‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 283 sur 520 · LES ASSIGNATS · texte numérisé non relu

LES ASSIGNATS

raient retirer directement tout ou partie de leurs fonds à vue et sans préavis *; ils pourraient également faire transférer une partie, de leur avoir sur une autre place ou à une autre personne, sans frais. Les particuliers n'auraient donc plus besoin de s'encombrer d'assignats, ils seraient à Tabri de la contrefaçon et toutes les opérations de commerce s'en trouveraient simplifiées.

Quelque bien combinées que soient toutes ces dispositions, elles resteront pourtant stériles, si la masse du papier-monnaie s'exagère sans cesse. L'État doit émettre le moins possible, brûler le plus possible d'assignats. Pour atteindre le premier but, il doit aliéner les effets qu'il détient, notamment les obligations sous- <;rites par les acquéreurs des biens nationaux, qui, ayant une triple garantie, étant hypothéqués à la fois sur un domaine particulier, sur la fortune du souscripteur, sur la bonne foi nationale, inspireront confiance au public 2. Pour amortir les assignats, le procédé le meilleur serait la création de caisses d'accumulation, nous dirions aujourd'hui d'épargne. Le nom seul montre combien la chose est digne d'intérêt: il convient d'y insister quelque peu.

On sait combien de vogue ont eu, à la fin du xviii* siècle, les questions relatives aux assurances. Le problème était à la fois mathématique et expérimental : il supposait de patientes et nombreuses observations et la connaissance du calcul des probabilités ; il avait une importance sociale énorme, puisque de sa solution dépendait la correction des malheurs accidentels qui frappent l'humanité, la réalisation intégrale des lois qui conduisent le monde au progrès et au bonheur. Ce caractère à la fois scientifique et humanitaire des questions d'assurances explique la passion avec laquelle savants et philosophes s'y sont adonnés ^ Nul n'en a plus .senti l'importance, nul ne les a travaillées avec plus d'ardeur que

1. Gondorcel spécifie bien que les bureaux ne payent qu'en assignats les déposants; ceux-ci sont obligés de faire eux-mêmes l'appoint en argent. Cependant Gondorcct espère que bientôt la frappe de monnaie de billon et de pièces de dix sous permettra à la caisse d'échange d'éviter au public cette nécessité. Discours sur ies finances, (Kuvres, XII, 84 et sq. ; Sur la distribution des assignats, Œuvres, X, 312 et sq.

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