaires de son département.
Ext-il nécessaire d’en dire davantage pour démontrer que le commissaire des travaux publics ne peut pas et ne doit pas entreprendre la direction du mouvement agricole dans cette province ?
Mais on dira peut-être : Puisque le commissaire d’agriculture est dans l'impossibilité de bien diriger le mouvement agricole de cette province, pourquoi ne point donner cette direction au conseil d'agriculture ?
Nous avons vu qu'en réalité cette direction a été laissée au conseil d'agriculture, depuis 1869. A vant cette époque, c’est l’ancienne chambre du Bas-Canada qui avaitdirigé, seule et sans conteste, pendant au-delà de trente ane, toute l’organisation officielle de l'agriculture. Lors de la confédération, la chambre d'agriculture ayant été jugee insuffisante, le conseil d'agriculture fut organisé pour la remplacer. Mais il n’apporta aucune amélioration à l’état de choses préexistant. Le système actuel est donc virtucllement en opération depuis quarante ans. Nous venons de voir quel a été le résultat. Nous avons cité plus haut le témoignage de M. l’assistant-commissaire lui-même. Nous avons vu ce qu'a dit M. Browning, un des présidents les plus actifs et les plus dévoués qu'ait eu le conseil d'agriculture, au sujet du peu d'influence que ce conseil exerce sur les sociétés d'agriculture. Nous avons constaté que le progrès agricole qui s'est opéré dans cette province depuis trente ans, n’est guère dû à l’ancienne chambre d'agriculture, ni aux sociétés, ni au conseil d'agriculture.
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Voyons maintenant ce qu'est le conseil d'agriculture ; nous pourrons mieux juger s’il est en mesure de donner
la direction eflicace dont notre organisation agricole a besoin.
Les membres du conseil d'agriculture, par la loi, sont au nombre de vingt-trois ; ils sont nommés par le lieutenant-gouverneur en conseil, et ils sont censés représentur, ou à peu près, les diverses divisions territoriales de la province. En réalité ilsne représentent aucunement ces divisions ; sept membres sur les vingt-trois, résident dans les environs immédiats de Montréal ; six autres membres, dans les environs de Québec, un seul (1), M. Gauvreau, notaire et greffier de la cour de circuit à l’Ile- Verte, représente maintenant tout le bas du fleuve, au nord et au sud, à partir de Québec.
Les membres du conseil d'agriculture ne sont payés que pour leurs frais de voyages. Ils se réunissent trois ou quatre fois par année, pendant quelques heures chaque fois. Pour qui lit attentivement les rapports des délibérations du conseil d'agriculture, il me semble que c’est à peine si les membres de ce conseil se rappellent d’une réunion à l’autre des décisions qui ont été prises précédemment (2).
Je dois le dire: le conseil d'agriculture me fait l'effet
(1) Je compte l’hon. M. Price au nombre des résidants de Québec. D'ailleurs M, Price n’assiste presque jamais aux réunions du conseil. Fou l’hon. M. Beaubien et M. Landry, tous deux de Montmagny, représentaient la partie sud du fleuve, mais ils n’ont pas été remplacés dans le conseil.
(2) Ilest facile d'établir qu’il règne chez plusieurs membres du conseil un découragement profond dont ils ne se cachent per Quelques-uns d’entre eux, parmi les plus connus et les plus actifs, n’assistent plus que très-rarement aux réunions. Il faut reconnaître également que, dans le conseil d'agriculture, il y a des hommes dont les pratiques agricoles ne peuvent pas servir de modèle, même aux plus humbles cultivateurs de leurs paroisses. Il suffit de passer sur leurs propriétés pour y voir des chemins en mauvais état, même dans la belle saison, des pâturages qui sont nus, ou couverts de chiendent et d’autres plantes de ce genre. Leurs prairies et leurs champs de grain sont complètement envahis par les plantes nuisibles, doni les graines mûrissent librement et sont transporiécs par le vent dans toutes les directions, parfois au grand détriment des voisins.
11 y a sans doute, dans le conseil d'agriculture des agronomes distingués et des hommes tout à fait dévoués au progrès de l’agriculture, mais c’est précisémout parmi ces hommes que l’on constate le plus grand découragement,.
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d’un corps composé de vingt-trois membres n'ayant aucun rapport intime entre eux, d’un corps qui se meut, mais auquel il manque et la tête et l'âme, d’un corps enfin, qui est tout-à-fuit incapable de mener seul à bonne tin, une organisation comme il la faudrait pour arriver à faire sortir notre agriculture de l’ornière administrative dans laquelle elle est restée dgpuis si lougtemps.
Je lo dis sans hésitation: si nous voulons faire progresser l’agriculture, ce qu’il nous faut, c'est un “surintendant,” un homme qui soit à la bauteur do sa mission, qui ait l'autorité et toutes les qualités nécessaires pour mener à bonne fin les améliorations indispensables au bon fonctionnement du département de l’agriculture et qui ne soit pas exposé à laisser sa place, d’un moment à l’autre, suivant les caprices de la politique.
