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MGR LAFLÈCHE, PRETRE ET ÉVÊQUE

Au cours des Voix Canadiennes, fréquemment, nous avons cité Mgr Laflèche et nous l'avons présenté sommairement à nos lecteurs comme apôtre, écrivain et orateur émériîe. Ils connaissent donc, par la lecture des documents' déjà produits et son talent, et son zèle, et son intrépidité; ils savent qu'il fut, dans des circonstances délicates, le porte - parole autorisé de ses collègues dans l'épiscopat et qu'il ne cessa, un seul instant, d'en être parfaitement digne. Comme il montait facilement en chaire et y faisait, bonne figure, qu'il ne se lassait pas non plus d'écrire quand il le fallait, et qu'il le faisait toujours avec élégance, clarté, courage et autorité, surtout au grand jour, avec l'intention manifeste d'être compris des uns et écouté des autres, il ne paraîtra étrange à personne que nous ayons de lui force lettres, nombre de discours, de brochures et de mémoires, tous caractérisques et d'un intérêt historique palpitant. Dans le nombre, comptent particulièrement les Mémoires déjà parus ici, et quelques autres que nous allons produire, notamment son Mémoire sur la Division de Vêvêché des Trois- Rivières, et sa brochure où il traite de VInfluence spirituelle indue devant la liberté religieuse et civile.

Mais avant de le citer de nouveau, laissez-moi dire encore quelques mots de ce vaillant, homme de bien. La sympathie qu'il sut faire naître pour sa personne et qui ne faiblit jamais

durant sa vie, qu'il justifia surtout durant son existence agitée, faite de labeurs opiniâtres, de privations physiques et morales, souvent poignantes; cette sympathie, qui renaît invinciblement à sa lecture et s'étendra nécessairement dans la postérité reconnaissante, donnera plus de portée à sa voix chaude, plus de poids à ses écrits austères.

Et puisque je vise, sans fausse honte comme sans faiblesse à de légitimes réparations d'opinion, mon but sera partiellement atteint si mon héros, mieux connu, est enfin apprécié à sa mesure naturelle, et encore respectueusement écouté d'outre la tombe où il repose dans la paix du Seigneur qu'il a tant aimé et si fidèlement servi au milieu de la contrariété aveugle et des tribulations imméritées.

Son attitude si résolue et son ardente intransigeance, faite parfois pour surprendre des esprits prévenus, venait de la virulence même des maux qu'il avait à combattre et de l'endurcissement intéressé de ses adversaires dépourvus de scrupules.

Mgr Laflèche est donc, à divers égards, une figure attrayante qui m'a séduit au premier abord. J'avais en mains quelques lettres de lui qui me touchèrent. A les relire je ne pus résister longtemps au besoin cordial de les soumettre à mes lecteurs. Qui le regrettera? Une polémique cependant s'ensuivit et je fus entraîné ainsi à fouiller mon sujet comme à consolider mes preuves en les multipliant. Au demeurant, et dès la permière heure, j'eus la conviction, qui n'a fait que se fortifier, que les circonstances m'avaient donné la tâche lourde, sans doute, mais agréable au fond, de poursuivre une oeuvre de redressement historique. Mgr Laflèche, qui le contestera? est un apôtre enthousiaste dont les enseignements, toujours puisés aux plus pures sources de l'orthodoxie romaine, furent aussi rigides qu'elles se trouvaient être saines; en refusant sans cesse de composer avec l'erreur, il acquit de précieuses amitiés qui ne manquèrent que de constance ou d'énergie, et

s'attira de redoutables inimitiés dont il devait, pour Dieu et pour l'Eglise, pàtir jusqu'à son dernier soupir.

A la courte biographie du digne évêqtie de Trois-Rivières, j'ajoute donc quelques 'détails touchants sur sa vie, ses œuvres, ses luttes homériques et son martyre moral; et ce ne sera pas superflu pour fixer cette douce et noble figure dans l'esprit de mes lecteurs, comme dans les Annales où se documenteront les futurs historiens de la Nouvelle-France, de cette race vigoureuse et fidèle qui ne veut pas disparaître, pour la satisfaction de l'Angleterre, dans le bloc impérial imaginé pour assurer la pérennité d'une œuvre de spoliation et d'oppression.

