DISCOURS DU 25 JANVIER
l'Europe tout entière : plusieurs états resteront neutres. Peutelle espérer davantage, et trouver des alliés? Ses ennemis ne menacent point qu'elle; d'autres princes sont intéressés à ce qu'elle ne succombe point dans la lutte entreprise ; sa défaite serait bientôt suivie de leur ruine. Sans doute on représente la nation comme affaiblie, condamnée; mais ce sont là des bruits colportés par les émigrés : tout observateur de bonne foi en découvre de suite l'inanité. La Révolution, au contraire, a exalté les forces des citoyens : le pays s'est relevé de la langueur qui paralysait son action au déclin de l'ancienne monarchie. Enfin certains états se sont trouvés ou se trouvent dans la situation de la France ; ils ne peuvent, sans se démentir, l'abandonner à ellemême.
Au premier rang de ces alliés éventuels, figure TAngleterre : celle-ci a changé, au xvii* siècle, sa constitution. « Ou notre querelle est juste, ou sa révolution fut un crime; ou les prétentions de nos princes rebelles sont une insulte aux droits des iiommes, ou celui qui occupe aujourd'hui le trône des Stuarts n'est qu'un usurpateur ^» Comment deux nations qui ont ce un égal amour de leurs droits naturels, les mêmes lumières, le même respect pour l'humanité ^ » ne se rapprocheraient-elles pas, ne s'aimeraient-elles pas? « Le peuple anglais, dit-on, hait la France; mais cette haine s'est affaiblie : et d'ailleurs pourquoi survivrait-elle à cette politique astucieuse et secrète^», qui est responsable de tant de maux et de crimes, mais que les ministres n'ont plus les moyens de poursuivre, et que les Assemblées ont désavouée ? « L'Angleterre et la F'rance ont, réplique-t-on, des intérêts opposés : partout une guerre sourde subsiste entre elles au milieu même de la paix. Mais n'est-ce point parce qu'elles se sont cherchées pour se combattre, au lieu de se séparer pour rester amies ; qu'elles se sont étudiées à rivaliser en tout, au lieu de profiter, chacune, des avantages que la nature lui avait préparés ? Est-il bien sûr que le globe ne suffise point à leurs spéculations commerciales réunies, et qu'elles soient intéressées à
i. Ibid.y 290.