IX. — Leçons de M, Benjamin Paquet sur le libéralisme l
— Discours de M. Raymond, vicaire-général
de Saint- Hyacinthe
Dans le printemps de l'année suivante, 1872, M. Benjamin, Paquet, professeur de l'Université Laval, donna des leçons publiques sur le libéralisme, et toute la classe des gens instruits fut chaudement invitée à venir les entendre. Le choix du sujet n'avait pas été fait sans dessein. L'Université, par la bouche de l'un de ses docte urs qui se donnait presque comme parlant au nom de Rome, parce qu'il y avait étudié trois ans, tenait à dire ce qu'elle entendait et ce qu'elle voulait que l'on entendît par libéralisme. Elle visait à circonscrire cette erreur de manière que le libéralisme catholique n'y fût pas compris et qu'elle pût le caresser tout à son aise, sans s'exposer à l'ennui de soulever des accusations contre elle. Cette tactique ne manquait certes pas d'habileté.
De ses leçons, M. Paquet prétendit donc de ontrer que tout le libéralisme consiste dans l'indifférentisme, et que c'est là uniquement ce que Pie IX a condamné. Il ajoutait, pour corroborer sa thèse, « qu'il faut vivre en paix avec les » ennemis de l'Eglise, à l'exemple de Jésus-Christ et de ses » apôtres, qui ne se contentèrent pas de vivre en paix avec » ceux qui persévéraient obstinément clans leurs erreurs, mais » qui, de plus, usèrent de bonté et de bienveillance à leur » égard pour se les concilier. »
C'était évidemment contredire l'Evangile et l'histoire au profit de la thèse catholique libérale, que de parler de la sorte, puisque Notre-Seigneur a été si loin de vivre en paix avec les Scribes, les Pharisiens et les Princes des Prêtres,
1. Il y eut et il y a dans le clergé canadien différents membres de la famille Paquet bien en évidence. Même aujourd'hui, si je ne me trompe, l'un d'eux enseigne avec distinction au séminaire de Québec, et bien eDtendu, ce n'est pas ce dernier qui est en cause.
qui persévéraient obstinément dans leurs erreurs, qu'il les a constamment anathématisés et qu'en revanche ils l'ont fait mourir.
Pour que ses leçons, par une empreinte durable, se conservassent mieux et se répandissent davantage, M. Paquet les publia en un petit volume qui parut muni de l'approbation de Mgr Taschereau.
La même année, mais quelques mois plus tard, M. Raymond, vicaire-général du diocèse de Saint-Hyacinthe, prononça à Montréal un discours qui eut du retentissement, et qu'il fit ensuite imprimer et publier sous le titre; Action de Marie dans la société.. Il y affirmait péremptoirement qu'au Canada, et dans la province de Québec en particulier, il n'y avait pas de libéralisme dans le s.3ns condamné par l'Eglise. C'était le complément des leçons de M. Paquet; mais aussi, c'était parler avec ignorance ou avec mauvaise foi.
Les libéraux, et principalement les catholiques libéraux, furent on ne peut plus enchantés de cette déclaration qui leur permettait de rester ce qu'ils étaient, sans mériter d'encourir le plus léger blâme. Ils se sentirent revivre d'une vie nouvelle, eux qu'on venait de combattre avec tant d'énergie et qui n'avaient pas été de taille à soutenir la lutte- C'était pour eux une bonne fortune dont ils voulaient tirer tous les avantages possibles. Aussi, quand il s'éleva des contradicteurs de la singulière affirmation de M. Raymond, toute une armée de libéraux se dressa fièrement pour le protéger et le défendre. Rien, en effet, leur était si précieux que cette affirmation qui leur donnait place parmi les orthodoxes. M. Raymond, fort enclin depuis longues années à tout voir par les yeux de M. de Montalembert, se sentit heureux du succès qu'il venait d'obtenir, mais il ne voulut pas s'arrêter en si beau chemin. Il se donna un tourment infini pour rallier à son opinion le plus grand nombre possible d'adhérents. Il fit, en conséquence, approuver son discours par Mgr l'archevêque Taschereau, par quelques autres évêques
et surtout par plusieurs laïques haut placés qui s'étaient toujours montrés parfaits libéraux.
