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Conditions de la paix dans les etatsromains

Le motu-proprio du 12 septembre y relève deux ennemis implacables, l’Absolutisme et la Révolution. Donnant le pouvoir au premier, il rend des armes à la seconde, et la déchaîne eii la provoquant.

11 détruit l’équilibre que, sous la loi constitutionnelle, les chefs les plus illustres de la péninsule s’efforçaient, pour la paix de l’Europe, de maintenir entre les États-Italiens; et crée, au centre de l’Italie, pour ses princes un exemple contagieux d’absolutisme, pour ses peuples un foyer révolutionnaire , pour tous d’incalculables périls.

La question reste tout entière ; elle reste

grosse de menaces et de tempêtes.

Quand le gouvernement Français, à tort ou à raison, s’empara de la question romaine, il pouvait la remettre , pour la résoudre , aux mains d’un parti modérateur ; on la livre aujourd’hui, pour l’irriter en l’éludant, à la fougue de P artisemportés.

L’intervention décidée, le gouvernement, pour ne pas s’exposer, ou à dépasser les termes de son programme, ou à rester en deçà, le gouvernement n’avait qu’un moyen d’accomplir la mission qu’il s’imposait, c’était de prendre pour

point de départ de ses négociations, pour point d’appui auprès des populations italiennes , le statut fondamental promulgué par Pie IX au mois de mars 1848.

En formulant ainsi le but définitif de l’intervention : rétablissement du statut JX obtenait lin triple avantage : Premièrement, il évitait d’entrer dans la question intérieure de gouvernement, et d’y entrer pour s’y perdre ; car, dans toute discussion de détail, sur un tel sujet, et aypc de tels adversaires, il était nécessairement battu. Secondement, relevant ce que la révolution avait renversé, il était fort, vis-à-vis de Gaête ; il pouvait parler et agir : il défendait chez le pape l’oeuvre du pape; il rendait Pie IX à Pie IX. Dans toute la vérité du mot, il restaurait. Or, à l’heure qu’il est, on ne restaure pas, on détruit. — Enfin, chose capitale ! en rétablissant les institutions constitutionnelles, il trouvait pour appuyer le gouvernement relevé, un parti puissant , nombreux, un parti qui surtout puisait sa force dans la sympathie des

Mil

gouvernements constitutionnels des autres États italiens. Or, le gouvernement que décrète à l’abri du drapeau français, l’acte solennel du 12 septembre, ce gouvernement ne repose que sur les baïonnnettes ; le jour ou cet appui fera défaut, il croulera.

La France tient-elle absolument aux profits d’une occupation à perpétuité? — le Saint-Siège trouve-t-il dans une protection mendiée, protection qui met TËtat-Romain à la discrétion de l’Europe, un accroissement de force morale et de dignité ?

Si non, quel est ce parti intermédiaire, modérateur, sur lequel la France pouvait, pourrait encore ajipuyer un gouvernement vivant de soi et par soi ?

11 faudrait en finir avec des affirmations que dictent seules oü la passion ou l’ignorance , et que lès partis extrêmes, |>ar un singulier accord, jettent, dans la question romaine, comme un

voile sur la réalité. « Il n’y a pas , dans les États-Romains de parti modérateur , qui puisse soutenir un gouvernement libéral et constitutionnel ! » crient à la fois les partisans de Grégoire XVI, et les tenants de Mazzini. Donc, disent les uns : vive le Pape et vive l’absolutisme ! Donc , disent les autres : à bas le Pape et vive la République ! Ce cri, dans l’un et l’autre camp, est une arme de guerre. Beaucoup le redisent comme un argument ; les puissances intervenantes le répètent comme une excuse. Tous étouffent, grâce à lui , cet autre cri d’un part qui est le pays même : Vive le Pape et vive la liberté !

