PROCÉDÉS CHIMIQUES
Parmi les composés chimiques minéraux jouissant de vertus antiseptiques , nous choisirons de préférence le chlorure de calcium desséché, la chaux vive , le sulfate de fer, le sublimé corrosif et le chlorure de sodium.
Le chlorure de calcium paraît agir par la rapidité avec laquelle il absorbe l'eau des cadavres et détruit par conséquent une des conditions nécessaires à leur décomposition.
La chaux vive s'empare également de l'eau , mais elle parait en même temps se combiner aux tissus et former des espèces de sels calcaires insolubles et imputrescibles. Dans une fouille pratiquée en 1835 au cimetière Saint-André-des-Arts , à une grande profondeur, les cadavres les mieux conservés appartenaient à la première rangée qui était placée sur l'argile et toute recouverte de chaux.
Le bichlorure de mercure et le sulfate ferrique en solution sont très-effîcaces , parce qu'ils se combinent chimiquement aux corps protéiques, c'està-dire à l'élément même de la putréfaction animale. Ces dissolutions garantissent non-seulement les pièces qui y restent constamment plongées, mais encore celles qui n'y séjournent que quelques heures.
Le sel marin est souvent employé dans Féconomie domestique pour la conservation des aliments. Berzéliiis s'est assuré que ce composé ne se combine à aucun principe de l'organisme des animaux , et je ne crois pas qu'on ait jamais expliqué la nature de son action conservatrice.
Parmi les composés organiques, nous devons citer en première ligne : Y alcool, la créosote, qui agissent en coagulant les corps albumineux , le vinaigre de bois et le tannin. Enfin, tout récemment, M. Robin (Comptes rendus de T Académie des sciences, t. XXXllI) a constaté les propriétés antiputrides des poisons les plus violents , tels que la Nicotine^ la Morphine , la Strychnine , V acide Cyanhydri" que.,., et il a cherché à établir entre le pouvoir conservateur et l'action toxique de ces substances certaines analogies que nous avouons n'avoir pas très-bien comprises. Le même savant a constaté aussi que l'huile de goudron de houille rectifiée l'emportait de beaucoup comme antiseptique sur toutes les substances employées jusqu'à ce jour, et il cite à l'appui de sa manière de voir les expériences les plus concluantes. Nous partageons à cet égard les idées de l'auteur, nous espérons même pouvoir dire bientôt à quel composé chimique l'essence de houille doit ses propriétés.
Embaumements. — Dès la plus haute antiquité dilTérents peuples se sont occupés de la conserva-
tion des cadavres , et les momies encore très-bien conservées qui nous viennent des Égyptiens en sont une preuve frappante. Leurs procédés nous sont très-mal connus; cependant Hérodote décrit les opérations avec détail, mais le sens précis des noms donnés aux substances et aux composés chimiques employés est certainement perdu. L'historien de ces âges reculés rapporte, par exemple , que l'on commençait par plonger les corps dans une solution de , puis suit un mot que des commentateurs différents traduisent par : nitre , carbonate de soude , miel ou cire.
Sans nous arrêter à décrire les divers procédés suivis de nos jours, nous signalerons seulement les noms des composés chimiques le plus en usage. On a successivement préconisé le Sublimé [VroaéiXé du docteur C haussier) , des solutions complexes contenant tantôt, comme le conseillait Clauderus, du sel ammoniac et du chlorure de potassium , tantôt du carbonate de soude et de r^/tm(procédé Pelletan). Gannal a proposé une méthode à l'aide de laquelle il prétendait conserver les cadavres toujours frais avec rapparence du sommeil. Cette méthode était basée sur Tingestion dans les veines de solutions concentrées d'acétate et de chlorhydrate d'alumine souvent additionnés d'acide arsénieux. Enfin M. Sucquet préfère employer des solutions de sul- (lté de soude et de chlorure de zinc. Le premier de ces sels agit par la facilité avrc laquelle il absorbe
l'oxygène , et le second par la propriété qu'il possède de coaguler les matières albuminoïdes de l'économie et de former avec elles des combinaisons imputrescibles.
RËSIJMÉ.
Revenons maintenant sur nos pas , et tâchons de saisir dans leur ensemble les réactions chimiques qui s'accomplissent pendant la décomposition spontanée des êtres organisés, ainsi que les liens qui les rattachent aux phénomènes produits sous rinfluence de la force vitale.