Il alla même plus loin. Il soumit son discours à Rome, et Rome répondit qu'il ne renfermait rien de répréhensible. Et de fait, Rome ne pouvait répondre "autrement, car M. Raymond n'avait pas attaqué la vraie doctrine en elle-même. Il ne lui avait porté préjudice, mais préjudice grave, que d'une manière indirecte, c'est-à-dire en prétendant que le libéralisme condamné par le Saint-Siège n'était pas professé au Canada. En soumettant son discours à Rome, comme il a fait, M. Raymond ne pouvait pas demander que ces allégués fussent reconnus pour véridiques, car il eût fallu une enquête à ce sujet. Il n'a donc demandé qu'un examen à propos de ses doctrines, et l'on a répondu en conséquence. La supercherie alors a consisté, et elle est tout à fait indigne de la part d'un homme tel que M. Raymond, prêtre et vicaire général, à appliquer à des écrits et à des actes, dont il n'était fait aucune mention dans son discours, ce que Rome a prononcé à propos de seules doctrines contenues dans ce discours.
Tout le premier M. Raymond a conclu comme suit : « Mon » discours ayant été regardé à Rome comme ne renfermant » rien de répréhensible, il s'en suit que tout ce que j'ai dit » dans ce discours est vrai. » Confondre les faits avec la doctrine, c'était aller plus que trop loin. Mais les besoins de la cause libérale l'exigeaient : il fallait tromper, et tromper habilement pour la faire triompher; on l'a fait, et sans manifester le moindre scrupule.
Grand alors fut le scandale, en ce sens que nombre de personnes, s'appuyant sur l'autorité des leçons de M. Paquet et sur le discours de M. Raymond, adoptèrent les idées catholiques libérales. Ces idées avaient un grand avantage à leurs yeux : elles mitigeaient de beaucoup tout ce qu il y a de pénible dans l'accomplissement de la vie chrétienne.
X. — Noces d'or de Mgr Bourget. — Le Père Braun. — Nouvelle opposition de la part des Sulpiciens
Les esprits étaient dans cette disposition, lorsqu'à la fin de l'automne de la même année on célébra avec grande pompe, à Montréal, les noces d'or de Mgr Bourget. A l'occasion de cette fête, un pieux et savant jésuite, le R. P. Braùn, fit un sermon dans lequel il flétrit le gallicanisme et le libéralisme catholique. Il rappela de plus à ses auditeurs qu'il fallait! accepter le Syllàbus et se conduire en conséquence.
Un véritable cri de haro sur le baudet retentit alors dans toute la presse libérale du pays, mais surtout dans les journaux de la ville de Québec. On ne se lassa point de redire sur tons les tons et sous toutes les formes que le sermon du R. P. Braùn était un acte de folie, une injure atroce lancée à la face de Monseigneur l'archevêque de Québec. Ce dernier lui-même ne s'était pas gêné de dire à qui avait voulu l'entendre, qu'on l'avait invité aux noces d'or de Monseigneur de Montréal tout exprès pour le faire insulter par le prédicateur du jour
Le R. P. Braun n'était à Montréal que depuis deux ans. Aussitôt après la mort de Mgr Baillargeon, il fut obligé de laisser la ville de Québec, où il avait passé au moins vingt ans, se dévouant toujours avec le plus grand zèle et prêchant partout la plus saine et la plus solide doctrine. Il avait le malheur, étant regardé comme l'un des chefs de l'école dite ultramontaine, de déplaire singulièrement à M. Taschereau et aux autres Messieurs du Séminaire de Québec. Aussi, lorsque M. Taschereau devint administrateur pendant la vacance du siège de Québec, il fut immédiatement rappelé de Québec par ses supérieurs et placé à Montréal. Il paraît que M. Taschereau avait donné des ordres qui pressaient.
