‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 177 sur 520 · LE DROIT ÉLECTORAL · texte numérisé non relu

LE DROIT ÉLECTORAL

sa thèse était trop hardie pour obtenir aucun succès; et, de fait, son article ne fut guère cité que pour être réfuté ou bien encore tourné en ridicule.

Il pouvait se flatter du moins que TAssemblée accorderait aux hommes Tégalité civique qu'elle refusait aux femmes. Aussi le décret relatif aux conditions d'électorat et d'éligibilité lui causa-t-il une amère déception et l'on s'explique qu'il ait voulu non seulement protester lui-même contre une disposition si injuste, mais encore associer à sa protestation la Commune de Paris'. Si l'Assemblée persiste dans sa décision, les députés ne représenteront plus qu'une aristocratie de fortune ; ils seront tous choisis parmi les membres de la classe sociale la plus riche. Ce ne seront plus la monarchie et le droit divin, ce ne seront pas encore le peuple et le droit moderne qui gouverneront la France : la souveraineté nationale appartiendra à la bourgeoisie et à l'argent.

IV. — Le Corps législatif sera constitué par une Chambre unique. Condorcet, qui a toujours été l'adversaire des théories bicaméristes, applaudit à la décision de l'Assemblée^. Mais l'institution d'une Assemblée unique prête, elle aussi, il faut le reconnaître, à de très sérieuses critiques. « Toutes les Assemblées sont peuple^», écrit énergiquement Condorcet; au lieu de suivre uniquement les conseils de la raison, elles cèdent aux passions qui les animent, aux circonstances accidentelles et locales au milieu desquelles elles délibèrent. La précipitation, le parti pris les induisent souvent en erreur. Il faut donc lâcher de les proléger contre leurs entraînements.

Condorcet s'est déclaré d'abord partisan du système des pluralités graduées. « Le but qu'on doit se proposer dans la constitution d'une Assemblée est... d'obtenir des décisions vraies*. » La justesse d'une décision est d'autant plus probable qu'elle a été

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