IV. — Affaire du démembrement de la paroisse de Montréal
A Montréal. — Opposition des Sulpiciens
Liturgie et discipline
Vers le même temps s'agitait à Montréal une autre question, celle du démembrement de la paroisse de Notre-Dame, qui comprenait toute la ville et sa banlieue, c'est-à-dire une population d'au delà de cent vingt mille âmes.
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Messieurs les Sulpiciens avaient toujours été curés de Montréal, où ils s'arrogeaient une autorité quasi épiscopale. Ils avaient aussi toujours été fort enclins à se soustraire à la juridiction des évèques, et par leur esprit d'insubordination, ils avaient causé les plus grands déboires, en particulier à Mgr Plessis, évèque de Québec, et à Mgr Lartique, premier évêque de Montréal. Destinés par état à former des ecclésiastiques, ils tenaient à vivre d'une vie commune et régulière, à habiter la même maison par conséquent, et ils tenaient en même temps à rester curés de la paroisse de Montréal. Vu les circonstances et vu leur condition, bien desservir cette immense paroisse était devenu pour eux hnposible d'une impossibilité physique. Nombre de personnes n'assistaient plus à la messe depuis longtemps et ne fréquentaient plus les sacrements. Dans plus d'un quartier de la ville, tout était laissé à l'abandon.
Mgr Bourget souffrait on ne peut plus de cet état de choses et il voulait y remédier. Mais les exigences et les prétentions des Messieurs de Saint-Sulpice lui créaient les plus sérieux obstacles. Il résolut enfin de mettre énergiquement la main à l'œuvre et de partager la paroisse de Montréal en plusieurs paroisses. Les Sulpiciens entassèrent alors difficultés sur difficultés pour l'empêcher de réussir, et ils plaidèrent contre lui à Rome où ils usèrent, comme au pays, de moyens parfois peu honnêtes. Ils en vinrent jusqu'à faire intervenir, en agissant sous mains, les laïques et même le pouvoir civil afin de nullifier l'exercice de' la juridiction de l'Ordinaire.
Le Saint-Siège ayant autorisé Mgr Bourget à démembrer la paroisse de Montréal, le vénérable prélat se mit incontinent à l'œuvre et créa des paroisses dites canoniques, c'est-àdire d'après la seule autorité religieuse. Ces pnroisses étaient reconnues par le pouvoir civil comme vraiment paroisses pour toutes les fins ecclésiastiques; mais elles n'étaient pas regardées comme telles pour certaines fins civiles et politiques.
Les Messieurs de Saint-Sulpice se prévalurent de cette restriction, et mirent tout en œuvre pour en exagérer outre mesure la portée et les inconvénients. Les Messieurs du Séminaire de Québec, qui avaient toujours eu, sinon de l'antipathie, au moins de l'éloignement pour les Messieurs de Saint-Sulpice, se rapprochèrent d'eux à cette occasion et même leur prêtèrent main-forte, afin de s'en faire de précieux alliés contre Mgr Bourget, dans Jeur opposition à l'érection d'une Université à Montréal. De leur côté, les Sulpiciens ne demandèrent pas mieux que de se ranger du côté des Messieurs du Séminaire de Québec, afin de trouver eux aussi un appui dans ces nouveaux alliés.
Mgr l'archevêque de Québec, qui est toujours plus ou moins l'instrument de son Séminaire 1, et surtout l'archevêque actuel, qui n'a jamais été autre chose que prêtre de ce Séminaire, avant sa promotion à l'épiscopat, a dû prendre fait et cause en faveur dès Sulpiciens, et de fait il s'est entièrement voué à la défense de leurs intérêts. Il n'y avait donc aucune justice à espérer de lui, dans les débats qui ont eu lieu à propos des paroisses de Montréal, puisqu'il se trouvait par alliance l'une des parties intéressées.
A Québec, on avait d'autres griefs contre Mgr Bourget. Ce saint évèque tenait beaucoup à se mettre en tout d'accord avec les prescriptions de Borne, la mère et la maîtresse de
1. Les membres d'un chapitre sont, d'après la loi canonique, les conseillers de l'Evêque dans les choses les plus importantes : et tout E\ animé de l'esprit de l'Eglise et qui a la sentiment de sa responsabilité, doit naturellement désirer l'assistance d'un chapitre, dès que la chose ■»-st possible. L'Eglise n'aime pas l'arbitraire; et elle n'ignore pas le besoin qu'a d'un chapitre celui qui est chargé du fardeau épiscopal : aussi demande-telle l'établissement des chapitres.
