‹ CondillacChapitre 2 sur 14 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

sophe français , adopte et présente les idées de Locke, en pousse à l'extrême les conséquences. Très attaché à la foi monarchique, il semble marcher d'accord avec tous les ennemis de la société d'alors. Déiste et même catholique, il se défend du matérialisme ; mais son système philosophique y conduit les autres; il abandonne Paris quand il entrevoit la conséquence des doctrines que professaient ses amis. Arrive le mouvement économique de la fin du dix-huitième siècle, la vogue de Quesnay, de Turgot, de Lavoisier, des physiocrates : Gondillac épouse leurs doctrines, d'autant que, dans la solitude de la campagne, il est devenu un passionné d'agriculture, dont-il encourage tous les progrès; mais en même temps, il laisse son frère Mably attaquer les bases du gouvernement et préparer la Révolution, qu'il aperçoit non sans terreur dans un avenir prochain. Précepteur d'un prince, il avait

pris sa petite part des abus de l'ancien régime, ayant été vingt ans titulaire d'une abbaye en Lorraine dont il touchait les revenus et administrait les biens , sans jamais avoir daigné s'y rendre.

Et de même, sa philosophie répondait bien à son temps, par son apparence scientifique et par son absence de toute sanction morale. Une société corrompue n'aime pas qu'on lui rappelle qu'elle a des devoirs. Et quand elle a renversé ou oublié tous les principes sous lesquels elle avait longtemps vécu, un enseignement philosophique clair, élégant, facile à comprendre est bien ce qui convient aux nouvelles générations. De là, le succès presque involontaire de la philosophie de Gondillac. Il fallut pour la détrôner tout le mouvement allemand venu à la suite de Kant et la réaction spiritualiste qui commença sous la Restauration avec l'éclectisme de Cousin. Mais ce néo-cartésianisme n'eut d'au-

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