L'abbé Laflèche revenait en juillet 1856 de sa longue mission dans le Nord-Ouest canadien, aussi chargé d'infirmités tenaces kjue 'de mérites éclatants : il se rendait au séminaire de Nicolet pour y utiliser le peu de forces qui lui restaient, et pour en retrouver de nouvelles à mettre au service du Dieu des miséricordes crui avait préservé ses jours à travers mille aventures banales ou tragiques, subies parmi les tribus sauvages.

Membre dix Séminaire de Nicolet, il apporta autant d'ardeur à former convenablement la jeunesse sacerdotale qu'il en avait mis à la conversion des Indiens errants et féroces. Il ne négligea, rien de ce qui pouvait concourir au perfectionnement de l'éducation et de l'instruction des élèves, ni à la bonne tenue de la maison qu'il voulait hospitalière, agréable et, polir vingt bonnes raisons, précieuse à tous ceux qui la fréquentaient. Rien ne lui coûtait pour atteindre ce but charitable : ni fatigues soutenues, ni labeurs multipliés, ni luttes ardentes, quand les intérêts de l'Institution étaient mis en cause ou en péril. Il était, ce faisant, professeur, puis préfet des 'études, enfin supérieur avec le titre de vicaire général du diocèse des Trois-Rivières que son évêque, Mgr Cooke, lui conféra le 17 décembre 1857 en ces termes élogieux :

« A M. Louis-François Laflèche,

» Vicaire Général, Nicolét.

» Trois-Rivières, 17 décembre 1857.

» Monsieur le Grand Vicaire,

» Ce titre oie vous est pas étranger1; vous l'avez déjà porté avec honneur pour vous et avantage pour l'église de Saint-Boniface, aussi longtemps cpae vos forces vous ont permis de supporter les travaux de cette vaste et pénible mission.

» Revenu aujourd'hui dans votre patrie avec ane santé délabrée, il est juste qu'elle reconnaisse vos services et que vous y trouviez otium cum dignitate.

» Aussi suis-je heureux, maintenant que vous avez fixé votre résidence dans le diocèse, de pouvoir vous continuer le titre de Grand Vicaire, et vous accorder en cette qualité, pour le diocèse, les pouvoirs extraordinaires attachés à cette dignité.

» Puissiez-vous, pour le bien de votre diocèse, jouir longtemps de ces privilèges et contribuer au bonheur d'une maison qui a lieu de se glorifier de vous compter parmi les élèves qu'elle a formés.

i> Ce témoignage de reconnaissance et de confiance sera sans doute agréé par vos nombreux amis.

» Votre dévoué serviteur,

» f Thomas, Evêque des T.-R. »

L'abbé Laflèche justifia cette confiance en s'acquitant avec le même dévouement, une égale compétence de l'une et l'autre charge qui lui étaient imposées. Il sut concilier tous les intérêts. Par sa dignité, son zèle éclairé, il gagna la confiance de tous : professeurs et élèves, prêtres et laïques, tant et si bien que bientôt mille voix chantaient ses louanges en favorisant ses œuvres.

Tandis qu'il en avait la direction, il donna aux études une impulsion vigoureuse, faisant u"e constants efforts pour les maintenir sur le meilleur pied, pour en élever sans cesse le niveau, en étendre les limites. 11 visitait les classes assidûment, se rendait compte, et jusqu'aux moindres détails de tout ce

1. M. Laflèche avait été Grand Vicaire des évêques Provencher et Taché, de Saint-Boniface.

qui avait trait à l'enseignement, s'intéressant aux piogiès de l'élève comme à l'effort du maître. Il organisa d'une façon plus régulière les examens auxquels il présidait toujours, introduisit l'usage, qui s'est conservé vu ses bons résultats, de faire un rapport détaillé de ces examens devant la communauté réunie, avec proclamation des rangs, des points et des notes de conduite.