Mgr Laval, premier évêque de Québec, eut son chapitre; mais le chapitre de Québec s'éteignit avec la domination française au Canada il y a plus de 150 ans; et il n'a pas encore été rétabli! Mgr Bourget, évèque de Montréal en 1840, s'empressa de s'entourer d'un chapitre. Et Rome a plus d'une fois exprimé le désir de voir chacun des Evêques canadiens pourvu d'un chapitre; mais sont encore sans chapitre : Québec, Cbicouti'.'.i, Sherbrooke. Valleyfield, Nioolet et Pembroke. (Note de 15090
toutes les églises. Or, en ce qui concernait la liturgie sacrée et la discipline ecclésiastique, il . y avait plusieurs abus à corriger dans la province et beaucoup de réformes à opérer. Il se mit courageusement à l'œuvre dans son diocèse. Il fut le premier à se créer un chapitre et à tenir des synodes diocésains K
Comme on était fort attaché, dans le diocèse de Québec, aux vieux usages gallicans et au statu quo dans lequel on sommeillait depuis de longues années, on traita Mgr Bourget d'homme remuant, de brouillon et d'amateur de nouveautés. Là, on n'était guère décidé à se remuer, quoique le premier concile de Québec, célébré en 1850, eût statué le contraire; et la conduite de Mgr Bourget, qui prit les choses au sérieux, semblait, comme c'était en effet le cas, la condamnation du statu quo dans lequel on voulait demeurer. De là, une autre cause de mécontentement, à Québec, contre le zélé prélat.
Quand nous disons à Québec, il faut entendre l'archevêché et le Séminaire de Québec, car, en dehors de ces deux maisons, on peut dire que tout le clergé du diocèse de Québec était très favorable à Mgr Bourget. Il en était ainsi dans les autres diocèses : prêtres et évêques ne voyaient dans le premier pasteur de l'Eglise de Montréal qu'un excellent modèle à suivre.
VII. — Libéralisme et gallicanisme à V approche du Concile du Vatican. On persécute ceux qui combattent ces erreurs
Dans l'été et dans l'automne de 1869, à l'approche de l'ouverture du concile du Vatican, le gallicanisme et le libéralisme catholique s'accentuèrent parmi nous avec plus de force que jamais. La plupart de nos journaux avaient pris
1. Québec, dit-on, n'a jamais eu que quatre synodes diocésains : le dernier eut lieu en l'année 1701. {Note de 1909.)
à tâche de reproduire, en les exaltant jusqu'aux nues, les écrits des libéraux français et belges, entr'autres les brochures et lettres de Mgr Dupanloup.
Le Nouveau Monde de Montréal, journal que Mgr Bourget encourageait, parce qu'il s'était voué à la défense des vrais intérêts catholiques, et le Journal des Trois- Rivières, dans la ville du même nom, combattirent vaillamment les bons combats à cette occasion. Aussi, toute la coterie libérale québecquoise, qui avait malheureusement quelques prêtres pour chefs, s'évertuait-elle à les dénigrer le plus possible par d'incessantes calomnies. Il n'y eut pas d'injures alors qu'on ne prodiguât à M. le chanoine Lamarche, qui était chargé de surveiller la rédaction du Nouveau-Monde.
Dans le diocèse de Québec, les journaux vraiment catholiques étaient forcés de se taire, car le moindre mot contre le gallicanisme ou le libéralisme leur valait des semonces venant de l'archevêché, et même des menaces. Il y eut cependant un petit journal, la Gazette des Campagnes, rédigé en partie par M. Alexis Pelletier, dont il a été plus haut question, qui crut devoir tout braver en faveur de la vérité. Il osa dire qu'il fallait se défier de Mgr Dupanloup, parce que ses allures, à l'approche du concile du Vatican, présentaient quelque chose de fort louche.