Le règne minéral est la source unique d'où les plantes tirent les éléments nécessaires à leur accroissement. Le carbone, l'azote, l'hydrogène, l'oxygène et le soufre sont empruntés à l'acide carbonique, à l'ammoniaque , à la vapeur d'eau et à l'hydrogène sulfuré de l'atmosphère. Quant aux substances inorganiques [phosphates et sulfates alcalins et terreux, oxyde de fer, silice), qui se trouvent dans les parties des végétaux , elles proviennent du sol et des engrais.
Pendant la germination il y a absorption d'oxygène et production d'acide carbonique ; la fécule est transformée en sucre et en gomme ; enfin les principes sulfuro-azotés , s'ils sont insolubles, se fluidifient. Les fonctions de la vie embryonnaire des
végétaux sont donc tout à fait semblables à celles de l'organisme des animaux ; mais aussitôt que les premières feuilles apparaissent à la lumière, les réactions changent complètement de nature. Les feuilles et les racines absorbent l'acide carbonique de l'air et du sol, le réduisent, rejettent l'oxygène et fixent le carbone. L'ammoniaque est absorbée à rétat de gaz , se combine au soufre de l'hydrogène sulfuré et des sulfates, au carbone de l'acide carbonique et aux éléments de la vapeur d'eau , pour donner naissance, par des transformations encore inconnues, aux corps protéiques (albumine, fibrine , caséine , glutine, légumine, amandine...) et aux essences sulfurées (huiles volatiles des crucifères, etc.). Lorsque le soufre n'intervient pas, il y a formation de principes neutres (asparagine , caféine, phloridzine, lilacine...), ou d'alcaloïdes (morphine, codéine, quinine, cinchonine, strychnine...). Enfin, il peut se faire que ni le soufre ni l'azote ne prennent part à la réaction , et alors, entre les éléments de l'acide carbonique et de l'eau seulement, il s'opère des combinaisons de plus en plus compliquées , commençant à la formation de l'acide oxalique, et finissant à celle du sucre , de l'amidon , du ligneux et des corps gras.
Dans toutes ces métamorphoses, l'eau intervient soit en cédant ses éléments , soit comme agent mécanique servant à amener la séve et les sels sohibles jusqu'aux dernières ramifications.
t Chez les animaux il s'accomplit consiammeiU deux actions physiologiques bien distinctes: Tune la respiration ou l'action destructive , l'autre la nutrition ou l'action créatrice. Par la respiratiort t oxygène absorbé est éliminé sous forme d'eau et d'acide carbonique. Quant à la nutrition, elle s'accomplit aux dépens des végétaux. En effet, les principes sulfuro-azolés des plantes sont identiques, quant à la composition élémentaire , avec les principes du sang des animaux. Dans les graines et dans la séve ils sont toujours accompagnés d'alcalis ou de phosphates et sulfates indispensables également à la formation du sang. Or comme le sang, véritable chair coulante, est la source unique d'où dérivent tous les autres tissus de Téconomie, il en résulte nécessairement que l'organisme animal tout entier se forme aux dépens de l'organisme végétal.
Nous venons de voir que la respiration animale n'était autre chose qu'une véritable combustion de carbone et d'hydrogène donnant de l'acide carbonique et de l'eau. Rappelons maintenant que ces mêmes produits d'oxydation se forment par la décomposition putride des animaux et des végétaux et sont accompagnés constamment de vapeurs ammoniacales ainsi que d'hydrogènes sulfuré et phosphoré : ces derniers composés hydrogénés proviennent principalement de la décomposition des corps protéiques. Quant à l'ammoniaque , elle dérive
également de cette source et de la transformation en carbonate ammoniacal, de l'Urée, l'un des produits constants des déjections animales.
Nous voici donc revenu à notre point de départ, c'est-à-dire aux principes minéraux nécessaires à l'accroissement des végétaux , principes qui sont rendus à l'atmosphère et au sol par la voie de la respiration animale ou de la décomposition putride de tout le règne organique. La génération présente ne s'élève qu'aux dépens de la poussière des générations passées , et servira elle-même à nourrir les générations futures.
L'homme éprouve un frémissement singulier en songeant que les éléments du sang qui coule dans v ses veines , du cerveau où s'agitent ses pensées , sont peut-être empruntés aux cendres de ses ancêtres , et il murmure ces profondes paroles du poëte :
L'Etre succède à l'Être et la Mort est féconde.
Bo7i à imprimer, BÉRARD.
Paris — Imprimé pnr E Thunot et C^, 26, rue Racine.