La logique pure mène-t-elle plus directement, dans les États-Romains , au gouvernement constitutionnel qu’à la République ? Je ne l’examine pas. La politique, d’ordinaire, joue à cache-cache avec la logique. Je n’examine pas davantage en ce moment, à quelles conditions le gouvernement représentatif peut et doit vivre dans les États de l’ÈglTse, — c’éstle sujet de cet écrit ; je me place

au point de vue du fait : or, dans les États-Romains, il y avait, il y a encore, un parti sérieux, considérable , profondément enraciné dans le pays, parti qui a soutenu, dix mois durant, le statut donné par Pie IX, qui a lutté contre la révolution, qui l’eût enchaînée, si les conseillers de Gaëte n’eussent frayé passage à la République par les brèches de la Constitution ; parti qui sera pour 'le gouvernement absolu, qu’on le sache! un instrument de ruine; qui préfère la République, — tout en la répudiant, — au gouvernement clérical , mais qui serait pour le gouvernement constitutionnel du pape une force et une garantie, et, le statut relevé, défendrait dans l’œuvre de Pie IX les droits mêmes d’un pays libre.

Ce parti modérateur , c’est le grand parti qui, dans tous les États italiens , procède du mouvement réformateur et national inauguré par Gioberti , d’Azeglio , Balbo , Capponi : il se rattache à ces hommes illustres qui l’honorent devant l’Europe. Réformiste, dans l’origine, avec le ^

Primato , le speranze d’Italia , le Programma per l’opinione naziomle, il est devenu constitutionnel , lorsque , sous la pression des idées et des faits, les constitutions ont jailli spontanément du sol même de la Péninsule {!). Il est constitutionnel dans les États - Romains avec les mêmes droits, et au même titre qu’à Turin , à Florence et à Naples. Comme à Naples, à Florence, à Turin , il invoque , à Rome , les engagements du • prince, et s’indigne qu’on vienne porter atteinte, en la compromettant, à la majesté de sa parole Il demande pourquoi l’on fait payer aux constitutionnels lesTolies des partis extrêmes? comment on rend la constitution responsable du mouvement qui l’a renversée ?

D’où sortit, par deux fois, cette majorité qui, dans le parlement , n’imposa jamais aucun ministère, qui n’en renversa aucun, qui, après le Ifi novembre, fit les derniers efforts pour opérer une conciliation entre le pays qui la voulait et

(t) La Constitution a été donnée à Naples, à Turin, à Florence , avant le 24 février.

des hommes qui ne la voulaient pas? (Voy.

p. 60 et suiv.) « La république abattue, on n’a poin t, dites-vous, réclamé la constitution . » On ne l’a pas réclamée! Pourquoi donc avoir lancé des arrêts de proscription contre les chefs du parti constitutionnel? pourquoi avoir exilé M. Mamiani? pourquoi avoir forcé M. Pantaleoni à quitter Rome? pourquoi avoir exigé de lui la promesse qu’il n’écrirait pas? pourquoi avoir supprimé les journaux constitutionnels au moment où on laissait libres les journaux des partis extrêmes? Pourquoi avoir imposé silence aux municipalités? pourquoi avoii* condamné à l’amende les conseillers qui osaient parler ? chose admirable ! On pourchasse les chefs d’un parti, on le bâillonne, on legarotte; puis, le silence se faisant, on déclare qu’il n’existe pas !

■ Le parti constitutionnel dans les États-Romains est ce qu’est le parti constitutionnel dans les autres États de la péninsule ; rien de plus, rien de moins. Tous lès membres du haut conseil et du conseil des députés, les membres de

l’ancieime consulta, les membres du sénat de Rome, les chefs de la garde civique, les membres des municipalités sortent également de ses rangs. Si ces hommes ne représentent pas le pays, où donc prétendez-vous le chercher ?

J’essaie, dans les pages qu’on va lire, de préciser la situation réelle des États-Romains, et de sonder les bases sur lesquelles, pour le repos de l’Italie, comme pour la sécurité du Saint- Siège, il importe de placer aujourd’hui le gouvernement restauré.

Les pages suivantes publiées dans une Revue (1) , ont été traduites, en partie, parles journaux italiens. L’auteur remercie les amis trop bienveillants qui ont encouragé ce travail. 11 saisit en même temps l’occasion d’exprimer sa vive gratitude pour les traducteurs de l'Italie devant la France. — Enfin , il prie les hommes illustres d’Italie qui l’ont éclairé de leurs lumières et soutenu de leurs conseils , d’agréer l’expression de sa profonde reconnaissance.

( 1 ) La Revue des Réformes et du Progrès.

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