Là dessus, toute la presse libérale de jeter les hauts cris, et le vicaire général de l'archevêque de Québec, M. Cazeau, d'écrire au Supérieur et aux Directeurs du Collège de Sainte- Anne, où M. Pelletier remplissait les fonctions de professeur, pour leur enjoindre, sous peine d'être regardés comme indignes de former des élèves pour le sanctuaire, de désavouer publiquement l'appréciation que la Gazette des Campagnes avait donnée de Monseigneur l'évêque d'Orléans. Les Messieurs de Sainte-Anne ne crurent pas devoir tenir compte de cette injonction, et M. Pelletier porta plainte à Rome. Au même moment, YEvénement, journal libéral de Québec, publiait avec les plus grands éloges le fameux Manifeste du
Correspondant de Paris. Cette publication se fit à la grande satisfaction, pour ne pas dire à la suggestion, de certains prêtres libéraux du Séminaire de Québec et de l'archevêché.
M. Pelletier combattit le Manifeste du Correspondant, écrivit en faveur de l'infaillibilité pontificale, puis publia une série d'articles contre le libéralisme. Pendant la bagatelle de plus de six mois, les scribes les plus débraillés d'entre les libéraux de Québec se ruèrent contre lui et contre tous les piètres du Collège de Sainte-Anne. Des écrivains de Montréal et d'ailleurs s'unirent à eux pour représenter ces prêtres comme des hommes amis de la discorde, des indisciplinés, des révoltés contre la sainte Eglise de Dieu. L'Archevêché et le Séminaire de Québec se gardèrent bien d'intervenir pour mettre un terme à ces excès. Ils croyaient mieux mériter de la religion en y applaudissant. Ils firent même plus qu'applaudir, car la plupart des écrits, pleins de fiel et de mensonges, dirigés contre M. Pelletier et le Collège de Sainte-Anne, sortaient de la plume de prêtres qui étaient des leurs.
Pendant que M. Pelletier était en guerre avec les gallicans et les libéraux qu'il combattait de son mieux, un autre prêtre, M. Joseph Martel, en butte depuis lors à de sérieuses tracasseries, écrivait à propos d'éducation, dans le Courrier du Canada, une série d'articles fort remarquables. Il s'appliquait, à démontrer les vices de notre loi d'éducation, loi qui n'admet pour inspecteurs d'écoles que des laïques nommés par le pouvoir civil, contrairement à ce qu'a enseigné Pie IX, et qui tend fortement à séculariser l'enseignement primaire. Les Messieurs de l'Archevêché de Québec, par amitié personnelle pour les auteurs de cette loi, firent cause commune avec les laïques qui ripostaient à M. Martel, et eurent recours à mille moyens pour le décourager et l'empêcher d'écrire. Mais M. Martel ne se décourageait point et il écrivait toujours.
En désespoir de cause, voici ce qu'on imagina pour mettre le public sous l'impression que ce vaillant défenseur de la
saine doctrine avait soutenu des opinions erronées. On consulta à Rome le professeur De Angelis au sujet de notre loi d'éducation et il donna sa réponse à cette consultation. De retour du concile du Vatican, en mai 1870, Mgr l'archevêque Baillargeon, pour clore les discussions soulevées par les écrits, de M. Martel, publia, dans une circulaire adressée à son clergé, ce qu'il dit être la réponse de De Angelis.
Or, la dite réponse avait été tronquée dans les parties les plus importantes. De cette façon, elle devint contraire aux idées émises par M. 1 abbé Martel, tandis que, prise dans son intégrité, elle lui était de tout point favorable. Ce ne fut que bien plus tard que l'on découvrit cette supercherie. Pour le moment, cette pièce tronquée, que toutes les feuilles libérales s'empressèrent de reproduire, devint le motif de la stricte défense que Mgr Baillargeon fit à M. Martel de continuer d'écrire dans le sens des articles qu'il avait publiés jusqu'alors.
Mgr Baillargeon ne se borna pas à sévir contre M. Martel. De par l'avis de ses conseillers, il enjoignit à M. Pelletier, pour le punir d'avoir combattu les gallicans et les libéraux et pour donner satisfaction à ces derniers, de quitter immédiatement le Collège de Sainte-Anne, et de prendre un poste de vicaire qu'il lui assigna. L'époque de l'année, le mode du départ et le poste à occuper, tout était arrangé de manière que le public comprît bien que M. Pelletier était condamné et puni pour avoir écrit. Se regardant, et avec raison, comme injustement traité et flétri, il porta de nouveau ses plaintes à Rome.
