DES MOYE.^S DE PRÉVENIR LA DÉCOMPOSITION PUÏRIDIS
Si TAgriculture a le plus grand intérêt à rendr à la terre et à l'air, sous forme d'engrais, les ma tières organiques que les récoltes de chaque anné lui enlèvent, la Science et l'Industrie s'appliquent au contraire , à préserver de la destruction les mei^ tériaux dont elles font usage. Le naturaliste et 1, botaniste s'eflforcent sans cesse de conserver dan leurs formes premières les espèces et les sujet qu'ils ont décrits et classés : le constructeur et l'ai tiste demandent chaque jour au chimiste et a physicien des procédés efficaces pour conserver 1 bois de leurs bâtiments et de leurs œuvres. Pou résoudre ce problème, il faudrait connaître la \é ritable cause de la décomposition putride chez le êtres organisés, afin de pouvoir en quelque sort arrêter la contagion dans son germe. — 11 résuit des fails consignés dans notre rapide résumé que la science n'a fait encore que soulever le coii du voile qui nous cache les conditions de ces des
ructions spontanées. Disons cependant que, malgré rinsuflîsance de la théorie, on est souvent parenu à trouver, par des moyens empiriques, des procédés de conservation atteignant complètement e but proposé.
§ I. Procédé.*! de conservation de» végétaux:.
Parties herbacées. Comme nous l'avons dit plus iiaut, les parties herbacées des végétaux, arrachées flu sol, sont celles qui se détruisent les premières ous l'influence de l'air, de l'humidité et de la puréfaction si prompte des principes sulfazolés que i séve avait charriés jusque dans leurs dernières iamifications. L'aubier est attaqué après les partes vertes , et le cœur du bois résiste le dernier, 'fous passerons sous silence les divers procédés qui 'nt été publiés pour conserver les plantes destinées ux collections botaniques ou aux usages pharmabutiques. En effet , les moyens proposés se résument en ceux-ci : Dessiccation de la plante par les apiers absorbants, et sa conservation dans des irtons ou des bocaux fermés avec roin. Il serait Durtant bien à désirer qu'on fît quelques essais tlins cette direction , et il serait beau de chercher i moyen de garder, autrement que par d'informes lii'^rbiers , la trace des grands génies qui ont illustré 35 ;s sciences naturelles. Lorsque les végétaux doi-
vent servir à l'alimentation ou à la préparation ( certains médicaments , le mieux est de suivre y procédé d' Appert, qui consiste à chauffer jusque la température de l'eau bouillante ces végétaux cl quelques-unes de leurs parties dans des vases heiÈ métiquement clos. Les ferments se coagulent, etf y a absorption de l'oxygène de la petite quantiï d'air que les vases renferment encore. Du reste les avantages que l'on retire de ce procédé si simp et si ingénieux sont trop connus pour que noi insistions davantage.
Parties ligneuses. — La conservation des bois e une des questions industrielles les plus impoi tantes. M. Payen a démontré, depuis longtemps que les bois qui contenaient le plus de cellulo^ proportionnellement aux autres principes , étaiei ceux qui se conservaient le mieux , et il cite en pr mière ligne les bois d'acacia et de chêne. Cela s conçoit du reste facilement, car si un bois donr est riche en cellulose et pauvre en matières suif zotées , il ne présentera qu'un élément bien faib à l'action destructive de l'air et de l'humidité ; h insectes rongeurs et certains cryptogames n'y troi veront pas non plus une nourriture suffisante. Pc la même raison, les bois résineux (ébénier, gaïac palissandre) ont toujours une grande durée, car '. séve y est remplacée en presque totalité par 1( principes résinoïdes. Aussi une des premières pr/
Il^ues de Tindustrie a-t-elle été de recouvrir de ^'ernis gras et résineux les bois que Ton voulait )réserver de la destruction. On a reconnu ensuite lue les essences , les huiles siccatives , la créosote ^ le )yrolignite de fer,,., étaient de très-bons préservaifs.
[ M. Bréant (1) proposa le premier d'introduire ians rintéricur des bois, au n^oyen d'une pression ;3nergique, certaines huiles siccatives.
M. Molli commence par faire pénétrer dans les Ipores du bois une certaine quantité de vapeur d'eau sous la pression d'environ une atmosphère et tdemie , puis il refroidit brusquement : il se fait alors un vide qui détermine l'aspiration des dijQféfrentes solutions salines.
I M. Boucherie ^ mettant à profit la force d'ascension que l'action vitale communique à la séve, fait (arrachef' l'arbre tout entier et plonge aussitôt ses [racines dans d énormes cuves contenant des solutions d,e sulfate ou mieux de pyrolignite de fer. Si l'arbre a de trop grandes dimensions, on pratique à la base une incision circulaire, et on construit tout autour du pied une sorte de bassin dans lequel on fait couler le liq-iide conservateur jusqu'à ce que son niveau dépasse l'incision. Par l'une ou
(1) Bulletin de la Soc. cCencour. pour , p. 20 , et pour 18/t5 , p. 25ii.
l'autre méthode , les liquides pénètrent tous k tissus et arrivent jusqu'aux dernières feuilles. Le bois ainsi préservés sont très-propres aux construc tions à exécuter dans des lieux humides et devien nent en quelque sorte incombustibles.
