Ces 3 œuvres ont été reproduites au tome XII des Œuvres
252 LA TENTATIVF. RÉPllRLirAlNE
affliience, et qui produisit une véritable sensation *. Quelles sont d'après tous ces textes, et d'après une lettre qu'il écrivit au même moment à un homme politique de ses amis, probablement Siéyès *, ses idées et ses projets ?
La première question qu'il se pose est de savoir en quoi consiste exactement la République, en quoi la République dilFère de la monarchie. Toutes les définitions qu'on a données, toutes les distinctions qu'on a formulées sont superficielles et factices, a Le pouvoir exécutif, écrit Condorcet, peut être confié à un conseil peu nombreux, élu par la nation ; ce conseil peut n'avoir pas de chef ou en avoir un qui aura plus ou moins de prépondérance, ou bien le pouvoir exécutif peut être réservé à un seul chef électif qui nomme lui-même ses coopérateurs, mais qui, premier magistrat de la nation, soit, comme tous les autres, responsable de sa conduite devant les lois. Dans ces trois hypothèses, nous avons une République.- Mais si ce même pouvoir est conféré à un seul individu, si cet individu qui l'obtient par élection ou par le sort de sa naissance choisit ses ministres qui ne peuvent agir sans lui, tandis qu'il peut agir sans eux, si ce chef est irresponsable, dans toutes ces hypothèses vous avez une monarchie. C'est donc, parmi les constitutions libres, l'irresponsabilité ou l'hérédité du chef qui constituent la monarchie. Tant que ces conditions n'existent pas, la forme des gouvernements peut être différemment combinée, mais sa nature est la même. Si Tune ou l'autre existe, alors il le change absolument. Il me paraît que c'est à ce point qu'il faut marquer la limite qui sépare la république de la monarchie, quoique ce dernier mot semble plutôt désigner la forme du gouvernement que la nature d'une Constitution ^. »
1. Cf. Bouc/te de fer, 3* année, n» 88, 10 juillet 1191 ; la Bouche de fer y donne comme date le 4 juillet. Le Paty^iote français, dans son n** du 17 juillet, p. 72, dit que Condorcet a parlé le 9 juillet.
2. Cette lettre débute ainsi : « L'engagement que vous prenez avec M. Paine nous permet d'espérer de connaître enlin l'ensemble de vos idées sur la Constitution. » Or, on sait qu'au début de juillet, il y «ul une polémique assez vive entre Paine et Siéyès, et que ce dernier s'engagea à exposer ses idées sur la République. Le ton est affectueux et défèrent. Condorcet parle des « longues méditations m de son correspondant ; il déclare qu'il est « accoutumé » à se « trouver d'accord » avec lui. Nous ne voyons que Siéyès à qui tout cela puisse convenir. Institut, Mss. N. S. 20, dossier Bm, n°i).