Examen sur cette question. Œuvres, IX
proclamée par un plus grand nombre de volants. Mais les questions à résoudre ne se ressemblent aucunement ; les unes sont capitales, et les autres secondaires ; l'homme qui, dans la vie de chaque jour, est appelé à prendre des résolutions diverses, se détermine, selon les cas, plus ou moins facilement à agir. De même, dans une Assemblée politique, il convient de proportionner le chiffre de la majorité exigible à limportance des débats. Se contenter toujours de la pluralité simple, c'est faciliter' les surprises et la brigue. Si Ton exige toujours « une probabilité plus grande que celle qui naît de la simple pluralité dans un corps unique, on s'expose à ce qu'il n'y ait aucune décision... ; c'est supposer qu'il n'existe jamais aucune circonstance où il soit nécessaire d'agir, où l'inaction n'ait pas plus d'inconvénients que la fausse décision qui peut être à craindre'. » Or, w aucune législation n'a encore approché de ce point de perfection, où les changements sont plus dangereux qu'utiles* ». Il faut donc classer les matières législatives par ordre d'importance, et spécifier que, pour tel groupe de lois, la majorité simple suffira, que, pour tel autre, il faudra une majorité supérieure.
Ce système est satisfaisant en théorie, et séduit l'esprit par son caractère mathéinati(|ue ; mais il est trop compliqué, et implique trop d'arbitraire dans la pratique pour triompher jamais. Condorcet s'en rend compte bientôt, a La méthode des pluralités graduées, écrit-il à la lin de 1789, ne paraît plaire à personne; elle demande d'ailleurs, pour être employée avec utilité, une précision et une linesse qui ne permettraient de la proposer qu'à une Assemblée peu nombreuse, dans laquelle les hommes les plus éclairés formeraient le plus grand nombre'. » Il faut donc découvrir un autre correctif. Condorcet écarte celui des lectures successives. Au cours des débats parlementaires, une loi peut être profondément modifiée : si l'adoptiun d'un amendement ne retarde point celle de l'ensemble, u il est possible que Ton adopte par surprise un amendement qui dénature la loi* » ; et, dans le cas contraire, ce sont des retards sans nombre. De plus, avec le