‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 28 sur 520 · LES DÉBUTS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS SCIENTIFIQUES

pliinentèrent chaleureusement, et, s'il en faut croire la tradition, le saluèrent à Tavance comme un de leurs futurs confrères de TAcadémie. Ils ne se trompaient pas, ils prononçaient, à leur insu, reloge anticipé de celui qui devait un jour célébrer leur mémoire.

111. — Sorti du collège, Condorcet revint dans sa famille, à Kibemont. Sa vocation était arrêtée ; il voulait être géomètre. Mais la décision du jeune homme se heurtait aux préjugés de ses proches : il avait été entendu que le chef de la branche cadette de la maison serait officier comme son père. La lutte fut longue et pénible ; enfin les sciences remportèrent sur les armes, et Condorcet retourna s'installer à Paris*. Il n'était pas riche; son père ne lui avait rien laissé ; sa mère ne pouvait lui servir une forte pension ; Tévêque de Lisieux s'éloignait d'un neveu qui trompait ses espérances ^.

Condorcet s'installa donc modestement rue Jacob : il y vécut plus modestement encore. Le monde ne lui plut point et il ne plut pas au monde. Ce grand garçon, aux manières gauches, timide et embarrassé, qui marchait le dos voûté, mangeait ses ongles ', ne disait rien, ou parlait bas et vite en inclinant la tête et en rougissant, devait se trouver dépaysé dans les salons élégants et libres, au milieu deà^ causeurs hardis et spirituels de son temps. 11 vécut donc beaucoup chez lui, et s'absorba dans ses recherches. D'après M"* de Lespinasse, il travaillait dix heures par jour*. La géométrie, les mathématiques l'attirent au point qu'il en fait en se baignant. L'astronomie le séduit moins ; quant à la physique, — la physicaille, comme il l'appelle, — il ne s'en occupe guère que par manière de passe-temps *.

Cette existence laborieuse porte bientôt ses fruits ; elle lui gagne lafTection paternelle de d'Alembert ; par d'Alembert, il connaît M"" de Lespinasse qui s'intéresse à lui dès l'abord, et dans l'intimité de laquelle il retrouve cette atmosphère de chaude tendresse

1, IX). Les notes biographiques de l'Institut portent d'Alembert, Grandjean de Fouchy et Bezout.

1. Cf. Lettre de cPAiembert à Lagrange, Lagrange, Œuvres^ XIII, 130.

Page 1