Homme d'ordre, il prenait un soin tout particulier de la bibliothèque générale, comme aussi de celle des élèves et des professeurs; il conservait de même toutes les listes et les rapports des classes, et fit insérer dans des registres spéciaux les résultats des examens, les palmarès de fin d'année et tout ce qui, en général, concernait les études de l'établissement.

L'abbé Laflèche était fort porté vers les sciences précises, physique, chimie, mathématique, voire même et surtout l'astronomie.

Pour donner aux élèves le goût de cette dernière science, qui portait à la méditation; pour leur en faciliter l'étude, comme, en sa qualité de missionnaire ingénieux, il était très habile ouvrier, il consacra quelques loisirs à représenter le système planétaire sur une vaste échelle, en donnant au soleil, à la terre, à la lune et aux planètes leurs grosseurs proportionnelles et leurs distances respectives. Ce gigantesque appareil fut installé dans le jardin des élèves. Le soleil y était représenté par une sphère de 5 pieds de diamètre, placée à l'extrémité de la grande allée; puis venaient successivement les planètes avec leurs satellites, dans leur ordre et avec leurs dimensions en rapport avec le globe qui figurait le soleil. Elles étaient échelonnées, suivant leurs distances relatives au soleil, sur un espace d'environ 600 pieds, et la dernière, Neptune, aurait certainement envahi l'intérieur de rétablissement, si l'auteur de ce planétaire n'avait pas pris, avec les lois astronomiques, certaines libertés pour empêcher cette invasion encombrante et forcer la vagabonde planète à se le-

nir discrètement à la porte. Avec ces proportions données à l'ensemble du système, la terre n'était représentée que par une bille à jouer, la lune par un grain de plomb, Jupiter par une boule de 4 à 5 pouces de diamètre, et ainsi de suite pour les autres.

Chaque astre avait pour support un joli piédestal orné de cadres vitrés contenant des cartes et des tableaux astronomiques : et le tout était sorti des mains de M. Laflèche, qui n'avait rien épargné pour faire de ce planétaire un bel ornement pour le jardin, et surtout un document très instructif pour les élèves studieux. Cette curiosité scientifique, c'en était une fort remaïquable, attirait l'attention des étrangers qui ne manquaient pas de la visiter : et tous admiraient sincèrement le merveilleux système et la peine qu'il avait donnée à l'ouvrier.

Pourtant les intempéries des saisons eurent bientôt fait de démolir le trop fragile planétaire dans ses parties leis plus délicates, insuffisamment protégées. Comme il s'agissait, en somme, d'un monument aussi utile qu'agréable, il fut alors résolu qu'on le rétablirait dans sa splendeur primitive. L'ouvrage fut donc refait à neuf après le départ de M. Laflèche du Séminaire. Mais quelques années plus tard, les mêmes causes avaient déjà produit les mêmes effets; et force fut alors de renoncer à l'entretien de cet appareil, assez dispendieux du reste, malgré tout l'avantage qu'on en tirait comme ornement du jardin et moyen d'instruction pour la jeunesse. Il fut enlevé pour devenir un souvenir du passé, dont le temps a détruit jusqu'aux derniers vestiges. ;

Un autre embellissement, plus durable et qui subsistera plus longtemps, dû aussi à M. Laflèche, est celui des beaux pins dont il orna la cour des élèves. La grande allée bordée de ces arbres, qui sépare aujourd'hui cette cour en deux parties, est encore l'ouvrage de ses mains.

Elle bornait le terrain destiné aux jeux, dont l'étendue a été triplée depuis lors, et se trouve précisément sur la ligne, où

coulait jadis le fameux Styx, non pas celui (le l'enfer tragique des païens, mais bien un fossé fangeux déchargeant la cour de ses eaux et que les écoliers, avec un jeu d'imagination tendancieuse et de temps immémorial, du reste, s'étaient plu à poétiser par l'octroi complaisant de ce nom fameux. Ce ne fut pas moins une grande amélioration, pour le parterre et le personnel de la maison, que l'enfouissement de ce fleuve infernal, comblé soigneusement dans toute sa longueur pour faire 'place à une promenade de superbe allure, bordée de pins ayant acquis de nos jours des dimensions majestueuses.

