‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 286 sur 520 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

CAISSES d'accumulation 341

son3 peuvent réussir ; il a permis d'établir des barèmes exacts et détaillés. Il est donc possible d'établir des caisses d'accumulation pour les épargnes de la nation. Ces caisses peuvent être l'œuvre et la propriété d'associations privées, de compagnies financières, ou de rÉtat. Les associations privées S les mutualités, sont condamnées à échouer, si elles ne sont pas extrêmement nombreuses. Les Compagnies, pour inspirer confiance, sont obligées de constituer un fonds de garantie, de réserver leurs premiers bénéfices ; il est donc peu probable qu'elles puissent se former dans un moment où les capitalistes gardent jalousement leur fortune, et exigent, pour contribuer à une entreprise, une sécurité absolue, et un gros rendement immédiat. Reste donc l'État : celui-ci est exposé à un grave danger. Tous les malades, les infirmes voudront être assurés pour de fortes sommes. Les sociétés particulières les écartent, à l'aide de certificats médicaux; TÉtat ne peut adopter cette pratique, pour cette raison précisément qu'ils sont malades et que l'institution nouvelle a pour objet de combattre les conséquences de la maladie. La nation devrait, selon Condorcet, si elle pouvait supporter cette charge immense, soutenir et relever tous les déshérités ; il ne peut être question pour l'instant, et peut-être ne sera-t-il pas question de longtemps, de satisfaire à ce devoir ; mais les plus pauvres ont le droit de participer également aux bienfaits d'un établissement public, et les caisses d'accumulation auront ainsi, presque immédiatement, à débourser des sommes importantes qui ruineront leur crédit.

Toutefois le danger n'est pas inévitable. On peut, grâce à certaines précautions, décourager les spéculateurs, et rendre nuls les risques de perte importants. Et si l'État ne gagne rien pendant quelques années sur les assurances que les particuliers contracteront, s'il perd même au début, qu'importe en comparaison des avantages qu'il retirera de l'institution? Grâce à celle-ci, il pourra, soit rembourser une partie de la dette 5 0/0, ou emprunter à un taux raisonnable, si les versements se font en espèce, soit détruire une grande quantité d'assignats, relever le crédit public, et amener la baisse des denrées, si les payements ont lieu en

1. Gondorcel cite vec éloge un projet de celle nature, par M. Duvillard.

papier. Condorcet presse donc ses collègues de ne point hésiter davantage, et d'adopter une proposition qui est destinée non seulement à accroître le bonheur de la pluralité des citoyens, mais à combattre le désordre des finances.

Ces diverses mesures seraient suffisantes si la France était en paix pour longtemps avec ses voisins. Mais la guerre est imminente, et elle exige que le Trésor possède une réserve considérable de métaux précieux : cette réserve manque, il faut se la procurer. Un premier moyen, que certains préconisent, consiste dans Tachât à l'étranger de Tor et de Targent nécessaires : il est déplorable. Pour payer cet or et cet argent, il faudrait émettre une quantité énorme d'assignats, à supposer qu'on piit se servir du papier-monnaie pour cet usage, et il est d'une mauvaise politique de munir les puissances étrangères de billets, au moyen desquels elles pourront provoquer TefTondrement subit du crédit public*. L'Assemblée est réduite à contracter un nouvel empnint. H reste assez de biens nationaux disponibles pour rassurer les préteurs sur la sécurité de leur placement =^; et, si le gage n'est point jugé suffisant, il faudra se résoudre à hypothéquer ou à aliéner les forêts domaniales^. L'Assemblée doit bien se persuader que, si elle ne recourt pas à ces moyens, (|uelque extrêmes et désespérés qu'ils paraissent, elle sera forcée, de toute nécessité, de multiplier le chiflre des assignats. Or, en dépit de la faveur (ju'elle rencontre, cette dernière solution est la pire de toutes; ou plutôt elle n'en est pas une. Les billets publics deviendraient sans valeur : le « déplacement des fortunes... entraînerait avec lui des changements, des incertitudes dans les moyens do

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