Il faut de plus que le surintendsnt de l’agriculture soiten mesure de donner une direction eflicace aux sociétés d'agriculture, aux expositions provinciales, aux écoles spéciales d'agriculture, ete., afin que l'octroi considérable voté chaque avnée par la législature porte tous les fruits qu’on a droit d’en attendre, Comme aviseur du surintendant de l’agriculture, il faut un conseil d'agriculture choisi, autant que possible, parmi les résidants de chacune des divisions sénatoriales de cette province; un conseil composé d'hommes dévoués au progrès de l’agriculture, et capable d'aviser le surintendant et de l'aider efficacement à faire progresser l’agriculture, d’abord dans leurs divisions respectives, puis dans la province tout entière.
Îl faut, enfin, pouvoir répandre, par toute la province, un enseignement éminemment pratique, pour le bien de tous, mais à la portée des plus humbles cultivateurs.
Voilà, en peu de mots, ce que doit être notre organisation officielle en faveur de l’agriculture.
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En proposant de donner à un surintendant de l’agriculture la direction du mouvement agricole dans cette
province, je n’émets pas une idée nouvelle. Depuis trente ans cette proposition a été souvent répétée par les agronômes les plus distingués et par les hommints les mieux dé en Un principe analogue a été admis par la égislature du Canada-uni, et plus tard par celle de notre province, relativement au département de l’Instruction publique. A la suite de la Confédération, on a bien tenté . de donnqÿ la direction de ce département à un ministre de la couronne, mais bientôt l'expérience est venue démontrer que cette branche importante du service public demandait, en permanence, un chef expérimenté, tout-àfait détaché des considérations politiques, et chargé uniquement de la direction de son département; et la législature sut pourvoir au besoin qui se faisait sentir. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’agriculture ?
Certes, on ne saurait donner trop d'attention au développement de l'instruction publique dans notre province ; mais l’amélioration de l’agriculture est-elle moins impartante? L’instruction publique, quelque pratique qu’elle aq être, ne saurait donner du pain à notre population.
lo n’a pas pu empêcher d’émigrer aux Etats-Unis un demi million de nos compatriotes. L’instruction publique seule ne pourra pas arrêter un nouveau courant d’émigration, peut-être plus accentué que jamais, vers le pays voisin, du moment où les industriels américains Jugeront à propos d’allécher de nouveau notre population par l'attrait de salaires tant soit peu élevés.
Tout dernièrement encore, on fo sait, nos campagnes se dépeuplaient à vue d'œil à l’appel des industriels américains. La seule digue qui puisse retenir la population au sein de nos campagnes est la colonisation des terres incultes et le relèvement de notre agriculture. Et les moyens de retirer l’agriculture de l’ornière profonde dans laquelle elle est restée si longtemps consistent d’abord : dans un easeignement pratique et frappant, si je puis parler ainsi, des éléments de l'agriculture. Cet enseignement, il faut chercher à le donner, non pas aux enfants seulement, mais surtout et avant tout, aux cultivateurs eux-mêmes, dans chacune de leurs paroisses respectives, si c'est possible. IL FAUT AUSSI QUE L'ETAT S'OCCUPE DAVANTAGE DES INTÉRÊTS AGRICOLES DE LA NATION.
Donc, il faut à l'agriculture une direction habile; il faut répandre par toute la province l’enseignement d’une bonne agriculture, et pour arriver, avec le temps, à mener à bonne fin cette entreprise, il faut choisir un surintendant qui soit à la hautour de sa mission, lui donner l'autorité nécessaire, et mettre à sa disposition les aviseurs et les aides qui conviennent,
Le choix des membres du conseil d'agriculture, dans chacune des divisions représentées au sénat, devrait être laissé aux présidents des diverses sociétés d'agriculture dans cette division plutôt qu’au gouvernement. On obtiendrait ainsi une meilleure représentation dans le “onseil, chaque membre devant être dans les meilleurs rapports avec les sociétés d'agriculture de sa division. Les membres actuels du conseil d'agriculture qui se sont le plus distingués par leurs aptitudes et leur dévouement au progrès de l’agriculture, ne manqueraient pas d’être choisis pour leurs divisions respectives.