Mais tout cela n'était qu'amusement pour M. Laf lèche et les travaux, qu'il exécutait pour embellir les parterres du Séminaire et rendre aux élèves leur séjour plus attrayant, ne le détournaient pas de ses devoirs de préfet des études ou de supérieur, qu'il accomplissait toujours avec un zèle infatigable à la satisfaction de tous. Ses grandes connaissances, sa remarquable finesse d'esprit, son rare talent d'exposition, ses fortes et profondes convictions, aidées par son éloquence entraînante, le tout rehaussé par son urbanité impeccable, charmaient en lui, attiraient autour de lui. La popularité et la renommée de l'ancien missionnaire du Nord-Ouest, devenu chef d'Institution, grandissaient de jour en jour non seulement à Nicolet, mais dans tout le diocèse et bien au delà. Tout le monde convenait que le Séminaire était singulièrement favorisé de posséder à sa tête un homme d'aussi eminente valeur, d'une éclatante vertu, et qui jetait sur son Etablissement un éclat aussi avantageux. Malheureusement cela ne devait pas durer longtemps et les choses changèrent trop' tôt au gré des amis du Séminaire de Nicolet. La réputation de M. Laf lèche fut le motif qui le fit enlever à son œuvre prospère.

En ce temps-là. et, depuis quelques années, les finances de l'évêché des Trois-Rivières se trouvaient dans un désarroi complet à la suite surtout de la construction de la cathédrale, qui avait endetté énormément le vieil évêque, à tel point qu'il

ne savait plus comment faire face à une crise menaçante, à la banqueroute en perspective ! Dans l'extrême embarras en lequel Mgr Cooke se trouvait ainsi acculé, plusieurs personnes bien intentionnées lui conseillaient 'd'avoir recours à M. Laflèche pour se tirer d'affaire, de l'appeler d'urgence à l'évêché en qualité de procureur, pouvant mettre à son service une habileté éprouvée et une éloquence persuasive, capable d'amener les diocésains à venir en aide à leur évêque par de généreuses contributions. Mgr Cooke se décida aie retirer du Séminaire, qu'il dirigeait avec autant de compétence que de bonheur, pour lui confier l'administration financière de l'évêché.

Et voici en quels termes flatteurs le vieil evêque requit la collaboration de l'abbé Laflèche :

10 septembre 1861.

Twomas COOKE,

Par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège apostolique,

Evêque des Trois-Rivières, etc., etc.

« A Notre bien-aimé Vicaire Général, Louis-François Laflèche, Supérieur du Séminaire de Nicolet, salut et bénédiction en Notre-Seign ur ».

» Très cher Frère et Ami,

» Depuis neuf ans et malgré notre grand âge, Nous avons porté à peu près seul le lourd fardeau de l'épiscopat. Les frais considérables auxquels Nous Nous étions condamnés pour la construction de Notre cathédrale, la modicité de Nos revenus et le petit nombre de prêtres de Notre diocèse Nous empêchaient d'augmenter, comme Nous l'aurions désiré, le personnel de Notre évêché. Nous avons essayé dans toute la mesure de Nos forces de suffire à Nos besoins et Nous avons prolongé Notre travail peutêtre au delà des bornes que Nous traçait la prudence, Nous reposant sur la pensée qu'il n'y a rien de plus salutaire que d'abréger ses jours au service de Dieu. Aujourd'hui, il Nous faut par-

tager le poids. Une grave maladie dont Nous relevons à peine et les infirmités de la vieillesse Nous le commandent. Nous devons donc, et pour l'acquit de Notre conscience et pour le bien de l'Eglise, Nous adjoindre un aide ou assistant. Nous avons jeté les yeux sur vous. Les talents que Dieu vous a confiés, vos grands travaux pour sa gloire, les vertus dont vous avez donné l'exemple, vous désignaient, depuis longtemps à Notre choix. Mais Nos fréquents rapports avec vous, Nos dernières entrevues et le vœu unanime du clergé, dont vous méritez à si bon droit l'estime, Nous déterminent à cet égard d'une manière irrévocable.

