Lettre à un jeune Français, Œuvres, I
LA SITL'ATION ' 423
tioii d'une Convention nationale, et l'élection d'un ministère provisoire: une demi-heure lui suffit pour rédiger son décret*. La Législative ratifia ces propositions ; les modérés, tout comme les patriotes avancés, s'accommodèrent d'une mesure qui réservait l'avenir, diminuait les risques de guerre civile, et rendait ridicule toute accusation de CromweUisme. La réunion d'une Convention omnipotente était de nature à satisfaire tous les ennemis du trône. On put craindre cependant que le peuple n'acceptât point la décision de l'Assemblée, et il y eut, au témoignage de Condorcet, une heure de terrible incertitude, où les représentants purent craindre pour leur personne et leur dignité '. Mais les sections comprirent assez vite qu'elles avaient obtenu gain de cause, et que c'était bien la déchéance de Louis XVI que, sous une forme détournée, la Législative leur avait effectivement accordée.
L'Assemblée, respectée par les insurgés, avait encore à vivre, à légiférer, à diriger la défense nationale pendant près de six semaines. Au moment où la France était envahie par les armées prussiennes, où elle avait à redouter des querelles civiles, il importait qu'elle eut un gouvernement fort et qui jouit de la confiance de tous les bons citoyens. Il fallait que, devant les dangers communs, les Parisiens, les départements se ralliassent autour du centre de la souveraineté nationale. La capitale n'avait point de motif de suspecter la Législative qui venait d'exaucer ses vœux, et les électeurs de province pouvaient voir, au\ eiïorts déployés pour respecter jusqu'au bout le texte delà constitution, que leurs représentants ne visaient point à la dictature et n'étaient point les esclaves d'une cité. Relever l'Assemblée de sa déchéance, constituer un grand parti national, telle est la politique à laquelle se consacre Condorcet durant la fin d'août 1792. Nous n'avons plus, il est vrai, pour prouver cette assertion, tous les documents dont nous nous sommes précédemment servis. Nous n'avons plus, pour cette nouvelle période, de procès-verbaux de la commission extraordinaire; la bibliothèque de l'Institut ne possède aucun papier contemporain qui soit inédit; mais les