M . Ed, Lemarchand a fait , au sujet de la conser vation des bois , des observations très-curieuses e qui trouvent ici leur place. Persuadé d'abord qui les matières azotées et les sels déliquescents de L séve étaient la seule cause de la destruction du li gneux , il commence par enlever tout le liquida séveux en opérant ainsi qu'il suit: les poutres son placées, pendant deux à trois semaines, dans ur courant d'eau peu rapide , puis il les expose à l'aii libre durant un ou deux mois d'hiver; les pluie: achèvent le déplacement de la séve commence dans l'eau courante, et comme la température, i cause de la saison , ne s'élève pas assez pour que k putréfaction apparaisse, les bois gagnent peu à pei les mois d'été et, se séchant lentement, arrivent à supporter les grandes chnleurs sans se déformer. 11 ne reste plus qu^à achever la dessiccation dans des greniers bien ventilés. En coupant dans le sens de l'axe une tige d'un bois ainsi desséché et rappro chant les deux moitiés de telle sorte que l'extrémité supérieure de l'une d'elles soit en regard de l'extrémité inférieure de l'autre , on aurait une excellente tige de pendule compensateur , présentant l'avantage d'être excessivement légère et insensible aux
arialions de température , conditions bien diflliies à remplir dans la pratique.
MM. Boutigny{d'Évreux) et Mutin (1), dans un mémoire récent, critiquent d'abord l'usage des soluions de sublimé corrosif, de chlorure de zinc, l'acide arsénieux et de divers autres sels, puis pro- )osent un nouveau procédé basé sur l'emploi de 'huile de schiste , du goudron et de la gomme faque. Les résultats obtenus par cette nouvelle 'ttélhode ont été très-satisfaisants, surtout pour 'a construction des traverses de chemin de fer.
[ § II. Procédés de conservation des matière» animale».
PROCÉDÉS PHÏSIQUKS.
Influence de fair, — Gay Lussac a observé que juand une fois par jour ou tous les deux jours ou fjiauffe à la température de plus de 100° des liquides l'origine animale tels que du lait , de l'urine , des solutions de colle forte, etc., on peut les préserver rendant très-longtemps de la putréfaction. 11 est arobable que la chaleur coagule ou détruit les premiers produits de décomposition qui, formés ious l'innuence de l'oxygène de l'air pourraient
(1) Ann. de ch. et deph., 3^ série, t. XXIII. p. 381.
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servir plus tard à déconiposer la masse enlière.[< Ces expériences sont intéressantes au point de vue! i théorique, mais on comprend bien qu'elles ne 1 sauraient trouver leur application dans la pratique,! 1 En efTet, il est beaucoup plus simple, pour détruire i l'influence de l'air, d'opérer par des procédés qui i le séparent complètement de la matière putres- , cible. C'est sur ce principe que sont fondées les méthodes de Sv^^eeny et d'Appert pour la conservation des viandes. Dans l'économie domestique onarrive journellement au même résultat en soustrayant les aliments au contact de Fair par une couche huile, de saumure, de graisse fondue et quelquefois même de charbon végétal en poudre. Ce dernier agent de conservation a de plus l'avantage de protéger les matières organiques contre les changements de température et les influences électriques des temps orageux.
Influence de la température. — L'observation de chaque jour démontre que la fermentation putride se développe d'autant plus facilement que la température ambiante n'oscille guère qu'entre 20 ou 25' centigrades. 11 en résulte qu'un moyen trèsefficace de conservation consiste à s'éloigner beaucoup de ces limites. Aussi un corps organique maintenu à une température de plus de 60 à 70' centigrades ne fermentera-t-il jamais. Observons cependant qu'à ce degré de chaleur^ l'aspect
et le volume du corps sont complètement changés, et on en pourrait citer comme exemple les malheureux que l'on retrouve à moitié calcinés dans les sables brûlants de l'Égypte. De même, la décomposition sera arrêtée pour toujours si l'animal est plongé dans un milieu dont la température ne dépasse pas celle de la glace fondante. Je n'ai besoin à ce sujet que de l'appeler le nom de Veleplias primigenius (Blumenb.), qu'on a retrouvé parfaitement conservé dans les régions glaciales (Cuvier, Dissertation sur les révolutions du globe). Dans nos climats, pendant l'hiver, l'abaissement de la température est assez considérable pour que les sujets déposés dans les cimetières se conservent plusieurs semaines sans altération sensible. Il existe même à Bordeaux des caveaux (situés au-dessous de l'église Saint-Michel) dont l'air se trouve dans des conditions de température telles que les cadavres qui y sont déposés depuis de longues années sont dans un état de conservation extraordinaire.
Influence de l'électricité. — Il est généralement reconnu qu'en été, à l'approche des orages, la tendance des substances animales à se putréfier est singulièrement accrue, et les fossoyeurs n'ont jamais vu ce fait se démentir. Néanmoins, comme la chaleur et l'humidité viennent ajouter ici leur action à celle de l'électricité dont l'effet est tout à fait nul en hiver, quelle que soit sa tension, nous
pensons que la question a besoin d'être de nouveau approfondie.
M. Matteucci (1 ) a fait à ce sujet quelques expériences. Ayant placé sur deux plaques de cuivre et de zinc des morceaux de muscle , il vit que la putréfaction était ralentie dans sa marche et que les produits de décomposition étaient bien différents de ceux qui accompagnent les fermentations putrides ordinaires. Dans les fibres musculaires placées sur le zinc, M. Matteucci reconnut la présence de corps hydro-carbonés et de composés ammoniacaux, tandis que sur la plaque de cuivre il était facile de constater la formation de Facétate de cuivre et de l'acide acétique libre. Ces résultats prouvent seulement , si je ne me trompe , que l'électricité développée a formé sur la plaque de zinc de l'hydrogène , et sur la plaque de cuivre de l'oxygène qui, par leur état naissant, ont dû tous deux singulièrement modifier les réactions ; mais il serait difficile d'en conclure , avec l'auteur, que le fluide électrique est un antiseptique.
(1) Aïm, de du et de ph , T série , t. XLII, p. 310.