Pendant les dernières années de son séjour à Québec, le
R. P. Braiïn prêchait assez fréquemment à la cathédrale, il arriva que durant le carême, il y fit une suite de sermons sur le mariage chrétien, et qu'il combattit les erreurs gallicanes de Pothier. Comme cet auteur jouissait de la plus haute autorité dans l'enseignement du droit civil, que donnaient les professeurs de l'Université Laval, le Séminaire de Québec se regarda comme gravement attaqué par les prédications du zélé jésuite, et il résolut de le faire expulser de la ville et du diocèse de Québec, aussitôt qu'il trouverait une occasion favorable.
Quelques jours après la célébration des noces d'or de Mgr Bourget, Messieurs les Sulpiçiens, qui s'ingéniaient à contrecarrer le vénérable prélat dans l'exercice de sa charge pastorale, en appelèrent à Mgr Taschereau d'un ordre qu'il leur avait donné, relativement à l'administration des paroisses dont ils étaient chargés. Il s'agissait de registres pour ces paroisses, et les Messieurs de Saint-Sulpice essayaient de se faire une raison de certaines dispositions de la loi civile, pour refuser de se les procurer tels que l'évêque le voulait.
Mgr Taschereau reçut l'appel des Sulpiçiens, et de suite il cita publiquement, par la voix des journaux, Mgr de Montréal à comparaître à son tribunal. Ce procédé, dont on n'avait pas encore eu d'exemple, causa du scandale. Il réjouit les ennemis de l'Eglise et affligea profondément tous les bons chrétiens.
XL — Question de la fondation d'une Université à Montréal ajournée de nouveau. — Les Messieurs de Québec empêchent l'adoption d'une loi en faveur des droits de l'Eglise. Comédie infernale.
Dans le même temps, la question de savoir s'il ne deve-
1. Nous donnerons sur cette question les plus amples détails officiels dans le tome IV des Voix Canadiennes, Vers l'Abîme.
nait pa.> urgent pour Montréal d'avoir son Université surgit de nouveau, et elle se débattit entre Mgr Taschereau et Mgr Bourget.
Moins que jamais les catholiques de Montréal ne voulaient consentir à faire étudier leurs jeunes gens à l'Université Laval. Ils regardaient cette Institution comme un foyer d'idées malsaines et dangereuses, parce que plusieurs de ses chaires étaient occupées par des protestants, des francs-maçons et des libéraux. En supposant, ce qu'il est difficile de penser, que les opinions erronées de tels professeurs ne déteignissent pas sur leur enseignement, il y avait à craindre que ces professeurs, qui devenaient presque nécessairement les patrons, chacun de plusieurs élèves de l'Université n'exerçassent une funeste influence sur ces élèves, employés comme clercs à leurs bureaux. Aussi est-il arrivé que certains étudiants de Laval ont été sollicités par leur professeur à s'agréger à la secte des francs-maçons.
Ce qui est remarquable, c'est que dans le diocèse de Québec, la masse des hommes bien pensants et surtout la grande majorité du clergé étaient opposés à Laval, et faisaient des vœux pour que Montréal réussît à avoir son Université propre.
La question devint du domaine de la presse, et l'on discuta vivement de part et d'autre. Les journaux catholiques de Montréal manquèrent peut-être parfois de modération; mais les journaux de Québec furent grossiers, de mauvaise foi et émirent beaucoup de faux principes. On laissa faire ces derniers, mais aux premiers on déclara une guerre de sauvages.
Le débat fut porté h Rome, où se rendirent Monseigneur l'archevêque de Québec et Mgr Laflèche, évêque des Trois- Rivières.
A son retour de Rome, Mgr Taschereau adressa à ses prêtres une circulaire, en avril 1873, pour les informer contre toute vérité et contre toute justice, qu'à Rome on n'avait
blâmé que les seuls journaux de Montréal. Il s'appuyait, pour parler de la sorte, sur un document émané de la Propagande, dans lequel on traçait aux" évêques la ligne de conduite qu'ils devaient tenir à l'égard de la presse en général.