On lira sans doute avec intérêt ce que disait, dès 1850, au sujet de la nomination d’un surintendant de l'agriculture, le comité d'enquête déjà cité :
“ Votre comité est d'opinion que la nomination de deux surintendants d'agriculture, un pour les districts de Montréal, St.- François et de l'Ottawa, et l’autre pour les districts de Québec, Gaspé ct Kamouraska, est indispensable. Le surintendant formera l’administratif de tout le système, et joint aux professeurs dans les colléges, constitucra le corps enseignant : ses devoirs tels qne conçus par votre comité, seraient la visite annuelle des districts sous sa jurisdiction ; la publication d’un rapport annuel contenant autant que possible la description des différents sols, de leur exposition, des moyensd'amélioration, le signalement des succès de culture et l'indication des moyens d'y remédier ; en un mot, ce rapport serait le mode dont se servirait le surintendaut pour faire connaître au public le résultat de ses recherches, et de ses études. ”
Voici maintenant ce que disait, à pareille époque et sur le même sujet, le regretté major Campbell, président de la chambre d'agriculture du Bas-Canada:
“ Si l’on veut réaliser quelque grand plan pour le perfectionnement de l'agriculture, jo suis d'avis qu'il
faudra nommer spécialement pour cela quelqu'individu qui y consacrera tout son temps et son attention. On ourrait l'appeler le surintendant ou le commissaire ’agriculture ; cet officier, avec le maire du comté et les présidents des sociétés d'agriculture du comté, devraient être les syndics à qui seraient confiées les fermesmodèles dont j'ai parlé.
“ Il aurait la direction de la ferme expérimentale du gouvernement, et serait tenu de veiller à ce que les fermes-modèles soient bien conduites et à œe que toutes exnériences faites à la ferme du gouvernement soient régulièrement notées et publiées. Je n'ai pas besoin d'ajouter que le succès do ce projet dépendra entièrement du choix de la personne qui sera nommée à cette charge importanto."”
Il me semble qu’un seul surintendant pour la province suffirait ; mais il faudrait qu'il eût, en sus du conseil d'agriculture, des aides actifs et expérimentés, chargés, sous sa direction, de la surveillance et de Ia visite d’une partie de la province. Ces aides, du moment qu’ils pourraient le faire avec intelligence, inspecteraient et dirigeraient les sociétés d'agriculture ; ils visiteraient les diverses paroisses dans leurs districts respectifs, constateraient les besoins de l’agriculture, et donneraient sur les lieux aux cultivateurs eux-mêmes, dans des con: férences familières, les conseils qui leur seraient utiles,
Pa”
Je crois avoir démontré d’une manière convrinquante que la bonne administration de notre organisation agricole demande impérieusement la nomination d’un surintendant d’-griculture. Voyons maintenant quelle direction le surintendant devrait donner aux sociétés d’agriculture pour que le public retire tous les avantages que ees sociétés sont susceptibles de donner,
Bien que les sociétes d'agriculture, du moins pour le grand nombre, aient circonscrit leur action dans un cadre très-restreint, il est admis de toute part que leurs avantages devraient s'étendre, le plus également possible, à toutes les paroisses du pays. Or, le moyen pour les sociétés de généraliser leur action et, en même temps, de faire le plus grand bien, c’est d'offrir des prix dans chaque
paroisse pour les améliorations les plus utiles, puis d'offrir quelques prix de comté pour les mêmes objets, afin de stimuler les meilleurs cultivateurs de chaque paroisse et de les encourager à se montrer également les meilleurs cultivateurs de leur comté. Les prix de paroisse qui feront le plus de bien sont d'abord les prix pour les terres les mieux tenues dans leur ensemble. Les concours pour l'obtention des prix doivent se faire sur toutes les parties de la culture à la fois; ils feront voir quels sont vraiment les meilleurs cultivateurs ; et, si la distribution des prix est raisonnée, si les juges, en rendant leur jugement, établissent, au moyen de points pour chaque partie de l'administration de la terre, l’état comparatif d’avancement auquel chaque cultivateur est arrivé, les juges donneront à toute la paroisse, la meilleure des leçons agricoles, puisque leur jugement établira ce qui est parfait et ce qu'il reste à perfectionner,
Partout où ce système a été pratiqué avec intelligence, il a produit des effets merveilleux. On a vu des paroisses et des comtés où les cultivateurs se sont prèparés deux ans d'avance à ces concours, en améliorant tout, de leur mieux, sur leur terre, et en faisant disparaitre les défauts qui leur étaient apparents. Il suffit d’avoir de bons juges pour que ces concours de parois-es deviennent très-populaires. Personne n'ignore que nos meilleurs cultivateurs ne manquent pas d'amour-propre. Il y en a quinze ou vingt au moins, parmi les plus marquants dans chaque paroisse, auxquels il répugnerait infiniment d'admettre leur infériorité en agriculture et de se laisser surpasser par des co-paroissiens. Du moment qu'un concours pour les terres les mieux tenues sera ouvert dans la paroisse, il y aura plusieurs cultivateurs qui ambitionneront l'obtention des prix offerts et qui feront des efforts sérieux pour les mériter. Et si les juges ont fait leur devoir, on peut dire que le cultivateur qui aura reçu le premier prix offrira À ses voisins un véritable modèle à suivre, modèle d'autant plus utile - que le rapport des juges montrera ce qu’il reste à faire
pour arriver à une plus grande perfection.
En suivant le même système de points, les juges arriveront facilement à établir quels sont les meilleurs cultivateurs du comté; on aura donc signalé la terre modèle dans chaque paroisse et celle qui est modèle pour