BIT DE CONDORCET 30S
avec nous un pacte de ce genre ? Et les états voisins ne repousseront pas tous ces avances; au contraire, confiants et sympathiques, ils s'empresseront d'accepter la main qui leur est tendue^ et ceux-là seuls demeureront à Técart, qui nourrissent contre la France une haine inexpiable.
Tel est, en résumé, le discours que Condorcet prononça le 25 janvier. S'il contient des remarques justes et profondes, il semble receler aussi une notable part d'utopie. Condorcet croit-il vraiment que la Pologne puisse être d'aucun secours pour la France menacée? que l'Angleterre oublie, par sympathie révolutionnaire, les événements d'Amérique, et intervienne dans la querelle européenne, sans avoir au préalable fixé son enjeu et pris ses sûretés ? que l'antagonisme des Habsbourg et des HohenzoUern subsiste intact à la fin du xviii* siècle, et qu'une guerre sur le Danube serait plus avantageuse à la Prusse qu'une autre sur le Rhin? S'il a cru tout cela, il s'est, de toute évidence, étrangement abusé. Mais la naïveté, dont il eût fait preuve, est vraiment excessive. Condorcet se préoccupait moins, croyons-nous, d'assurer à la France des alliances effectives, ofTensives, que des appuis moraux; il a très justement observé que plusieurs sou- >erains répugneraient à une rupture, et que, si la France répudiait la politique de conquêtes, ils s'engageraient facilement à une neutralité amicale, signeraient même des traités de commerce. Ces actes diplomatiques auraient pour effet de relever le courage des citoyens, d'apaiser le trouble des esprits, de limiter la gtierre, et par conséquent les risques. Et peut-être même Condorcet pensait-il, ce qui eût été profondément vrai, que l'amitié de certaines puissances réduirait les autres à l'inaction, que l'Autriche n'oserait point prendre les armes, si la Prusse gardait les mains libres. Peut-être, en un mot, comme le prétend Et. Dupont*, Condorcet n'insiste-t-il si énergiquement en faveur de la guerre qu'avec l'espoir de sauvegarder la paix.
Mais celle-ci devint de jour en jour plus improbable. Les provocations autrichiennes se faisaient sans cesse plus insolentes, ^ndorcet accentua donc de plus en plus sa politique; il réclama 'ouverture immédiate des hostilités; il se montra d'aulant plus
!• Et. Oumonl, Sotwenirs, 32.