Pendant que la question de l'Université se discutait à Rome, le parlement de Québec tenait une session, et ses membres étaient tout à fait disposés à adopter une loi qui reconnaîtrait les droits imprescriptibles de l'Eglise, dans la formation de nouvelles paroisses, quand ils en furent empêchés par les instances de certains prêtres de l'archevêché de Québec. Ces révérends Messieurs agirent de la sorte dans l'unique but de nuire à Monseigneur de Montréal. En effet, si la loi en projet eût été adoptée, les Messieurs de Saint-Sulpice se seraient trouvés absolument dépourvus de tout prétexte pour lui faire la guerre et lui créer des embarras. Or, à leurs yeux, il valait mieux sacrifier les droits de l'Eglise que les voir reconnus légalement, si cette reconnaissance donnait gain de cause à Mgr Bourget.
Ce fut à peu près vers cette époque que parut un travail ayant pour titre « La Comédie infernale. » L'auteur avait pour but de démasquer les Messieurs de Saint-Sulpice, qui avaient toujours été, comme nous l'avons vu, et qui étaient encore récalcitrants à l'autorité de l'évêque. Ils travaillaient dans l'ombre, mais efficacement, à ruiner cette autorité aux yeux des fidèles. Ils posaient en victimes d'un arbitraire odieux, et ils disaient de plus que l'évêque voulait s'enrichir en les dépouillant. Ces propos couraient de salon en salon, de bureau en bureau, et ils descendaient même dans la rue.
Un jeune laïque, devenu prêtre depuis lors, M. Alphonse Villeneuve, entreprit de mettre un terme à ce mal en exposant la vérité dans tout son jour. Sans autre conseiller que lui-même, parce qu'il travaillait très secrètement, il crut devoir, pour se faire lire, donner à son travail une forme tout à fait extraordinaire. Voilà pourquoi il publia sa Comédie in-
fernale sous forme de dialogues dans lesquels les esprits de ténèbres sont les interlocuteurs.
La Comédie infernale ne dit que la vérité, et elle a pour but de faire triompher les principes d'ordre et de justice. Il y a beaucoup d'œuvres, que l'on qualifie de bonnes et d'excellentes même, qui n'ont pas ce mérite, et il serait facile de le démontrer.
La Comédie infernale ne devait pas plaire à certains hommes, et, de fait, elle leur cléplut au delà de toute expression. Ils s'acharnèrent donc contre elle, et, comme sa forme pouvait facilement leur donner prise, ils ne manquèrent pas d'en profiter. A l'apparente exagération de la forme, ils opposèrent, eux, l'exagération et même la fausseté des accusations.
Cette forme contre laquelle on se récriait tant, n'était après tout qu'un pur accessoire. Personne ne l'a approuvée, et l'auteur lui-même a regretté de l'avoir employée. Mais quant au fond, la Comédie infernale reste inattaquable, et c'était ce fond, bien plus que tout le reste, qu'on travaillait à détruire sous prétexte de combattre la forme.
XII. — Cinquième concile provincial de Québec. — Questions des écoles du Nouveau-Brunswick et de Manitoba. — Les libéraux au pouvoir
En mai 1873, fut célébré le Ve concile provincial de Québec. Les Pères qui y prirent part, reconnurent que l'erreur catholique libérale avait quelques adeptes parmi nous. Les libéraux se prévalurent de cette expression quelques adeptes pour prétendre que nous exagérions et que nous mettions du libéralisme là où il n'y en avait pas.
Mais il faut savoir pourquoi les Pères du Ve concile provincial de Québec n'ont vu, au Canada, que quelques adeptes du libéralisme catholique, alors qu'ils étaient très nombreux comme ils le sont encore aujourd'hui. Les Pères de ce con-
cile ne voulaient pas, pour la plupart, s'occuper de cette erreur, car Mgr l'archevêque Taschereau s'était assuré de la majorité de ses suffragants à cet égard. Monseigneur de Montréal et Monseigneur des Trois-Rivières furent les seuls qui insistèrent pour qu'on en parlât, et plutôt que de se taire complètement sur un point aussi important, ils préférèrent laisser passer l'expression quelques adeptes.
