Discours sur les finances. Œuvres, XII
3. Il ressort des papiers de Condorcet que TAcadëmie des sciences prit la question des assurances comme sujet de concours. Nous ne pouvons ici faire riiistoire des assurances : l'étude serait très neuve et très intéressante, elle sort évidemment des limites de ce livre.
310 LE RFA'IREMENT
Condorcct. Il a étudié la (luestion des assurances maritimes, des assurances contre l'incendie ' ; tout cela est entré, dès avant 1789, dans le domaine des réalités^; mais l'homme trouve en face de lui un adversaire plus redoutable que le feu, plus universellement néfaste que la mer: c'est Tàji^e. « Dans une nation... où la population est nombreuse, où l'industrie a fait assez de progrès, pour que non seulement chaque art, mais presque chaque partie des différents arts, soit la profession exclusive d'un individu, il est impossible que le produit net des terres ou le revenu des capitaux suffise à la nourriture et à l'entretien de la presque totalité des citoyens, et que le salaire de leurs soins et de leur travail ne soit pour eux qu'une sorte de superflu. Il est donc inévitable qu'un grand nombre d'hommes n'aient que des ressources, non seulement viagères, mais même bornées au temps pendant lequel ils sont capables de travail ; et cette nécessité entraîne celle de faire des épargnes, soit pour leur famille, s'ils meurent dans la jeunesse, soit pour eux-mêmes, s'ils atteignent à un âge avancé.^ » Donc « si, par des institutions particulières, on ne corrige pas ces inconvénients de la distribution des richesses dans une grande société, il y aura chaque année un grand nombre de gens infirmes, de vieillards, de femmes et d'enfants, qui tomberont d'un état d'aisance dans un état de pauvreté et de misère * ».
Tant que cette « source d'inégalité » subsistera, il sera « impossible* d'établir dune manière durable une véritable égalité de droits entre les hommes ^ ». Pour qu'elle disparaisse, il faut qu'il existe « des moyens de placer avantageusement les petites épargnes, et presque les épargnes journalières *^. » Or tout homme peut, moyennant des versements réguliers, obtenir soit un capital déterminé, soit des renies viagères. Le calcul des probabilités fixe avec précision les conditions dans lesquelles ces combinai-