Quelques semaines s'étaient à peine écoulées depuis les faits que nous venons de relater, que Mgr l'archevêque Baillargeon exigea que tous les prêtres du Collège de Sainte Anne qui partageaient les idées de M. Pelletier et qui étaient membres de la corporation légale et civile de ce collège, lui donnassent par écrit leur démission comme tels. Ces messieurs refusèrent et dirent qu'ils en appelaient à Rome. C'é-
Vers l'Abîme. 7
taient MM. Bruno Leclerc, aujourd'hui vicaire forain dans le diocèse de Chicoutimi, André Pelletier, Prudent Dubé, Charles Bacon, qui occupent actuellement des cures importantes dans le diocèse de Québec, et Achille Vallée, l'un des directeurs du Collège de Lévis, dans le même diocèse. On traquait ces messieurs de la sorte, à cause des idées franchement catholiques qu'ils professaient, quoiqu'on invoquât d'autres raisons comme prétexte de la persécution dirigée contre eux. Ces raisons étaient tellement futiles qu'elles s'évanouissaient devant le plus léger examen.
A la réception de la lettre par laquelle les Messieurs de Sainte-Anne refusaient de donner leur démission et en appelaient au Saint-Siège, Mgr Baillargeon fut fortement contrarié. II les menaça alors~ de suspense, et il ajouta qu'il ruinerait et anéantirait même leur maison, s'ils n'exécutaient pas l'ordre qu'il leur avait donné. Les Messieurs de Saint-Anne en appelèrent à Rome de la menace de censure, puis s'efforcèrent, dans le cours d'une longue discussion qu'ils eurent à soutenir par lettres avec le vénérable prélat, de l'amener à modifier ses manières de voir et d'agir.
L'affaire était devenue publique. Presque tous les prêtres du diocèse de Québec, réunis pour la retraite ecclésiastique annuelle, insistèrent auprès de Mgr Baillargeon afin de l'amener à voir qu'il faisait fausse route et qu'il s'aliénait à peu près tous les esprits, surtout son clergé. Ils ajoutèrent que ses conseillers, dont le principal était M. Taschereau, le poussaient à l'abîme. Sa Grandeur consentit enfin à se désister de ses prétentions vis-à-vis ces Messieurs du Collège de Sainte- Anne, mais à la condition qu'ils désavoueraient les écrits de M. Pelletier dans la Gazette des Campagnes. Ils le firent pour avoir la paix, mais en y mettant une restriction? « Nous désavouons dans ces écrits, » dirent-ils, « tout ce qui a pu raisonnablement contrister Monseigneur l'archevêque. »
VIII. — Mgr Taschereau succède à Mgr Baillargeon. — Répudiation du programme catholique par Mgr Taschereau *
Mgr Baillargeon mourut en octobre 1870, un mois et demi environ après le règlement clés difficultés qu'il avait eues avec les prêtres du Collège de Sainte-Anne.
Un an auparavant, plusieurs prêtres du diocèse de Québec avaient demandé à Rome, en prévision de cette mort et après un solide exposé de motifs, de ne point nommer au siège archiépiscopal de Québec M. le vicaire-général Taschereau, que l'on savait être l'homme du choix de Mgr Baillargeon, Ils étaient convaincus, ainsi qu'un très grand nombre d'autres, de la vérité de ce jugement porté sur lui par un personnage éminent : « Si M. Taschereau devient archevêque » de Québec, ce sera la plus terrible épreuve que l'Eglise du » Canada ait jamais subie. » Malheureusement, les prêtres du diocèse de Québec, par crainte d'être persécutés s'ils étaient découverts, négligèrent de prendre les formalités que lé cardinal Barnabo, préfet de la Propagande, leur avait conseillé de suivre pour avoir un évèque de leur choix, et M. Taschereau devint archevêque de Québec au commencement de l'année 1871.
Un de ses premiers actes fut de bien triste augure et entraîna aussi après lui de fort tristes conséquences.