Il faut dire, de plus, que la majorité des évêques d'alors n'avait pas des idées nettes et précises sur la nature de l'erreur catholique libérale, vu que plusieurs d'entre eux en subissaient la funeste influence. Ce qui le prouve évidemment c'est que Mgr Taschereau, apiès avoir commenté, dans un mandement, les décrets de ce Ve concile, confondit le libéralisme catholique avec le libéralisme impie ou l'indifférentisme.
A dessein ou autrement, il adoptait les idées qu'avait émises M. Paquet dans ses leçons à l'Université Laval sur le libéralisme.
Pendant, toute l'année 1873, le parti politique appelé conservateur, qui était alors le plus puissant au parlement fédéral, fut vivement critiqué et blâmé par les journaux catholiques. Il en fut ainsi parce que les conservateurs, désireux -jusqu'à un certain point d'avoir la paix avec les libéraux touchant les questions dites de Manitoba et des écoles du Nouveau Brunswick, questions à propos desquelles la majorité protestante de ces deux provinces travaillait à opprimer la minorité catholique, se montraient disposés à sacrifier les vrais principes dans l'intérêt d'un faux esprit de conciliation.
Il suffisait à nos députés conservateurs de se montrer franchement catholiques pour dominer les protestants et les mettre à l'ordre. Ils n'eurent pas le courage de prendre cette attitude, et finirent par s'en trouver mal.
A l'automne, en effet, les conservateurs furent obligés d'abandonner les rênes du gouvernement, et les libéraux qui.
dans l'espoir de les supplanter, avaient hypocritement promis de réparer leurs torts, s'en emparèrent. On ne fut pas longtemps à voir comment ils tiendraient leurs promesses, car ils répandirent partout dans les campagnes les plus mauvais principes, en travaillant à se faire élire en grande majorité.
A la première cession de ce nouveau parlement, en 1874, les questions de Manitoba et des écoles du Nouveau-Brunswick revinrent sur le tapis et furent réglées contrairement aux notions les plus élémentaires de la justice, grâce à l'inqualifiable lâcheté de nos députés libéraux.
Dans la question de Manitoba, deux des principaux citoyens de cette province, Riel et Lépine, avaient eu à subir un procès devant un juge inique, à cause des mesures énergiques qu'ils avaient prises dans un moment de grande excitation politique, et ils avaient été condamnés à mort comme coupables du crime de lèse-majesté. En dépit de la sentence portée contre eux, Riel et Lépine furent reconnus et proclamés innocents dans toute la province de Québec, si bien que tous les évêques de cette province, Mgr Taschereau en tête, signèrent une requête demandant au gouvernement fédéral de prier l'Angleterre de leur accorder pleine et entière amnistie.
Au lieu d'être amnistiés, Riel et Lépine virent la peine de mort, portée contre eux, commuée en un exil de cinq ans. Et voici comment cela se fit.
Nos libéraux refusèrent de voter pour demander l'amnistie à l'Angleterre, ce qu'ils auraient certainement obtenu; mais ils votèrent pour demander l'exil, afin de ne pas trop déplaire à leurs partisans orangistes de la province d'Ontario, qui avaient conduit toute cette affaire.
On cria alors à l'infamie et avec raison. Nos libéraux voulurent se justifier. Ils avaient à Québec, à l'archevêché et au Séminaire, des prêtres, leurs amis, qui s'étaient chargés de leur rendre Mgr Taschereau favorable. Bien
sûrs de ne pas recevoir une réponse qui les condamnerait, ils télégraphièrent à l'archevêque, lui demandant s'il approuvait ou non leur vote. Mgr Taschereau répondit, et sa réponse fut de suite rendue publique, qu'il n'avait rien à dire là-dessus, vu que c'était une question où ni la foi ni la morale n'étaient intéressées. Comme si ce n'était pas une question de morale de savoir s'il est permis d'imposer à des innocents la peine de l'exil, dans le but de plaire à des amis orangistes !
Cette réponse de l'archevêque ne contribua pas peu à rendre les libéraux très hardis et très exigeants. Ils comprenaient qu'ils auraient toujours le moyen de tirer bon parti du prélat en leur faveur.