‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 368 sur 520 · LA LUTTE CONTRE LE ROI · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE LE ROI

Lùckner lui-même, dont le patriotisme inspirait toute confiance, se laisse circonvenir par les intrigants qui Tentourent. Mise en demeure d'opter entre le roi et le peuple de Paris, la Législative ne peut faire le choix auquel on prétend la contraindre. Capituler devant les exigences des administrations départementales et des généraux, c'est pour elle se déconsidérer, et de plus elle n'a, ni le désir, ni les moyens de réduire la capitale. Elle ne peut, d'autre part, prendre aucune mesure antiroyaliste, sous peine de livrer la France sans défense à la guerre civile et à l'invasion étrangère. La situation est d'autant plus grave que la majorité de la Législative se divise et s'efTrite après le 20 juin. L'insurrection a ranimé des craintes anciennes ; plusieurs députés redoutent pour la nation la tyrannie d'une ville ; d'autres, débordés, impuissants, se tiennent à l'écart des délibérations et des responsabilités. Lafayette, qu'on eût dû immédiatement décréter d accusation, est laissé en liberté, maintenu dans son commandement.

Le seul parti à prendre dans ces conditions, selon Condorcet, est de gagner du temps, jusqu'au jour, que l'activité des sociétés populaires permet d'espérer prochain, où les citoyens, plus éclairés, rejetteront de leur cœur l'amour d'un homme qui les trahit. Kn attendant, l'Assemblée doit redoubler de prudence et de fermeté. Obligée de respecter la personne, elle peut du moins annihiler l'autorité du roi, chasser les conseillers perfides, quels qu'ils soient, dont l'influence transforme le chef du pouvoir exécutif en un ennemi de la nation. Mettre Louis XVI dans l'impossibilité d'agir, c'est-à-dire de nuire, le réduire à un rôle passif sans sortir des voies légales, telle est la politique que Condorcet ne cesse de préconiser dans ses articles de la Chronique, et qu'il développe, le 0 juillet, en un grand discours à la tribune de la Législative.

Le 3 juillet, Vergniaud prend la parole : dans une harangue très mesurée et véhémente à la fois, il dénonce le péril, découvre les responsabilités, et, par delà les coupables subalternes, le souverain lui-même : le 6, Condorcet monte à la tribune : il débute par exprimer sa profession de foi sur la constitution à laquelle il ne rend pas un culte superstitieux ou servile, mais qu'il considère comme le moyen d'assurer l'exercice de la liberté

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et le boiihenr rlii peuple. La eunsiitiitioii serait imparfaite, si elle n'avait pas investi les re|)rrsenlants élus du peuple, d'une autorité suffisante pour repousser la main, quelle qu'elle soit, qui voudrait l'anéantir'. L'Assemblée des représentants du peuple a le droit de faire dans les circonstances difliciles tout ce que la constitution ne défend pas expressément. Condorcet propose donc une série de mesures légales dont l'adoption sauvegardera la liberté publique.

Le roi « est seul inviolable aux veux de la loi ; il n'existe absolument aucune autre exception^ », et l'Assemblée peut « dissiper cette épaisse pbalanirequi s'est placée entre le Irone et la vérité ». Les ministres « sont coupables de n'avoir pas déclaré les complots qui se tramaient contre la sûreté de l'Etat, soit au dedaus. soit au deliors. Ils sont coupables de n'avoir pas pris les mesures nécessaires pour renforcer nos armées et défendre les frontières de toute invasion '. » 11 faut les décréter d'accusation. La reine même doit, (MI abandonner t<»utes ses sympatbies pour les courtisans et l'Aulriclie. ou cesser de réi:ner sur la rrance. C'est à elle en effet, un texte ultérieur b^ prou\e à l'éNidence. que Condorcet pense en demandant à l'Assemblée d'inslituer le div(u*ce, de voter « cette loi... que la politique ordonne plus iuq)érieusement encore que la pbilosopilie * ». Voilà |)our les responsabilités passées: reste l'axenir. Le roi a refusé de ratifier plusieurs résolutions que les élus du |»euple axaient juirces nécessaires; il faut (ju'il cède. La constitution inlenlif de soumettre deux fois le même décret à la sanction (lu monanjue : mais un décret modifié vaut un décret nou- \eau : il convient donc d'amender les anciens textes, puis de les adopter et de les représenter au nû. Celui-ci peut en toute liberté les frapper encore de son xelo ; mais « si le refus de sanction met IKtalen péril. les ministres sont responsables sur leur léte de ne point (juilter leur poste où ils ne serxent plus iju'à accélérer la ruine de l'empire au lieu de le défendre ' ». Condorcet ne prive pas

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