» Nous avons pesé, avec le plus grand soin, les raisons que vous Nous avez données, toutes les précautions que la prudence chrétienne exige ont été prises, et tout cela nous conduit davantage à presser l'exécution de Nos desseins qui ne sont autres que ceux de la Providence.

» Aussi, bien-aimé Frère, de Notre autorité épiscopale, Nous vous appelons auprès de Nous.

» Venez sans crainte où Dieu et l'Eglise vous appellent : Vir obedicns loquetur victorias. Des grâces et des secours puissants sont promis à tous ceux qui travaillent au gouvernement de son Eglise. Vous êtes faible, Nous le croyons, mais Dieu vous fortifiera : Dominus erigit elisos. D'ailleurs, vous vous êtes généreusement sacrifié pour la conversion des infidèles dans des régions lointaines, ne sauriez-vous pas le faire pour le salut de vos frères dans le pays natal? Oh! non, vous n'hésiterez plus maintenant; l'obéissance donnant cours à tous vos généreux sentiments, vous avancerez d'un pas ferme dans le chemin que la Providence vous trace et vous déploierez courageusement pour l'amour de l'Eglise tout ce qui vous reste de force et de santé, tout ce que vous avez de connaissance et de vertus.

» Ainsi, sans tarder, préparez-vous à laisser la place que vous occupez et venez vous asseoir à Nos côtés pour Nous aider de vos conseils, partager Nos peines et jouir aussi de Nos consolations.

» Une seule chose pouvait Nous causer de la douleur et quelqu'inquiétude dans Nos présentes dispositions, c'est de priver Notre séminaire de Nicolet de vos lumières et de vos services, mais l'ordre demande que les intérêts d'un diocèse prévalent sur ceux de son séminaire. Dieu pourvoira donc aux besoins, voilà ce qu'il faut penser et ce que vous devrez répondre à vos confrères pour les consoler de leur perte.

» Maintenant, le saint Nom de Dieu invoqué, Nous vous nommons, par les présentes, en vertu d'un Induit de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en date du 13 juin 1852, Administrateur de notre Diocèse, en cas de maladie, d'absence, d'incapacité

ou de décès de Notre part et vous accordons tous les pouvoirs qu'il Nous est possible de vous communiquer en pareil cas.»

» Donné aux Trois-Rivières, sous Notre seing, le sceau de Nos armes et le contreseing de Notre secrétaire, le dixième jour de septembre mil huit cent soixante et un.

» f Thomas, Ev. des Trois-Rivières.

» Par Monseigneur,

» Luc Désilets, Ptre,

» Secrétaire. »

L'œuvre proposée n'était pas attrayante, il s'en faut; et le sacrifice imposé à l 'ex-missionnaire de quitter une maison qu'il aimait et à laquelle, au retour de ses lointaines et difficiles missions, il avait voué sa vie et ses labeurs, était aussi grand que pénible. Dans la détresse où il se trouvait, l'évêque insista tellement auprès de celui qu'on lui désignait comme le seul homme capable de surmonter les difficultés de la situation, que M. Laflèche ne put se dérober à cette redoutable charge. Le sacrifice qu'on lui demandait, pour un motif digne de la plus haute vertu sacerdotale, n'était pas non plus au-dessus de son dévouement à l'Eglise. Il se rendit donc aux désirs de Mgr Cooke, et il résolut de s'éloigner de son cher Nicolet, de ses confrères dont il possédait la confiance et l'affection, que lui-même estimait, d'abandonner un genre de vie qui lui convenait et où il se plaisait. Son départ fut à tous égards ime grande perte pour le Séminaire. Tous, prêtres, séminaristes et écoliers, le virent s'éloigner avec chagrin; lui-même ne s'en sépara qu'à regret, au mois de septembre 1861 \

La vie de l'abbé Laflèche à l'évêché fut ce qu'on pouvait espérer de son activité débordante comme de son admirable dévouement. Il apportait à son vénérable évêque tout ce 'qu'il attendait de lui: un appui éclairé, un concours de tous les

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