En vue des prochaines élections politiques qui allaient avoir lieu, des laïques bien disposés rédigèrent un assez court programme qui se résumait à dire que les électeurs ne devaient donner leurs votes qu'aux candidats qui promettaient sincèrement, de respecter les lois et les droits de l'Eglise lorsqu ils agiraient comme députés au parlement, et qui s'engageraient à faire réformer celles de nos lois existantes qui
1. Voir ledit programme et les controverses qu'il souleva dans le tome II des Voix Canadiennes, Vers V Abîme, par A. Savaète. Chez Savaète, Paris, (5 francs).
sont en désaccord avec les lois divines et canoniques. Ce programme, dû à la spontanéité des sentiments de laïques dévoués à l'Eglise, reçut le nom de Programme catholique.
NN. SS. les évêques de Montréal et des Trois- Rivières crurent devoir approuver et même louer hautement un si bel acte dans des circulaires adressées à leur clergé. Mgr Taschereau pensa et agit autrement que ses collègues. Il écrivit à ses prêtres une circulaire de quelques lignes pour leur dire que ce programme, ayant été rédigé tout à fait en dehors de la participation de l'épiscopat canadien, ils devaient se garder de parler en sa faveur. Comme si pour faire le bien il fallait toujours avoir, hic et nunc, une autorisation expresse des évêques de sa province !
C'est évidemment user, au profit des libéraux, d'une détestable ruse pour blâmer indirectement ce programme, le discréditer et l'empêcher par là même d'avoir son effet. Par cette manière d'agir, Mgr Taschereau accusait aussi indirectement deux de ses plus vénérables collègues d'avoir agi avec précipitation, sans réflexion et sans prudence.
Les journaux de la gente libérale, forts de l'espèce d'appui que leur domiait Mgr Taschereau, se ruèrent contre le programme, le déprécièrent à qui mieux mieux, et profitèrent de la circonstance, qui leur était si favorable, pour redire sur tous les tons que la religion n'a rien à voir dans la politique. Dans cette chasse aux idées vraiment catholiques, le Journal de Québec se distingua entre tous. Pendant pi as d'un mois, il s'attaqua aux circulaires des évêques de Montréal et des Trois-Rivières; il abreuva même d'outrages ces vénérables prélats, les accusant de conduire leurs ouailles à l'abîme, et il finit par leur lancer à la figure le Vœ pastoribus de Jérémie, à la profonde stupéfaction des fidèles. Jamais au Canada, même dans les plus mauvais jours, des évêques n'avaient été maltraités avec autant d'audace et de désinvolture.
Celui qui jetait ainsi la boue à la figure de nos évêques,
dans le Journal de Québec, n'était autre que le rédacteur en chef de cette feuille, M. Joseph Cauchon, ami intime de M. Bolcluc, prêtre de l'archevêché de Québec et à peu près l'unique conseiller de Mgr Taschereau. Tout le temps qu'il se livra à cette criminelle besogne, il rendit de fréquentes visites à son ami, M. Bblduc, qui l'accueillait si bien que tout le monde jugea qu'il l'encourageait et l'excitait même à poursuivre dans sa manière d'agir.
Quant à Mgr Taschereau, il n'aurait eu qu'un mot à dire, qu à proférer tout au plus une légère menace, pour mettre un terme à ce scandale. Le Journal de Québec se publiait à deux pas de chez lui. Il demeura tranquille et coi, tout comme s'il n'avait connaissance de rien. Son silence fut regardé avec raison comme une approbation tacite de la conduite de M. Cauchon. Lui, qui avait été si prompt à blâmer un programme vraiment catholique, qui n'avait que le tort imaginaire d'être intempestif , inopportun, comme tout ce qui dérange les plans des impies, pourquoi se taisait-il en présence de pareils excès de plume?
Ce qui eut lieu plus tard expliqua ce mystère. Ce que nous venons de rapporter se passait en mai et en juin 1871. Or, en 1874, Mgr Taschereau dénonçait, à Rome le Programme catholique, et sollicitait sa condamnation. Il le haïssait donc A Rome, comme des documents publics en font foi, on blâma Mgr Taschereau et fortement de trouver à redire aux idées de ce programme; mais on le laissa juge de l'opportunité, de leur application. Malgré cela, Mgr Taschereau ne se gêne pas d'affirmer carrément, même à tous ses prêtres réunis en retraite, que Rome a condamné le Programme catholique, comme elle a condamné la réforme chrétienne des études proposée par Mgr Gaume.
Et les libéraux de toute nuance de battre des mains, et de proclamer que Mgr Taschereau est le seul évêque que l'on doive écouter.