I^ettre à Siéyès. institut.^ Mss. N. S. 20, loc. cit
MONVftr.llIE ET RÉPUBLIQIE 253
Or, a priori, Thérédité et l'irresponsabilité du chef de l'exécutif paraissent « contraires à la raison et à la dignité de Thomme. L'hérédité n'est-elle pas une sorte d'apothéose ? Ne met-elle pas entre deux êtres nés avec les mêmes facultés et les mêmes droits une distance que la nature condamne ? Si le trône est héréditaire, n'étendez-vous pas cette apothéose à une famille entière? Ne vaudrait-il pas mieux choisir un roi par le sort comme David ou Saùl? N'est-ce pas outrager un peuple que de lui dire : Le hasard est préférable à votre jugement, et vous êtes si ignorants et si corrompus, vous êtes tellement indignes de choisir ceux qui vous gouvernent qu'il vaut mieux pour vous laisser au hasard le droit de désigner celui qui les choisira, que de vous en charger?... X'irresponsabilité, loin de choquer la raison, serait exigée par elle, si le monarque après avoir choisi des ministres était privé du pouvoir de les destituer, n'influait pas sur leur conduite. Mais s'il a le pouvoir de les destituer, si surtout leurs actes ont besoin * de sa signature, comment un homme peut-il n'être pas responsable du bien qu'il empêchera de faire en refusant d'agir, comment concilier avec la justice l'existence d'un citoyen qui peTïlrvioler impunément les lois pourvu qu'il trouve un complice, comment un homme qui a fourni à un autre l'instrument du crime en lui donnant la place où il peut le commettre, peut-il être regardé comme innocent? Substituez un maître à un roi, un domestique, un compagnon artisan, un garçon de boutique à un ministre, cette doctrine ne révolterait-elle pas la raison, la juslice *...?»
La nature humaine est-elle donc «assez essentiellement imparfaite pour que l'hérédité et l'irresponsabilité soient deux éléments nécessaires d'une bonne constitution ? Cette nécessité n'existet-elle que pour Tétat actuel et cessera-t-elle lorsque les hommes seront plus éclairés' »? Tels sont les problèmes à résoudre.
Les fervents de la monarchie disent : Un roi est nécessaire à tout peuple qui veut être libre, et pour cinq raisons. D'abord « il faut un roi pour ne pas avoir un tyran; un pouvoir établi et borné par la loi est bien moins redoutable que la puissance